C-i) Trailë iMS. des Chevaliers de la Table romic
(") Traité MS. des Tournois.
{ij Traité de Jacques Valere MS.
v:)).MatU. Paris p. 566.
HERALDIQUE. TOU 68*
nois, il ne recevoit aucun blâme. Ce qui est remarqué particulièrement par Gregoras en ces termes : 'Ettpi y.cù tov TpAiaxiiTa, n /.ai àir-
cxTÊtvovTa a-vfiëàv oûtoiti 7riû?,xiv Toif àywo'iv a^^o- Ttpatç, àviyyJroTO'j slvat ffytTt vô^îuov i^v f I ).
Ceux qui étoient commis en cette qualité de juges des tournois mesuroient et examiiioient les lances des chevaliers et leurs autres armes, et prenoient garde s'il n'étoient pas liez à leurs selles, ce qui estoit défendu par les loix des tournois, comme il est exprimé au traité manuscrit que je viens de citer : à laquelle entrée, se tiennent les susdiL^ deux juges et officiers d'armes de la marche, lesquels ravissent leurs espées, pour içavoirsi elles sont raisonnables, et aussi le baston, s'il est de muison (2). Le cry des tournois : et lendemain tenir fenestre comme dessus, et après disnerà l'heure dessus nommée, venir es pleins rens, •montez et armez à tout lances mesurées et muisonnées de lances de muison, et courtois rockets; c'est asavoir mesurées à la gauge qui y sera commise et ordonné de messieurs les adventureux sans estre liez ne attachez. Car se il estoit seu ne trouvé, jaçoit ce qu'il forjou;tast, si perdroit-il s'en pris pour la journée; et qui jousteroit de plus longue lance qu'il ne devrait, il perdrait la lance garnie. Et qui jousteroit de forcours, il peut bien perdre et rien gagner.
Quoyque les inventeurs des tournois et de leurs loix semblent avoir apporté toutes les précautions nécessaires pour éviter les inconvénients qui en pouvoient arriver, souvent neantmoins il en survenoit de grands, par la chaleur du combat et pour la haine et la jalousie des tournoyans. Car il yen avoit qui n'estant pas maîtres d'eux mesmes, se laissoient emporter à la passion et à l'ardeur qu'ils avoient de vaincre, ou qui n'observant pas entièrement les règles qui leur fstoient prescrites, faisoient tous leurs elTorts pour renverser leur adversaire de quelque manière que ce fust. 11 y en avoit d'autres qui prenoient ces occasions pour se venger de leurs ennemis. C'est pourquoy on jugea à propos d'obliger ceux qui se faisoient faire chevaliers, de faire serment qu'ils ne frequenteroient les tournois que pour y apprendre les exercices de la guerre se tirocinia non nisi causa militaris exercitii frequentaturos (3). Car souvent ces combats, qui d'abord ne se faisoient que par divertissement et pour s'exercer, se tournoient en querelles et en de véritables guerres. Henry Kiiighlon parlant du tournoy qui se fit à Clialon en l'an 127i, où le roi Edouard avecles Anglois combattit contre le comte de Chalons et les Bourguignons, dit que les deux partis s'y portèrent avec tant de fureur et de jalousie, que plusieurs y demeurèrent sur la place, adeo ut non torneamentum, sed parvum bellum de Chalon communiler diceretur [k]. Et Malhieu
(1) Niceph.Gregor, p. 340.
(2) Descrip. Victor, obleiil. per Carol. Reg. Sicu. To. V. Hist. Fr. p. 845.
(7>) W. Hc.la in Hist. Episc. Traject.
(i) Henry Knighton I. ii, île Evcnl. Aiigl. 21-9.
TOU
TOU
Pétris, racontant un autre tournoy en l'an 12il, Fuerunt autem ibidem mitlti tnm milites qitam armigeri vulnerali, et clavis cœsi, et graviter lœsi, eo qnod inridia multorum ludum in prœlium commutavit (l).
