‹ Dictionnaire héraldiqueChapitre 75 sur 236 · F.MA · texte numérisé non relu

F.MA

s'apportoient des i)aysnnpartcnaiis aux Sar-

razins :

Vcslus nioull noblemenl de sendaure et d'orfrois, El de beaus dras ouvers d'Hennins sarazinois.

Je ne veux point m'arréter à ce qui regarde le blazon de l'hermine, parce qu'outre que cela est hors de mon sujet, cette matière d'ailleurs a esté traitée amplement par tous ceux qui ont écrit des blazons. Je remarque seulement que l'hermine estant Tarmoiriedes ducs de Bretagne, en esloit aussi la devise. Bretagne, roy d'armes, décrivant l'enterrement du cœur d'Anne, duchesse de Bretagne, dit qu'à l'entrée de l'église des Carmes oi^ il fut déposé, il y avoit un grand écu party des armes de France et de Bretagne, couronné de deux couronnes, et enrichi d'une cordelière d'or (1). « Au dessous dudit escu il y avoit une ermine faite près du vif, ayant un fanon d'ermines au col, passante e'stoit sur une mote de verdure (que la Colombiere a mal pris pour de Teau) et diso.t celle dite ermine, à ma vie, qui est l'antique mol dunoble pays et duchéde Bretagne. » Ce mot n'est autre, si je ne me trompe, que lo cry de guerre des ducs de Bretagne , n'ayant rien de commun avec l'hermine, quoique je n'ignore pas qu'ils ont encore crié, saint Yves on saint Malo : se pouvant faire qu'ua comte ou duc de Bretagne s'estant vu en péril dans le combat, avoit imploré l'assistance des siens, en criant que l'on en vouloit à sa vie : mais cela n'est qu'une pure conjecture. Chiftlet remarque encore que Frédéric d'Arragon , roi de Naples , institua l'ordre de l'Hermine en l'an 1497, qui pendait à un collier d'or (2). Voilà ce que j'ai remarqué de l'hermine : maintenant il faut dire quelque chose du vair avant que de parler des couleurs qui entrent en la composition des armoiries.

Tous les auteurs conviennent que le vair a esté une des plus riches pannes ou fourrures dont les princes se soient revêtus. Nos herauds (jui le reconnoissent et l'admettent dans les armoiries, avec l'hermuie, le représentent comme parsemé de cloches, les unes eu leur forme naturelle, les autres renversées jointes ensemble. Cœsar Vocellio, auteur italien, décrivant les habits et la robe d'Ordelofe Paliero, qui estoit doge de Venise en l'an 1083, dont k ligure se voit sur la porte du trésor de l'église de Saint- Marc de la même ville, dit que la robe de ce duc est fourrée de peaux de vair, qu'il représente comme le Papelonné. Voici les termes de cet auteur pour faire voir l'estime que l'on faisoit de ces peaux anciennement. « // manto dungue era di seta frigiato d'oro, et fodrato di vari pelli , elle in guei tempi eruito di yrandissima stima, et di qui nasce elle l'anni et l'insegne di moite famiylie nobili, fanno oltre le altreeose qiieste pelli, chu

chiamario vari, et percio si vede, elle l'anti-

(1) Cérémonial do France, première édil., p. 139. ri) Cliilllel., in Anast. Child. c. il.

DlCTlONNAinE HERALDIQUE.

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chi pitl'iri i/ualunç/ue volta'volevano ritrar yualche gran personar/gio (Il auttorità ; lo depingevano ordinnrinmerite con u« manto fodrtilo (li gupsle pclli (1).

La plupart (les auteurs (2) écrivent que le vair n'est autre c!iose qu'une fourrure composée de petits morceaux de [leaux d'hermines, et de celle d'une betelletle, nommée gris, lesiiuels estant découppez et taillez artisteraent en triangles, représentent la figure de diverses cloches renversées les unes con- Irc 1 s autres, les droites estant de gris, les renversées d'hermines, au nioyei de ce (pie le poil venant à s'eslargirau bas du triangle, et à semesler l'iui i)army l'autre, il prend la figure de la cloche, ou d'un verre, d'où quelques unsont pensé que celte [)elleterie avoit ]ms son nom : de là on infère qu'au blazou du vair, aussi bien cju'en celui de l'hermine il n'y a point de fonds, c'est-à -dire qu'il n'y a aucune |iièce chargeante ni semée: l'argent qui est emploie i)Our marquer la blancheur de l'hermine; et l'azur que représente le gris, auquel cette couleur tire plus que [lar une autre, estant vair : bien qu"im[)roprement on prene aujourd'huy l'azur pour le vair, comme l'o'i fait les mouchetures noires pour les hermines.

