CRY
ulrasque scupulas Christ i crucem bajulant, signum vero, Deus le volt, Peus le volt, una voce conclamant. Je crois qu'il faudrait lire Diex le volt, et que col aulheur, qui jmroist Italien par l'affection qu'il a pour Bohéniond, et par quantité de termes latins oorrompus, qui ont du rapport à la langue italienne, n'a pas retenu ce terme de Diex, qui signilioit Dieu en vieux langago frauçois.
La quatrième espèce est des crys d'exhortation, comme dans le vieux roman de Mellusine, il est dit : « A donc le roy fut vaillant homme , et cria à haute voix : A usa y l Ansay! avant barons! Seigneurs, ne vous ébaïsse2 point , car la journée est nostre. * El au chap. 40 de la Vie de Bertrand du Guesclin : « D'un costé et d'autre, Bertrand crioit : Guesclin! à sa voix quil ol grand; et le beguo de Villaines, qui enferrant disoit : Or, avant, mes compagnons! »
Le cry de l'Empereur est, selon un ancien manuscript, à dextre et à senestre, exhortant ses gens de frapper à droite et à gauche. « L'Empereur des Romains et des Allemagnes, dit ce manuscript, d'or à une aigle do sable , membrée et couronnée de gueules , et crie, A dextre et à senestre. »
Cramailles crioit Au guet, et Genhs, Au guet, nu guet, selon Berry de l'Héraut.
Les comtes de Champague, de Chartres et de Saueerre crioient Passavant. Ce n'estoil pas on cry de delTy, comme a dit le P. Monet en VÔrigtne des armes, par. 31 , quand il dit : « Crièrent les vieux comtes de Chartres, de Champagne , s'avançant sur les premiers rangs, et défiant le plus courageux et le plus vaillant des ennemis ii venir faire des artues avec eux , à la veue des deux armées. Passavant n'a jamais signifié, en français, vien
inter
C'estoit un cry d'exhortation aux plus hraves de leurs soldats. Aussi crioient-ils souvent, Passavant li meillor, dont Thibaut IV, comte de Champagne, fit la légende de son comtrosccl. Quelquefois ils ont crié Pnssarant la Thibauâ, joignant leur nom propre à leur cry. Le manuscript de Berry le Hérault dit de Jean Bueil comte de Sancerre, maréchal de France : « Le tymbre de comte de Sancerre, est la teste d'un roy à grands cheveux et à grande bartie, et crie Passavant. » Ceux de Vaudenay, au brut, au brut. Charles VII, a la bataille de Fornouë, cria au seigneur de Mcntoison, de la maison do Clermont en Dauphiné , qui conamaudoit l'arrière garde françoise , à lù rescousse, Moniohon. Et ee brave seigneur chargea si brusquement l'ennemi et le poussa si vi-
rrooseraent, que la victoire et le champ bataille demeurèrent au roy, qui pour laisser un monument d'une si belle action à la postérité de ce seigneur, voulut qu'il prit pour devise perpétuelle dés armoiries de sa maison, ce cry de guerre, à la rescousse, Montoison, qui est écrit en lettres d'or en plusieurs endroits du château de Montoison, proche Valonce en Dauphiné. Ce seigneur était Philibert de Clermont, de Montoison, qui fut grand chambellan des roys Char
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les VIII et Louis XII. Ceux de la Chaslre, crioient, à V ai trait des bons chevaliers. Ceux de Tournon, au plus douz , c'est-a-dirc plus épais, et au plus gros de la meslée.
La cinquième espèce est des crys do défy, dont nous avons un exemple en la chronique de Bertrand du Guesclin, chap. ik, où il est dit que « le comte de Montfort lit un sien parent armer d'armes pareilles aux siennes propres, et portoit les hermines tout pleinement, et qu ieeluy alla moult orgueilleusement parmy la bataille pour son seigneur aidier en écriant , Bretagne où ès-tu Charles de Blois ; tien ça, je la te chalenge. » Les seigneurs de Chauvigny, cheualierspiennent.