Les Histoires sont remplies de ces funestes accidens qui arrivoieut aux tournois. Raoul comte de Guines y perdit la vie au récit de Lambert d"Ardres (2). Robert de Hierusa- Icm comte de Flandres y fut blessé à mort (3).Geotl'roy de Ma,^neville comte d'Esses en An|,deterre y fut tué en l'an 1216 (4). Florent comte de Hainaut et Phiiippes comte de Bologne et de Clermont périrent pareillement au tournoy qui fut tenu en la ville de Corhie en l'an 122.3 (5j, comme aussi le comte (le Hollande à celuy qui fut tenu à Neumague l'an 123i- ((5). (îilbi'it comte de Perabroch en l'an 12+1 (7J. Hermand de Montigny chevalier anglois en l'an 1232 (8). Jean marquis de Biandebourg en l'an 1269 (9). Le comte de Clermont y fut tellement blessé qu'd en j)erdit l'esprit l'an 1279 (10). Louys fils du comte palatin du Rhin y perdit la vie en l'an 1289(11). Jean ducdeBrabantenranl29i(12).
Et plusieurs autres personnes de condition que je passe, dont les auteurs font mention (13).
Ces funestes accidents donnèrent occasion aux papes d'interdire les tournois, avec de griéves peines, excommuniant ceux qui s'y trouveroient, et défendant d'inhumer dans les cimetières sacrez ceux qui y perdroient la vie. Innocent II (II), Eugène III, et après eux Alexandre III, en concile de Latran de l'an 1179, furent lespremiersqui fulminèrent leurs analhemes, déclamant contre les tournois, et les afipellant (15) Detestabiles nundivas rel ferias , qitas vuhjo torneamenta vacant, in qiiibiis milites ex condicto conrenire soient, et ad ostentationem virium suaritm et audaciœ temere congrediuntur , unde mortes hominum et pericula animarum sœpe proveniunt. Ce concile ajoute ces mots: Et si quis eorum ibi mortuus fueril, quamvis ei pœnitentia non denegetur , ecclesiastica tamen careat septtltura. Innocent III (16) les interdit pareillement pour cinq ans sous peine d'excommunication. C'est ce qui
(!) Math. Paris, p. 383.
(2) Liimbcrt. Anl. p. 13.
(3 W. M ilinesl). 1. m Hist. Angl. p. 10.5.
(i) Math. Par. n. I9i.
(5) lo. Beka, \V. Ileda, lo. à Ley<lis 1. xxii, c. 16.
(6) Goilef. Mon. A. l:2*i. llist. Aicliiep. Rrein. p. 110.
(7) Maih. Paris p. 583. Malli. Wcstin. p. 303. (S) Malli. WesUii. f. 3(i«.
(i))Clir. Aiislnii. A. HGd. Clir. Cili/.ensc p. 813. (lO)Gesla Phil. III. Up^. Fr.
(M) Chr. Ausl. A. I-2S9.
(lil M;i?. <;iir. lielg. A. 1-201. Clir. de Klanl. Cil. 51. Malh. Wrsliii. A. {'l'Mi.
il5) Toni. Il Moiiii^l. Angl. p. 2iit, "22-2. l'i-liaitli. Kpisl. r:iinil. 75.
M. Clir. Relg. A 1210.
(li) Baron. A. 1 1 iS, n. \i.
(15) C il.l.al.
Il6) Toin. V lli.i. 11. p. 759.
a fait dire à Cœsarius (1) qu'il ne faisoit pas de difficulté d'avancer que ceux qui estoient tuez dans les tournois estoientdamnez: /)e///s qui in torneamenlis cadunt , nuHa quwstio fst quin vadanl ad inféras, si non fuerinl adjuti bénéficia contritionis. 11 parle ensuite d'une vision qu'un prestre espagnol eut de quelques chevaliers qui avoieiil esté tuez dans les tournois, qui demandoient d'estre secourus j)ar les prières des fidèles. A quoy l'on peut rapporter une autre vision, dont Mathieu Paris (2) parle en l'an 1227, écrivant que Roger de Toèny vaillant chevalier s'apparut à Raoul son frère, et lui tint ce discours : Jam et pœnas vidi nuilorum, et qaudia beatorum : nec non supplicia magna, quibus miser deputatus sum , oculis mets conspexi. Vœ, vœ mihi, quare unquam torneamenta exercui, et ea tanto studio dilexi. La grande Chronique Belgique (3) raconte qu'en l'an 1240 il se fit un tournoy à Nuis près de Cologne après la Pentecoste, où soixante tant chevaliers qu'ecuyers ayant perdu la vie, pour avoir esté [lour la plupart suffoquez de la poussière, on entendit après leur mort les cris des démons, qui y parurent en guise de corbeaux et de vautours, audessus de leurs corps. C'est donc des termes de ces conciles que les tournois sont appeliez par S. Bernard (4), l'autheur de sa vie (5), Caesarius (6), et Lambert d'Ardres, (7), nundinœ execrabiles et maledictœ.