Ces mêmes écrivains (3) ajoiltent que c'est pour cela que le nom de vair a esté donné è cette pelleterie, acause de sa variété, estant diversiliée de peaux de différentes couleurs, de même que parmy I s Latins {'*), vcstis varia dicebalur, i/uœ erat discolor, dhersisqiie coloribus constilii. Car, suivant le dire de Ciceron (5), rurnfas, verbiim lati/ium est, idque proprie qmdein in disparihus coloribus dicitur. Ceux de Babylone .semblent avoir esté les premiers qui ont inventé ces sortes de fourrures marciuetées et diversifiées. Zonare raconte (jue Sapor roy de Perse, qui vivoit du tem|)s du grand Constantin, ayant fait voir à son fils Adanarse, alors jeune enfant, une superbe tente qui luy avoit esté envoyée de Babylone, faite de peaux d'animaux qui naisseni en ce pays là, artistement diversiliées et marquetées, il lui demanda ce qu'il luy semblait de ce riche présent : à juoy Adanarse lit repon.«e, que lorsqu'il seroit roy, il feroit faire un pavillon sans comparaison plus exquis, et qu'il le ferait faire de peaux d'hommes. Ce ([ue cet auteur rapporte de ce jeune prince pour un présage de sa cruauté, qui luy lit perdre le royaume dans la suite du temps : et faisant voir d'ailleurs en cet endroit, que ces peaux de Babylone estoient de diverses couleurs et comme

marquetées : tzii»>) ;roT£ tw ■nu.-U SiEzofiiarOi) iv. Ba- 6uXû»of oipiiv.<itJ éy/'afiioi; noi/.tki)xetJO-i ttfr/an-

liévn (6). S. Hieiôme, si nous croions quel-

(1) Cicsarc Vetellio, ilc gli liabili anliq. cl modcriii (ici inoiido, p. a.

(i) Kaiichel, du Clicval. liv. i, c. 2.

(3) La Uoche-Flaviii, liv. x, c. 2o, n. I.'i. Fauchel ei autres.

(4) Anl. Ttjylcsius, de Coloribus, c. 1.5. Alcial. Parerg. 1. ii, c. 1.

(5) Cicer. de Finib. lib. n.

(0) Zonar. toiii. III, p. 1 1.

ques-uns, écrivant à La>ta, a parlé de ces peaux marquetées de Babylone, pro gemmis et serico divinos rodices amet, in qitibus non auri et pellis ISahylonirœ vermiculnta piclura, sed ad fidcm placuil emendata et erudita dislinrtio (t). Mais je ne doute [las que ce passage ne doive eslre entendu du parchemin ou du velin de ces livres, que l'on ornoit de figures, de peintures et de mignatures : car suivant l'autorité de Pline, colores ctiicrsos . picttirœ inlejcre Babylon maxime cclebraviC et nomen imposiiit (2). Quoyqu'il en soit, ayant justifié cy-devant (jue les peaux, dont ceux de Babylone faisoient des robes et des couvertures, estoient de rats; et Zonare écrivant que la tente de Sapor estoit composée et marquetée de peaux du pays ; il est aisé de se [)ersuader qu'ils ont esté les inventeurs du vair , qu'ils composèrent des peaux d'hermines et de gris, qui sont des animaux qui naissent ordinairement sous les mêmes climats. Quelques savants rapportent à ce sujet un passage de Callixene , dans Athénée (3); mais, selon mon sentiment, cet auteur semble parler des tapis de Perse diversifiez de couleurs et de figures d'animaux, appeliez parPlutarque SaniStç ('*).

