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les VIII et Louis XII. Ceux de la Chastrc, crioient, à l'attrait des bons chevaliers. Ceux (Je Tounion, au plus douz, c'est-à-dire plus épais, et au plus gros do la meslée.
La cinquième espèce est des crys de dèfy, dont nous avons un exemple en la chroni- ([ue de Bertrand du Guesclin, chap. ik, où il est dit que « le comte de Montfort lit un sien parent armer d'armes pareilles aux siennes propres, et portoit les hermines tout pleinement , et qu'iceluy alla moult orgueilleusement parmy la bataille pour son seigneur aidier en écriant , Bretagne où ès-tu Charles de Blois ; vien ça, je la te chalenge. » Les seigneurs de Chauvigny, cheualiers piennent.
La sixième espèce est des crys de terreur et de courage, comme ceux de Bar crioient, au feu, au feu. Les seigneurs de Guise et de Couche en Flandres, place à la bannière. Charles de France , duc de Normandie , crioit : au vaillant duc. Les ducs de Saint- Malo, Saint-Malo au riche duc : ce mot de riche signyfie, puissant. Comme en Espagne les seigneurs baunerets estoient nommés .••ijciennement, ricos hombres.
La sejjtième espèce est des crys d'événement, comme Jean le victorieux duc de Limbourg, comte de Louvain, changea le cry de guerre de sa famille pour en prendre un d'événement. Cliristojihle de Bulkens en parle ainsi : « Notre duc retourna plein de réputation et gloire en son [)ays, où furent célébrées processions, festes, triomphes, et l'uux de joie par toutes les villes; et quelque peu après il alla prendre possession de la duché de Limbourg qu'il s'estoit acquis à tant de despens, trauaux et dangers ; et tant estima la mémoire de cette notable victoire, que laissant le cry ancien de ses ancestres, qui étoit Louvain au riche duc, il j)rint pour cry de guerre, Limbourg à celuy qui l'a conquis. Celuy de Prye éloit (.'ant d'oiseaux , chant d'oiseaux ; parce qu'ils avoient chargé l'ennemi dans une embuscade où chantoient des oiseaux. Celuy de Vervin estoit, roussy à la merueille. Celuy de Vaurin, moins que le pas. Les anciens vicomtes de Bergues Sainl-Vino<;q, crioient, liergues à madame de Chasteaubrun. Borelwt en Flandres, crioit, Groeningevelt, Groeninge ■eelt, depuis que Jean de Borelwt se fut trouvé l'an 1302, le 22 mars, en la bataille de Groeninge avec 700 gentilshonnues, tous ses parents, amis, ou alliez. Bologne crioit, iiologne belle. Le cry des Allemans de Dauphiné, estoit, place, place à Madame. Je le crois cry de tournoy.
La huitième et dernière espèce est celle des crys de ralliement, comme estoit le cry de Subsainlegier, qui crioit les Fertiaux , parce qu'il portoit de gueules fretté d'hermines, voulant dire qu'on se range sous la bannière frettée. Le comte de Flandres crioit, Flandres au lion, à cause du lion de ses armes. Le comte de Gaures, Gaures, au fhappeler. Le sire de CuWeai, au Peigne d'or.
(1) Les coutumes particulières et les lùix municipales qui ont déféré aux aînez la prérogative de porter les pleines armes de la famille dont ils sont issus, leur ont presque toutes attribué en même temps le cry d'armes comme une dépendance de l'escu d'armoiries, avec lequel il est ordinairement placé, tant aux tombeaux et autres lieux, qu'en leursdéchilfremens etblazons fails par les herauds. Plusieurs ont ignoré l'origine, l'usage et la signification du cry d'armes, et ceux qui en ont touché quelque chose n'en ont pas écrit assez exactement : ce qui m'a portée en faire la re(-lierche, et de rapporter en cet endroit ce que les livres m'en ont appris.
Le cry d'armes n'est autre chose qu'une clameur conceuë en deux ou trois paroles, prononcée au commencement ou au fort du combat et de la mêlée, par un chef ou par tous les soldats ensemble, suivant les rencontres et les occasions : lequel cry d'armes était particulier au général de l'armée, ou au chef de chaque troupe.
Comme. le bruit que le tonnerre fait dans les nues, en môme temps que le carreau de la foudre vient à se lancer sur la terre, ajoute beaucoup à l'élonnement que ce météore a coutume de former dans les esprits : il en est de même des cris des soldats qui vont à la charge. Car ces voix confuses poussées avec allégresse, augmentent l'etfroy et l'épouvante des ennemis, qui les prennent pour des preuves indubitables du courage.
