‹ Dictionnaire héraldiqueChapitre 146 sur 236 · ORI · texte numérisé non relu

ORI

Denys se servoient dans leurs guerres particulières, c'est-à-dire dans cc^lles qu'ils entreprenoient pour retirer leurs biens des mains des usurpateurs , ou pour empêcher qu'ils no leur lussent enlevez. Et comme leur condition et l'état ecclésiastique, oiî ils s'estoient engagez, ne soulfroit )tas qu'ils maniassent les armes , ils abandoiinoient cette charge à leur avoiié, qui recevoit des mains de l'abbé cette enseigne, et la portoit dans les combats. Car c'est là le véi'itable usage del'oritlammcquoyque quelques sçavants en ayent écrit autrement, etayeiit avancé des choses peu conformes à la vérité.

Pour commencer par la i-echerche du nom d'oriflamme, la plupart des écrivains estiment, qu'on le doit tirer de sa matière, du sa couleur et de sa forme. Quant à sa ligure, il est hors de doute qu'elle estoit faite connue les bamiieres de nos églises, fendues en divers endroits par le bas, ornées de franges, et attachées par le haut à un bâton de travers, qui les tient étendues, et est soutenu d'une forme de pique. Ils ajoutent que sa matière estoit de soie ou de tafotas, sa couleur rouge. On a donné le nom d'oriflamme à cette bannière, parce qu'elle estoit docoupée par le bas en ligure de flammes, ou parce qu'estant de couleur vermeille, lorsqu'elle voltigeoit au vent, elle paroissoit de loin en guisede flammes, et en (m tre, parce quela matière de la lance qui la soutenoit estoit dorée.

L'oriflamme estoit donc l'enseigne particulière de l'abbé et du moîiastere de Saint- Denys , qu'ils faisoient porter dans leurs guerres par leur avoiié. Car c'estoit là la principale fonction des avuiiez, qui en qualité de défenseurs et de protecteurs des monastères et des églises, entreprenoient la conduite de leuis vassaux pour la défense de leurs droits, et portoient leurs enseignes à la guerre : d'où vient qu'ils sont ordinairement appelez les porte-enseignes des églises sifjniferi ecclesiarum. Les comtes du Vexin et de Pontoise (1) avoient co titre dans le monastère de Saint-Denys dont ils estoient les avouez et les protecteurs, et en cette qualité ils portoient l'oriflamme dans les guerres qui s'entreprenoient pour la défense de ses biens. D'où vient que pour le plus souvent cette bannière est nommée l'enseigne de Saint-Henys, dans les auteurs, non parce (ju'elle estoit conservée en l'église de ce monastère, mais parce qu'elle estoit la bannière ordinaire qu'on purtoit dans les guerres de cette abbaye. D'où l'on peut induire qu'elle n'a esté portée par nos rois dans leurs guerres, qu'après qu'ils sont devenus propriétaires des comlez de Pontoise et de .Mante , c'est-à-dire du Vexin ; ce qui arriva sous le règne de Philippes I, ou de Louys le Gros, son fils. Car l'histoire remarque que Simon, comte de Pontoise et d'Amiens, ayant dessein de se retirer au monastère de Saint-Claude donna à l'abbaye de Cluny (2) la ville de Mante, et ses dépen-

(1) A. Duchesne, en l'Hist. de Béltiuiie, I. i,ch. 3.

l'i) Preuves de iUist. de Coucy, p. 313, IJibl. Clun., \i. 527.

dances, et que le roy Philippes s'en estant emparé, vraysemblablemeiit comme d'une place frontière, et nécessaire à l'Estat , sur les plaintes qui lui eu furent faites, en fit la restitution à ce monastère, par acte passé à Mante l'an raille soixante et seize, (jui est l'année que Simon se retira à Saint-Claude. Mais il y a lieu de croire que le roy s'en accommoda depuis, avec les moines de Cluny, d'autant que nous lisons qu'incontinant après , cotte place fut en sa possession, et qu'il en disposa comme d'un bien (jui luy appartenoit. Car Orderic Vital (1) assure que le même roy voulant ap[)aiser Louys, surnommé le Gros, son tils, qui vouloit se venger de Bertrade de Monfort, sa belle-mere, qui l'avoit voulu empoisonner, luy fit don de Pontoise, de Mante et de tout le comté du Vexin. Suger (2) ajoute que Louys, à la prière de son père, consentit depuis que Philippes, fils du roy et de Bertrade, jouist du comté de Mante : et ce en faveur du mariage que le roy et Bertrade procurèrent à ce jeune prince avec l'heritiere de Monllhery. Tant il y a qu'il paroît assez que le comté du Vexin tomba au domaine de nos rois en ce temps-là et qu'ainsi ce fut en cette qualité qu'ils O'it commencé à f.iire [lorter l'oiiflamme, ou l'enseigne de Saint-Denys dans leurs guerres : l'histoire n'en faisant aucune mention avant le règne de Louys le Gros ; car je ne m'arrête pas aux discouis de ceux (jui ont avancé qu'elle estoit connue dès le tem[is de Dagobert, de Pépin et de Charlemagne, toutes ces histoires (jui ont débité ces faljles, estant à bon droit réjmtées pour apocryphes.

Il faut donc tenir pour constant que Louys la Gros fut le premier de nos rois qui, en qualité de comte du Vexin, tiia l'oriflammo de dessus l'autel de l'église de Saint-Denys, et la fit jjorter d ins ses armées, comme la principale enseigne du protecteur de son royaume, et dont il invoquoit le secours dans son cry d'armes, particulièrement lorsqu'ayant appris que Henry V, roy d'Alemagne venoil en France avec ses troupes (3). Il est airivé dans la suite que nos rois, qui estoient entrez dans les droits de ces comtes, s'en sont servis pour leurs guerres particulières, comme estant la bannière qui portoit le nom du protecteur de leur royaume, ainsi que j"ay rem.irqué , la tirant de dessus l'autel de l'église de Saint-Denys , avec les mêmes cérémonies, et les mêmes prières que l'on avoit accoutumé d'observer lorsqu'on la mettoit entre les mains des comtes du Vexin pour les guerres particulières de ce monastère. i

Juvenal des Ursins (4) a décrit ainsi les cérémonies qui s'observoient lorsqu'on confioit l'oriflamme au chevalier qui la devoit porter : « Le roy s'en alla à Saint-Denys, visita les corps SS., fit ses ollrandes, fit bénir rorillamiue par l'abbé de Saint-Denys, et la bailla à messiie Pierre do Villers, le-

(1) Orderic, 1. vni, xi, xii, p. 700, 8;3, 884.

(-2) Siiger., in Lud. c. 8, 17.

Î3) Dmildet, 1. m, cii. 13.

(■4) Juvtiiid des Ursins, an. 1381.

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