Monet, en son inventaire des deux langues, écrit que le « vair est une espèce d'écurieu de poil tiiant sur le colombin par le haut du corps, et blanc sous le ventre : dont la peau, se dit-il , sert de fourrures aux manteaux des rois, laquelle on diversilie en ipiarreaux. et tavellures de colombin, et de blanc , ores de plus grand, ores de moindre volume, qu'on appelle grand vair ou petit vair. » l'n auteur de ce temps (5) parlant des Moscovites, dit qu'ils sont pour la plupart marchans , et font trafic de peaux de mai tes zeb^llines, et de rats musquez, qui est, ce dit-il , nostre ancien menu ver, dont les roys et les grands portoient autrefois des fourrures. Aux Comptes d'Estiennedo la Fontaine, argentier du roy, des années 13i9, 1350 et 13ol, au chapitre des pannes, il est souvent parlé « de ventres de menu vair. » Du Pinet, en sa traduction de Pline, semble donner le nom de rosereaux aux menus vairs. Mais quant à moy, j'estime que ces animaux, dont tous ces auteurs parlent, ne sont autres que les gris, que le juif Benjamin, suivant la traduction d'Arias Montanus, a[)pelle d'un seul mot veergases ou vairsgris , écrivant qu'il s'en trouve un grand nombre dans les forests de Bohême : Kegio omnis montosa est, silrisque fréquent issima, in quibus animalia illa inreniunlur, quœ veergases dicuntur, eœdemque zibellinœ dictœ (C). La traduction de Constantin l'empervur porte : veergases , alias maries Scyticœ , où toutes fois ces derniers mots semblent cstre

(I) S. Hier., ep. ad L:rlara.

(•2) l'Iin., lib. vMi, c. iS.

(5) Alhen., 1. iv.

(i) Plut., in Agesil.

(5) Jean le Laboureur, en la relation du vojage de 1.1 reyne de Polo;;np.

(C) Benjamin., in Ilin.. p. Ht, eJil. 1 Uni.

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(les traducteurs , car les zibellines ou les martes sont différentes des gris. Rolandin, en sa Chronique de Padoiie (1), fait état des vairs de Sclavonie; neantmoins les peaux de gris n'ont pas esté estimées si riches que celles de vair. Le Cérémonial romain, parlant des chappes des cardinaux, dit que : a tjuarta feria Majoris Hebdomadœ nsque ad Sabbatum Sanctum , solebant uli cappis suis obscuris cum pellibus de griseis, et non de variis, etc. (2).

Nos derniers herauds (3), (c'est ainsy que je nomme les auteurs do notre temps qui ont traité des armoiries) , écrivans au sujet du vair, disent qu'il y a une sorte de vair dans les blazons, qu'on nomme beffroy de vair, ce qui est lorsque le vair est représenta en figures plus grandes , et qu'il y a moins de t.ails. Je voudrois qu'ils m'eussent cité quelque auteur de considération pour leur garand; car trouvant cette expression impropre, j'aurois peine à la recevoir. Je sçay bien que Claude de Saint-Julien, en ses Mélanges historiques (4), parlant de la maison de Baulfremont , dit qu'elle porte des armes parlantes, sçavoir des Beffroysmont , c'est-àdire beaucoup de beifroys : « Surquoy il faut noter, dit cet écrivain, que ceux se tiompent, qui blasonnent les armoiries de Baulfremont , vairées d'or et de gueules. Car le vray blazon est semé de beffroys, ou bauffroys sans nombre. » Termes qui font assez voir que les betî'roys sont différons du vair, qui est une panne ou l'autre est une cloche. Car ainsy qu'il dit au même endroit , « le mot de beffroy signifioit anciennement une grosse cloche , qui picquée donnoit bel effroy, c'est-à-dire grande frayeur. « Ce n'est pas pourtant que je voulusse admettre cette définition du beffroy, ne me souvenant point d'avoir leu ailleurs que la cloche du bed'roy ait esté nommée beffroy, qui estoit un noin donné ordinairement aux tours de bois, dont on se servoit anciennement pour faire les approches lorsque l'on assiegeoit une place, ainsy que j'ai amplement justifié en mes observations. Il est vrai neantmoins que Dominici (5) a traité de cette façon de parler, battre le beffroy, c'est-à-dire sonner la cloche de betfrov : et Eslienne Pasquier (6) dit que le mot de beffroy est corrompu au lieu d'effroy, et que sonner le beffroy en une ville, n'est autre cho^e que sonner ieffroy.

