‹ Dictionnaire héraldiqueChapitre 74 sur 236 · KM A · texte numérisé non relu

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mais encore ccllos de plusieurs chevaliers, comme nous raiiprcnd Froissard au liv. m, chap. 38, de ses Chroniques.

Le mot émail vient du latin malttun et smaltiim, d'où les Italiens on fait esmalle et les Espagnols smnito.

Les émaux du blason sont de deus sortes, métaux et couleurs. Les métaux sont au nomhre de deux seulement, l'or et l'argent, auxifuels on a laissé leurs noms. Les quatre couleurs, auxquelles on en ajouta plus tard une cinquième, sont le rouge, nommé en armoiries gueules; le bleu, azur; le vert, sino/j/e; le noir, sable; et une dernière couleur assez indécise et qu'on appelle pourpre. (Voir ces ditt'érents mots.)

Les Français sont les seuls qui se soient servis de termes particuliers pour désigner les émaux du blason. Les Anglais, qui ont occupé si longtemps une grande partie de la France, nous ont, il est vrai, imité en cela, mais les autres nations n'employèrent jamais que les expressions ordinaires à l'exception toutefois du mot azur, qu'on rencontre assez souvent chez les Italiens et les Esjiagnols.

En France, les deux termes les plus anciens sont azur et gueules; on les trouve souvent dans le tournoi de Clamecy qui est de 1285 :

Au chef des r.ins vi chevauchant Un chevalier preux eu saichant D"or et de gueules fu baii;iez Lanibiaux d'azur et bezaiitez.

Nous reproduisons ici la dissertation de Du Gange sur l'origine et l'usage des couleurs et des métaux dans les armoiries.

La cotte d'armes a esté le vêtement le plus ordinaire des anciens Gaulois: il estoit appelle par eux sagum{l], d'où nous avons emprunté le mot de saye ou sayon. Sa forme estoit comme celle des tuniques de nos diacres, et môme quelques-uns de nos auteurs lui en donnent le nom. Pour l'ordinaire elle ne passoit pas les genoux, ainsi que Martial a remarqué,

(2) Dimidiasque notes Gatlica palla tegit. Ils s'en servoient en temps de guerre pardessus la cuirasse, de même que les chevaliers françois de la cotte d'armes, qui a retenu cette appellation parce qu'elle se mettoit pareillement dessus les armes, à l'exemple des ancietis Grecs, qui usoient d'un semblable vêtement pardessus la cuirasse, appelle pour ce sujet smS'.ipaziStov, et jr£|Oi9MpaxiSiov,dans Plularque (3), duquel nous apprenons que son principal usage estoit à l'eii'et de reconnoître les cavaliers des deux partis. Il est l'ait mention de ces cottes d'armes dans quelques auteurs grecs du moyen temps, qui les appellent d'un terme grec barbare, tantôt (V) InÙMpixiov, tantôt jTravojù.iSavov, parce qu'on s'en revétoit par dessus

(I) BaylTde Re vest.

i2) L. I, cp. 97.

{T,) PIiU. in Arlax.

{i) Iligali. il Mciirs. lu opéra Cioss.

la cuirasse. Tzctzes les représente l'e dues ainsi qu'estoient les cottes d'armes (1).

Les François se servoient dans les commencements d'une sorte de vêtement, ou do manteau qui leur estoit particulier, qui, estant mis sur les espaules, venoit jusques en terre par devant et derrière, et par les cotez à peine touchoit aux genoux, ijui est la forme du manteau royal de nos rois aux jours de leurs sacres. Mais depuis qu'ils passèrent dans les Gaules, ils quittèrent cette sorte d'habit et prirent la cotle d'armes, ou le sayon des Gaulois, acause que leur usage leur semble plus convenable à la profession qu'ils faisoient de la guerre, et moins embarrassant dans les combats : Quia bellicis rébus aptior viderelur ille habitus. Ce sont les termes du moine de Saint-Gai (2).

Toutefois, comme la nouveauté plaît et que les François sont naturellement portés au changement, ils portèrent quelquefois les cottes d'armes plus longues, et jusques à mi-jambes, et même jusques au talon.

