ALPESTRE (ECONOMIE
ALPESTRE VI Ei
dacieusi de Guyer Zeller, le chemin de fer de la Juagfrs.il. Le premier tronçon, Peiite-Scheidegg-Glacier de i i i er lui ouvert le 20 septembre 1898 ; suivirent succi sivemenl : Glacier de 1 Eiger-Rotstock en 1903, Kot- Mer de Glace, 1905, Mer de Glaci Jungfraujoch, 1912, qui est pour l'instant et peut être pour toujours le point terminus. Nous citerons encore celles qui escaladent les s. .m met Pilate, Stanserhorn, Rothorn de Brienz, Schynige Platte, le Miesen, les Rochers de Naye, etc , ou celles i|ui sillonnent les vallées de l'Oberland bernois, le Zermatt, el celle plus récente de I Engadine de Saraaclcn à la frontière.— Voir Weissenbach Dos Eisenbahnwesen der Schweiz, "2 vol., Zurich 1914. — II. Martini : Zar Erôffnung der Berner Alpenbahn Bern-Lôt-
schberg Simplon) 1913. — Di« Berner Alpenbahn, guide
illustré éd. par la directi lu II. !.. s., Berne-Bumpliz,
1919. - D' Ed. Platzhoi'-Lejeune : Die Berner Alpenbahn (Lôtschbergbahn), Zurich. — F. -H. Hennings : Projeki und B'iu for Albulabahn, Coire 1908. ' |M Dam.]
ALPESTRE (ÉCONOMIE). Bien que depuis une date toute récenre seulement les pouvoirs publics se soient intéress sa l'économie alpestre, celle-ci n'en est pas moins une des plus anciennes branches il activité du paysan des régions élevées, pour qui, de tout temps, l'alpage a été le compté ni de l'exploitation agricole de la
vallée el l'endroit par excellence pour la production du bét ;i i I d'élevage. D'autre pari, les alpages fournissent également, depuis les époques 1rs plus reculées, des produits laitiers dont la réputation n'est plus à faire, pas plus dans notre pays qu'à l'étranger. I. histoire ou la légende ne nous dit elle pas qu'une indigestion de fromage de Gruyère coula la vie à l'empereur Antonio le Pieux, en l'an 161 après J.-C. Et les passages des alpes supérieures, s'ils servaient de voies de communications .aux légions romaines voyaient aussi, au moment de la désalpe, des caravanes nombreuses de mulets qui allaient jusque dans les plaines d'Italie apporter les fromages délicats el savoureux fabriquéssur les hautes montagnes du Valais et des Grisons. Sur bien des alpages, au reste, l'exploitation n'a guère changé de l'époque romaine à nos jours, car s'il y a bien longtemps que l'on apprécie les fromages et le beurre des alpes, il n'y a que peu de temps que la mise en valeur rationnelle et intelligente de ces dernières a fait l'objet d'études exactes et sérieuses. Le mérite d'avoir les premiers attiré l'attention de l'autorité sur la valeur de nos pâturages et sur les moyens d'en accroître la productivité revient au pasteur Sprùngli de Meiringen el aux naturalistes Medicus, Wyttenbach, Haller, Ebel, et plus tard au professeur Schild de Lîerne et au célèbre Schatzmann, qui peut être regardé comme le plus ardent et plus zélé pionnier de notre industrie laitière et de notre économie alpestre.
En janvier 1863 fut fondée à Olten la Société suisse d'Economie alpestre qui allait, dès ce moment, travailler activement au développement et à l'amélioration de nos alpages et faire sentir son influence bienfaisante aussi bien dans l'enceinte de nos parlements fédéraux et cantonaux que jusque sur nos montagnes les plus reculées.
A l'heure actuelle, sur 3 203 089 ha. de terrain productif que possède la Suisse, les alpages el pâturages en occupent 689 956, soit le2l,2°/u répartis enl0756exploitations. Le canton le plus riche en pâturages est celui des (irisons, avec 203 915 ha. puis viennent : Berne avec 131 608 ha. et le Valais avec 86 433 ha. Le sol productif des alpages et pâturages est évalué, sans les forêts, à 171 millions de francs, avec les forêts à 260 millions de francs. Nos alpages et pâturages suisses peuvent nourrir 411873 tètes de gros bétail pendant 90 jours, soit le quart de l'année. On appelle un pâquier l'étendue de terrain nécessaire à l'estivage dline tête cl -? gros bétail pendant 90 jours. En moyenne il faut en Suisse 1 ha. 66 pour l'estivage d'unetête de gros bétail ; cette moyenne est de 2 ha :! pour les alpages élevés du Valais et des Grisons. De par sa situation, l'exploitation alpestre est donc une culture
extensive, car elle entretient à l'unité de surface de 7 à lu fois moins de bétail ipie les fermes de la plaine.
L'alpage, grâce à la pureté de l'air, à la finisse îles herbages, est l'endroit par excellence pour le développement du jeune béiail et, de plus en plus, [es éleveurs suis-
ses cherchent à alper, au moins un été ou deux, les jeuujets pour leur faire prendre ce développement harmonieux et -idole qui a fait la renommée di bovine- L'alpagi développe au maximum leurs qualités et leurs aptitudi - . i nos montagnes nous assureront toujours, -ou- e. rapport, une suprématie incontestable < >n rencontre sur les alpages suisses les deux célèbres races tacheté) - el grises. La race tachetée rouge el blam eupe toute la Suisse romande à l exception du canton de Fribourg où se rencontre aussi la race tachetée noire ,t blanchi', il une partie du canton de Berne. La rare ^n-. occupe le reste de. la Suisse. Dans le centre du Valais se trouve la race d Ib rens, vaches petites et agiles el spécialement renommées pour leur- instincts batailleurs.
Le bétail alpé produit environ 1 100 763 M de lait de vache et 14s 645 ni. de lail de chèvre qui, convertis en beurre et en fromage, représentent au cours du jour une valeur' de plus de iOOOOOOO de francs.
Les résidus de fromageries sont utilisés par 41656 porcs, tandis que sur les parties les plus élevées des montagnes OÙ les vaches n o-ent plus s'aventurer 203 000 moulons trouvent encore une nourriture abondante el
succulente. Les chèvres, au nombrede94831, broutent les pentes arides, sans oublier de donner ici el là, en passant, aux jeunes taillis, des coups de dents qui font le désespoir des forestiers.
Soit la C infédération, soit les cantons ont maintenant tous reconnu l'importance de noire économie alpestre el lui accordent une attention bienveillante el soutenue.
Parla loi du 22 décembre 1893 sur l'encouragement à
1 agriculture, les pouvoirs fédéraux ont posé les bases voulues pour le développement el l'amélioration de la culture du sol ainsi ipie de celle de nos alpages. Les cantons intéressés ont. à leur tour, pris tes dispositions nécessaires en application des prescriptions fédérales et, depuis une dizaine d'années, on assiste, dans le domaine qui nous occupe, à un réjouissant mouvement d'activité et de travail, dont la période troublée que nous venons de traverser (1919) n'a pas été -ans tirer déjà un appréciable prolit. I)e 1886 à lin 1912, il a été exécuté sur les alpages suisses 3803 projets d'amélioration devises 14 108 687 fr., qui ont été subventionnés par la Confédération et les cantons à raison, respectivement, de
2 245 305 et 2 731 605 francs.
Malgré les importants travaux déjà exécutés, il reste cependant beaucoup à faire pour retirer de nos alpages tout ce qu'il en serait possible d'obtenir par une exploitation plus rationnelle et plus entendue. Nous nous bornerons, parmi les améliorations les plus importantes, à signaler les suivantes : Création de meilleures voies d'accès et de dévestiture. —Adductions d'eau, drainages, irrigations. — Epierrages du sol, essertages — Etablissement de clôtures. — Reboisement des parties improductives. — Constructions d'étahles. chalets, fromageries. — Protection contre les avalanches. — Amélioration du système pastoral. — Etablissement de prairies de tanche pour les réserves de fourrage. — Création de jardins potagers pour l'amélioration de l'ordinaire du personnel. — Meilleure hygiène du personnel — Amélioration de la technique de fabrication et meilleure conservation des pr iduits. | Henry Wuillocd.1
ALPESTRE (VIE). Sommaire : 1. Habitation et costume. — 2. La montée à l'alpe. — 3. La vie sur l'alpe. — 4. Les fêtes et les coutumes sur l'alpe. —5. La descente de l'alpe. — 6. Les confréries alpestres. — 7. Bibliographie.
Les habitants de nos vallées alpestres sont pour la plupart des paysans qui vivent presque complètement du produit de la terre et de leur bétail. Le milieu alpestre a exercé une grande influence sur le genre de vie de ces populations : d'une part, il a créé toute une exploitation agricole particulière basée sur l'alpage (voir l'article Economie alpestre) et la vie migratrice: d'un autre côté, la difficulté des communications a permis à de très vieilles coutumes, dont certaines remontent probablement à l'âge de la pierre (voir les publications de Rùtimeyer citées dans la bibliographie), de se maintenir dans quelques vallées retirées du Valais, des Grisons et du Tessin. Celte double action du cadre géographique a produit une petite civilisation particulière sur laquelle il vaut d'autant plus
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la peine de ilire quelques mots qu'elle est en train de disparaître sous l'inlluence nivelante de la civilisation moderne. — Dans cet article, nous prendrons les montagnards au moment où ils partent pour l'alpe et nous les suivrons à travers les aspects multiples de leur vie jusqu'à leur retour dans la vallée. Nous ajouterons quelques détails sur certaines particularités de la vie en plaine qui se rattachent à cette « civilisation alpestre » ; la décoration des chalets, les confréries, etc.