Quoyqu'il en soit, il est fort probable que le vair a esté distingué du gris, en ce que le vair estoit de peaux entières de gris, qui sont diversifiées naturellement de blanc et de gris, ces petits animaux ayant le dessous de ventre blanc et le dos gris, de sorte qu'estant cousues ensemble sans art , elles foruioient une variété de deux couleurs. Mais depuis on en a usé comme aux hermines qu on a tavellées de petits morceaux de peaux

{\\ Roland., 1. n, c. li.

(2j Cérém. Rom., I. m, p. 3â3 b.

(5) Gillierl de Varennes. La Colomb.

(4) Mélanges liisl., p. 335.

(b) Au Traité du Franc-aleu.

<6) Pasquier, en ses Recli., 1. vni.c. G2.

noires, au lieu des queues qui faisoient le même effet : car on a composé le vair des dos de gris, et des peatix des hermines , qu'on a ajustées en triangle en égale distance, ainsi que j'ay remarqué ; et comme pour exprimer le vair dans les armoiries, on s'est servi de deux couleurs, savoir de l'azur pour dénoter le gris , et de l'argent pour marquer l'hermine : ainsi pour figurer le gris, dont on se servoit dans les cottes d'armes, on a em[iloyé l'azur dans les écus et les boucliers, la couleur grise, qui a emprunté son nom de celle du dos de cet animal, estant une couleur qui tient également du noir et du blanc, appellée par les Grecs {l)y«(of, qu'un grammairien

grecdefinit ainsi : y«toj h pÉTOv JeOxou xai y.ù.maç,

d'où on a formé ensuite le mot de Isuxoî-aioi qui est une couleur entre le blanc et le brun, qui n'est autre que la grise : Pline (2) et Martial (3) se sont servis de ce terme qu'ils ont latinisé. 11 y en a même qui estiment avec beaucoup de fondement que la couleur a[)pellée pseudo-factinus , eu la Vie de S. Grégoire le Grand , pape (4) , n'est autre chose que le gi-is , n'étant pas tout à fait blanche, et tenant du brun, de même que dans Marcellus Empiricus, la couleur du poil du lion esl a\>Y)e\\6e pseudo-flavus (5), parce qu'elle n'est pas absolument jaune, colore pscudoflavo, quasileonino. Cet auteur seplait à cette manière d'ex[)ression, dans lequel, pseudocalidus , et pseudo-liquidus (6), c'est ce qui n'est qu'à demy-chaud , et à demy-liquide. La seconde couleur qui entre dans la composition des armoiries est le gueule. Ceux qui n'ont pas pénétré dans la véritable signification de ce mot, se sont persuadez qu'il venait de gula, ou de la gueule des animaux, qui d'ordinaire, paressant sanglante, exprimoit naturellement le rouge. Mais soit que cette pensée ait quelque [irobabilité, il est constant que le gueule estoit une espèce de peau teinte en rouge. Saint Bernard nous l'apprend formellement en l'épitrc qu'il écrit à l'archevêque de Sens, en ces termes : Horreanl et murium rubricatus pellictilas, quas gulasrocant, nianibus circumdare sacratis il) . Donnant à connoître, par celte manière de parler, que ces peaux estoient de rats, c'està-dire de rats de Pont ou d'hermines teintes avec artifice. Brunon, qui vivoit quelque temps avant saint Bernard, a ainsi parlé de de cette espèce de pelleterie en son Histoire de la guerre de Saxe : Unus ex illis cujusdamnobilis ex curia crusinam giilis ornatam, quasi fartim prœcidil (8). Le mot decrusina (loiit Ditmar (9) se sert encore au 1. 5 de son Histoire, signifie une espèce d'habit fait de peaux, et est un terme des anciens Saxons. Le Glossaire d'yElfrit, mastruca,vel maslruga

(I) Basil., de Exercit. çrarn.

(iJ)Plin., lib. x\xn, cfo.

(5) Maniai., lib. i, epigr. 97.

(4) Joan. Diac, I. iv, c. 83.

(h) Marcel. Empir. c. 8.

(6) Cap. 5 ex uli.

(7 Epist. a.

(8) Rer. Germ. Frelicri, loin. I, p. 135. (0) Dilmar., lib. v, p. \>i.

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PK.TIONNAIRE HERALDIQUE.