C'est ainsy que Nicetas représente la cotte d'armes du prince d'Antioche , seigneur françois, au temps du tournoy qu'il lit à Antioche h l'arrivée do l'empereur Manuel Comnene. « Il estoit, dit-il, monté sur un beau cheval plus blanc que la neige, revêtu d'une cotte d'armes fendue des deux cotez, qui lui battoit jusques aux talons : «fi^E/.ofts-

vo,- j^tTwva Siarr/iat'jv TroSuvjxn (3). » Et r lOlSSart

nous dépeint Jean Chandos, chevalier anglais, « aorné d'un grand vestement qui lui battoit jusqu'à terre, armoié de son armoirie, d'un blanc saint, à deux paux aiguisez de gueules, l'un devant, l'autre derrière (4).» La Chronique de Flandres, parlant de l'empereur Henry de Luxembourg : « Et fut monté sur uii grant destrier, et avoit vestu un tornicle d'or {tunica) a aigle noir et deux manches liées qui aloient jusques sur la main ; et ce tornicle luy pendoit jusqu'à ray-jambe (5). » Celte forme de cotte d'armes longue se remarque souvent dans les anciens sceaux. Saint Bernardaainsy parléde celles des chevaliers du Temple : Operitis equos sericis, et penctnlos nescio quos panniculos loricis susperijiduitis, depingitis hastas, clypeos, et sellas (6), etc.

Mais parce que cette sorte de vêtement estoit presque le seul où les seigneurs, les barons et les chevaliers pussent faire éclater leur magnificence, acause qu'il cachoit le surplus des autres habits et les armes, ils les faisoient ordinairement de draps d'or et d'argent, et de riches pannes ou fourrures d'hermines, de marthes zebellines, de gns, de vair, et autres de cette nature Et c'est dos cottes d'armes qu'il faut enten(n-e Albert, chanoine d'Aix-la-Chapelle, lorsqu'il décrit les accoutrements de Godefroy de Bouillon et des autres barons françois quand ils vic-

(1) Tzeiz. ad Hesiod. opéra.

(i) Moiiach. Sangall. I b. i, cap. 56.

(ô) Nicet. in Man. lib. ur.

}l\ Froiss. loin. !, cap. 277.

(5) Chron. de Fland. cbnp. 51.

(6) S. Bernard, in exhoit. ad niiiit.TenipU, cap. I

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DICTIONNAIRE UEHALDIQIE.

EMA

rent se pr(?sonter devant l'empereur Alexis Comnene, écrivant qu'ils y [larurent in splendore et ornatu pretiosarum restium, tant ex oslro quam aurifrigio, etinnirco opère hannillino.et exmardrino,grisioqae et varia, ijuibus (iollorum principes prœcijjiie utunlur (1). Kt ailleurs racontant une dc-laite des I>"ran(;ois, il dit que les intidèles j firent un graini butin, et emportèrent molles vestes, pelliceos varios, grisios, liarmellinos, mardrinos, ostra innumerabilia aura texla miri dccoris, operis, et coloris (2j.

L'abus qui se glissa avec le temps dans le port de ces draps d'or et d'argent, et de ces riches fourrures vint à un tel excès , liarliculièrement dans les occasions de la guerre, et aux voyages d'outre-mer, qu'on en interdit l'usage comme estant une dépense supei'tlué et de nul fruit. En celuy que le royPiiilippes Auguste, et Richard, loy u'Angleti rre, entreprirent l'an 1190, entre les ordonnances qui furent dressées, pour établir l'ordre dans la milice, il fut arrêté que l'on s'abstiendroit à l'avenir, du port de l'écailate, des peaux de vair, d'hermines et de gris, dont la dépense estoit immense, et plus vaine que nécessaire (3) : Statutuni est etiam qiiàd nullus vario, vel grisio, vcl sabellinis, relescartelis utatur. Il semble que cet ordre fut encore observé sous le règne de saint Louys , qui en ses voyages d'outre-mer, s'abstint de porter l'écarlate , le vair, et l'hrrmine, ab itlo enim tempore itnquam indutus est scarleto , vel panno viridi , seu bruneto, nec pellibus variis, scd veste nigri coloris, vel camelini , seu persei. Le sire de Joinville rend le même témoignage, écrivant « quonqucs puis en ses abils ne voulu porter ne menu vair, ne gris, ne escarlate, ne cstriefz , et espérons dorez (i) .» Et ailleurs il assure que tant qu'il fut outremer avec ce saint roy, il n'y vit pas « une seule cotte brodée. »