La sixième espèce est des crys de terreur et de courage, comme ceux de Bar crioient, au feu, au feu. Los seigneurs de Guise et de Couche en Flandres, place à la bannière. Charles de France , duc de Normandie , crioil : au vaillant duc. Les ducs de Saint- Malo, Saint-Malo au riche duc : ce mot de riche signyfie, puissant. Comme en Espagne les seigneurs bannereta estoient nommés anciennement, ricos hombres.
La septième espèce est des crys d'événement, comme Jean le viciorieux duc de Linibourg, comte de Louvain, changea le cry de guerre de sa famille pour en prendre un d'événement. Christophle de Butkcns en parle ainsi : « Notre duc retourna plein de réputation et gloire en son pays, où furent célébrées processions, festes, triomphes, et feux de joie par toutes les villes; et quelque • peu après il alla prendre possession de la duché de Limbourg qu'il s'estoit acquis à tant de despeus, trauaux et dangers ; et tant estima la mémoire de celte notable victoire, que laissant le cry ancien de ses ancestres, qui étoit Louvain au riche duc, il print pour cry de guorre, Limbourg à celuy qui Va conquis. Celuy de Prye étoit Cant d'oiseaux, chant d'oiseaux; parce qu'ils avoient chargés l'ennemi, dans une embuscade où chantoicnt des oiseaux. Celuy de Vervin estoit, roussy à la merueille. Celuy de Vaurin, moins que le pas. Les anciens vicomtes de Bergues Samt-Vinocq, crioient, Berques à madame de Chasteaubrun. Borelwt on ï landres, crioit, Groeninge velt, Groeninge velt, depuis que Jean de Borelwt se fut trouvé l'an 1302, le 22 mars, en la bataille de Groeninge avec 700 gentilshommes, tous ses parents, amis, ou alliez. Bologne crioit, Bologne belle. Le cry des alleraans de Dauphiné, ostoit, place, place à Madame. Je le crois cry de tournoy.
La huitième et dernière espèce est celle des crys de ralliement, comme estoit le cry de Subsaiulegier, qui crioit les Fertiaux , parce qu'il portoit do gueules frotté d'hermines, voulant dire qu on se range sous la bannière freltée. Le comte de Flandres crioil, Flandres au lion, à cause du lion de ses armes. Lo comte de Gaures, Gaures, au chuppeler. Le sire de Cullont, au Peigne d'or.
(1) Les coutumes particulières et les loix municipales qui ont déféré aux aînez la prérogative de porter les pleines armes de la famille, dont ils sont issus, leur ont presque toutes attribué en même temps le cry d'armes comme une dépendance de l'escu d'armoiries, avec lequel il est ordinairement placé, tant aux tombeaux et autres lieux, qu'en leurs déchiirremens etblazons faits par les herauds. Plusieurs ont ignoré l'origine, l'usage et la signification du cry d'armes, et ceux qui en ont touché quelque chose n'en ont pas écrit assez exactement : ce qui m'a porté à en faire la recherche, et de rapporter en cet endroit ce que les livres m'en ont appris.
Le cry d'armes n'est autre chose qu'une clameur conceuo en deux ou trois paroles, prononcée au commencement ou au fort du combat et de la mêlée, par un chef qu par tous les soldats ensemble, suivant les rencontres et les occasions : lequel cry d'armes était particulier au général de l'armée, ou au chef de chaquo troupe.
Comme le bruit que le tonnerre fait dans les nues, on môme temps que le carreau do la fondre vient h se lancer sur la terre, ajoûte beaucoup à l'élonnement que ce météore a coûtume de former dans les esprits : il on est de môme des cris des soldats qui vont à la charge. Car ces voix confuses poussées avec allégresse, augmentent l'effroy et l'épouvante des ennemis, qui les prennent pour des preuvos indubitables du courage.
