‹ Dictionnaire héraldique contenant: l'explication et la description des termes et figures usités dans le blason, des notices sur les ordres de chevalerie, les marques des charges et dignités, les ornements et l'origine des armoiries, les rois d'armes et les tournois, etc. Avec un grand nombre de planches et d'exemples tirés des armoiries des familles, villes et provinces de France. Suivi de l'Abrégé chronologique d'édits, déclarations, règlements, arrêts et lettres patentes des rois de France de la troisième race, concernant le fait de la noblesse;Chapitre 71 sur 162 · GENTILSHOMMES DE NOM ET D'ARMES · texte numérisé non relu

GENTILSHOMMES DE NOM ET D'ARMES

Les écrivains diffèrent beaucoup entro eux sur la question de savoir ce qu'il faut enlcndro par gentilhomme de nom et d'armes. Nous allons reproduire tout au long l'opinion du célèbre Du Cange sur cette obscuro et difficile question, qu'il a traitéo avec sa science habituelle, dans ses Dissertations sur Joinville. Nous ferons suivre ce texte de deux autres dissertations du même auteur, sur les chevaliers banuerets et sur

l'origine de la chevalerie, et nous aurons ainsi présenté à nos lecteurs un ensemble de notions assez étendues et assez précises sur la noblesse au moyen âge.

Gentilshommes de nom et d'armes (1). — Dans l'état et la condition de la noblesse, il semble qu'il n'y a aucune prérogative qui élevé 1 un nlus que l'autre, et qu'il en est comme de l'ingénuité parmi les jurisconsultes, laquelle ne reçoit ni le plus ni le moins. II y a toutefois lieu de présumer que la qualité de gentilhomme de nom et d'armes, a quelque chose de plus relevé, et est d'un degré plus éminent que de simple gentilhomme; puisque lorsqu'il est besoin de choisir des seigneurs de haute extraction, et dont la noblesse doit entrer en considération , comme dans les ordres de cnevalerie, ou a désiré qu'ils fussent revêtus do cette qualité (2). Pliifippes, duc de Bourgogne, en 1 ordonnance de l'ordre de la Toison d'or, veut que les trente-six chevaliers qui y seront admis, « soient gentilshommes de nom etd'armessans reproche (3). » Leroy Louis XI, en rétablissement de l'ortlro de St.-Michel : « Ordonnons qu'en ce présent ordre y aura trente-six chevaliers , gentilshommes de nom et d'armes sans reproche, dont nous serons l'un, chef et souverain, etc. » Le roy Henry III, en l'article t5 de celuy de l'ordre du S. Esprit, veut que ceux qui y entreront soient pareillement a gentilshommes de nom et d'armes de trois races pour le moins. » L'ordonnance de Blois (k) veut que « nul ne soit pourveu aux estais do bailly ou de scneschal , qui ne soit gentilhomme de nom et d'armes. » De ces remarques je veux conclure que les gentilshommes de nom et d'armes ont quelque chose qui les relove par dessus le commun. Car en vain on demanderait co titre, s'il n'estoit pas plus éminent que celuy de la simple noblesse. Mais comme il y a plusieurs opinions sur co sujet, il est a propos d'eu faire la déduction, et do les discuter toutes, avant que de m 'engager plut avant sur cette matière.

Jean Scohier, en son Traité de l'état et comportement des armes (5), estime que ceux-là sont gentilshommes de nom et d'armes , qui portent le nom de quelquo province, ville, bourg, château, seigneurie ou lief noble, ayant armes particulières, encore bien qu'ils ne soient seigneurs de telles seigneuries : et sur ce fondement il forme plusieurs questions. Mais je ne vois pas quelle est la prérogative , ni l'éminence de cette noblesse par dessus les autres. Car combien

Îr a-t-il de familles relevées qui n'ont point e nom d'une terre, et lesquels pour cela ne laissent pas d'entrer journellement dans les ordres de chevalerie, et d'estre admises aux grandes charges où cette qualité est requise? Avoir le nom d'une terre ne relevé pas la

1 1 Du Cange, dissert. 10.

2) Locrius, inChron. Bclg., an. 1431.

(3) Miraeus, in Diplom. Bclg., 1. 1, c. U8, art. I. (l)Ord. «Ic RI., art. 403.

("») ScoJiior, c. t".

)ÏIERALDIQUE. CEN 3«jC

porsonne ni la noblesse; un duc, un comte, qui tirera son eitraction d'une personne anciennement annoblie, et qui n'a jamais porté le nom d'aucune terre, ne laissera pas d'entrer dans les ordres de chevalerie , et de passer pour véritable gentilhomme.