1. Habitation et costume. — Autrefois, la plupart des maisons de bois de l'Europe centrale étaient couvertes, intérieurement ou extérieurement, d'inscriptions et de dessins qui exprimaient les goûts et l'idéal du propriétaire et de l'architecte. I)e nos jours, ces gravures et ces peintures sont tombées en désuétude ; on ne les rencontre plus guère que dans les régions alpestres. Nous trouvons là un premier exemple de ce fait important que nous vérifierons constamment au cours de cet article : que les Alpes jouent le rôle d'un refuge pour de vieilles coutumes que la civilisation a tuées dans la plaine. Nous ne pouvons songer à étudier, même sommairement, la décoration de la maison d'habitation dans les différentes contrées des Alpes ; il faut nous bornera un exemple caractéristique : l'Oberland bernois.
Chez l'Oberlandais, malgré son esprit ouvert aux nouveautés, on trouve un vif amour du passé, dont sa patrie est l'image vivante et à laquelle il est attaché corps et âme. C'est pour cette raison qu'il a orné sa maison d'une açon remarquable. Il n'est pas impossible que danscedomaine, il ait subi l'influence de l'Italie. En effet, jusque vers 1850, l'Oberland avait des relations commerciales suivies avec la Lombardie. C'est en Italie, certainement, qu'il a pris ce goût du beau si puissant chez lui, et le llasli, par exemple, n'a-t-il pas eu avec la Lombardie un commerce de cristal intense '.' Quoi qu'il en soit, la maison, aussi bien que les petits chalets, est devenue la preuve vivante de la recherche du beau chez l'Oberlandais. L'on peut affirmer d'une manière générale que nulle part la maison ne présente une ornementation plus ricbe. L'aspect extérieur déjà révèle au passant l'âme et le sens artistique du propriétaire actuel ou de celui d'autrefois. Cette recherche esthétique et ce désir d'animer le cadre étroit de l'existence tiouvent aussi souvent leur expression à l'intérieur, dans les chambres. En effet, la construction des parois et du plafond — dont les planches jointes par des listes toutes simples ou moulurées, sont peintes ou ornées de devises, sentences ou versets, — dépasse de beaucoup les besoins journaliers. Parfois, l'on trouve dans ces chambres la représentation de scènes bibliques, ainsi à Adelboden ; ce qui témoigne d'une vie religieuse intense hors de l'église. Ici, un artiste du pays a peint le combat de David contre le géant Goliath, là, la parabole des vierges sages et des vierges folles ; ou encore, le propriétaire et sa femme ont fait peindre leur portrait, grandeur naturelle et en habits de fête, par un artiste ambulant sur les parois de la chambre de famille, pour le souvenir éternel des leurs. De même, les panneaux de la porte de cette pièce sont ornés de motifs architecturaux bien peints et du plus haut intérêt, représentant des intérieurs de palais Renaissance. 11 y a plus : à l'étape supérieur, le couple s'est fait peindre à droite et à gauche sur les fenêtres en trompe l'œil et il paraît regarder complaisamment dans la cour, pendant que leur fille, le petit panier à pommes à la nviin. semble franchir la porte d'entrée. De semblables représentations se rencontrent dans des chalets fort éloignés de la grande circulation, ainsi à Dârstetten dans le Simmenthal. C'est là aussi qu'on trouve dans une maison paysanne remarquable, une peinture couvrant toutes les parois de la chambre, du plafond au plancher et imitant la tapisserie des Gobelins. Dans la même vallée, le rejeton d une des plus importantes familles a construit un jour une sorte de château en bois, dans lequel on voit encore, à côté des peintures murales, non seulement des cheminées de marbre avec des écrans fort bien peints, mais encore de magnifiques marqueteries. Dans l'( Iberhasli. au commencement du XIXe siècle, un peintre de génie nommé Streich, décora les habitations des montagnards de centaines d'oeuvres de son pinceau. Ses armoires, ses buffets et autres meubles
peints — sur chacun desquels on voit le numéro de la série — se comptent par milliers. Ses bouquets d'œillets que nous trouvons notamment sur les armoiries et les bahuts sont d'une finesse remarquable.
L'histoire de la maison elle-même, celle du constructeur, ainsi que de sa famille, voire même celle de tout le village, est racontée par le menu depuis l'an 1500 environ par les inscriptions, gravées à l'origine, puis peintes en caractères anciens ou gothiques. Elles ont toutes trait à l'histoire de la contrée, de la région ou du canton et rapportent de préférence le prix des vivres, leur hausse « effrayante », les incendies, et autres événements semblables.
La planche hors texte en couleurs (Décorations de chalets suisses) qui illustre cet article nous dispense d'entrer dans plus de détails. Nous ajouterons simplement, à titre documentaire, quelques exemples d'inscriptions alpestres.
Sur la façade d'un chalet de Plambuit(C. "Vaud, D. Aigle, 1150 m. d'altitude), nous avons relevé l'inscription suivante : « L'année 1770 Béni soit l'homme qui se confie en l'Eternel. La maison céleste, c'est la bienheureuse que l'homme jouit après la mort. Mais nous avons cette habitation terrestre par une suite des bénédictions de Dieu, par le secours duquel Pierre-Louis Dormond et Marie- Judith Crozet ont fait bâtir cette [sic] édifice par maître Pierre-Anlhoine Petier. » Celte déclaration est surmontée de deux ours et de deux cerfs fort bien gravés.
Un chalet de la Metschalp au-dessus d'Adelboden porte, gravée en fort belles lettres gothiques dont les majuscules sont particulièrement soignées, l'inscription suivante: In disent Laufin i7r>4 Jahr. Richt du mich, so dettl; au dich ; Dan der Herr ist Richter. Gott deisr sstet bewahr Vor Ubdel vnd Gefahr. Da Hanns David vnd Melchior Staller liaben deisr bauez. Wir bauen aile fest Und sind doch framd Gcst. Vnd. da wir Ewig sollen sin Da bauen wir Gahr wi"ig ein.
Le Valais est un véritable paradis pour celui qui recherche les gravures et les dessins sur les chalets ; de toutes ses vallées latérales, le Lôtschental est la plus favorisée à cet égard. Un exemple nous suffira. La maison Murniann à Kippel est bien connue. Sa façade principale est tonte décorée ; sentences et proverbes alternent avec de " très jolis ornements. Sur le fronton, on lit la date 1776 et la devise : Ailes Gott zu Lieb ; puis entre les trois rangées de fenêtres, se succèdent, avec le monogramme de Jésus-Christ : xiçis eXeiaov y.Qioro[iayei.(a) — Domus arnica, domus oplima — Dieu te regarde, pescheur, et U~>... — Auf Gott Bau und Trau beslandig so lang du. lebst ; Gott heben niacht seelig. Enfin, en grande gothique ornementée : An Gotles Seegen, ht Ailes Gelegen.
Le costume de nos montagnards est intéressant aussi à considérer ; il fait partie du tableau historique des Alpes; il est très caractéristique du goût des pâtres. Dans l'Oberland bernois, le costume ne se porte plus qu'à l'occasion des fêtes ; il se présente sous trois formes : le costume sévère et caractéristique du Hasli, le costume de l'Oberland proprement dit, luxueux, orné de chaînes et de rosettes, tel qu'il est porté depuis cinquante ans dans la métropole des étrangers, à Interlaken, ou dans les vallées, enfin le costume des vallées de la Kander, de la Simme et de la Sarine ; ce dernier est le plus simple avec son corsage, son devant de chemise plissé et son foulard de soie à franges. Il ne subsiste que peu de chose du costume masculin, autrefois si pittoresque. Seuls la jaquette « queue d'hirondelle » et le casque à mèche noir le rappellent encore ; ajoutons le gilet à fleurs en damas, sauvé de l'oubli, et qui, il y a un demi-siècle, était porté couramment dans toute la Suisse. Le pâlie porte aujourd'hui encore son costume spécial {ChujermulzJ de milaine grise aux bordures noires et aux manches boulantes. Toutefois, les dimanches et jours fériés et quand il descend dans la vallée, il endosse son costume bordé de rouge [Sunntigsmutz). Pendant le travail, il portera toujours son petit bonnet, de vacher à bordure rouge [ChûrjerchàppeliJ.
Le costume (pie les pâtres appenzellois endossent au moment de monter sur l'alpe est plus en rapport avec leurs occupations. A la pointe du jour, le jeune garçon et le valel mettent leurs culottes de cuir couleur safran.