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crusne: et celui de Somncr, Criisene, tunica ex ferinis pellibus, mastruca. Anastase, bibliolhequaire , en son Histoire ecclésiastique (1), après ïlieophanes (-2}, semble faire lueution de ces peaux roug'es zix/tva ôfoaàT « pelles coccinœ, qui sont peut-estre celles que l'erapereur Constantin Porphyrogenite appelle Siçiixxix i)nBt;i. (31, n'est que ces peaux ne soient peaux corroiées et teintes en écarlate, que Roger de Hoveden appelle cordoiian vermeil (i), et dont parle Corippus, lorsqu'il décrit la cliaussure des empereurs de Conslantinople (5) :

Cruraque ptiiiiceis iiulu.rit reqiii vinclis, Parthka campaiw dedcrant ijuœ terijura fuco.

Guillaume de la Fouille, parlant de ces botines impériales (6) :

Assiimilur imjieriiilh Purpura, pes deiler decoratur pelle rubenti, Qua sulel, imperii qui cnriim suscipit, uti.

Tant y a que le Reclus de Moliens, en sa })atenostre ms., semble dire que l'on se servoitdes peaux de martes pour les teindre en rouge, les appellent sabelines engoulées, en tes vers (7) :

En icls eiivres régnent Deables, Au règne noslre (^realour, , ^e gardent iule chu Seignour, Qui tant ont (Iras outre raison, Cote, surcol, blancliet, plielion, Houches, niantaus, chappes fourrées, De sabelines engoulées.

Ce qui se nourroit encore entendre des martes blanches, dont Adam de Brème (8) (larle en quelque endroit de son Histoire, qui naissent dans la Norvège. Le roman de Garin donne la même epitliete aux hermines ; ce qui justifle qu'on se servoit aussi des hermines pour les teindre en rouge :

SI et vestu un Hermin engoulé.

Ailleurs :

Et pardessus un hermin erigolé.

Il est parlé, dans la vie de saint AVo-pliclmc, abbé, des peaux de béliers rougies, pelles rubricalœ arielum (9). Depuis, jjour exlaimer cette es{iece de pelleterie dans les érus et les boucliers, on s'est servi du vermeillon. Jean de Sarisberg : Si autem minium colorve alius, quocumque iclu casuve, u clypeo ejccidit, hoc garrula lingu(i,si lictieril , memoriale faciC in sœcvlum sœcun ,10).

La troisième couleur dont on se sert dans les blazons est le sable. Guill. Guiart, eu Jan 130i.

(1) Anasl., Hist. errl., p. 178.

(2) Tlinophan., p. 4-2-2.

('>) Cunstanllii., de Adin. iinp., c. G. {i) Hoved , p. 7i:>.

(tt) Coripp., ili; Laud. Just., Ijb. il. ((>) Guill. Apul., lil). I RiTuni Norni.

(7) Le Reclus de .\l(dicns.

(8) Adam. Brom., e. 259.

(91 Conrad. Monach., in Vila \V<)l|ilionii alib., »\»i>\ Sur. 20 April.

ib») Joaii. de Sarisb., IVrlu r. lib. M, (. '1.

Es pennonciaus et es bannières.

Dont II vent tient maintes enverses, Reluisent les couleurs diverses.

Comme or, azur, argent et sable.

Ceux qui ont esté puiser l'origine de ce mot dans le sable noir, dont Vitruve (1), Paîladius(2), et Thwrocz (3), en son Histoire de Hongrie, ont parlé, se sont notoirement mépris; car ou doit tenir pour constant que le sable est une espèce de pelleterie. Philippes Mouskes, en la Vie de Louys \U], autorise assez cette pensée par ces vers :

S'il y avoit assés encor De rices dras battus à or.

De dras tains, et d'escarlate, Detranciés à grans barales,^ Sables, ermins, et vairs et gris, Asjouvenciaus, et as viousgris.

