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marier qu'à des persoines nobles, et ne pouvaient pas les déparager sans encourir la peine qui estoit ordonnée par les statuts (1).
De GPS remarques il est vray de dire qu'en France on n'a jamais réputé pour véritables frcnlilshommes, que ceux qui estoient gentiishomûies de nom et d'armes, c'est-à-dire de quatre lignes (2). C'est cette noblesse que Pierre de sàuit-Julien, ensesMeslanges parndoxales, quaf Jfie, à proprement parler, Noblesse de nom et d'armes, laquelle il soutient ne recevoir ni le plus ni le moins : un gentilhomme de cette maiiiere, quoique pauvre, n'estant pas moins gentilhomme qu'un seigneur riche et opulent, non plus qu'un roy n'est pas plus rov qu'un autre, quoyqu'il soit ])lus riche : l'étendue de pays qui est sous sa domination ne l' faisant pas plus ou moins souverain. Ce fut Ih la pensée du roy Eumenes, lequel, bien qu'il n'eust plus qu'un château en son pouvoir , toutefois quand il fust question de capituler avec Antigonus, roi d'Asie, qui vouloit avoir la prérogative d'honneur sur lui, il Qst réponse qu'il ne reconnoîtroit jamais plus grand que soy tant ([u il auroit l'espée au poi ng.
Des adoptions d'honneur en fils, et, par occasion, de l'origine des chevaliers (3).
Le mariage est l'un des plus grands biens dont l'homme soit redevable au souverain auteur de la nature, puisqu'il le garantit en quelque façon du tombeau, et le rend participant de l'immortalité : la procréation et la succession continuelle des enfans, fait qu'il ne meurt pas ; ce qui a fait dire au Sage (4) , que celuy-là ne doit pas estre réputé mort, qui laisse son semblable après sov. On ne peut pas souhaiter une satisfaction plus grande , dit l'empereur Léon (5), ni des soulagemens plus doux dans les tracas, et les chagrins de la vie, et particulièrement dans les incommoditez d'un âge avancé, que ceux qu'on tire des enfans. Mais d'auta it, dit le même prince, que cet avantage n'est pas tellement universel, qu'il ne se trouve plusieurs qui en sont privez , ;es législateuis y ont apporté le remède par l'adoption, et ont suppléé par le secours de la loy aux défauts de la nature. Car ce qui a donné la première occasion aux adoptions, a esté le défaut des eufans , et particulièrement des mâles. Avec le temps on a permis indilîéremment d'adopter à ceux qui en avoient, comme à ceux qui n'en avoiont point. Or comme l'adoption imite la nature, selon les jurisconsultes , ces mêmes législ iteurs ont voulu que les enfa'is adoptez fussent semblables en tout, quant aux effets civils , aux enfaus naturels : que les jieres adoptifs eussent la puissance de la vie et de la mort sur eux, comme sur leurs enl'ans naturels : que ces enfaiis prissent le nom du père adop-
(1) Malh Par., ;îii. l-îl.";, p. 271. Assises de Hier., t.iyO. W.Tyr.,!. nu, c. 1-2.
(-2) S. Jul., en ses Mel. lusl., p. bat, Ui8. ( ) bu Gange, Disserl. 22.
(4) Eccles., c. XXX.
h) Léo, Nov.26.
tif, comme estant entrez et entex dans su famille : que comme les naturels ils eussent part à leur succession , et que comme eu:; ils pussent estre déshéritez.
Ces adoptions ont eu lieu longtemps sous les Romains, mais depuis que les nations du Nord se sont répandui's dans leur empire, on y en a veu paroitre une autre espèce, laquelle n estoit pas tant une adoption qu'une alliance entre les princes, qui se communiquoient par là réciproquement les titres de père et de tîls, et par ce moyen contractoient entre eux une liaison de bienveillance beaucoup plus étroite. Ces adoptions n'estoient que par honneur, et ne donnoient aucune part au tils adoptif en la succession de ceiuy qui adoptoit. C'est pourquoy Nicephore Bnjennius (1) dit qu'elles ne se faisoient qu'en apparence et non en effet , n'y ayant rien qui approchât de l'adoption des Romains, que les noms de père et de fils, qu'ils se donnoient. Ce que Justin fit assez connoître, lorsque les ambassadeurs de Cabades, roy de Perse , lui offrirent la paix de la part de leur maître, au cas qu'il voulust adopter Cosroes, fils de la sœur de ce prince : cet empereur leur ayant fait réponse qu'il le vouloit bien, pourveu que ce fust à la mode des barbares et des étrangers (2), mais non pas de cette adoption pratiquée par les Romains, qui donne le droit aux enfaus adoplifs dans la succession de celuy qui adopte.