ALPESTRE (VIE
ALPESTRE (VIE
Ils portent une chemise bien blanche au plastron garni (l ornements, de broderies fines el de scènes represea tant la vie pastorale. Les manches sont courtes el forment sur le bras un pli raide. Les bas blancs élégants se tei minent en bourrelet au-dessous du genou et sont retenus par (1rs jarretières brochées d'argent. Ils sont chau de forts souliers dont la languette est dentelée à la partie supérieure : les boucles d'argent portent une petite rai lie sur fond rouge. Les culottes sont retenues par des bretelles ornées de plaques de laiton aux emblèmes de paires ; le gilet rouge à deux rangées de boutons d'argent, plats et octogonaux. Le costume est complété par le mouchoir triangulaire (Fetzen), porté en ceinture qui entoure les hanches el dont la pointe descend sur la cuisse gauche. La cravate (Schîips) rouge est retenue par une broche d'or ajourée. La grosse montre d'argent (Hosenzyt) es) indispensable, ainsi que sa chaîne en vieil argent à laquelle sont suspendues de \ i«'i Iles
pièces de
monnaie
el des
Fragment d'une carte de J. Clausuer de 1790-1800 (BQxgerbibliothek, Lucerne
emblèmes de vachers. A la boucle d'oreille en forme de serpent fSchlângliJ, que beaucoup de pâtres portent toute l'année au lobule de l'oreille gauche, sera suspendue la minuscule cuillère à crème en or , Schuefe); enfin voici le chapeau de peluche noir qui couvrira une chevelure blonde frisée ou hérissée, généralement inculte. Le chapeau est rehaussé d'une couronne de Heurs artificielles avec d'autres ornements brillants et deux rubans rouges qui retombent sur la nuque. Toutefois, les Toggen bourgeois portent le plus souvent le chapeau brun à fond plat (liupfel avec des rubans verts et rouges. Sur le devant du chapeau, en guise de cocarde, ils ajustent un ornement en argent représentant une rose. L'équipement serait certainement incomplet sans la petite pipe appenzelloise (Lindauerlij, tout à fait typique avec ses ornements en argent. La blague à tabac en cuir blanc, dont le fond est décoré d'une petite vache dorée et d'emblèmes de pâtres, est aussi fort originale. Propriétaires, valets et garçons portent aux deux auriculaires un large anneau d'argent gravé où nous retrouvons la petite vache, comme dans toutes les autres parures. Le maître remplit sa bourse — une vessie séchée qu'il a achetée chez le charcutier — de talers et de doublons neufs (Dôbeli = 20 fr.), car cette montée à l'alpe coûtera gros. Sa femme, paysanne prévoyante, a fait polir les grandes boucles de laiton et les ornements des
courroies des clochettes, \rais chefs-d'œuvre de cise-
lll re.
2. La montée à. l'alpe. — Ainsi vêtu, on peut monter à l'alpe; « alper ■ comme on dit en Suisse romande. Lorsque sonne I heure <iu départ — en Appénzell on l'appelle Abloo — on entonne en chœur un jodel durant lequel beaucoup de pâtres ont l'habitude de s'enfoncer le petit doigt dans I oreille. Aussitôt après el pour autant que le permettent l'impatience ou 1 indocilité des bêtes, ces dernières sont formées en colonne selon leur rang et leur condition. Les chèvres, spécialement indocile- el gourmandes, s"ul chargées (Je Kiiniitieii, sellettes de bois sur lesquelles deux laites sunt fixées en croix pour les empêcher de se faufiler- dans les haies. La marche esl ouverte par le garçon qui maintient les bêtes en mouvement par des cris et des appels (Johele). Il est immédiatement suivi d'une troupe de chèvres pour la plupart blanches irace de l'Appenzell et du Toggenbourg) et portant des clochettes. Le garçon porte, suspendue à l'épaule gauche, la petite seille à lait artistemenl sculptée (Fahreimer) dont le fond est couvert de peintures multicolores représentant des scènes de la vie des \achers. Après les chèvres folâtres viennent, dans la règle, les trois vaches portant les grosses cloches et appelées dans le canton de Berne el la Suisse centrale vaches conductrices (Heer- oder Fùhrkûhe). Ce sont ordinairement des bêtes primées portant la marque des expositions de bétail imprimée au fer rouge sur les cornes bien nettes polies, (lonscientes de leur rôle de conductrices, elles s'avancent gravement. Mlles sont accompagnées du maître vacher qui porte à la main, de même que le garçon, une gaule ou un bâlon de coudrier. De grands cris d'allégresse gutturaux alternent avec des appels vibrants Lôcklernj ; ils sont particuliers aux Appenzellois et aux Toggenbourgeois ; et le maître vacher est régulièrement appuyé par le garçon et les autres bergers. Le cortège est fermé par le maître et le cheval de somme portant le Ledi ou mobilier du chalet, ainsi que la literie et les provisions. Le maître ne porte pas des culottes en cuir jaune, mais en milaine brune, et même à notre époque, l'habit bourgeois à la coupe paysanne. Aboyant et jappant sans cesse a Blass », le chien de berger tricolore, blanc, noir et brun, tourne autour du troupeau.
Dans toutes les auberges placées au bord de la route, on s'arrête pour boire un coup de vin rouge ou de vin chaud, ce qui met fortement à contribution la bourse du maître. Dès que l'on s'engage dans la région alpestre et que la contrée devient plus accidentée, on suspend deux des cloches à un bâton qu'un des pâtres porte sur son épaule; la troisième cloche est portée au moyen de la courroie. Toutefois les cloches ne doivent pas rester silencieuses ; elles seront au contraire agitées d'une manière rythmique. Quand on est arrivé à destination, commence la vraie sonnerie des cloches (Schelleschôtte) pendant que le bétail s'en donne dans l'herbe fraîche. Cette sonnerie est l'objet de soins variés et spéciaux dans l'Appenzell et le Tnggenbourg. Penché en avant dans une position typique, le premier pâtre fait retentir ses deux cloches sousdes coups mesurés et c'est un vrai carillon (Schellenries) que font entendre les trois cloches bien accordées. Les chanteurs attitrés fjodlcr1 se groupent aussitôt autour des sonneurs. Ces cloches sont formées d'un alliage d'argent et de cuivre. Une série bien accordée peut coûter, avec les courroies, jusqu'à 2000 fr. Elles sont fondues au Tyrol. dans la région d'iimsbruck, qui s'en est fait une spécialité. Enfin, on décharge le taureau (Hâgi) de la sellette à traire que, pendant la-course, il a portée sur son large front. Après avoir donné tous ses ordres, le maître rentre chez lui ; quand il remontera sur l'alpe il y conduira ses porcs.
La montée à l'alpage se fait généralement partout de la même façon ; ici elle est plus modeste, là ellî a plus d'ampleur. Nous pouvons donc être brefs pour décrire la
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inontéi' dans les autres cantons lorsqu'elle présente quelque particularité intéressante. Une première différence se présente dans les régions de haute montagne : la montée se fait en deux étapes. On distingue en effet deux étages de pâturages. Au-dessus de la ceinture de forêts qui protège les villages et les habitations isolées, on remarque une zone occupée par des pentes herbeuses montant vers les confins de la région des neiges éternelles. Ce sont ces pentes qui sont appelées « alpes » ou « alpages ii par les indigènes. Ces hauts pâturages ne sont pas fauchés ; ils sont exclusivement réservés à l'alpage du bétail pendant l'été. Les portions les plus élevées sont abandonnées aux chèvres et aux moutons ; on réserve aux vaches la zone médiane, où l'herbe est plus abondante et plus haute. En dessous, vient la zone inférieure des pâturages où l'on met pâturer le bétail au printemps et en automne ; en été, on y fait du foin pour l'hiver. Ces pâturages s'appellent suivant les lieux « Vorsass », « Voralp» ou « Maiensâss » «mayen». C'est à ces pâturages inférieurs qu'on monte le bétail dès que la neige disparaît, à la fin mai ou au commencement de juin. Après y avoir brouté « la première Heur ». comme on dit au canton de Vaud, le bétail s'élève dans le courant de juillet aux pâturages supérieurs dits de « rechanges ».
Le départ pour l'alpage revêt, dans les Alpes vaudoises, un caractère pittoresque et joyeux quand tout le troupeau d'un pâturage est réuni pour la montée. Les vaches portent alors leurs plus belles « senailles », clochettes aux sons clairs, leurs plus gros « toupins » ou « bourdons », dont les notes sont graves, sans parler des «tapes», aux tons mats et pourtant agréables. Les appels et la «youtze» (jodel) des armaillis dominent le tintamarre du troupeau. Tout le long du Jura, dans les derniers villages où convergent les routes de nombreux pâturages, c'est, durant quelques nuits, un vrai défilé de troupeaux dont quelques-uns traversent la montagne pour aller estiver « sur France ». Là aussi, passent les «chars à échelles » qui portent le train du chalet: chaudière, seillons, baquets et houte-cul (chaises à traire) ; ce n'est pas une tête à proprement parler, mais la joie est dans l'air. Bien des chansons l'ont exprimée, celle, par exemple, de la Poya. La Poi/a est le nom que l'on donne au Pays d'Enhaut, comme en Gruyère, à cette migration des troupeaux. Aux Ormonts, la montée du bétail se fait plutôt par groupes isolés, sans réunion de grands troupeaux. Nombre d'éleveurs, selon les droits d'alpage qu'ils peuvent posséder, répartissent leurs bêtes sur plusieurs pâturages, et en conduisent quelques-unes à des amodiataires de PEtivaz ou du Gessenay.