Connue cet abus continuoit, et qu'il n'y avoit personne qui no s'incommodAt pour se couvrir de ces pannes exquises , on fut obligé, en Angleterre, aux deux parlemens qui furent tenus à Londres, l'an 133i et I an 1363 (5), de faire défense à toutes personnes qui ne pourroient dépenser cent livres par an, d'user de fourrui-es. C'est ce qui a donné sujet à deux auteurs aleraans Je se plaindre de cette manie qui avoit cours de leur temps : Ad marturinam vestem anhelamus quasi ad summam beatitudinem{(i). C'estoit pariiculièrement dans les occasions de la guerre, où les grands seigneurs faisolent paroître leur magnificence dans la richesse des habits et des cottes d'armes.

(I) Albert. A(i.,iib. ii, cap. IC.

(2) ll.id., lil). V, c^ip. 20.

(3) Giiill. Nfuhi.

Iiii. III, cap. 22 ; Guill. de Naiic,, p. oit) ; Gauir. de lit-lluloc, cap. 8. (1) Joiii^dle.

(.'. Tli». \VaUiiig., in cdil. III.

(O) llclmoJ , lib. 1, cap. I. Ailaiii Brcni., c. 227.

Guillaume de Guigneulle, moine de Cliail-

lis :

Ou sont bannières dcsplolées.

Ou sonl byaumes el bacliinels, Tyiiilires el veslus velues, A or Lallu cl à argeiil, El à autre comiloieinenl (1).

Ce n'est pas pourtant que j'estime que l'on ait seulement commencé à porter ces riches fourrures depuis les guerres saintes : estant trop constant que les François en ont usé dès le commencement de la monarchie.

Eguinard écrit que Charlemagne estnit ordinairement vêtu à la françoise : Vestitu patrio, hoc est Francico utcbatur, et que durant l'hyver, ex pellibus lutrinis thorace confecto humeros ac pectus tegebat (2j. D'oij nous apprenons que les anciens François se servoient de fourrures dans leurs vêtements comme les autres peuples septentrionaux.

RutiliiisNumatianus(3),Claudian(4),etSiiloiiius (.o), nous représentent les Goths et leurs rois tout fourrez et estant appelez pellili reges. Le même Sidonius témoigne la même chose des Bourguignons (G). Odon de Cluny dit que Geraud, comte d'Aurillac, vestimentis pelliceis super vestibus utebatur, quia genus islud indumenti soient clerici vicissim et laici in usum habere i7j. A quoy se rapporte ce passage d'Yves, évesque de Chartres, écrivant qu'Estienne qui se vouloit conservc-r en l'évéché de Beauvais, avoit attiré la plupart des chanoines à son parti par le présent qu'il fit à chacun d'eux de ces riches fourrures: Quos sibi pelliculis peregrinorum murium, atque aliis hujusmodi vanitntum aucupiis inescaverat (8,'. Koger de Houeden dit que l'évesque de Licolne estoit obligé de présenter au roy d'Angleterre par forme de reconnoissance un manteau de martes zebellines (9).

Quelques savans se sont persuadez avec beaucoup de fondement que les heraudsont eraprunié de ces cottes d'armes les métaux, les couleurs et les pannes, qui entrent en la composition des armoiries. Le savant Marc Velser est un des premiers qui a avancé cette oj)inionen ces termes : Atque ego compertum habeo pleraque insignia quorum meri colores, ex militari primo habit u manasse : seu [quod hactenus eodem recidit) in militum saga migrasse ex clypeis (10). Henry Spelman, auteur anglais, l'a aussi touchée en son Aspilogie, lorsqu'il écrit que ces riches peaux ont donné lieu aux gentilsliommes d'en emprunter les couleurs pour les mettre dans leurs écus et dans leurs armoiries : Sœpenumero

(1) Giiill. de Guig.,en son roman nis. du Pèlerinage de rbuinaine lignée.

(2) Egiiiii, in Car. Magn.

(3) Kulil., lib. I.

(i Ilin. Claud. in Riif.

(5) Sidun., lib. vu.

((>) Sidon., lib. v, cp. 7.