Cassiodore est celui qui nous a représenté les cérémonies qui s'observoient en ces adoptions honoraires, particulièrement parmi les peuples du nord : écrivant que c'esloit un honneur et une faveur considérable chez les nations étrangères , d'estre adopté par les armes. Le rnéme auteur nous apprend que cette adoption se faisoit en revêtant celui qui estoit adopté de toute sorte d'armes qui lui estoient données par celui qui adoptoit.
Albert d'Aix pariant de l'adoption de Godefroy de Bouillon par l'empereur Alexis Comnenc, se contente de dire qu'il fut adopté en fils , suivant l'usage du pays , de sorte qu'il est incertain qu'elle fut cette cérémonie, et si ce'tte adoption se faisoit par les armes , comme celle des barbares , ce qui d'abord ne paroit pas éloigné de la probabilité. Car l'on ne doit pas trouver étrange qu'en cette occasion l'impératrice .Marie ait adopté pat les armes les deux frères Comnenes, puisque nous lisons dans Orderic Vital (3), que Cécile, fille de Pliilippes 1, roi de France , el pour lors veuve du fameux Tancréde, priuce d'Antioche , donna l'ordre de chevalerie à Gervais, seigneur breton , fils d'Haimon, vicomte de Dol, dont la cérémonie se faisait avec les armes. Je trouve encore dans un comiite de l'hostel du roy (V), du terme de l'Ascension de l'an 1262, que la reine de France fit le seigneur de S. Yon chevalier en une feste de Pasques
(1) Nicepli. Bryenn., 1. iv, c. 58.
(2) Procop., 1. I lie tîello Pers., cap. 2. (5) Orderic, 1. xi-
(4) En la Cli. des coiiiptes de Pans.
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Mais d'ailleurs je remarque dans l'histoire des guerres saintes qu'il se pratiquait auciennemeut une autre cérémonie pour les adoptions d'honneur, que celle par les armes : qui estoit, que celui qui adoptoit faisoit passer l'adopté sous sa chemise, ou son manteau : faisant connoître par là qu'il le tenoit comme son fils, et comme sorti de lui. I,e prince d'Edesse adopta de cette manière Baudouin, frère du Godefroy de Bouillon , (lui fut depuis roy de Hierusalem : comme Foùclier de Chartres qui accompagna Baudoiiin en cette exp'dition, Guillaume de Tyr (Ij et Conrad , abbé d'Usperg i2 , écrivent eu termes formels que celui qui l'adopta , estoit un prince grec , (jui avoit esté envoyé en cette place par remi)ereur de Constantinople pour y commander, il semble plus probable que cette façon d'adopter estoit celle qui estoit pratiquée par les Grecs. On pourroit encore rapporter à cette cérémonie celle qui est racontée par le sire de Joinville (3) lorsipi'il parle de l'alliance que le (irince de la Montagne contracta avec S. Louys par sa chemise et son anneau qu'il lui envoya. Les Grecs adoptoient aussi dans l'église, devant les prêtres, qui recitoient des [irieres à cet etl'et.
Il ne faut pas douter que la chevalerie n'ait tiré son origine de cette espèce d'adoption, qui se faisoit par les armes, et de la cérémonie qui s'j- observoit, où l'on revétoit d'armes pour la guerre celui qui estoit adopté. Ce qui se jiratiquoit aussi lorsqu'on faisoit queltpi'un chevalier. Car comme dans ces aiioptions d'honneur, ou pré.senloit toute sorte d'armes au fils adoptif, pour s'en servir dans les premières occasions des batailles, ainsi celui qui faisoit un chevalier, lui donnoit l'epée, le haubert, le heaume et généralement le revétoit de toutes les armes (jui sont nécessaires à un bon soldat pour se trouver dans les combats. C'est pourquoy il estoit alors a[)pellé miles : j)arce qu'il commençoit à entrer dans la profession de la guerre, et se faisoit armer de toutes pièces, pour y faire le métier d'un vaillant soldat.