Innocent IV n'apporta pas moins de rigueur pour abolir les tournois, que ses prédécesseurs (8). Mais ne pouvant en empêcher entièrement l'u.sage, il les défendit pour trois ans au concile tenu h Lyon l'an 1245, prenant pour prétexte qu'ils empéchoient les gentils-hommes d'aller aux guerres d'outremer. On prenoit encore celuy de la dépense que les chevaliers faisoient'dans ces occasions , que l'on tâchoit d'arrêter, aussi bien que toutes les autres, comme superflues, et qui les mettoient dans l'impuissance de fournir à celles qu'il leur faloit faire pour les guerres saintes. Lambert d'Ardres (9), Cum omnino tune temporis propler Dominici sepulcliri peregrinationem in toto orbe interdicta fuissent torniamenta. Et véritablement les gentils-hommes faisoient de prodigieuses dépenses dans ces rencontres, soit acause de la magnificence de leurs habits, et de leurs suites, et le prix de leurs chevaux, que i)arce qu'ils estoicnt souvent obligez d'entreprendre de longs voyages pour en aller chercher les occasions : ce qui a fait tenir ces paroles au cardinal Jacques de Vitry (lOj, au sujet des peuples qui soulïroient
(I) C.-esar. M.'isl. de Mirau. 1. xii, cap. 16, 17. (2l Malii. Par. p. 257. (5) M. Chr. Itcl. A. 1210.
(■1) S. Uern. Kp. 358.
(5) Theodcr. Ahh. in vita S. Boni. I. ii, c. II.
(6) Cx's:'r. I. vu, c. 39; I. xn, c. 17.
(7) Lambert. Ard. p. 13, 29.
(8) Malh. Par. p. i,55.
(9) LamlKTl. Anl. p. 2.50.
(10) Jac. de Vil. I. ii lll>l. Occid. c. 3.
TOU
TOU
infiniment par ces dépenses des seigneurs : Maxime cum eorum domini prodigalitati vacantes et luxui,pro torneamenlis et pomposa sœculi vanilaie expensis superfluis et debitis astringebantur et usuris. Et le même Lambert (1) parlant des prodigalilez d'Arnoul, le jeune seigneur d'Ardres, Licet extra palriam munificus et liberalis, et expensaticus diceretur , et circa militiam quidquid militantium et torneamentantium consuetudo poscebat et ratio, quasi prodigaliler expenderet.
Le pape Nicolas IV témoigna le même zèle pour éteindre les tournois, particulièrement en France, où ils se faisoient plus fréquemment que dans les autres royaumes, excommuniant ceux qui conlreviendroient à ces défenses (2). Et sur ce que le cardinal de Sainte-Cécile légat du saint-siége, quiles avoit fait i)ublier, en accorda la surseance pour trois ans à la prière du roy, il l'en reprit aigrement par la lettre qu'il lui écrivit, qui est insérée dans les Annales ecclésiastiques.
Clément V interdit pareillement les tournois (3), principalement acause du dessein qu'il avait défaire entreprendre aux princes chrétiens la guerre contre les infidèles. Sa bulle est datée à Peraen de Granfille, près de Malausane au diocèse de Bazas, le 11 de septembre, l'an 8 de son pontificat, de laquelle j'ay extrait ce qui sert à mon sujet : «Cumeniràin torneamenlis et justis in aliquibus partibus fieri solitis multa pericula imruineant animarum et corporum , quorum destructiones pb'rumque contingunt, iiemini vertilur in dubium sanœ mentis, quin illi qui torneamentafaciuni, vej fieri procurant, impediraentum procurant passagio faeiendo, ad quod homines, equi, et pecunia et expensœ fore necessaria dinoscuntur, quorum torneamentorum factura cura gravis pœnœ adjectione a nostris prœdecessoribus est inter-
dicla »
Mais l'ardeur de la noblesse esfoit si grande, pour les occasions qui s'offroient lie donner des preuves de sa valeur dans les temps de paix, qu'il n'y avait point d'anatheme, ni do bulle des papes qui en pût arrêter le cours. Ce qui a fait dire à Guillaume de Neubourg (1) : Licet solemnem iltum tironum concursum tanta sub gravi censura vcluerit pontificum auctorilas, fervor tamcn juvenum armorum vanissimam affectantium gloriain, gaudens favore principum prohalos liabcrc tirones volentinm , ecclesiasticcB pruvisionis sprevit decrctum. Et Henry de Knyghton (o) en l'an 1191 : Fiebanl interea ad lironuin exercitium intermissa diu torncamcnta , quasi bellorum prœludia, nonobstante papaii prohibitione.