Ces cris u'étoient pas toujours des voix incertaines, et confuses, mais souvent articulées, et qui consistoient en la prononciation de quelques mots, par lesquels les soldats s'excitoient les uns et les autres à faire quelque action de générosité : les Germains et les Gaulois avoient coùtuine, avant la mêlée* de s'exciter à la valeur par certaines chansons, ou plutôt clameur, appellée en leur langue Barditus, du nom dos bardes, prêtres gaulois (2), qui suivant Àuiniian Marcolli», chantoicnt eu vers au son de la lyre, les actions vorlueuses de leurs rois et de leurs ancêtres.
Celte coûtume de chanter les louanges des grands hommes devant les combats , s'est encore conservée sous nos roys françois, sous lesquels ces chansons estoient reconnues du nom de chansons de Rolland, parce que l'on y exalloit les hauts faits du fabuleux Bolland, et des anciens paladins françois.
Tel dono a esté l'usage des crys de guerre composez de quelques paroles, qui portoient les soldats à la valeur, et les excitoient à fondre généreusement sur leurs ennemis.
Quoyque ces cris fussent pour le plus souvent dînerons en paroles, ils estoient néant* moins conceus eu termes d'invocation à la divinité. Ensuite de cette louable coûtume,
' (I) EUr;iil .le Du Cangc, diW. il.
(i) Aihiii. Marc, I. xv.
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CRV
âii
les roys et les princes ont inventé dos cris '•• d'armes, qui leur ont esté particuliers, et, à tous les soldats de leur armée, pour estre
(iroférez dans le commencement ou dans le t brt de la mêlée, d'où ils sont appelez voces i /idVidans Roderic, archevesque de Tolède (1); c'est-à-dire des cris do confiance en l'assistance de Dieu; cl s'il y en a eu d'autres, ç'a esté pour quelque rencontre ou excellens fait d armes, qu'ils ont esté choisis par quelques seigneurs particuliers.
Les François qui se trouvèrent à la première conquête do la terre sainte, avoient pour cry général ces mots : Adjura Deus (2), ou bien Exa, I)eus, adjuvanos (3). C'est de ces cris de guerre de nos paladins françois , et de nos conquérans de la terre sainte, que les ducs de Normandie ont receu le leur, conceû en ces termes : Diex aie, Dame Diex aie, par lesquels ils réclamoient l'assistance de Dieu, ces mots signifions Domine Deus, adjura : au lieu de quoy quelques-uns ont pensé qu'ils signifioient, Nostre Dame Dieu aide acause de Dame, qui signifie en cet endroit Seigneur : ainsi les seigneurs de Montmorency avaient pour cry, suivant un Provincial ms. (4) : Dieux aine, ou selon les autres : Dieu aide au premier chrestien. Quelques historiens en rapportent l'origine au premier seigneur de Montmorency, qu'ils nomment Lisoie, qui fut le premier des gentilshommes françois qui embrassa le christianisme avec le roy Clovis, et qui fut baptisé par saint Remy. Ses successeurs ayant delà pris sujet de crier en guerre, Dieu aide au premier chrestien, comme estant un honneur deu à cetto maison, d'avoir produit le premier qui ap^ès son prince ait quitté les erreurs du paganisme pour embrasser la véritable religion. La maison de Bautfremont en Lorraine et on Bourgogno, avoit un cry semblable à celuy do Montmorency , les soigneurs de cette famille crians en guerre, Banffremont au premier chrestien, ainsi que nous apprenons de quelques Provinciaux, acause peut-estre qu'un do cette maison fut le premier d'entre les Bourguignons, qui vinrent s'établir en ces provinces, qui embrassa la foy chrestienno.
Plusieurs princes ont réclamé le secours do la très-sainte Vierge dans leurs cris , comme les ducs do Bourgogno , dont lo cry estoit, selon .(5) Monstrelet, Georges Chastellain, et quelques herauds , Nostre Dame ■ Bourgogne. Les ducs de Bourbon (G) de la maison royale, crioient Bourbon Nostre Dame, ainsi que nous appreuons de Jean
(1) Roder., I. vin, de Reb. Hisp., c. 6.