(7; Odo Cliin., lib. ii de Vila S. Gcraldi, c. 5.

(!ij Ivo Carn., cp. 101.

(9) llovpd., au. M 9")

(10) Ycivcr lib. IV Itcr. Aiig.

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EICTIONNAIRE lŒUALDIQLE.

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pelles qitœdam,quibus alins ad honorcmet insignia induebantur proceres, cvlorem clypeis subministrant armellinorum el zebellinorum (l).Et après ces grands hommes, l'ua de nos auteurs françois l'a encore avancée, sans la prouver, non plus que les autres, écrivant que « c'est par les vestemens qu'on a introduit l'usage du blazon, c'est-à-dire, la pratique des métaux, couleurs, et fourrures, et les termes et les règles, particulièrement pour le comportement des armoiries observées par les herauz jusques en ce temps (2). » Cette opinion est tellement plausible, que je ne fais pas difficulté d'avancer que c'est etfectivement de ces cottes d'armes qu'il faut tirer la source et l'origine des métaux, des pannes, et des couleurs qui composent aujourd'hui les armoiries. Mais comme elle pourroit surprendre d'abord, si elle n'estoit accompagnée de preuves authentiques, je me pro|)ose de continuer cette dissertation et de prouver, que ce que nous appelions vulgairement couleurs en termes de blazon n'est pas une simple couleur, comme on a crû jusques à présent, mais une panne, ou fourrure ne plus ne moins que l'hermine et le vair, que l'on baplize de ce nom. Car quant aux deux métaux qui entrent dans les armoiries, il n'est pas bien dilîicile de concevoir qu'ils n'ont esté tirez que des cottes d'armes faites de drap d'or et d'argent.

Entre les peaux et les riches fourrures, dont les auteurs du moyen temps ont fait mention, sont celles de vair, d'hermine, de gris, de martres ou martes, et autres reprises dans les vieilles ordonnances du péage de Paris, sous le titre de Pelleterie dans la coutume de Normandie (3), dans le Compte d'Estienne de la Fontaine, argentier du Roy, de l'an 1331, qui est en la chambre des Comptes de Paris, et dans divers auteurs. Toutes ces fourrures sont reconnues vulgairement sous le terme général dépannes, qui est un vieux mot françois encore en usage parmy nous, pour marquer la fourrure, ou la doublure d'un manteau, et qui est particulièrement donné h plusieurs étoffes de sove, ayant le til long à guise de peaux, auxquelles elles ont succédé, l'usage des fourrures ayant cessé. 11 se trouve en toutes rencontres dans Froissart (4), Monstrelet (5) et autres auteurs de ce temps là, lorsqu'ils font undenombrement des meubles les plus précieux. Nos poètes l'emploient aussi souvent, comme le Roman de la Rose, Guillaume Guiart, Martial d'Auvergne en ses Arrests d'amour, le Reclus de Moliens et autres. Quelques écrivains latins l'ont tourné par celuy de pannus, et entre autres Geotfro}', prieur de Vigeois, en sa Chronique (6), en ce passage : Uarones tcmpore prisco munifici laryitores vilibus lUebantur pannis, adeo ut Eustorgius episcopus vicomes Lcmoviccnsis, et

(\) Spelin. Aspilûg., p. 76.

l'î) Charles Segoiiig en son Trésor liéraklique. (3) Coust. lie Noriii., cliap. 602.

(i) Froiss., tom. I, ch. 30; loin. Il, ch. 117; tora. JU, ch. 70.

(5) Monstrclel, lom. II, p. 78.

(0) Ch. 74.

vicecomes Combornensis arietinis ac vulpinis pellibus aliquoties uterentur, quas post illos médiocres déferre erubcscunt.

Je ne jirétends pas m'étendre sur toutes les riches fourrures dont les grands seigneurs se revétoient. Je me renferme seulement en la déduction de celles qui entrent dans la composition des armoiries, dont il y en a deux, qui passent, et sont reconnues sous le nom de pannes, sçavoir l'hermine et le vair; et les cinq autres sous le nom de couleurs, quoy qu'effectivement ce soit pannes, comme le vair et l'hermine, qui est ce que je prétends justifier après que j'aurai dit q lelque chose des deux premières que les herauds ont toujours qu;ilifié pannes et fourrures, acause peut-être que les pannes de gris, de gueules, de sinoiile, de sable et de pourpre estant simples de leur nature et sans mélange d'aulres peaux et de figures, elles ont passé avec le temps pour les simples couleurs dont on se servait pour les exprimer dans les écus; ce que l'on ne pouvait pas faire de l'hermine et du vair, parce qu'estant des peaux composées, ou du moins diversitiées par la couleur de leur poil, on a esté obligé de conserver leurs noms mêmes dans les blazons des écus.