D'autres tiennent que les gentilshommes de nom et (1) d'armes sont ainsi appeliez, non acause des armoiries, mais acause d >> armes dont ils font profession; pour les distinguer, disent-ils, des chevaliers en loysy qui sont ceux de larobe, que le prince a honorez du titre de chevalerie , et qui no font aucun métier des armes. 11 est parlé de ces chevaliers en loix dans Froissarl (2), Monstrelet, d'Argentré et autres. Mais qui se persuadera que c'ait esté la pensée des fondateurs des ordres militaires et des rois qui ont fait les ordonnances , do restreindre la seule noblesse à l'espéo ? D'ailleurs pourquoy qualiiier tels gentilshommes de nom, comme si cette adjeetion faisait et ajoutoit quelquo degré à la noblesse de sang.

Il y en a d'autros qui croient que les gentilshommes de nom et d'armes sont ceux qui portent les armes affectées au nom do leur famille , sans toutefois que cette qualité les incite au-dessus de ceux que l'on quaiitio simplement gentilshommes : cette adjectioa de nom et d'armes , n'estant que pour désigner une noblesse bien fondée et sans reproche, d'autant qu'entro les preuves dont un gentilhomme se sert pour prouver sa noblesse , il y en a une par laquelle il juslilie que le surnom et les armes qu'il porto ont esté portez par son pere , son ayeul et son bisayeul. El il semble que c'est là le sentiment d'André Duchesne (3) , lequel écrivant du la maison do Du Plessis , et parlant du cardinal de Richelieu , dit ces paroles : « Il esloit aussi chef des armes de sa maison, composées d'un escu d'argent à 3 chevrons do gueulles, lesquelles ses descendais OUI tousjours portées et retenues jusques à présent, avec le môme surnom de Du Pleasis, Desorte qu'à iustc titre il doit participée à la gloire ol à la renommée de ceux qui ont esté reconnus de toute antiquité pour gentilshommes de nom et d'armes (4). » Et en l'histoire de la maison do Bethuue, « les armes ou armoiries sont si propres et si essentielles aux nobles, qu'il n'y a qu'eux qui puissent justement en porter; d'où vient quo pour exprimer la vraie noblesse, l'on dit ordinairement qu'il est gentilhomme de nom et d'armes. »

Quoyquo cet opinion ait quelque fondement en apparence, toutefois, s'il m'est permis de m'en départir sans blesser l'autorité d'un auteur si judicieux, et de ceux qui l'ont embrassée, je tiens qu'il est plus probable

(\) Jean Chenu, en son Livre des offices, Ut. 40,

(•») Froiss.,v. I, c.t78;v. IV, ch. 34. Monst., v. L p. 105, b. 145, b. Argent., au Traite des Nobles. Pasq.

en ses Recherches, 1. h, ch. 16.

(3) A. Duch., en l'Jiisl.du t'Icssis, c. 4, p. 10.

(4) Eu rilisf. de Hcih., I i, c. 5, p. 3i.

que Ton appelle gentilshommes de nom et d'armes ceux qui peuvent justifier leur noblesse, non-seulement de leur estât, c'est-àdire par leur père et leur ayeul , en faisant voir qu'ils ont toujours fait profession de noblesse, qu'ils ont estérepulezgentilshomines, et que le nom et les armes qu'ils portent ont esté portez par leurs père et ayeul, qui est la forme ordinaire de justifier une noblesse simple, mais encore par les quatre quartiers ou lignes. Cecy se faisoit en montrant que leur ayeul et aycule paternels , ayeul et ayeule maternels estoient nobles : ce qui se prouve par le plan de la généalogie, et par les armes des ayculs et ayeules , tant du coté paternel que maternel. D'autant que les armes estant les véritables marques de la noblesse , puisqu'elles n'appartiennent qu'aux nobles, celui qui peut justifier dans sa généalogie que ses ayeuls et ayeules paternels et maternels ont porté des armes ou armoiries, il s'ensuit que ces aveuls et ayeules sont nobles, et partant qu'il est sorty et issu de pareiis nobles de quatre diverses maisons , qui est ce que nous appelons lignes.