(2) . Fulch.
(ô] Gesla Franc, exptig. Hier., 1. 1, c. 26, 43.
(4) Provincial ms. Chr. ms. de France, parlant de la bataille de Bovines.
Pliit. Mor. Doublet, aux Antiq. de S. Denys, I. i, c 17.
Provincial ms.
(5) Monslrclcl, vol. I, c. 47. Hist. de Jac. de Lal. c. 14.
(«) DOrron., en la vie de Louys, duc de Bourg, c. 'M.
Dorronvillo, qui a écrit l'histoire et la vie de Louys troisième, duc de Bourbon. Les comtes de Foix (1) avoient pour cry de guerre Nostre Dame Bierne ou Bearn. La maison de Vergy (2) ces mots, Vergy à Nostre Dame. Froissai t fait mention de plusieurs seigneurs qui crioient Nostre Dame dans les combats. Le comte d'Auxerre crioit Nostre Dame Auxerre (3). Le connétable du Guesclin Nostre Dame Guesclin (4). Le comte de Sancerre, Nostre Dame Sancerre (5). Le seigneur de Coucy, Nostre Dame au seigneur de Coucy (6) : même les roys de France, suivant l'autorité (71 d'une Chronique ms. qui finit au règne de Charles VI, laquelle dit que le roy Philippes Auguste à la bataillo de Bovines , cria*: Nostre Dame saint Denys Mont joie.
On ne lit point dans nos histoires que nos roys aient eu autre cry d'armes, que celuy de Montjoie saint Denys simplement. Nonseulement ils reconnurent ce saint pour patron de leur royaume, d'abord qu'ils eurent embrassé le christianisme qu'il avoit établi et cimenté par l'eirusion de son sang h Montmartre; mais encore ils voulurent qu'il fût reclamé dans les combats. Les François crièrent Montjoie saint Denys au siège de Damiette sous saint Louys , en la bataille de Furnes l'an 1297, en celle du Pont à Vendin l'an 1303, en la rencontre près de Ravenberg, on la même année ; en la bataille de Mons en Puelle en l'an 1304, et celle de Casscl , suivant la Chronique de Flandres (8). Monstrelet (9) parlant des François, lorsqu'ils firent lever le siège que les Anglois avoient mis devant Montargis, l'an 1426, « ferirent vaillamment el do grando volonté sur los logis des Anglois, qui de ce ne se donnoient garde , crians Montjoie saint Denys. » Et à la prise de Pontoise Van 1441, lo roi Charles VII et tous les autres seigneurs et capitaines « firent armer et habiller leurs gens , et les exhortèrent, tous eux crians h haute voix, Saint Denys ville gaignée. •
La difficulté n'est pas aisée à résoudre pourquoy en l'invocation de saint Denys, patron de la France, on a ajouté lo mot de Montjoie. La plûpart de ceux qui en ont écrit (10), ont estimé que lo grand Clovis fut le premier qui prit ces mots pour cry, lorsque s'ostant trouvé en péril en la bataille qu'il livra aux Allemands à Tolbiac, il réclama l'assistance de saint Denys , et qu'il protesta de vouloir adorer à l'avenir ; et de reconnoltre pour son Jove ou son Jupiter, s'il remportoit la victoire sur ses ennemis.
Provinc.
Hist. de la Maison de Vergy, 1. 1, c. 3. Froiasarl, vol. I, c. 1222.
Vol. I, c. 222, 245, 212.
, i Vol. III, c. 9.
(« Vol. IV, c. 74.
(7 Chr. in», en la Bib. de M. de Mes. (H) Chr. de Fland., ch. 23, 54, 34), 43, 44, 67, 95.
(9) Monslrclcl, vol. M, p. 32, 186.
(10) Bob. Onal. Faucbel, 1. il, c. 17.
CKY
DICTIONNAIRE HKRALuIQUE.