L'hermine est un petit animal de la grandeur et de la forme d'un grand rat, et en effet est une espèce de rat, ainsi nommé par les naturalistes tant Grecs que Latins. Son museau est pointu et atîuroiiné , sa peau d'une extrême blancheur, à la réserve de l'extrémité de sa queue qui est noire.

Pline (1) écrit que ces animaux se tiennent cachez tout le temps de l'hyver dans leurs tannieres, et qu'ils onf le goût excellent. vElien (2) dit qu'ils ont une connoissance de l'avenir et que lorsqu'ils prévoient ouelque ruine de bâtiment, ils s'en retirent. 11 ajoute ailleurs, que dans une isle du Pont-Euxin, nommée Héraclée parce qu'elle étoit dédiée à Hercules, il y avoit un grand nombre de ces rats, qui avoient du respect pour cette divinité, ne touchant à aucune cnose de ce qui lui estoit consacré. Un heraud d'armes qui vivoit sous l'empereur Frédéric d'Austriche et Henry roy d'Angleierre, en un Traité qu'il a fait du devoir des herauds, remarque une autre propriété de cet animal, qui est, qu'il appaise les autres bêtes qui sont en dissension les unes avec les autres et que lorsqu'il ne peut les accorder, il se conserve dans la neutralité. Saint Hierôme parle en quelque endroit de l'odeur agréable des peaux de ces rats, odoris autem suf/itus, et diversa thymiamala amomum, cyphi, œnanthe, miiscus, et peregrini mûris pellicula (3j. Sigismond d'Herberstin, en sa description da la Mûscovie (4-), nous apprend qu'il y a des saisons de l'année où Us hermines ne sont pas si blanches ; et comme on les débite or-

(I) Plin., lib. vni, c. 57.

(•i} yEliaii., de Aniin. lib. vi, c. -40, 41 ; Var. hisU lib. 1, c. 11.

(3) S. Hier., lib. 11 conlraJovin.

(4) Pag. 44.

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DJCTIONNAIHE

diiiairemerit renversées, il y a des niar<iues à la teste et à la queiie qui font juger aux marchands, si elles ont esté prises en bonne saison.

La peau d'hermines a esté emploiée de tout temps à usage de fourrure, et a esté en grande estime parmy tous les pcuides pour son extrême blancheur. Les roys et les princes en ont usé comme de l'une des plus exquises, et s'en sont revêtus dans les giaiides cérémonies : et les grands seigneurs en ont fait des cottes d'armes, qu'ils ont portées dans les armées. D'abord on se contentoit de joindre toutes ces petites peaux et de les joindre ensemble , en laissant pendre les queiies, dont les extrémités qui sont noires formoient cette diversité de couleurs qui se rencontre en la panne d'hermines. Ces [leaux ainsi ajustées sont appeilées par Ammian, dans le passage que je ra|)poiterai incontinent, pelles sylvestrium murium consarcinatœ (1). Ce qui a donné sujet auxherauds de Llazonner l'hermine d'un seul nom, sans ex|iriiiiei' le blanc et le noir, la nature de cet animal estant telle, que sa peau est naturellement diversifiée de ces deux couleurs.

Mais depuis pour rendre ces fourrures plus unies, on a retranché les queiies, et on a moucheté cette grande blancheur de petits morceaux de peaux d'agneaux de Lombardie, ({ui sont fort noirs, avec une observation des distances; en sorte que ce noir ainsi entremesié servoit à rehausser la bl..ncheur naturelle delà peau de cet animal.

Kntre les peuples qui ont le plus usé de ces peaux, ont esté ceux d'Arménie, lesquels suivant l'autorité de Ju'ius Pollux, avoientun vêtement tout particulier, appelle par les Grecs pu^TÔî parce qu'il estoitfait de peaux de rats, qui naissent en ce pais là.