Je m'explique, et dis qu'il est nécessaire à celuy qui se dit gentilhomme de nom et d'armes' de justifier la noblesse de ses ayeuls et de ses ayeules, tant du côté paternel que maternel, qui sont quatre personnes , dont la première est l'ayeul paternel, duquel il faut prouver la noblesse pour justifier que eelui qui est issu de luy est nolde de nom, c'est-a-diro de son chef qui est désigné par ce mot ; car faisant voir qu'ayant porté Je même nom que son ayeul, qui estoit noble , il s'ensuit que luy qui en est issu est nateillement noble. Et afin qu'il puisse d'abondant se dire noble d'armes, il luy est nécessaire de prouver que son aycule paternelle, son ayeul et son ayeule maternels estoient nobles, ce qu'il fera en justifiant qu'ils «ut porté des armes ou armoiries, et alors il luy sera loisible de faire apposer à son tombeau, et partout ailleurs, outre ses armes, celles de ses ayeuls et ayeules dont il est descendu, et de prendre qualité de gentilhomme de nom et d'armes.

Cecy semble estro expliqué par René, roy de Sicile , aux statuts de l'ordre du Croissant (1), qu'il inslilua le 11* iourd'aoust l'an l'»i8f où il déclare « que nul uc pourra estre receu, ne porter ledit ordre, sinon que il soit ou prince, marquis, comte, vicomte, ou issu d'ancienne chevalerie, et gentilhomme de ses quatre lignes , et que sa personne soit sans vilain cas et sans reproche. * Termes qui sont synonimes et ont même force ue ceux qui sont couchez dans les statuts es autres ordres militaires, et dans les édits de nos roys cy-devant rapportez, sçavoir que « nul no sera admis ausdits ordres, s'il n est gentilhomme de nom et d'armes sans reproche.» Les statuts de la Jarretière le disent^)

(I) La Colomb., tom. I, du Thcat. d'Hoim., c. 7. (4) Stalutb de l'Or lie de l;t J inelicir. Ws.

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plus clairement , expliquans ces termes : « Item est accordé que nul ne sera cslcu compagnon dudit ordre s'il n'est gentilhomme de sang et chevalier sans reproche. » A la suite desquels mots sont ceux-ci pour explication : « Et quant à la déclaration d'un gentilhomme de sang, il est déclaré et déterminé qu'il sera extrait de trois descentes de noblesses, à sçavoir de nom et d'armes, tant du costé du pere que de la mere. » Fr. Modius (1) parle de ceux qui pouvoient se trouver aux tournois, et décrit celte noblesse de nom et d'armes.

Or ce n'est pas sans raison que les roys et les chefs ou instituteurs des ordres militaires n'ont voulu admettre è ces ordres et aux plus hautes charges de l'Etat que ceux qui estoient nobles à bon titre, et sur lesquels il n'y avoil aucun reproche , soit en ce qui concerne la personne, soit pour la naissance et l'extraction , en un mol qui estoient gentilshommes de nom et d'armes; d'autant qu'en France on a toujours tant fait d'estime do la noblesse, qu'il n'estoit pas permis aux gentilshommes de prendre alliance ailleurs que dans les familles nobles, à peine de déchcoir des principales prérogatives qui appartenoient aux nobles, et d'estre notez en quelque façon d'infamie. Ce qui a eu lieu dans le commencement de la monarchie, les François n'ayant pas voulu admettre au royaume d'Austrasie les enfans du roy Théodoric, quia trant materno latere minus nobiles (2). Mais la principale raison qui a donné sujet d'interdire civilement ces sortes d'alliances roturières aux gentilshommes, a esté parce qu'ils avilissoient par là la noblesse et le lustre de leur famille.

D'où il est arrivé que tels gentilshommes qui avoient [orligné, pour user du terme de Monstrelet et de George Chastellain, c'est-àdire qui avoient pris alliance en maison roturière, encore qu'ils conservassent le titre de noblesse, et, en cette qualité, fussent exempts de tailles et d'autres subsides, auxquels les roturiers sont sujets, ils ne pouvoient pas toutefois aspirer aux dignitez éminenles ni se trouver dans les assemblées des chevaliers, aux tournois , ou ailleurs , quoique leurs enfants pussent parvenir à. 1 ordre de chevalerie.

Quoyquo ces mariages fussent permis par les lois canoniques, néant moins les lois civiles et politiques, ou plutôt les usages introduits par un commun consentement de lanoblesse, ont établi des peines pour les empescher. Parmy les Wisigoths (3), une tille noble qui s'estoit mésalliée, perdôit la succession qu'elle avoit eue, ou devoit avoir do son père , et estoit exclue de celle de ses frères et sœurs. Par cette raison, il n'estoit pas permis aux barons, qui avoient la gai denoble des tilles des gentilshommes, de les

(I) Fr. Modius, U>m. H, de IhsUtod», L i, fol. 9,

verso, (î) Aimoin., 1. iv, c. 1.

(5)Lc* Wisig.,1. ui, 1.1, S 8.

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