Le départ des troupeaux en Gruyère est aussi un événement considérable dans les villages ; les armaillis vêtus de leur veste à courtes manches «bredzon» portant la salière brodée «loï» et la petite cape traditionnelle, rassemblent les vaches en un cortège bien ordonné que suit un char léger chargé de la chaudière et des ustensiles du chalet Toutes ou presque toutes les bêtes ont leurs cloches et, au milieu des « jouhés « et des cris, on se met en route vers la montagne la Poya, les jolis couplets du 20 de mai, du Pot, etc., chantent cette cérémonie alpestre.
Dès qu'on arrive en Suisse allemande, la note sentimentale apparaît. Dans l'Oberland bernois, cette séparation d'avec les siens de la vallée, qui durera de longs mois, donne lieu aux plus vives manifestations de sentiments de la part des participants : chacun sait qu'il va au-devant de l'isolement. Aussi : «Laissez-nous encore être joyeux* (Lasst uns drum noch frôhlich sein!] est-il le refrain quotidien. La nuit qui précède le départ, se passe au milieu des chants et de la danse, jusqu'au moment OÙ l'aube annonce le moment de partir. Alors, par les vallées, les rues des villages, ainsi que le long des routes
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qui escaladent les premiers contreforts de la montagne et les pistes ou chemins muletiers, retentissent les sonneries tantôt claires, tantôt confuses des troupeaux qui semblent exciter chez les bêtes la nostalgie de l'alpe dans la liberté de laquelle beaucoup sont nées et ont passé leur première année d'existence. Et dominant tout ce bruit, l'on perçoit les appels des bergers qui s'efforcent de ranger les animaux récalcitrants, le Iloj-hoj et le chum-susâ-sâ des pâtres et des garçons, ainsi que les jappements des chiens. De temps à autre éclate un cri de joie.
Intérieur d'un chalet île pâtres et instruments servant à la fabrication du fromage. Gravure de Bernard. (Bûrgerbiblintuek, Lucerne).
Outre
Enfin, après des heures de marche, gens et bêtes également fatigués, parviennent à destination dans les quartiers d'été inférieurs de l'alpe.
3. La vie sur l'alpe. - Alors commence une vie de travail et de fatigue de laquelle il faut dire quelques mots parce qu'elle a une origine très ancienne et qu'elle est par là historique ; de plus, elle est en passe de se modifier profondément; donc il vaut la peine de la fixer en quelques traits pendant qu'il en est temps.
L'ensemble des personnes qui s'occupent de l'exploitation de l'alpe s'appelle, en allemand Ai Iplerf ami I ie. Cette « famille » se compose de fruitiers et. de pâtres ; le nombre des personnes employées varie de un à quinze. Sur les alpes desservies par un homme seul, il y a générale-
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ALPESTRE VIE
ment un garçon en guise d'aide ; dans les Alpes vaudoi est ordinairement l'aïeul qui, assisté de son petitfils, fait le fr âge, garde le bétail el trait les vaches.
s il \ a trois personnes, l'une est fruitier, la seconde pâtre, la dernière sert d'aide au fruitier et au pâtre. Surlesgran Ipes exploitées par des associations, il y a deux ou pluieui aides : parfois, un homme est spécialement chargé de prendre soin '1rs fromages et de les saler à la cavej il y a souvent aussi un valet 'i'" s'occupe du bois a brûler. Il faut ajouter le pâtre qui garde le pon autour du chalet ou sur le pâturage Par contre, ' très qui redescendent leurs chèvres chaque soir au vili les domestiques qui gardent les jeunes bêtes sur
,n plus qu'ailleurs, on fait une différena enti groupes, le fruitier et le premier pâtre occupent le aides du fruitier et ceu s du pâtre
Faneur glaronnais. Lithographie 'le >•. Baumhgardt d'après G. Lory, père. (BUrger) ibliothek, Lucei ne).
l'alpe ne font pas partie de la « famille». Sur quelquesalpes valaisannes '1rs domestiques s'occupent de l'entretien et fie l'amélioration de l'alpe : irrigation, fumage-, écobuage, défrichement, enlèvement des pierres et du gravier, amélioration îles chemins. Mais généralement l'entretien, del'alpe revient au propriétaire ou, dans lesuconsor-
tages ') (associations) à la communauté. La division du travail est poussée si loin (pie chacun ne peut compter que sur soi. C'est surtout le cas dans le Valais romand; ailleurs on esl moins exclusif, et dans les petites exploitations, on s'entr'aide généralement. Avec le temps, il s'est établi une véritable hiérarchie fondée sur la division du travail et sur l'importance 'les occupations respectives. Le personnel divise en deux grands groupes : le -coupe des fruitiers (en allemand Sennengruppe), qui s'occupent du lait, et le groupe des pâtres (HirtengruppeJ, qui s'occupent des pâturages et du bétail. .Mais ce n'est que dans les grandes exploitations, surtout au Valais, que ces deux groupes se distinguent nettement. En général, ce sont les fruitiers qui tiennent la tête et les pâtres qui sont au second rang; cependant, dans le Val de Ba-
deuv
ne ni' ranij . Lnlre ,.-..,..■- .... ,,..,.,.. , ^ ^,u., ut. ,,.,..,.
l« - différences de rang sont bien plus sensibles. La hiérarchie se marque dans les salaires payés en espèces et i n nature, dans la couche et même dans la nourriture. Au Valais et surtout dans leTessin, le personnel féminin est fréquent. Les jeunes tilles, souvent même les femmes a\ec leurs enfants,viventdansdeE huttes qui, groupées a ii tour il une chapelle, forment un véritable village d'été. Dans le Lôtschental, la plupart des fruitières descend* dans la vallée pour aider à la fenaison et à la moisson ; le soir elles regagnent l'alpe où elles s'occupent île la traite i I du fromage. Le matin, elles portent le
1 petit lait au village. A Bosco, ht seule commune
tessinoise de langue allemande, li rar-
çons et h- vieillards montent aussi sur l'alpe. Ailleurs encon . comme à Belalp, le- femmes et 1rs enfants s'établissent aussi >ui- l'alpe pour tout l'été et les hommes, seuls au village, font travail des femme-. La transformation de plus en plus fréquente des alpes privées en o consortages .' pour effet l'élimination progressive des femmes de l'exploitation agi icole.
L'alpe fournit aux fruitiers et aux pâtres presque tout ce qui est nécessaire à leur subsistance : lait, crème, petit lait, babeurre, fromagi séret, beurre. On ne \n chercher au village que le sel, la farine et !'■ pain. Assis autour d'une unique écuelle de bois, les montagnards y puisent avec 'les cuillers antiques le lait ou le petit-lait (Suuffi) qu'ils mangent avec du séret frais. Chaque stade de la fabrication du fromage fournit un nouvel aliment, du lait caillé aux débris de fromage qui tombent dans le moulage. Quand le fruitier préposé à la cuisine. ,1:1 qu'il va - cuire », chacun sait qu'il s'agit d'un mets fort goûté, par exemple le l'en:, bouillie jaunâtre faite de lait, de farine el de beurre. Avec ces trois composants, les fruitiers savent préparer des mets variés : Rahmzonne, C/iàrisschoopeou alteMaa, Chollermues, Tatsch, etc. Le mai- (Tôrggel, le ri/ (par exemple Niidelr rtis) et la semoule sous forme de bouillie. Brii) sont d'autres aliments fréquents. Dans la Suisse italienne, la polmla cuite à 1 eau et accompagnée 'le lait mi de crème est particulièrement goûtée. I.a " raclette.. (Bratchââs) est aussi fort estimée: on présente à la llamme un morceau de fromage gras qui se rôtit, on le mange ainsi; maints fruitiers raclent avec un couteau la couche du fromage fondu sur le feu et la mangent à même le couteau ou sur du pain. Un plat favori de la Suisse occidentale est la (, fondue . -"île de bouillie de fromage cuit. Dans les Grisons, les noms des mets ont passé du romanche à l'allemand ; Châàsgazângg, Bazôggel, Malûns, Tilerins, Formatins, Spitt, etc. Un régal qu'on offre soment aux visiteurs est la crème fouettée. On appelle Spiis les repasfroids composés de fromage, de séret et de pain: le mot ijenda (du latin uivenda) qui apparaît ici et là dans te dialecte des Alpes vaudoises et du Ras Valais a la même signilication. — 11 semble naturel que les montagnards vivent- des produits de l'économie alpestre: mais ce n'est pas toujours le cas. en particulier dans le Valais romand. Les vaches ne donnent que peu de lait, aussi craint-on (pie. sur les alpes à nombreux personnel, la production de l'été ne soit toute consommée. On préfère alors monter du village la plus grande quantité île vivres possible. Ce soin revient an (.procureur' ou « recteur de la montagne». Chaque consort i est tenu de fournir les vivres pour une durée lixée: fromage maigre. pain noir, viande séchée, etc. Le matin, on ne boit généralement que du lait ou du chocolat; ce n'est que récemment que les montagnards boivent du café au lait sur l'alpe. A la liste «le- met- usités dans ces derniers temps, il faut ajouter, principalement pour les Préalpes, les macaronis et les pommes de terre. La viande est toujours une rareté.