Comme dune le iieril qui se trouvoit dans
(1) Lambrit. Ard. p. 107.
("2)0(1. Ueynald. A. l^TQ, n. 16, 17.
(5 Oiig.
(.4 W. Nciibr.
(5 ». KiiYgli. p. '2108.
les combats des tournois estoit si grand (1). que cela a donné premièrement sujet aux papes de les interdire sous les peines d'excommunication, l'on jugea aussi à propos d'en dispenser au moins les souverains, et les princes de leur sang, acause de l'importance de leurs personnes. Du Tillet (2) raconte que le roy Philippes Auguste prit au mois de may l'an 1209, le serment de Louys de France son fils aîné, et de Philippes comte de Bologne son autre fils, qu'ils n'iroient en aucun tournoy sans son congé, sous prétexte d'y faire signaler leur valeur, et d'y remporter le prix : leur permettant toutefois que s'il s'en faisoit quelqu'un près d'eux, d'y aller, sans y porter les armes comme chevaliers, mais seulement avec l'halecret et l'armet. Pétrarque (3), écrivant à Hugues marquis de Ferrare , dit qu'il n'appartient qu'à de simples chevaliers de se trouver aux tournois, qui n'ont pas d'autres moyens, ni d'autres occasions pour donner des preuves de leur valeur et de leur adresse, et dont la mort est de petite conséquence. Mais que les princes pouvans faire éclater leur courage en mille autres rencontres, et d'ailleurs leur vie estant importante à leurs peuples, s'en doivent abstenir.
Nous lisons neantmoins que souvent, non seulement les princes de haute condition se sont truuvezà ces exercices militaires, etqu'ils y ont combattu comme simples chevaliers, mais mêmes les empereurs et les roys. Nicetas [k] écrit que l'empereur Manuel Comnene avec les Grecs combattit au tournoy qui se fit à Antioche par le prince Raymond, et qu'il jetta par terre d'un seul coup de lance deux chevaliers françois, lesquels il renversa l'un sur l'autre. L'empereur Andronique Paléologue le jeune combattit en personne au tournoy qu'il fit à Didimotique, pour la naissance' de Jean son fils (oj. Edouard HI roy d'Angleterre combattit en un tournoy dans la ville de Clialon, comme j'ay remarqué. Froissart (6) dit que Charles VI, aux noces de Guillaume de Hainaut avec Marguerite (leBourgogne, solennisées à Cambray l'an 1385, jousla à un chevalier de Hainaut, qui s'appelait JSicole d'Espinoil. Le roy Frangois 1 et Henry VIII roy d'Angleterre, à k'ur entrevue qui se fit entre Ardres et Guines, l'an 1520, combattirent au tournoy qui s'y fit (7 . Enfin le roy Henry II jousta à Paris contre le comte de Montgomery, et reçut une blessure en l'œil, dont il mourut.
Les princes séculiers interdirent^ aussi quelquefois les tournois, mais pour d'autres raisons que celles qu'eurent les papes. Guillaume de Nangis (8) écrit que saint Louys ayant receu du pape, en l'an 1260, les nou-
(l)Favyn. Tom. 11, p. 1751.
(2) Du Tillet. p. 515.
(5) Peirarch. t-p. .id .Mardi. Fcrrar.
(t) Nicel. in .\laii. 1. m, c. 3.
[r,) iMcopli. Gieg. p. 510.
((j) Froiss. vol. II, c. loi.
(7) Ceri'in. de Fr. vol. Il, p. li,7>.
(S) W. .Naiig. iii S. LuJ. p. 371.