Le Moine de .Mairemontier (4), décrivant les cérémonies (jui s'observèrent lorsque Geoll'roy duc de Normandie fut fait chevalier, dit qu'on ré(piip|)a de toute sorte d'armes. Ce qui s'anpelloit adoublcr un chevalier ; mais l'expression la plus ordinaire estoit celle île donner des armes au lieu de dire faire un chevalier. C'estoit proprement la première occasion oiî le jeunt! gcntillionnne prenoit d('S armes : car juscjues là s'il s'estoit trouvé dans les combats, ce n'avoil esté (pi'a la suite d'un chevalier, et en qualité d'escuycr ou d(! valet. C'est ce (ju'un vieux glossaire appelle arnuilura prima, d'autant qu'alors il s'arnioit de pleines armes,
^^)\V. Tyr. I. IV, c. 2.
(2) Goniail. l;^»-.;;.
,5) Joiiivill*-, |i. (Kl, vol. II.
i) lo. Muiuuh., 1. 1 Uisl. Gauf. duc
qui est le terme dont on qualilioit les armes liu chevalier, et commençoit à devenir sol dat, miles, qui estoit le ti'tre qui luy estoit donné.
Nos histoires (1) nous fournissent encore une autre espèce d'adoption d'honneur qui se faisoit en coupant les cheveux de celuy qui estoit adopté en fils; lorqu'elles racontent (jue Charles Martel envola Pépin soti fils h Luithprand, roy des Lombards, afin qu'il lui coupât ses premiers cheveux, et que par cette cérémonie il lui tinst à l'avenir lieu de père. C'est ce que nous apprenons de Paul Warnefrid (2) en son histoire des Lombards : cet auteur fait voir que Pei)in estoit alors fort jeune, d'où il faut conjecturer que c'estoit pour la première fois qu'on luy coupoit les cheveux.
Cette coupe des cheveux se faisoit, lorsqu'après avoir passé l'âge d'adolescence, on entroit en celle de la jeunesse. L'ancienne loy Salique (.3), c'est-à-dire celle qui fut rédigée par nos rois encore payens , ainsi qu'on prétend, nous apprend que la cérémonie de couper les cheveux aux enfans estoit en usage parmi les François, et qu'elle se faisoit au dessus de l'âge de douze ans : les termes de cette loy font voir encore que les enfants estoient présentez par leurs pères, (}ui avec le temps choisirent dans ces occasions un parrain, qui est appelle père spirituel dans la chroni(iue de Novalese; ce que fit Charles Martel lorsqu'il choisit Luilhpraad [lour couper les cheveux de Pépin, son jeune lils.
La ujême cérémonie se pratiquait lorsqu'on se faisoit couper les premiers poils de la barbe. Aimoin (ij dit que Clovis envoya ses ambassadeurs à Alaric pour traiter de paix avec luy, et le prier de luy toucher sa barbe, c'est-à-dire la couper , et d'estre par ce moyen son père adoptif : ce n'estoit pas un usage nouveau, mais très-ancien , et qui avoit esté observé tant par les Grecs, que par les Romains. Car les uns et les autres avoient coutume de se faire couper les premiers poils de la barbe |>ar leurs amis, et de les consacrer à leurs deitez.
Les Romains solemnisoient les jours ausquels on faisoit cette cérémonie avec des festins et beaucoup d'appareil : ce que leurs histoires racontent au sujet des euq)ei'eurs Auguste , Caligula et Néron : ce dernier donna même à cette solemnitc le nom de Juvenalcs, au récit de Xi|)hilin (5), cl ayant fait mettre les floccons de sa b.irbe dans une boi'te d'or, comme fut celle de Trinialcion dans Pétrone, il les consacra à Jupiter Capitolin.
Comme les chrétiens purifièrent la céré-
(I) C.lir. Aul;f Rcgiiv, cli. lô. Reg. des Fiefs de Gliaiiip., r. 'j, (île. L'aïuieimc Cousl. Ms. de Noim.. iiurl. n, ili. 'i-i.