Un judicieux auteur de ce temps a avancé avec beaucoup de fondement que le mot de sable a esté formé de martes zebelines, (]ui de leur nature sont noires (1) : Sabulum vero tjiiod est nigrum, non a sabulo deflexum, se.d a muribiis Ponticis yiigri coloris, quod vacant martres sabelinas vcl sabiilinas. Quoique cet auteur n'ait avancé cette opinion que par simple conjecture, sans l'avoir autorisée d'aucun passage; et qu'il se méprenne, en confondant les rats de Pont avec les martes ; si est-ce qu'il n'y a pas lieu de la révoquer en doule, après ceux que je viens de cotter. Et quant à l'origine de ce mot, j'estime que les martes furent surnommées zebelines ou sabelines, acause de Zibel, ou Zibelet, ville maritime de la Terre-Sainte, appellée par les anciens Iliblium (5), et située entre la ville d'Antioche et lo château d'Archas, oià elles se débiloient, et d'où elles estoient apportées en Europe. Et comme les rats de Pont furent simi)k'ment noiumez hermines, parce que les peaux de ces animaux se débitoient eu Arménie, il en est ariivé de même des martes, dont les peaux ont esté nommées zebellines, de la ville de Zibel, et en terme plus court, zeble, ou sable. Guillaume de Neufbourg les appelle sabetlinœ (G) simplement comme encore Arnoul de Lubec en ce passage : Regina cuilibet milili addidil pelles varias, et pelliculam zubcllinam (7). Le roman de Garin :

Or te donrai mon pelieon hermin.

Et de mon col le niaulol sabelin.

Jacques Millet en la destruction de Troie : Si est le cbamp fait de broudure De linc marte sabeline.

Cette peau est nommée par Pierre Dami.in peltis gibellinica, à l'endroit où il i)arle d'iui ecclesiasli(iue mignon : Hic ilagne nitidulits et semper ornatus inccdebat, ita ut caput

(1) Vilruv., lib. n, c. l.

h) Pallad.,dc Re rust., I. i, c. 10.

(5) Tli\vroez.,|)art ii, c. Ij.

(4) Dadin do Allafcrra, de Due. et Com. Proviii., I. III, c. 5.

(.")) Sanul.

(«)\Vill. Neub., I. m, t. 2-2.

Ci) Arnol, I.iib., I II, c. ;>.

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DICTIOJ^NAIRF. IIEIIALDIQUE.

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cjus nimijuam nisi gibcllinica pcUis obtegeret (i). Il entend parler de laumuce dont il se couvrent la tc^ste.

Il n'est pas aisé de découvrir rorigine du mot de sinople, dont les herauds se servent pour désigner la couleur verte dans les blazons : car la Colombiere s'est trop mépris, quand il a dit que le sinople estoit une espèce de craie, ou minéral, qui est propre à teindre en vert, et qui se trouve aux environs de Sinope, ville d'Asie, d'autant que le sinopis, dont il a entendu parler, est une craie rouge qui se trouve aux montagnes de Sinope, comme nous apjirenons d'Auger Busbecq [-l) en son Itinéraire d'Amasie, avec lequel neantiuoins Dioscoride (3) et Eusiathius (4) ne s'accordent pas, remarquans qu'elle ne naît point vers Sinope, mais qu'elle s'3' apportoit de la Cappadoce (où Pline (5) et Strabon (G) écrivent qu'elle croît), et qu'elle s'y débitoit. Quoiqu'il en soit, tous les auteurs conviennent que le sinopis es!oit une espèce de vermeillon. Il est apiielé'Aefauptu fiUro; (7) par Dionisius, et par Dioscoride uiXto? Iivjjîrtzii. Terentiauus Maurus confond toujours le vermeillon avec le sinopis : car, où il a dit (8), instar tiltili fulgidula notabo milto , ailleurs il dit, ex ordine fulgens cui dut locum sinopis; et plus bas, tilulus prœscribcl iste discolor sinopide. Marcellus Eaipiricus (9) confond aussi le sinopis avec le mirtium, ou le vermeillon. Il est bien vray que Vitruve (10) fait mention d'une craie verte qui croît en divers lieux, et particulièrement à Smirne : mais elle n'a rien de comiTiun avec le sinopis. J'avoue aussi que je li'ay pas encore pu découvrir la raison ]>our laquelle on a donné le nom de sinople à la pelleterie teinte en vert, et je n'oserois pas assurer que ce seroit à cause qu'elle se débitoit en une ville maritime de la Cappadoce, qu'Albert d'Aix (11) en deux divers endroits appelle Sinoplum, etMatheo Villani Sinopoii (12) : et que du nom de cette ville, où le trafic s'en faisoit par les Europeans, elle fut appelée sinople, comme les martes, et les rats de Pont prirent leur appellation des lieux où celles fourures se débitoient : l'épitapiie de Gilles de Cbein, qui fut tué à la bataille d'Aziucourt, emploie le mot de sinople, pour exprimer le vert.