Apaevt'uv 0£ 6 (iU'..T6f , r, i/. u.\ii>-j -wv nup kÙtoTî <7uv-

uyao-pÉvGf (2). Alcuin semble avoir exprimé la force de ce mot, au poëme qu'il a fait deChariemagne, oii parlant de Berte sa fille, il dit qu'elle avait à l'enlourdu col une peau(iu'il appelle murina, c'est-à-dire une peau d'hermine ou de rats de Pont (3).

Laclea qiiippe ferunt pictiosam colla muriiiam. C'est de l'Arménie (jne ces petits animaux ont emprunté le nom qu'ils ont aujourd'huy ; car, comme ils ont esté appeliez premièrement rats de Pont, mures PorUici, non (jue C(! fust un rat de mer, ainsi que la ('olombiere a mis en avant en sa Science Héroïque ('^); mais parce que les peaux estoient apportées en Europe, ou de cette isle dont JEVian parle aux lieux que j'ai citez, et qu'ailleurs (5) il semble placer près de l'emhouchure du Danube, ou plutôt, ce ipii est plus probable, de la province du Pont en Asie; ainsi dans les derniers siècles, on les a nommez rats d'Arménie, ou du moins on a joint cet adjectif à leurs peaux, parce (pie

(I) Ammian., lih. xxxi.

(-1) l'oilllX, lill. VII, C. 1").

(.■>) Alniiii., Ilisl. Kr.,lom. Il, p. \'M.

(4 Pag. 4.1, M).

(5) l)c Aniin., lib. xiv, r. 2.1.

DiCTIONN. HiRAi Diyi r.

IIEUALDIQLE. EMA 29C

le débit s'en faisoit en cette province Ib, et acauseciuecesanimaux y prennent naissance: d'où vient qu'on appélloil ces peaux vulgairement peaux d'Arménie ou comme l'on parloit anciennement en France, peaux des Hennins ou d'IIermins, c'est-à-dire, des Arméniens, parce que ces peuples avoient coutume de s'en revêtir, suivant l'autorité de Pollux. Car en vieux François on disoit Hermenie au lieu d'Arménie, et Ilermens au lieu d'Arméniens. Ville-Hardouin parlant de Léon premier roy d'Arménie, ou de la Cil ici e, le qualifie de sire des Hermines, ou lui-même en quelques epîtres, qui se voient parmi celles du pape Innocent III (i), se dit dominus omnium Armeniorum. Tudebod (2) se sert toujours du mot d'Hermenii au lieu de celui d'Armenii. L'auteur de la vie de Louis lo Gros : Venerunl in auxilium soldant Iconiensis Turci duarum Hermeniartim (3). Froissart ('«•) se sert souvent aussi du mot d' Hermenie , au lieu d'Arménie; comme encore l'auteur du roman de Garin de Loherans :

Ge le donrai mon peliçon liemiin.

Et (lo mon col le maiilcl febeliii.

Et ailleurs :

Sire, assis l'ont Sarazin et Persent, Et llox et Hongre, et Herniin et Tirant.

Quelques écrivains Latins qui ont parlé des peaux d'hermines les nommenUiermcllincs, comme Pierre Damian (5), Albert d'Aix (6), et entre les recens, Paul Jove et Alexandre Guaguin en leurs descriptions de la Moscovie, d'un terme usité par les Italiens, pour signifier quelque chose venant d'Arménie : dont ils se servent encore pour exprimer l'abricotier, appelle par les latins malus Armeniaca lui donnant le nom d'armellino. Les Espagnols noumient les hermines, arminos, d'un terme plus approchant du latin armenia.

Or, il n'est pas sans exemple que les riches fourrures qui ont esté en usage parmi les grands, aient esté reconnues du seul nom adjectif des provinces où elles se debitoient et d'où elles s'apportoient, sans spécifier le nom ni l'espèce de l'animal. C'est ce que je vais faire voir incontinent, lorsque je parlerai des martes zebellines. Ce qui n'a pas esté seulement en usage dans les derniers siècles, mais encore a eu lieu dans l'antiquité. Car je remarque que ces mêmes peaux d'hermines ont esté autiefois appeilées peaux de B.ibylone, parce qu'elles se débiloient en cette capitale de l'Assyrie, qui est voisine de l'Arménie. Le jurisconsulte .Martian (7) en fait mention, comme aussi saint Hierôme (8j en l'une de ses épîtres. Le Glossaire greclatin dit que berevcnlanum estoit une espèce de peau de Babylone, B«eu).Mvj)(où (9).

