‹ Dictionnaire héraldique contenant: l'explication et la description des termes et figures usités dans le blason, des notices sur les ordres de chevalerie, les marques des charges et dignités, les ornements et l'origine des armoiries, les rois d'armes et les tournois, etc. Avec un grand nombre de planches et d'exemples tirés des armoiries des familles, villes et provinces de France. Suivi de l'Abrégé chronologique d'édits, déclarations, règlements, arrêts et lettres patentes des rois de France de la troisième race, concernant le fait de la noblesse;Chapitre 72 sur 162 · CEN · texte numérisé non relu

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marier qu'à des personnes nobles, et ne pouroient pas les déparager sans encourir la poine qui estoit ordonnée par les statuts (1).

De ces remarques il est vray de dire qu'en France on n'a jamais réputé pour véritables gentilshommes, que ceux qui estoient gentilshommes de nom et d'armes, c'est-à-dire de quatre lignes (2). C'est cette noblesse que Pierre de Sa»)t-Julien, en ses Meslanges paradoxales, qualifie, à proprement parler, Noblesse de nom et d'ormes, laquelle il soutient ne recevoir ni le plus ni le moins : un gentilhomme de cette manière, quoique pauvre, n'estant pas moins gentilhomme qu un seigneur riche et opulent, non plus qu'un roy n'est pas plus roy qu'un autre, quoi qu'il soit plus riche : l'étenauë de pays qui est sous sa domination ne lo faisant pas plus ou inoins souverain. Ce fut là la pensée du roy Eumones, lequel, bien qu'il n'eust plus qu'un château en son pouvoir , toutefois quand il fust question de capituler avec Antigonus, roi d Asie, qui vouloit avoir la prérogative d'honneur sur lui, il ûst réponse qu'il ne reconnoîtroit jamais plus grand que soy tant qu'il auroit Pespée au poing.

Des adoptions d'honneur en fils, et, par occasion, de l'origine des chevaliers (3).

*.Le mariage est l'un des plus grands biens dont ÎTiomme soit redevable au souverain auteur de la nature, puisqu'il le garantit en quelque façon du tombeau, et le rend participant de l'immortalité : la procréation et la succession continuelle des enfans, fait qu'il ne meurt pas ; ce qui a fait dire au Sage (4) , que celuy-là ne doit pas estre réputé mort, qui laisse son semblable après soy. On no peut pas souhaiter une satisfaction plus grande , dit l'empereur Léon (5), ni des soulagemens plus doux dans les tracas, et les chagrins delà vie, et particulièrement dans les incommoditez d'un âge avancé, que ceui qu'on tire des enfans. Mais d'autant, dit lo même prince, que cet avantage n'ost pas tellement universel, qu'il ne se trouve plusieurs qui en sont privez , les législateurs y ont apporté le remède par l'adoption, et ont suppléé par le secours de la loy aux défauts de la nature. Car ce qui a donné la première occasion aux adoptions, a esté le défaut des enfans , et particulièrement de3 mâles. Avec le temps on a permis indifféremment d'adopter à ceux qui en avoient, comme à ceux qui n'en avoient point. Or comme l'adoption imite la nature, selon les jurisconsultes , ces mêmes législateurs ont voulu que les enfans adoptez fussent semblables en tout, quant aux effets civils , aux enfans naturels : que les pères adoptifs eussent la puissance de la vie et de la mort sur eux, comme sur leurs enfans naturels : que ces enfans prissent le nom du pere adop-

(1) Math. Par., an. 1215, p. 271. Assises de Hier., e. 160. W. Tyr. , 1. xji, c. 12.

(4) S. Jul., en ses Mél. lnst., p. 032, 018. (M Du Cangc, Dissert. 22.

(lj Kcclcs., c. x*x.

(d) Lco, Nov.20.

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tif, comme estant entrez et entez dans sa famille : que comme les naturels ils eussent part à leur succession , et que comme eux ils pussent estre deshéritez.

Ces adoptions ont eu lieu longtemps sons les Romains, mais depuis que les nations du Nord se sont répandues dans leur empire , on y en a veu paroltre une autre espèce, laquelle n' estoit pas tant une adoption qu'une alliance entre les princes, qui se communiquoient par là réciproquement les titres de pere et de (ils, et par ce moyen contractoient entre eux une liaison de bienveillance beaucoup plus étroite. Ces adoptions n'estoienl quo par honneur , et ne donnoient aucune part au tils adoptif en la succession de celuy qui adoptoil. C'est nourquoy Nicephore Bryennius (1) dit qu'elles ne so faisoient qu en apparence el non en effet , n'y ayant rien qui approchât de l'adoption des Romains, que les noms de pere et do fils, qu'ils se donnoient. Ce que Justin fit assez connoîlre, lorsque les ambassadeurs de Cabades, roy de Perse , lui offriront la paix de la part de leur maître, au cas qu'il voulust adopter Cosroes, fils de la sœur do ce prince : cet empereur leur ayant fait rénonsequ'il le vouloit bien, pourveu que ce fust à la mode des barbares et des étrangers (2), mais non pas de celto adoption pratiquée par les Romains, qui donne le droit aux enfans adoptifs dans la succession de ecluy qui adopte.