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Les mots et les expressions de nos patois romands et alémanniques qui se rapportent à l'économie alpestre reflètent révolution de celte industrie profondément autochtone. C'est à ce titre que nous devons dire quelques mots de la linguistique alpestre. On attribue les plus anciens mots, encore inexpliqués pour la plupart, aux peuplades, les unes nomades, les autres sédentaires, qui habitaient les Alpes avant l'arrivée des Romains dans ces hautes régions retirées. Partout où, dans les Alpes, les Romains trouvèrent l'industrie laitière pratiquée, ils apportèrent, avec des méthodes plus rationnelles, leur propre terminologie. Toutefois, nombre d'expressions ancienne- survécurent au mélange des races et des langues, [mis, plus tard, à la fusion des celto-latins et des Alémannes: quelques-unes subsistent encore aujourd'hui L'invasion alémannique de la seconde moitié du Ve siècle, qui aboutit à l'établissement des Alémannes dans la Suisse septentrionale et sur le plateau suisse, n'atteignit pas les Alpes de longtemps; ce n'est que progressivement que ces Germains parvinrent, à travers les Préalpes, jusqu'aux hautes régions, où ils assimilèrent on partie la population celto-latine. Une première poussée alémannique atteignitl'Oberland bernois, puis le Haut- Valais, d'où elle forma enfin les colonies alpestres de Walser. La Suisse centrale et Appenzell furent alémannisés un peu plus tard que les régions occidentales ; l'invasion finit par atteindre l'Oberland saint-gallois et les Grisons; dans ce dernier canton elle n'est pas encore terminée. Toutefois, comme le prouve la langue des pâtres de la Suisse allemande, les nouveaux venus empruntèrent à la population romane établie avant eux une bonne partie du vocabulaire technique et des procédés de l'économie alpestre Des caractères extérieurs, physiques, rappellent le vieux fonds latin dans les régions alpines de la Suisse allemande, parce que les colons alémanniques y furent moins nombreux que dans la plaine et leur influence moins profonde Remarquons simplement que le vocabulaire de la fabrication du fromage est presque entièrement d'origine latine, tandis que les mots patois relatifs au beurre sont allemands. Les patois alpestres n'ont gardé aucune trace des autres peuplades germaniques qui pénétrèrent dans nos Alpes méridionales et occidentales, ainsi lesOstrogolhs en Rhétie(?). les Lombards au Tessin ; ces Germains furent rapidement et complètement latinisés. Les Francs n'ont eu sur notre pays qu'une inlluence politique. Mentionnons en passant une contrée alpestre de la Suisse allemande où l'on ne parle aucun patois alémannique, c'est le Samnaun dans les Grisons, qui parlait autrefois un dialecte ent;adino-roman ; il subit récemment l'influence du Tyrol et parle depuis un patois bavaro-tyrolien. Dans les Grisons, l'élément rhéto-roman fut repoussé de deux côtés par l'élément alémannique, de l'Ouest etdu Sud-Ouest parlesWalser, du Nord-Est, du Rheintal par les Alémannes. Dans les Alpes grisonnes de langue allemande, les mots romans sont très fréquents; l'alémannisation y est en partie toute récente. Inversement, le rhéto-roman ne manque pas de mots empruntés à l'allemand. Les vallé- s grisoniii s qui parlent italien appartiennent au groupe lombard comme le Tessin. A Bosco (Tessin), dans ie Pommât (Val Formazza) et dans quelques \allées sur le flanc méridional du Mont Rose, la migration des Hauts-Valaisans allemands eut une inlluence qui e-t encore sensible de nos jours. A la mémo époque où les Alémannes prenaient définitivement possession d'une grande partie de notre pays, tes Burgondes, Germains également, pénétrèrent dans la Suisse française actuelle, venant du Sud-Est. Ils ne semblent pas avoir pénétré dans les vallées alpes'res. A l'inverse des Alémannes qui imposèrent leur langue et leur civilisation aux régions occupées, les Burgondes adoptèrent dans un temps relativement court les coutumes et la langue des Gallo-romains. Maint nom de lieu est d'origine burgonde; mais en dehors de cette catégorie de noms, l'influence des Burgondes sur la langue est nulle; on netrouve en particulier aucun mot burgonde dans le vocabulaire de l'économie alpestre des patois franco-provençaui îles alpes valaisannes, vandoises et fri bourgeoises. Cependant, dan- ces derniers temps, des expressions de la langue alpestre des Alémannes ont pénétré en Suisse romande grâce aux fruitiers
suisses-allemands ; réciproquement, les pâtres et les fruitier- de la Suisse allemande rapportent dans leur pays des termes romands de leur séjour en Gruyère. Le commerce des ustensiles et des produits de l'économie alpestre, les migrations des fruitiers et les relations entre voisins contribuent à modifier la répartition locale des termes techniques patois. Ni dans le présent, ni dans le passé, on ne doit imaginer des limites linguistiques rigides entre les fruitiers de la Suisse allemande et ceux de la Suisse romande; ils ont lutté ensemble dans les guerres d'indépendance ; très souvent ils se sont rencontrés sur les passages alpestres, souvent aussi ils ont voyagé. Autrefois, c'étaient les Romands qui donnaient le plus dans ces échanges; de nos jours ce sont les Suisses allemands. Malgré une grande variété, la Suisse allemande présente certaines régions qui sont de véritables
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Pâtres schwyzois transportant le fromage.
D'après une litho'graphie en couleurs il Kngeluiauii.
(Bùrgerbibliothek, Lucerne).
unités au point de vue de la terminologie alpestre. C'est le cas pour l'Oberland bernois, le Haut-Valais et ses dépendances méridionales et orientales qui forment un tout ; la région alpestre de la Suisse orientale constitue une seconde unité bien distincte.
La langue alpestre tire la plupart de ses expressions de la langue vulgaire, mais, comme tout langage technique, elle possède un vocabulaire spécial qui enrichit la langue commune. De nos jours, la facilité des communications et les modifications que subit l'économie alpestre appauvrissent la langue alpestre Si le vocabulaire technique de l'économie alpestre a quelque chose d'antique, cela provient du caractère archaïque des patois alpestres et de l'ancienneté re-peclahle de l'économie alpestre Malgré tout, la terminologie de l'économie alpestre présente une certaine unité qui s'explique sans doute par la longue communauté des traditions, les Alpes n avant été peuplées jusqu'au VIe siècle (pie par des Latins. Il se peut également qu'il faille faire remonter cette unité remarquable à la population primitive des Alpes qui, d'après les recherches des naturalistes bâlois Rutimeyer, serait d'origine ligure.
4. Les fêtes et les coutumes alpestres. — L'impression qui se dégage du tableau précédent c'est que la vie des pâtres et des fruitiers sur l'alpe est des plus monotones. Aussi comprend-on que ceux-ci éprouvent le
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besoin de Be distraire et qu'avec le temps ce besoin ail donné naissance à des Tries. On en trouve des traces dans les régions alpestres de la Suisse entière jusque d;ms les siècles passés. La plupart ont lieu au milieu de l'été, c 'est à-dire dans la seconde moitié de juillet ou dans la première quinzaine d'août; exceptionnellement centrale (Uri et Unterwald), elles ont lieu peu de temps après la montée au pâturage. Il faut mentionner dans la Suisse centrale (Schwyz, Uri, Unterwald) les Kilbi de pâtres, organisées par les confréries de vachers qui ont lieu seulement après la descente des pâturages, aux environs de la Saint Gall (16 octobre).
Les fêtes de vachers semblent avoir été à l'origine deB fêtes de famille qui donnaient l'occasion aux membres des familles des paires de se rendre aux pâturages. On invitait également les personnes dont le vacher soignait Le bétail, Ces fêtes ont lieu ordinairement dans la période qui s'étend entre la récolte des foins et celle des regains, lorsqu'on fauche les foins dans les l'réalpes, c'est-à-dire
Lutteurs dans les Alpes. Sépia de Job. Voltz (Bùrgerbibliothek, Lucerne).
lorsque la plupart des montagnards se trouvent déjà à proximité des montagnes. Il n'est pas possible de rechercher ici si les cérémonies religieuses (bénédiction des pâturages dans les contrées catholiques, service divin dans les cantons protestants) ont servi de prétexte à des fêtes, ou bien si elles ont suivi une fête alpestre existant déjà auparavant. De semblables fêtes religieuses sont en connexion, mais pas partout, avec les fêtes alpestres qu'elles précèdent, aussi bien dans les cantons catholiques que protestants (Oberland bernois. Suisse centrale, Appenzell, Grisons). En Valais, elles semblent en général coïncider avec la bénédiction des pâturages. Le Sufsuntig a pris le caractère d'une fête de famille dans l'Oberland bernois et dans les montagnes fribourgeoises. Il tombe régulièrement à l'époque de la Saint-Jacques, le dernier dimanche de juillet ou le premier dimanche d'août. Dans le Haut-Simmental (Sankt Stephan) on le désigne directement sous le nom de jour de Saint-Jacques. Les membres de la famille montent de bonne heure au pâturage; ils apportent des saucisses, des jambons et de la viande, du vin, des Nilssli et des Brâtzli. A leur arrivée le fruitier les régale de crème douce ou aigre ou bien gewell, c'est-à-dire épaissie par la cuisson, de Britsche (caillebotte), de lait de chèvre, en somme de toutes les bonnes choses qu'on peut avoir à l'alpe. Ensuite, on va passer en revue le bétail. Quand le fromage est fait et que les différents travaux qu'il faut
faire même le jour du Sufsuntig, sont terminés, on fait un tour sur I alpe, qui aboutit, si possible, à un beau point de vue. Au retour, <>n se remet à table [jour prendre le café et consommer tout ce qu'on avait apporté de la plaine. Le soir, c'est le tour du i/in, Bouvent on rôtit aussi du fromage de chèvre ; puis les convives se mettent en route pour atteindre encore la plaine avant la nuit.