Ces cris n'étoicnt pas toujours des voix incertaines, et confuses, mais souvent articulées, et qui consistoient en la prononciation de quelques mots, par lesquels les so'Idats s'excitoient les uns et les autres à faire quelque action do générosité : les Germains et les Gaulois avoient coutume, avant la mêlée, de s'exciter à la valeur par certaines chansons, ou plutôt clameur, appellée en leur langue Barditus, du nom des bardes, prêtres gaulois (2j, qui suivant Ammian Marcellin, chantoient en vers, au son de la lyre, les actions vertueuses de leurs rois et de leurs ancêtres.
Cette coutume de chanter les loiianges des grands hommes devant les combats , s'est encore conservée sous nos roys françois, sous lesquels ces chansons estoient reconnues du nom de chansons de Rolland, parce que l'on y exaltoit les hauts faits du fabuleux Rolland, et dos anciens paladins françois.
Tel donc a esté l'usage des crys de guerre composez de quelques paroles, qui portoient les soldats à la valeur, et les excitoient à fondre généreusement sur leurs ennemis.
Quoyque ces cris fussent jiour le plus souvent dilferens en paroles, ils estoient nean'nioins conceus en termes d invocation ù la divinité. Ensuite de cette louable coutume.
(I) E\irait de Du Cango, dîsserl. 11.
(-2) Aniiii. Marc, I. xv.
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DICTION N.M la: IIKHM.DlyiE.
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les roys et les princes ont inventé dus cris (l'armes, qui leur ont esté particuliers, et .'i tous k'S sol<lnts de leur armée, pour estre proférez dans le comiiiencemenl ou dans le fort de la mêlée, d'où ils sont a[)pelez voccs fidei dans Ro.leric, arclieves(]ue de'J'olede(l); c'cst-h-dire des cris de coiiliance en l'assistance de Dieu; et s'il y en a eu d'autres, c'a esté ()our (jueli|ue rencontre ou excellens fait d'armes, qu'ils ont e.^lé choisis par quelques seij^nours |)arlinilieis.
Les François cjui se trouvèrent à la première conquête de la terre saiiite, avoient |Kiur cry gênerai ces mots : Adjiiva Detts , ou bien Eia, Dcus, adjuva nos (2). C'est de ces cris de t;uerre de ncjs ])aladins françois , et de nos coii(|uérans de la terre sainte, (|uo les ducs de Normandie ont receu le leur, conçu en ces termes : Diex aie, Dame Diex aie, par lesiiuels ils réclamoicnl l'assistance de Dieu, ces mots signilians Domine Deus, ailjuva : au lieu de (juoy quelques-uns ont jie'isé iju'ils signilioient, Noslre Dame Dieu aide acanse de Dame, cpii signilie en cet endiiiit Seigneur : ainsi les seig'ieiu's de Montriioreiicy avaient jiour cry, suivant un Provmcial nis. |3j : Dieux aieve, ou selon les autres : Dieu aide au premier chrestien. Quelques historiens en rapporteiil l'oii;4ine au premier sei^^neur de Mo'ilmorency, qu'ils nomment Lisoie, qui fut le premi -r des gentilshommes françois qui embrassa le cliristianisme avec lé roy Clovis, et qui fut baptisé par saint Remy. Ses successeurs ayant delà pris sujet de crier en guerre. Dieu aide au jiremier rhreslien, c.onuua estant un honneur deu à cette maison, d'avoir produit le premier ([ui ap'ès son prince ait quitté les erreurs du paganisme pnur embrasser la véritable reli,;^ion. La maison de Uaulfremont en Lorraine et en Bouigogne, avoit un cry semblable à celuy de Montmorency, les seigneurs de cette lannlle crians en guerre, Jtdulj'remnnl au premier ckreslicn, ainsi que nous ajiprenons de (pu'hpU'S Provinciaux, aruiisc peut-estie (|u'nn de cette maison fut le (ireiiiier d'entre les Doiirguignons (pii virirent s'établir en ces provinces, qui embiassa la foy chreslienne.
IMusieurs princes ont réclamé le secours de la très-sainte ^'iel■ge dans leurs cris , conmie les dues de Bourgogne, dont le cry estoit, Selon (Vj iMonslreiet, Georges Cliastellain, et (ineiipjes lierauds , Noslre. Dame lliiurfjogne. Les dues de Houibon (5j de la maison royale, crioienl Bourbon Nostre Dame, ainsi que nous aourenons de Jean
(I) Itod^r., 1. VIII, ilo Rcli. llsp , f. G.