(I) Apnd OJor. Itainal.

(^2) TmiIcImmI., lill. Il, p. 783, 781, etc.

(5) Gcstn i.ud. M, c. (j.

(■ii Froiss., lom. IV, c. 79, etc.

(;)) Pflr. Dam., lih. ii, op. 2.

(() AlluTt. A(|., lill. II.

7) L. Inlerdum, Ifi, S 7, D. de l'iihlic.

8i S. Hier., ep. ad l.a'laui.

9) Gloss. Gr. Lai.

WCTlONNAtKK IIFRALKlQrE.

^i"! nu

L'hisloire ms. de Beiirand du Guesciin parle du iliapde Benevont :

El gctla-on sur lui un drap de Bennivenl.

Un auteur Grec qui a fait un abrégé de la description du monde, dit que le trafic des peaux de Babvione, se faisoit en la Cappa-

dOCe: 'EuTTopi'/f OSTaÙTaç |3:).TiaTaj Travra^O" '■»."" TTSiv kOtov léyo-wsi. 5«(7un-gΣi<Ttv saBrjtrt' xa't (3«5u>'')-

v.x6v ■KéXktov (1), et jElian, en ses livres de la Nature des animaux (-2), fait assez voir que ces peauxestoient les mêmes que celles d'Arménie, écrivant que les peaux de Babylone estoienl peaux de rats et qu'elles se debitoient chez les Perses, qui les prisoient beaucoup, et en faisoient des robes ou des couvertures qu'ils appelaient /«wKxà; dont PoUux (3) et Auimian (4) font aussi mention ; les Grecs recons appellent encore à présent les hermines (5) TtovTwiv sans ajouter l'espèce de l'animal et non-seulement les hermines, mais encore toutes sortes de rats indilTeremment.

Les hermines ne naissent pas seulement dans l'Asie, et autres provinces de l'Orient, mais encore dans les pays septentrionaux. Justin, au 1. 2 de son Histoire, dit que les Scythes qui habitoient les terres occupées aujourd'hui par les Tartares et les Moscovites se servoient de peaux de rats pour vétemenis, ignoians l'usage do la lame : Lance usus ac veftium ignotus: et quainquam frifjoribus continuis ur(inlur,pellibits Uimcn fennis autmurinis vestiuntur (6). Ne faisant aucun doute qui n'ait entendu parler des peaux d'hermines, vcu qu'il est constant que la Moscovie et autres provinces voisines, abondent en ces animaux: et cecy est encore confirmé par AmmianMarcellin, lorsquil [)arle des Huns, que quelques auteurs qu.ilitient du nom de Scythes : Indumeniis operiutUur linteis, vel ex pelUbus silvestriwn nmrtum consarcinatis (7J. Martin Cromer (8) dit que les marchands polonais en font grand tralic. Paul Jovfc et Alexanare Guaguin asseurent le même des Lappons , et autres peuples tributaires du grand duc de Moscovie. Le juif Benjamin en son Itinéraire (9j; et Jean d'Orronville (lOJ en la vie de Louys III, duc de Bourbon, remarquent aussi qu il s eu trouve grand nombre dans les forêts de la Prusse. Alderesius, auteur de la Géographie arabe, témoigne qu'il y en a dans quelques forets de rAlrique(ll). Et enlin la Chronique ms. de Bertrand du Guesciin parle en quelques endroits des peaux d'hermines, qui

(1) Alipii Antioch. Geogr.

h) ^lian., deAuim., lib. xvii, c. 17.

13) Jul. Fol., lil). Ml, c. 13.

(i) Animian., lili. \ui.

(5) Moscopul., llî/ii ayiSmi.

!6) Corona preliosa. Jusliii., lib. ii.

7) Animian., lib. xxxi.

81 Croiner., liv. i Polon.

(f)) Benjamin., in lliner. exliemo.

(10) OiTOiuille, c. 25.

<H1 Geosif. Nubiens., p. 9.

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