Sur les alpes où se trouvent plusieurs chalets, ou bien là où les chalets sont disséminés de manière à être facilement accessibles des alpes voisines, le Sufsuntig, célébré en famille, est devenu dans l'Oberland bernois le Dorfet ou Bergdorfet, dans la Suisse primitive et l'Appenzell les jElpLer-, Sennen- ou Bergkilbi, dans les Grisons les Bergsonntage, Au fond, ces fêtes ne sont qu'une extension du Sufsuntig on eu a fait un dimanche consacré généralement à la danse ou à la Kilbi, Partout on consomme de grand appétit les bonnes choses que fournit l'alpe; toutefois on apporte de la plaine des vivres: du vin, de la \iande et des pâtisseries l)ans l'Oberland bernois, c'est souvent un fruitier qui joue le rôle de l'aubergiste; il lui faut pour cela un permis de l'autorité. Souvent aussi, c'est un aubergiste qui monte de la plaine; c'est le cas surtout dans l'Entlebuch, dans le canton de Schwyz, dans l'Appenzell et les Grisons. J.e programme se déroule de la manière suivante: dans la matinée il y a un service religieux ou une messe; l'après-midi on passe en revue le bétail, on se livre à des jeux nationaux, et, le soir, on danse. Pour terminer, une bonne rixe était fréquemment de rigueur :
de nos jours cela n'arrive plus que rarement. La fête est complétée par des jodels, des chants et des airs de cor des alpes, là où cet instrument est encore en usage. Les jeux nationaux en usage sont, outre la danse, le jet de pierres, l'exercice du drapeau Fahnenschwingen), la lutte (Hosenlupf); dans la Suisse primitive et dans l'Appenzell, on grimpe au mât de cocagne et on fait la course en sac : dans l'Oberland bernois on joue aux quilles sur le terrain moyennant un enjeu de 5 à 10 et même de 50 centimes. Dans l'Oberland bernois le Dorfet est au fond un Tanzsuntiq auquel on adjoint parfois le Hosenlupf. Mais on y a aussi des fêtes de lutteurs proprement dites ; c'est le cas dans la Suisse primitive, à l'Ouest du lac des Quatre-Cantons, dans l'Emmental, l'Entlebuch et l'Unterwald qui en est limitrophe. Tout le^ monde s'intéresse vivement à ce jeu national; les joutes ont lieu entre les habitants de deux vallées ou de deux cantons; de leur issue dépendent leur honneur et leurrenom. On cite comme fêtes célébrées à des intervalles réguliers: le Dorfet de Stadelalp entre l'Unterwald et l'Oberhasli, le premier lundi du mois d'août; celui de l'alpe de Breitenfeld près de Lungern le troisième dimanche du mois.de juillet; celui de l'alpe d'.EIggi prés de Sachseln le 26 juillet, jour de Sainte-Anne ; il se célèbre aussi à Tannen, sur l'alpe de Kerns le 10 août, et au Sôrenberg dans l'Entlebuch le deuxième lundi du mois d'août; c'est là que ceux d Obwald se mesurent avec ceux de l'Kntlebuch. Dans les Grisons, la lutte et le jet de pierre sont rares ; cependant les fêtes de la mi-été (Bergfeste ou Bergsonntagejy jouent un rôle important. Elles ont généralement lieu un dimanche d'août. A titre d'exemple, nous dirons deux mots de la fête de Safien. Elle se célèbre deux ans de suite à Camana (Camanafest) et la troisième année à Zalôn ou à Bruscalesg ; le programme très complet, rappelle celui des fêtes vaudoises : culte, visite du bétail, goûter à la crème, chants, discours, danse sur l'herbe. Si dans la plupart des vallées alpestres ces fêtes ont lieu un dimanche, dans le Schanfigg les gens
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de la vallée montent à l'alpe un jour de semaine, pendant que, sur la montagne, tout le monde travaille.
Les bergers des Alpes imitèrent à Uuspunnen le 17 août 1805 et le 17 août 1808 ces fêtes alpestres; elles furent répétées entre autres en 1867, 1869 et 1905. Les deux premières furent patronées par le gouvernement bernois qui espérait développer ainsi 1 industrie des étrangers fortement éprouvée par les années troublées de 1798 à 1804. On en a fait une véritable fête nationale et l'on y a joint le tir. Ces joutes d'Unspunnen ont été renouvelées à l'occasion de fêtes centenaires et dans d'autres circonstances importantes. La légende leur attribue une origine très ancienne. Elle prétend qu'elles ont été instituées par le dernier baron d'Unspunnen. Lorsque celui-ci se fut joint à la petite
qu'elles ont cultivé le jet de pierres, la lutte, les courses, le saut et, certaines, l'exercice du drapeau ; la lutte est devenue un jeu national à part et donne lieu à des fêtes plus ou moins importantes.
Il faut rattacher à ces fêtes alpestres les fêtes de la miété qu'on célèbre dans les Alpes vaudoises et qui sont tout aussi célèbres que les l'êtes d Unspunnen. Sur nombre de pâturages communaux, on célèbre la fête traditionnelle de la mi-été fmi-tçauteinj qui amené aux chalets un cortège de visiteurs auxquels les pâtres ont préparé bon accueil. Une chaire rustique est dressée pour la circonstance. Au service religieux succèdent les réjouissances gastronomiques où le vin et les friandises qu'apportent ceux d'en bas rivalisent avec la crème et les
La Kilbi alpestre du 5 octobre 1911, à Bùrglen. L'exercice du drapeau. D'après une photographie de M. le D' K. Gisler à Altdort'.
noblesse bourguignonne soulevée contre le duc Berthold de Zâhringen, le bailli impérial lui aurait infligé à Grindelwald une sanglante défaite, le Vendredi-Saint de l'an 1191. Pendant que, dans la vallée, le combat se déroulait, un vassal du duc, un seigneur de Wadiswil, aurait enlevé pendant le siège du château la fille du baron, la belle Ita, et l'aurait épousée. Le père n'aurait pardonné à sa fille que très longtemps après, grâce à l'intervention d'un petit-lils. C'est à cette occasion qu'aurait été instituée la fête d'Unspunnen, créée pour célébrer la réconciliation du baron et de sa fille. Par la plume et le pinceau, les poètes et les peintres du XIXe siècle lui ont fait une renommée universelle. C'est pourquoi il est inutile de la décrire, bornons-nous à renvoyer à notre planche hors texte en couleurs qui représente la fêle de 1805 (l'original appartient à la Bibliothèque Nationale suisse à Berne). Pour terminer cette esquisse et la compléter, nous mentionnerons encore que les sociétés de gymnastique suisses ont mis les jeux nationaux à leur programme et
fromages vieux qu'offre le pâturage. Des groupes de chanteurs égrènent les couplets de leur répertoire, et les violoneux rythment gaillardement la mesure aux danseurs. Le poète Juste Olivier a écrit pour les mi-étés de Taveyannaz et d'Anzeindaz (montagne de Gryon) des chansons qu'il y chantait lui-même et dans lesquelles s'exprime toute la poésie de ces fêtes alpestres. Aux chalets d'Aï, dont la fête s'appelle la Bernausa, il fut de tradition de faire ce jour-là des distributions de produits laitiers aux pauvres. Sur le pâturage de Perche on leur consacre aussi tout ou partie de la traite d'un des derniers jours de l'alpage La distribution en nature qu on en faisait autrefois aux miséreux qui se préseniaient, a été remplacée par un versement en espèces aux comités de bienfaisance des deux Ormonts. D'après une légende qu'entretient une chanson connue, ce pâturage aurait été donné aux Ormonans, grevé de cette servitude, par la châtelaine d'Aigremont qu'ils auraient secourue dans un danger pressant. Dans la Suisse allemande surtout, les montagnards se
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distraient en faisant un peu de musique. Le chant est iiïs cultivé bous lui me de jodel. L'instrument de mu i que le plus en vogue esl le cor des Alpes qui, il après M.
Bénédiction d'un alpage. Photographie de 0. Fehr, Zurich.
Gauchat, Kltide sur le ranz des vaches fribourgeois) serait à l'origine du chant populaire le plus autochtone de nuire pays, le ranz des vaches. On joue de l'accordéon et de l'harmonica dans la Suisse centrale et le canton de Berne. A Schwyz et Claris, le chalumeau, le flageolet, la cithare; à Appenzell, le tympanon sont courants. Le Trûmpi (guimbarde), fréquent autrefois, n existe plus guère que dans le Nidwald où il est déjà presque hors d'usage.
