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iiioiiie de la coupe des cheveux des enfans par des prières saintes, ils tirent de même pour celle des premiers poils de la barbe. M. de Valois a écrit que cette cérémonie estoit appellée barbatoria.
Dans ces adoptions par la coupe des cheveux et de là barbe, il se contractoit une affinité spirituelle, qui faisoit donner le nom de père à celuy qui estoit pris pour i>arrain et celuy de fils à l'enfant de qui on coupoit les cheveux, et le poil de la barbe. Cette même affinité se contractoit avec beaucoup jilus de fondement entre les enfans qui estoient baptisez, et ceux qui en estoient les parrains. Car en ces occasions, comme les parrains prenoient le titre de pères spirituels, ainsi les ba[)tisez prenoient celuy d'enfans adoptifs. Procope dit que c'estoit la manière ordinaire d'adopter parmi les chrétiens. Les parrains dans cette cérémonie portoient les enfans entre leurs bras; ou si c'estoient de grandes personnes ils les prenoient par la main et les présentoient aux prêtres pour estre baptisez, se faisoient pièges de leur foy et de leur créance, respondoient en cette qualité pour eux aux interrogations des prêtres ; et enfin ils s'obligeoient de les instruire, et d'en avoir le même soin, comme de leurs propres enfans. Dés lors il se formoit une étroite affinité entre les parrains et les filleuls, qui estoit telle, qu'il ne se jfouvoit contracter aucune alliance de mariage entre eux.
A l'exemple de ces anciens empereurs et des princes étrangers, qui ont adopté par honneur ceux, avec lesquels ils ont voulu coniracter une alliance étroite, les rois et les princes des derniers siècles ont inventé une autre manière d'ado|)tion, par la communication qu'ils ont faite de leurs noms, et de leurs armes, ou armoiries, à quelquesuns de leurs plus aOidez qu'ils ont admis par ce moyen dans leur famille, ce qui ne s'est fait pareillement que par honneur, sans que pour cela les adoptez pussent prétendre aux successions, et aux autres droits et privilèges des maisons. Ainsi nous lisons que Ferdinand roy de Naples adopta Philippes de Croy, comte de Cliimay, et lui permit de porter le surnom et les armes d'Arragon.
Des chevaliers bannerets (1). — La noblesse a toujours esté dans une particulière estime en tous les Etats de l'univers, et il n'y a presque à présent que celui des Turcs et des Chinois où elle n'est pas considérée. Ils défèrent tout à la vertu et aux belles qualitez des personnes , sans considérer le sang et la naissance (2) , suivant les paroles d'un ambassadeur de l'empereur Ferdinand 1". Mais la France a esté le royaume du monde où elle a eu les plus grands avantages : y composant un ordre particulier , qui y tient le principal rang ; les honneurs et les gouvernemens des provinces et des places n'y sont contiez qu'aux gentilshommes, et Ion a toujours crû que la force de l'Etat réside dans
(I) Du Cango, ilisserl. 9.
{•i) Bnsbe(i., iu lliiicr. CP.
leurs personnes, à cause de la générosité naturelle et de la grandeur de courage qui les accom|iagne.
Encore bien que le caractère de la noblesse soit uniforme, et qu'il est en quelque façon vray de dire qu'un gentilhomme n'est pas plus gentilhomme qu'un autre : si est-co qu'il y a toujours eu divers degrez entre les nobles , qui ont composé des difl'erenis ordres entre eux; car les uns ont esté plus relevez que les autres, à raison des dignitez qui leur estoient conférées par le prince : les autres par les prérogatives que les qualitez et les titres de chevaliers leur donnoient. Desorte que nous remarquons qu il y a eu en France trois degrez et trois ordres de noblesse. Le premier est celui de barons, (pli comprenoil tous les gentilshommes qui estoient élevez en dignitez, tant à cause des titres qui leur avoient esté accordez par les rois, qu'à cause de leurs fiefs , en vertu desquels ils avoient le droit de porter la bannière dans les armées du roy, d'y conduire leurs vassaux, et d'avoir unc'iy particulier. C'est pounjuoy ils sont ordinairement reconnus sous le nom de bannerets , et souvent sous le terme général de barons (1). Le second ordre estoit celui des bacheliers, ou des simples chevaliers , et le troisième celui des esciiiers.