Puis la mort à lui s'.ijousla

En un camp couvert de sinoble,

Ou maint prince et maint homme noble

Finirent en affaire militant ((."S).

• (i) Petr. Dam., lib. v, ep. 16, et lib. n, ep. i. (2) Busbecq., in Itin. Amas.

i3) Dioscor., lib. VI, c. 01.

il Eustalli., ad Dion.

5"! Plin., lib. XXXV, c. C.

6) Slrab., lib. xn.

(7) Dionys., èv Ilsswy. p. 159.

(8) Terenl. -Maur.Eguinart. inCaroloMag., p. U)i f.ipilul.

(9) Marcel. Emp., c. li.

(10) Vitruv., lib. vn, c. 7.

(11) Albert. Aq., lib. vni, c. 18, 2'2. (l2)M.lb. VilL.lib. x, c. 65.

f 151 Aisx ptciiNfS (If rllist. de Guini's. p. liSH.

Reste la cinquième couleur des blazoïn qui est le pourjue; quoyqu'elle se rencontre rarement dans les armoiries, si est-ce que Jacques de Guise (1), l'auteur du Songe da V'erger (2;; Sicile hei'aud d'armes du roy d'Arragon, en son blazon des couleurs, et autres l'admettent. Je ne veux pas m'arrêter à co qu'ils en disent, je remarque seulement, qu'en fait de blazon, le pouipre est une panne et une espèce de pelleterie, ainsi nommée acause de sa couleur fort connue dans le Compte d'Estienne de la Fontaine argentier du roy, qui commence au 2C° jour d'avril l'an 1330, et finit au 28' jour d'aoQt suivant, au chap. des Pennes et fourrures : Pour fourrer une robe de quatre garnemens ]iour le dit Guillaume Poquaire, pour le iour J lie sa chevalerie, pour les deux surcos, deux fourrures de grosses pourpres, k liv. 10 s. etc. » Auiuéme chapitre, « pourfourier une robe pour la femme Michelel Gentil, que le roy lui donna en mariage, une fourreure de meniies pourpres, 6 livres par. » Il en est encore parlé souvent dans les comptes suivans, et dans les couslumes, ou péage de Palis, qui sont inserez en un registre de la chambre des comptes, intitulé : Noster (3), où, sous le titre de mercerie, sont ces mots : Jtcm la pièce de porpre et de mesmiaus 4 den. et comme cette pelleterie n'a janjais passé entre les plus exquises, sans neantmoins que j'en puisse conjecturer autre raison, que 1 on ne se seivail que de peaux grossières pour les mestre en cette sorte de teinture, cela a esté cause qu'elle se trouve rarement employée dans les blazons.

Toutes ces remarques prouvent suflisammcnt, comme j'estime, qno ce que jusquos à présent nos herauds ont qualifié couleurs dans les armoiries, sont pennes et fourures, ne plus ne moins que celles d'hermine et de vair, ansquelles ils ont appliqué cette appellation. Il se voit aussi que les noms, qu'ils leur ont attribuez, n'ont autre origine, que de ceux des espèces de fourures, et qu'ainsi il n'y a pas lieu de faire aucun fondement sur les étymologies ridicules qu'ils leur donnent, ni sur ce (ju'ils avancent qu'on a voulu donner des noms inconnus à ces couleurs, pour ne pas rendre la science des armoiries si vulgaire : mirum quum stutta sapientia in istis astrologicantur, pliilosophanlur etiam, ac theologissant peduduti isti heraldi (4).

Mais pour retourner aux coites d'armes:

conmie aux assemblées publi(jues, et dans les occasions de la guerre, les seigneurs et les chevaliers y estoicnt reconnus par les cottes d'armes, lorsqu'on vcnoit à parler d'eux, ou qu'on vouloit les faire connoître par quelque marque extérieure, on se contentoit de dire, il porte la coite J'ur, d'argent, de gueules, de sinople, de sable, de gris, d'hermine ou de vair : ou, en termes

(1) Jacq. de Guise, en ses .Vnn. de Ilain. toiu. I, p. il.

(2) Songe du Verger, c. !48.

(5) Fol. 55, 56.

(l) Coniei. Ai^ripp;!, de Vanit. scient.

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