Ci) l'"iilcli. Gesla Friiiic. cxpii;;. Hier., I. i, c. 2G. i-,.
|t) l'niviiici;,! iiis. riir. nis. ,\e tniiicr, pirl.iiit lie 1.1 |j:il.,illr ,1.- \Un\ws.
l'Iiil. .M..r. Doiililcl, ;iii\ Aiiliii. (le- S. D.iiv.s, 1. i. c. 17. ...
I'"ii\ incivil IMS.
(il .M.iiisir.'lri, vdl. I, c. i7. Ilisl. de J.ir. île L;il. r. II.
(•'•) D'Orroii., tu la \ie de Loeys, dut de Uoiii-:!. c. .'.O.
Dorroîiville, qui a écrit l'histoire et la vie de Louys troisième, duc de Bourbon. Les comtes di' Foix (1) avoient [tour cry de gui'ire Noslre Dame Bierne ou Bearn. La niais(»n de Vergy (2) ces mots, Vergy à Nostre Dame. Froissart fait mention do plusieurs seigneurs qui crioient Nostre Dame dans les combats. Le comte d'.Vuxerre crioit Nostre Dame Auxerre f,3j. Le connétable du t'iuesilin Nostre Dame (iueselin (V).L(! comte di' Sanreire, Nostre Dame Saneerre (")). Le seigiu'ur de Coucy, Nostre Dame au seigneur de Coucy (6) : même les roys de France, suivant l'autorité (7) d'une Chroniijue ms. qui linit au règne de Charles W, laiiuello dit i]ue le roy Phili[)j)es Augusti- à la bataille de Bovines , cria : Nostre Dame saint Denys Montjoie.
On ne lit point dans nos histoires que nos roys aient eu autre cry d'ariiKîS, (|uo eehiy de Montjoie saint Denys simplement. Nonseulement ils reconnurent ce saint pour ]>alroa de leur royaume, d'abord qu'ils eurent embrassé le christianisme iju'il avoit établi et cinn-nté par l'elfusion de son sang fi ftLjnlmartre; mais encore ils voulurent qu'il fût reclamé dans les condials. Les François crièrent Montjoie saint Dvnijs au siège de Damielte sous saint Louys, en la bataille de Furnes l'an 1297, en celle du P nt à Vendin l'an 130.'J, en la rencontre |)rès de Ravenberg, en la même année ; en la bataille de Mous en Puelle en l'an lîK!'», et celle de Casse! , suivant la Clironi.ine do F'iandres (8). Monstrelet (9j parlant des François, lorsqu'ils tirent lever le siège ()ue les An glois avoient nus devant Montargis , l'an i'ria, «ferirent vaillamment et de grande volonté sur les logis des Anglois, qui de ce ne se donnoient garde , crians Montjoie saint Denys. » F^t f> la jirise de Pontoise l'an liil, le roi Charles VII et Ions les autres seigneurs et capitaines « liront armer et habiil(T leurs gens , et les exliorlèicut, tous eux crians à haute voix, Saint Denys ville ga ignée. »
La dil'ticulté n'est pas aisée à résoudre pourcjuoy en l'invocation de saint Denys, jiation do la France, on a ajouté le mot do Montjoie. La plupart de ceux (pii en ont écrit (10), ont estimé (|ue le grand Clovis fut le [iremier ipii prit ces mots pour cry, lorsque s'estant trouvé en |ièril en la bataille qu'il livra aux Allemands h Tolbiac, il reclama l'assistance de saint Denys, et qu'il jirolesla d(! vouloir adorer îi l'avenir ; et do reconnoitre pour son Jove ou son Jupiter, s'il renqiortoit la victoire sur ses etniemis.
(I) l'roviiic.
(i) Ilisl. de la Maison de Vcrgv, 1. l, C. 5. (".) Kroissail, vnl. 1, c. \-lii.
(il Vol. I. c. -l-l-l, ±i:,,-l\i.
(f.) Vol. III, c. !).
(II) Nol. IV. e. 71.
(7) Clir. IMS. en la Itil). de M. de Mes. (S) C.lir. de Klaiid., .11. -i:.. r.i, .Vl, 15, 4i, C7, 95. (•■) Moiislirlel, \ol. Il, ;.. -,>, I8(i. (IOH(i)!i. C.eiial. raii.li t, aux Aiiti.i. .le Franco 1. u.c. 17.