‹ Dictionnaire héraldiqueChapitre 67 sur 236 · CUV · texte numérisé non relu

CUV

DlCTIOiNNAlUE

11 est bien vray qu'on liit qun Clovis recl.ima en cette occasion le Dieu que Clilotilde sa femme adoroit, et protesia que s'il remportoit la victoire, que ce seroit le sien : Kaoul de l'raesles semble convenir que Clovis fut le l)remier de nos roys qui |)rit le cry d'armes. Estienne Pasquier'se persuade qu'il est jikis piobable que le mot de Monljoie a esté pris au lieu de tna joie, par Clovis, ou celuy de ses successeurs qui le premier a choisi ce cry d'armes, par lequel il vouloit donner à comoitre que saint Denys estoit sa joie, son es|)oir, et sa consolation, et auquel il avoit toute confiance; Orderic Vital est aussi de ce sentiment. Mais sans faire tort à l'opinion de ces deux auteurs, j'estime qu'il y a bien \t\ns de fondement de croire que nos roys se sont servis d'un terme pur françois, que non |ias déguisé, coumie l'on veut se persuader, et que par le cry de Monljoie saint Deuys, ils ont entendu la montagne ou la colline de Montmartie, où saint Denys souffrit le martyre avec ses compagnons, sous Decius.

Doublet (1) remarque que la royale aboaye de Ssint-Denys a conservé |)Our devise de ses armes, ces mots, Monljoie saint Denis. La Chronique MS. de France de la Bibliothèque de M. de Mesuii'S donne pour cry au comte de St. Paul, à la bataille de Bovines, Monljoie à Chaslillon, qui estoit composé de celuy du roy, et de celuy de sa famille.

Les ducs de Bretagne avoient pour cry Malou, ou, selon ([uelques Provinciaux, S. Malo au riche duc. Mimstrelet, et Berry heraud d'armes, en l'histoire de Charles VU, disent que les Bretons, à la prise du Pont »ie l'Arche l'an IW3, criereni S tint Yves Bretagne. L'histoire remarque que Charles, duc de Bretagne, de la maison de Châtillon, ])ortoit une dévotion si particulière à ce saint, qu'il voUa d'aller nus pieds jusques à l'église de Triguier, où son corps répose, tiepuis le lieu de la Rochedarien, où il avoit esté pris en bataille. Froissart écrit (pie Bertrand du (juesclin, connétable de France et gentilhomme breton, crioit Saint Yves Guesclin.

Tous les cris de guerre n'estoient pas toujours congùs en termes d'invocation : car souvent ils estoient tirez de quelques devises des ancêtres, qui avoient leur origine de quelque avanture notable, ou de quelques mots qui marquoient la dignilé, ou l'excellence de la maison; ils estoient même quelquefois tirez des armoiries; et le plus ordina;rement le simple nom de la famille servoit de cry. Nous avons plusieurs exem|iles de la première sorte de ces cris énoncez en formes de devises, tirées pour J^i plûpait de quelque action généreuse, ou «le quel([ues discours de bravade tenus dans li}s occasions de la guerre. Ce sont ces cris qui sont appeliez par Guibert (2), abbé de Nogent, arrotjans varietas signoruin, lorsqu'il

(I) Double!, aux Amiq. de S. Denys I. i, c. 18. (,-) Guibert, 1. ii, G, 1.

HEKALDIQUE. CRY 244

parle de nos François qui alloient en la guerre sainte : Remota autem arroganli varietale signorum, hnmilitcr in bellis fidetiler- (jue conclamabant, Deus id vull. Ce qui fait voir l'antiquité de ces cris d'armes, et (ju'ils estoient en usage parmy nos François avant les guerres d'outremer : tel fut Te cry des comtes de Champagne et de Sancerre, Passavant li Meillor, ou Passavant la Thibaut, qui leur fut si familier, qu'aucuns d'eux le ])orterent en leur contreseel pour devise, comme l'on peut voir en un seau de Thibaut IV, surnommé le Posthume. Je réduis encore sous celte espèce de cris de guerre les suivans : le cry de la maison de Montoison en Dauphiné, à la recousse Montoison, que Philibert de Clermont , seigneur de Monloison, obtint du roy Charles VIII eu la bataille de Fournouë.

La maison de Cbauvigny en Berry, suivant l'auteur du Koy d'armes, avoit pour cry, Chevaliers pleuvent. Mais un Provincial ras. dit que le seigneur de Cbauvigny crie llicrusalem plainement.

Le seigneur de la Chastre, ci l'allrail des bons Chevaliers.

Le seigneur de Culant, au peigne d'or.

Salvaing Boissieu en Dauphiné, à Salvaing le plus Gorgius.

Vaud'nay, au bruit.

La maison de Savoye, crioit quelquefois Savoye, quelquefois Saint Maurice, et souvent Bonnes nouvelles.

Le seigneur de Rosière en Barrois, Grand joie.

Le vicomte de Villenoir en Berry, d la belle.

Le seigneur de Chasteau-villain, Chatelvilain'à l'arbre d'or.

Le seigneur d'Eternac, Main droille.

Le seigneur de Neufchâtel en Suisse, Espinarl à l'Escosse.

Le seigneur de Waurins en Flandres , Mains que le pas.

Le seigneur de Kercournadeck en Bretagne, En Diex est.

Ceux de Bar, oit feu, au feu.

Ceux de Prie, Cans d'oiseaux.

Ceux de Buves en Artois, Buves tosl assis.

La maison de Molac, Gric à Molac, qai signifie, silence.

Messire Simon Morbier, grand maistre d'hostel de la reyne de France, (ce sont les termes d'un Provincial] , prevost de Paris sous Charles VI, et grand partisan des Anglois, crioit Morhier de l'extrait des Preux.

Les chevaliers du Saint-Esprit au dioit desir, autrement de V Enn€u,o[i del Nodo, instituez par Louys de Tarenle, roy de Sicile, le jour de la Pentecoste, l'an 1332, après avoir crié le cry de leurs familles, crioienl le cry (Je l'o die qui estoit au droit désir.

Les anciens seigneurs de Preaui en Normandie (1) avoient pour cry, César Auguste.

11 y av(jit de ces cris de guerre qui marquoient la dignité annexée à la famille, dont le prince ou seigneur estoit issu. Ainsi les

(I) Traite iiis. (les anucs des familles de Noruiait.

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