En dehors des grandes fête» de la mi-été, l'alpe reçoit de temps à autre des visiteurs. Dans le canton de Berne, le plus honoré de tous est le pasteur. Le premier dimanche du mois d'août, il va prêcher ici ou là. A Selden, un petit village de villégiature dans la vallée de Gasteren, on trouve un antique usage régulièrement observé. Entre les deux dernières maisons du village, on aménage trois files de bancs parallèles au moyen de poutres sur lesquelles on pose transversalement des planches; ce sont les sièges de la plus grande cathédrale du monde dont les orgues sont les cataractes voisines. Devant le mur de la maison la plus rapprochée delà route, on place une table reposant sur un antique chevalet dont la forme rappelle bien le style gothique. On y dispose à la place d'honneur la lîible de Gasteren et un pot rempli de rhododendrons et de gentianes complète la décoration de cet autel. Cette Bible est fort ancienne, et, selon la volonté du fondateur, elle est toujours conservée chez l'homme le plus âgé de la vallée. Elle fut remise en don aux gens de la vallée de Gasteren au XVIIe siècle par Thormann, ancien bailli bernois, jadis gouverneur d'Aigle, pour remplacer, dit la préface, la lîible en usage qui se trouvait en mauvais état. C'est toujours dans ce livre que le pasteur prend le texte de son sermon. On trouve des Bibles sur la plupart des alpes de la région et il n'est pas rare d'y rencontrer les belles éditions in-folio illustrées de Ilàle.
Dans les pays catholiques, la montée du clergé sur l'alpe a beaucoup plus d'importance ef revêt souvent le caractère d'une véritable fête populaire. C'est que la coutume veut que les pài tirages et les chalets soient bénis par le clergé afin d'écarter tout malheur des bêtes et des gens. La Suisse centrale. I ri en particulier, a donné le plus d'ampleur à cette coutume. .Selon un document du 28 juin 1763. le nonce papal Nicolas Oddi à Lueerne, permit aux prêtres dl'ri de dire la messe en public sur un autel portatif, les jours de la bénédiction des alpages. Son succes-
seur, Louis Valentin Gonzaga, renouvela ce privilège le 2 janvier 1765, valable seulement pour le temps où ce nonce serait en fonction. -»
Au col de Surenen, il exiasq te sur l'alpe de Blacken une chapelle avec une petite tour. Chaque annéi au mois de juin, selon une obligation Consignée dan- un ancien coutumier, une procession b'v n ml il< - communes d Altdorf, ErstCi Id el Attingbausen, qui doit être dirigée à tour de rôle par un prêtre des paroisses susmentionnées. En 1635, Lors Ue procession, il fut permis île dire la messe dans cet le chapelle qui u'était pas encore consacrée.
Cependant, cette chapelle doit dater d'avant cette époque, car la petite' cloche qui s'y trouve paraît a\oir été tondue vers 1581 déjà, à Engelberg et y avoir été bénie. Lutolf (Sagen, p. 330) rattache l'origine de cette procession à la légende connue du monstre (Greis ' de Surenen Quand c'est le tour d'Erstfeld, la procession quitte l'église à neuf heures du matin avec la croix et la bannière et aux sons des cloches. La procession se compose dans la règle d'une douzaine de personnes, paysans pour la plupart qui possèdent du bétail à Surenen ou qui veulent y faire visite à des connaissances. Les équipements et les approvisionnements variés des participants donnent un cachet trèsoriginal à cette procession qui ne parvient à son but que vers cinq ou six heures du soir. En chemin, dans les endroits les moins escarpés, les pèlerins récitent ensemble un psaume. Aux quatre endroits où se trouvent des croix, le prêtre chante le commencement des quatre Evangiles avec les répons et les prières en latin, comme dans une procession dans la vallée. La procession pénètre solennellement dans la chapelle de Surenen avec la croix dressée et la bannière déployée, aux sons de la cloche et de la clochette apportées d'en bas. Le lendemain matin, il y a messe à laquelle participent également les vachers des envirojs. A la fin de la messe, le sel et l'eau sont bénis et à la sortie, on chante le Salve Regina. Sur l'autel se dressent les statues grossièrement sculptées de saint Antoine et de saint Vandale; (Wendelinus). Les ligures anciennes et plus belles ont été transportées à Erstfeld. En montant, la bénédiction est donnée aux étables, au bétail et aux pâturages. Pendant la messe, les vachers procèdent à L'offrande et déposent leurs piécettes sur l'autel. Ensuite, l'intendant de la chapelle fait le tour de l'assistance tendant le chapeau, et récolle les offrandes pour la chapelle.
Les habitants d Altdorf el d'Attinghausen conduisent leur procession beaucoup plus simplement. Dans la vallée de Maderan, le prêtre de Brist bénit chaque année les alpages d'Elzli, de Gnof et de Stôssi. A Wassen. tous les pâtres doivent apporter à l'église paroissiale, le jour de Saint Théodule [en Valais Saint .loder, 16 aoùti. le premier fromage qu'ils fabriquent avec du lait non écrémé, après la montée sur l'alpe. Ce fromage y est exposé sur l'autel de Saint Jean pendant la messe. Le curé et le sacristain reçoivent d'abord un fromage. Le reste est partagé par le préposé à l'assistance également entre les pauvres de la commune présents. Ceux-ci doivent égrener un rosaire après le culte, pendant la distribution du fromage. Les alpages de la vallée de Mai en sont bénis parle chapelain qui y ré-ide. Il reçoit pour cela une portion de petit-lait de chaque alpage. Les propriétaires de chalets à Waldnachl doivent livrer chacun cinq livres de beurre et une portion de petit-lait à la charité publique d'Atting-
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Jet de la pierre.
Iiausen et reçoivent chacun un pain du président à titre de salaire de porteur. Conformément à l'usage, le propriétaire du pâturage de Ùrwângi, sur le Bauenstock, l'ait cadeau chaque année d'un fromage aux capucins d'Altdorf. Dana L'Isenlal. tous les pâturages sont bénis au commencement de l'été. Les alpes d'Oberfeld et de Gampelen sont bénies à tour de rôle par le vicaire de Bùrglen ou de Schattdorf.
L'Urnerboden est l'alpage le plus grand et le meilleur du canton d'Uri. I ne chapelle existait sur le Niderstwang déjà en 1437, construite spécialement pour les besoins religieux des vachers. En 1756, la chapelle doit avoir été restaurée et en 1912, la chapelle actuelle a été construite. Par suite du trop grand éloignement de l'église et de l'école, il fut défendu jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle d'habiter à demeure en hiver sur l'Urnerboden. Pendant la saison d'été, le vicaire de Spiringen devait y habiter et célébrer tous les dimanches la messe et prêcher. Cependant, dès que les vachers montaient dans les pâturages supérieurs, le prêtre pouvait retourner chez lui.
Peu à peu, il prit l'habitude d'y séjourner tout l'été et en 1902, PUrnerboden reçut un curé à demeure. Le dimanche après la Sainte- Yérène, a lieu la fête de l'église qui attire beaucoup de visiteurs du canton de Claris, parce qu'à cette occasion, des marchés de bétail et de fromage sont conclus. Des jeux de société ou des joutes publiques n'ont lieu qu'exceptionnellement. Le lundi, il y a danse. Le premier jour après la montée à Palpe, il y a procession sur l'Urnerboden. Par décision de la landsgemeinde du 9 août 1528, toutes les familles de Spiringen et d'Unterschàchen possédant du bétail devaient déléguer une personne majeure. Cette procession religieuse était, comme la procession de Snrenen, un pèlerinage national et avait lieu au milieu des prières jusqu'à la frontière du canton de Claris; actuellement elle ne va que jusque lum. kalten Brunnen. Sur demande, le prêtre bénit spécialement les alpages isolés. La fête des troupeaux fSennenkilbi) a toujours lieu à Bùrglen le dimanche avant la Saint-Gall.
Le jour des prières (BetenrufJ, appelé souvent inexactement la bénédiction des alpages (AÏpsegevJ est beaucoup plus ancien qu'on ne le croit ordinairement. Il en est fait mention déjà en 1591 ; lors des pourparlers entre l'évêque de Constance et le gouvernement de Lucerne, ce dernier avait demandé si cette cérémonie ne renfermait pas quelques superstitions , ASA 1904-05, p. 37). Dans les Alpes uranaises, le jour des prières est célébré encore en plusieurs endroits.
Au Nidwald un grand nombre de vachers se rassemblent à .Maria Bickenbaeh lors des fêtes de l'Assomption et de la Nativité de la Vierge; anciennement, il y avait souvent des rixes ces jours-là. Sur Palpe Steinstôssi (Beckenried), où se trouve une chapelle, on célèbre une messe alpestre dans la première semaine après la montée au pâturage ; les vachers des alentours s'y rendent nombreux. Le nom de Palpe dérive évidemment des jeux populaires pratiqués autrefois à cette occasion. Le curé ou son vicaire y montent du village, le sacristain apporte avec lui les emblèmes sacerdotaux et est accompagné du serviteur préposé à l'autel et du chef de la confrérie. Après la messe, on joue aux quilles dans une étahle, mais à la place de bouleson sesert de blocs, bois cylindriques munis d'une poignée et des pieux sciés remplacent les quilles. Comme enjeux, le chef de la confrérie et le curé offrent chacun cinq francs ou bien le curé donne des objets de dévotion e1 le propriétaire du chalet offre une moitié
de pain (AnkenbruitJ fortement beurrée. En même temps que la messe alpestre, a lieu la bénédiction du pâturage, du sel et de l'eau que les vacher.; apportent de toutes
Dessin de J. Schucgler, lithographie de J. Brodtmann. ( Biirgerhibliothek, Lucerne).
parts avec eux et emportent après la cérémonie. Du Steinstôssi, le prêtre se rend dans la règle à Tristeln, une autre fois à Gubern, à Alpelen et à Spis; sur ce dernier pâturage, il est d'usage de lui faire cadeau d'un fromage entier. Cette coutume est, dit-on, en corrélation avec la légende de l'esprit de Spis.