La noblesse de Bearn (2) esloit pareillement distinguée en barons , en cavers ou chevaliers , et en dommangers ou damoiseaux, qui sont ceux que nous appelions escuiers (3). Le royaume d'Arragon avoit aussi ces trois ordres dans sa noblesse : le premier estoit celui des ricos hombres , le second celui des cavalleros, et le troisième des infançons, qui sont les damoiseaux ou escuiers. Les ricos hombres, ou les riches hommes , estoient les principaux barons du royaume. Ils avoient part au gouvernement du pays, et possedoient les grands fiels mouvans de la couronne. Ils dévoient , à cause de ces fiefs , servir le prince dans ses guerres, et estoient obligez d'y conduire leurs vassaux sous leurs bannières, d'où ils lurent appeliez ricos hombres de senera, c'està dire bannerets ; et parce que ces riches hommes , qui conduisoient leurs vassaux à la guerre sous leurs baimieres , estoient ordinairement revêtus de la qualité de chevalier, il est arrivé delà que ces barons sont reconnus pour le plus souvent sojs les noms de cheva-liers bannerets.
Les autres chevaliers qui n'avoient pas cette [irèrogatJve sont nommez vulgairement bacheliers, c'est-à-dire bas chevaliers, acause qu'ils estoient d'un second ordre et inférieurs eu diguitè aux barons. De sorte qu'il estoit de ces chevaliers, comme de ces comtes, du premier, du second et du troisième ordre, dans la cour des empereurs romains. Mais parce que mon dessein n'est à présent que de parler des chevaliers bannerets, à
(1) P. Divœus, 1. vil Rer. Brabant., p. «•"J.
{i} llist. tie Dearii., I. vi, cli. 24.
(jj lîier. lîl.inca, i:i CoinaiOMt. R'.t. Aia^.
GEN
DlCTlONNAlUIi HERALDIQUE.
GEN
cause que je mV suis engage dans mes observations sur l'Histoire du sire de Joinville, je ne diraj rien icy des chevaliers bacheliers, ni de ce second ordre de noblesse.
J"av déjà remarqué que le terme de ban- ?icrf('étoit général pour le premier ordre des nobles , et i]u' il comprenoit les gentilshommes d'une dignité relevée, et qui avoient droit de porter la bannière dans les armées du [irince. La plupart des auteurs s'en sont servis en ce sens. Rigord l'employé en jiarlant des seigneurs iiui furent jiris à la bataille de Bovines par Pliilippes Auguste.
D'autre part, nous voyons souvent (]ue les chevaliers bannerets sont reconnus' dans les autres auteurs sous le terme simple de barons (1). Les loix de Simon, comte de Moritfort , pour les habitans d'Alby, de Carcassone, de Beziers et de Razez, dressées l'an 1212 , comprennent fornielleuient les chevaliers bannerets sous ce nom, les distinguant d'avec les simples chevaliers, qui sont les bacheliers. Il faut néantmoins demeurer d'accord i|u'il y avoit de la différence entre les barons et les bannerets; car on appelloit barons tous les nobles qui posseiloient les grands iiels qui relevoieul de la couronne ou de quelque souveraineté. Et parce qu'il n'y avoit point de barons qui n'eussent le droit de faire porter la bannière dans les armées acause qu'ils possedoient de grandes seigneuries et des terres considérables , qui avoient beaucoup de vassaux, il est arrivé que ce litre a été communiqué indistinctement à tous les bannerets (2). Du Tillet dit i]ue le comte de Maval débattit au seigneur de Couëiiuen, en Bretagne, le litre de baron , soutenant qu'il n'estoit que bunneret, et qu'il avoit levé bannière, acause de quoy ou se railla de luy, et on l'appella le chevalier au drai)eau quarré.
Pour parvenir à la dignité de banneret [3], il ne suliisoit pas d'estre puissant en Iiels et en vassaux , il falloit estre gentilhomme de nom et d'armes; cette qualité recpiise estoit essentielle; et parce que je n'ay iias remarqué que pas un auteur ait bien exjjliqué la force de ces termes, je me i)ropose d'en dire mon sentiment dans la dissertation suivante.
Le vieux cérémonial (4) décrit ainsi la forme et la manière de faire les bannerets : « Comme un bachelier peut lever baïuiiere , et devenir banneret. Quant un bachelier a grandement (5) servy et suivy la guerre, et que il a assez terre, et qu'd puisse avoir gentilshommes (<>), ses hommes, et |)our aci^ompagner sa bannière, il [leut licitement levir bannière, et non autrement ; car nul homme ne doit porter, ne lever bannière en
(I) Gaflaïul, an Trailc de Franc-alcu.
(2)DuTillel, l. 1, p. iôl.
(-,) Gregor. Tolos., 1. vi, c. 9.
(4)Ccrciii. .Ms., el celui (|iii est impriiiii; avec tiii livre iiilitiilé : La division du monde, Van l-jiD. (S) M. Ioii;,'iioimiil.
(G) .1/., laiu comme il puisse tenir ;iO (jonliUlioui-