Cassiodoro est celui qui nous a représenté les cérémonies qui s'ubservoient en ces adoptions honoraires, particulièrement parmi les peuples du nord : écrivant que c'estoit un honneur el une faveur considérable chez les nations étrangères, d'estre adopté par les armes. I.e même auteur nous apprend que cette adoption se faisoit en revêtant celui nui estoit adopté de toute sorte d'armes qui lui estoient données par celui qui adoptoit.

Albert d'Aix parlant de l'adoption de Godefroy de Rouillon par l'empereur Alexis Comncne, se contente de dire qu'il fut adopté en fils, suivant l'usage du pays, de sorte qu'il est incertain qu'elle fut cette cérémonie, et si cette adoption so faisoit par los armes . comme celle des barbares , ce qui d'abord ne parolt pas éloigné de la probabilité. Car l'on ne doit pas trouver étrange qu'en cetto occasion l'impératrice Marie ait adopté par les armes les deux frères Comnenes, puis<pi« nous lisons dans Orderic Vital (3), quo Cécile, fille de Philippes I, roi de France , el pour lors veuve du fameux Tancréde, prince d'Antioche , donna l'ordre de chevalerie a Gervais, seigneur breton, fils d'Haimon, vicomte de Dol , dont la cérémonie se faisoit avec les armes. Je trouve encore dans un compte de l'hostel du roy (4), du terme de l'Ascension de l'an 1262 , que la reine de France fit le seigneur de S. Von chovalier en une feste de Pasques

(I) Niceph. Bryenn., I. iv, c. 58.

h) Procop., I. i de Belle- Pcrs., cap. 2.

(3) Orderic. I. xi. .

(4) Eh la Ch. do compte» de Tari».

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M;iis d'ailleurs je remnrqu • dans l'histoire des guerres saintes qu'il se pratiquait anciennement une autre cérémonie pour les adoptions d'honneur, que celle par les armes : qui estoit, que celui qui adoptoil faisoit passer l'adopte sous sa chemise, ou sou manteau : faisant connollre par la qu'il le tenoit comme sou (ils, et comme sorti de lui. lie prince d'Kdesse adopta de cette manière Baudouin, frère de Godcfroy de Bouillon, qui fut depuis roy de Hierusalein : comme Foûcher de Chartres (I) qui accompagna Baudouin en celte expédition, Guillaume de Tyr (2) et Conrad , abbé d'Usperg (3), écrivent eu termes formels que celui qui l'adopta , estoit un prince grec , qui avoit esté envoyé en celle place par l'empereur de Couslaulinople pour y commander, il semble plus probable que cette façon d'adopter estoit celle qui estoit pratiquée par les Grecs. On pourroit encore rapporter à celte cérémonie celle qui est racontée par le sire do Joinvillo (V), lorsqu'il parle de l'alliance quo Je uriuce de la Montagne contracta avec S. I.ouys par sa chemise et son anneau qu'il lui envoya. Les Grecs adoptoient aussi dans l'église, devant les prêtres, qui recitoicut des, prières à cet effet.

Il ne faut pas douter que la chevalerie n'ait tiré son origine de celle espèce d'adoption, qui se faisoit par les armes, et de la cérémonio qui s'y observoit, où l'on rovétoil d'armes pour la guerre celui qui estoit adopté. Co qui se pratiquoit aussi lorsqu'on faisoit quelqu'un chevalier. Car comme dans ces adoptions d'honneur, ou présentait toute sorte d'armes au lilsadoptif, I»our s'en servir dans les premières occasions des batailles, ainsi celui qui faisoit un chevalier, lui donnoit l'epée, le haubert, le heaume et généralement lu revétoit de toutes les armes qui sont nécessaires à un bon soldat pour se trouver dans les combats. C'est pourquoy il estoit alors appelle miles : parce qu'il commençant à entrer dans la profession de la guerre, et su faisoit armer de toutes pièces, pour y faire le métier d'un vaillant soldat.

Le Moine de Mairemonlier (5), décrivant les cérémonies qui s'observèrent lorsque Geoffroy duc de Normandie fut fait chevalier, dit qu'on l'équippa de toute sorti d'armes. Ce qui s'appelioit adoubler un chevalier ; mais l'exnression la plus ordinairo estoit celle de donner des armes au lieu de dire faire un chevalier. C'estoit proprement la première occasion où le jeune gentilhomme prenoit des armes : car jusques là s'il s'esloit trouvé dans les combats, ce n'avoil esté qu'à la suite d'un chevalier, et en qualité d'escuyer ou de valet. C'est ce qu'un vieux glossaire appelle urmatura prima, d'autant qu'alors il s ariuoil de pleines armes,

(I) Fulcher.

(i) W. Tyr. 1. nr, c. î.

(5) Conrad. Dspcrg.

i4) Joinvifle, p. CO, vol. II.

(■>) lo. Monaco., I. i Hisl. Guuf. duc.

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