Une distraction fort goûtée des pâtres, c'est de descendre dans la vallée. Mais ce n'est que dans des cas exceptionnels, lorsque Palpe n'est pas trop éloignée du village, qu'il peut faire une fois visite à la maison, où il a laissé sa femme et ses enfants. Ce sont aussi les liens d'un amour avoué ou secret qui attachent souvent les jeunes hommes à la vallée et qui les attirent au village. Aussi lorsqu'un jeune pâtre demande au maîtrevacher l'autorisation de descendre, lui répond-il aussi. ôt : Welltis't eppa z'Cliilt (pour aller faire la cour ?) et le jeune homme de répliquer quels que soient du reste ses projets: Wolôppa ! (peut-èlre) Et il ira fort probablement faire la cour secrète à quelque belle ; car elle se fait encore, quoique le temps ait apporté ici aussi quelques changements. L'usage de cette cour s'est conservé tout particulièrement parmi cette population montagnarde restée foncièrement rustique.
5. La descente de Palpe. — Le retour des pâtres de la montagne, qu'on appelle « désalpe » en Suisse romande, donne lieu, lui aussi, à des manifestations de joie, comme la montée Durant de nombreux jours, les préparatifs sont faits. Les abords des chalets et des greniers sont nettoyés et tout est mis en ordre. Les produits laitiers, fromages et séret sont transportés jusqu'à la route voisine et de là dans la vallée. Les produits laitiers des derniers jours sont emportés avec le mobilier alpestre, chaudron et vaisselle, au moyen de ci rais ■< , Rnfen '. La descente de Palpe e-t aus-i organisée en fêle. Les larges courroies de cuir des cloches (les hèles sont brodées au moyen de cordonnets de couleur claire qui donnent l'année et en marquent ainsi l'ancienneté. C'est la meilleure vache laitière qui portera la plus grosse cloche; elle fera connaître ainsi sa qualité; entre les cornes, elle portera la sellette à traire dont l'unique pied sera orné d'un bouquet ou dominent les roses blanches. C'est le taureau qui
ALPESTRE (VIE
ALPESTRE (VIE
se verra décoré généralement de roses rouges; mais tous deux Beronl niTiés de rubans rouges et blancs, l.a meilleure vache laitière est placée en tête du cortège; ensuite viennent les autres, rangées selon leur production en lait ; on suit la même échelle dans l'attribution des clochettes. Kl ainsi décorés, pâtres et troupeau descendent dans la \ allée.
Dans l'Engadine, cette descente, qui a lieu généralement vers la fin de septembre, es! appelée/a Sclielpcha dans la Basse- Engadine et Scherpcha en Haute- Engadine. C'était autrefois une véritable fête populaire. Jeunes et vieux se rendaient à la montagne à I aube, mi me par un temps incertain et froid, en petits chariots décorés de drapeaux et de branches de sapin, là où les che-
Appel à la prière. Dessin de H. Bachinann ; gravure sur bois de O. Benteli (Bùrgerbibliotliok Lucerne).
mins le permettaient, ou montés sur des chevaux de somme. On commençait par la répartition du petit-lait. Dans l'Engadine, la part de chaque membre de la corporation était pesée devant lui ; ailleurs, les parts, préparées aussi exactement que possible à l'avance, étaient tirées au sort. De même, au moyen de morceaux de bardeaux portant chacun la marque de maison du membre de la corporation, on préparait autant de lots qu'on avait fait de fromages durant l'été (Kàseten). Et, tandis que chaque vacher prenait sa part de petit-lait, un jeune garçon tirait les numéros et annonçait le nom que représentait la marque de maison. On continuait ainsi jusqu'à ce que tout eût été partagé. Dans plusieurs contrées grisonnes, notamment dans l'Engadine, le vacher le plus expérimenté était couronné et les jeunes filles l'ornaient de rubans multicolores ; dans la Hasse-Engadine par contre, celui qui avait le plus mal fait ses fromages, rencontrait sur sa route des barrières. Dans la vallée de Schams, les bergers sont aussi couronnés lorsque le bénéfice est particulièrement important ou lorsqu'il n'est arrivé malheur à aucune pièce de bétail. Dans l'Engadine, la soirée se terminait par un bal. On n'oubliait pas non plus la bonne vache qui avait donné le plus de lait. Elle recevait la plus grosse cloche, et, le front couronné elle marchait au retour, gravement, à la tête du long cortège.
Dans les cantons de Schwyz et d i ri, il j a des fêtes qui ont lieu après la descente de la montagne. Ce sont les confréries des fruitiers qui les patronnent. < mi décrit comme suit la fête alpestre de Schwyz : pendant la matinée exposition de bétail, à midi distribution des prix : les bêtes primées, enguirlandées, font leur entrée dam le village ;iu son de la musique et des cloches de vaches, on pousse des cris d'allégresse : après midi un cortège avec tambours, Qfres et instruments en cuivre se dirige vers le Bruel, l'emplacement de la fête. H esl accompagné de jeuneB fruitiers, portant les ustei du métier et les prix destinés aux vainqueurs dans les différents jeux. Comme jeux on cite : grimper au mât de cocagne, la course, le saut, le jet de pierres, la lutte, de même que lors des Bergkilbi dont il a été question à propos de la Suisse primitive il de l'Appenzell. Après ].-, ,1^tribution des prix, le cortège retourne au village, et Ion danse dans les auberges. La fête alpestre de Bûrglen dans le canton d'I.'ri dure deux jouis et la religion y joue un rôle plus prononcé. Il n'est pas question de prix décerné pour le bétail et, en fait de jeux, on ne mentionne que lexercice du drapeau (FahnenschvringenJ . Toutefois la fête se termine le soir du second jour par une danse à laquelle on se rend d'endroits éloignés.
Dans le canton de Berne, trois semaines après la descente de l'alpe, se donne à l'auberge du village le repas des pâtres (JElplerchostete). A cette occasion, les propriétaires d'alpes, les vachers, le fromager et les bergers se réunissent. Ces derniers reçoivent leur salaire de la saison après le règlement des comptes. Aujourd'hui il s'élève à une somme assez belle. Autrefois, ces salaires étaient modestes. Les vachers et le fromager recevaient 150 francs et le berger beaucoup moins. Aujourd'hui le salaire de la saison d'un bon fromager s'élève à 600 francs. Au cours de cette réjouissance, le fromage qui reste est mis aux enchères. Ce repas porte bien son nom, car ce sont les produits de la montagne qui en composent le menu. Chaque gros propriétaire d'alpe du village apporte un petit fromage, alin que la jeunesse, selon l'antique usage, puisse se sustenter durant la danse, le chant et les jeux. Des croûtes au fromage , àcvbràtelj constituent la friandise de la soirée. Le fromage ayant été cuit, est étendu tout chaud sur des tranches de pain consommé immédiatement et arrosé d'une bonne goutte de vin. De temps en temps, on offre aussi des gaufres, la spécialité de l'Oberland en pâtisserie, et lorsque le repas est tout à fait corsé, on voit apparaître les « tresses » (ZiipfenJ.
6. Les confréries alpestres. — Dans certains cantons catholiques, les fêtes alpestres dont nous avons parlé sont organisées par des confréries de fruitiers et de pâtres. Dans le canton d'Uri, il existe, depuis 1593, une confrérie fondée en l'honneur de la Sainte-Trinité, de la Sainte-Vierge, des apôtres Pierre et Paul, de saint Antoine, de saint Vendelin et de toute l'armée céleste. Le costume porté dans la confrérie se compose d'une culotte noire (dans les commencements on empruntait aux ecclésiastiques leurs culottes), d'un frac en queue d'hirondelle, de bas blancs, de pantoufles en cuir ou de souliers non montants, d'un grand chapeau de feutre de forme basse, orné de rubans en couleur, de romarin et d'un bouquet de la Kilbi. Sur la poitrine on porte un bouquet de la Kilhi avec des feuilles d'or, du clinquant et des fleurs de vives couleurs, à la ceinture est nouée une écharpe .en soie rouge garnie de franges en argent. Les quatre pâtres, élus comme fonctionnaires, ont à choisir quatre jeunes filles comme compagnes. Elles ne portent pas de costume particulier, tout au plus un petit bouquet sur la poitrine, un dans les cheveux et un à la main. La confrérie a une bannière qui lui appartient en propre et qui est confiée à la garde de I huissier, ainsi que les costumes; pendant le culte on l'arbore sur l'autel de saint Antoine. Sur la demande qu'on leur en fit, le pape Pie X et son secrétaire, le cardinal Merry del Val, devinrent, en 1908. membres de cette confrérie. On se rend en foule à la Kilbi de cette confrérie parce qu'il n'y en a pas d'autre dans toute la vallée de la Reuss : elle a lieu à Rûrglen.
Des documents prouvent qu'il existait à Einsiedeln dès 1614. et même encore avant, une société de fruitiers qu'on
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