‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 218 sur 329 · ARCH · texte numérisé non relu

ARCH

ARCHEOLOGIE

Capitanei von Locarno. — Monti: Atti... — BStor. 1894. — Buetti : Note storii lie religiose. [C. Trezzini.1

ARCH (G. Berne, D. Biiren. V. DGS). Vge, com. et paroisse (comprenant Leuzigen). Anciennes formes : Archo en 1236 ; Archon en 1275. Ce lieu était déjà habité aux temps préhistoriques ; des trouvailles romaines ont été faites près de Bisenlee, et aussi au-dessus de l'église. Dans le Wannereinschlag se trouvent deux grands tumuli. Arch était situé sur la route romaine reliant Petinesca à Salodurum. Il appartenait à la seigneurie de Bùren-Strassberg et passa avec elle à Berne en 1393 comme commune du bailliage et plus tard district de Bùren ; en 1318, lors du siège de Soleure, les Autrichiens y commirent de grands dégâts. L'église, 'située dans l'évèché de Constance, décanat de Wengi, est peutêtre une fondation des seigneurs de Strassberg; elle est nommée pour la première fois en 1275. En 1308, la collation était en mains d'Otto von Strassberg ; elle passa en 1364, par héritage d'Imer von Strassberg, au comte Rodolphe de Neuchàtel, qui la vendit en 1378 au couvent de Prémontrés de Gottstatt ; en 1528, la suppression de ce couvent la fit passer à la ville de Berne. Dans l'église, de style gothique, se trouvent trois vitraux armoriés, de Bienne 1534, Berne 1538 et Soleure 1539; le premier est probablement l'œuvre du verrier Jakob Wildermut, les autres peuvent être attribués avec certitude à Niklaus Schmalz. Les registres de baptêmes datent de 1549, de mariages de 1627 et ceux de décès de 1649. La cure fut rebâtie en 1740. Un grand incendie détruisit six maisons en 1880. — Voir ASA 1888, p. 75 et 1916, p. 140. [E. B.]

ARCHEGG. Hameau. Voir Arig (Ober).

ARCHÉOLOGIE. Le mouvement des études archéologiques en Suisse. — Les premiers renseignements relatifs aux antiquités nationales suisses remontent, sauf erreur, au milieu du XVe s.; la chronique de Kônigsfelden, de 1442 environ, mentionne des découvertes de monnaies d'or et d'argent, de constructions, de canalisations, sur l'emplacement du Vindonissa romain. Un siècle plus tard, vers 1530, la chronique de Brugg parle d'une façon plus précise des trouvailles faites à Windisch, cet emplacement qui, depuis quelques années, grâce aux travaux de la société Pro Vindonissa, prend une importance scientifique de plus en plus considérable. Au XVIe s. encore, Tschudi rassemble des inscriptions romaines. Dans la chronique de Stumpf, qui étudia entre autres l'Avenches romain, on trouve des indications relatives à des sépultures romaines et même préromaines, à des inscriptions ; la chronique de Sébastien Munster parle de nombreuses antiquités de l'Helvétie, tandis qu'en 1597, André Ryff donne déjà une description assez détaillée de l'établissement romain d'Augusta Rauracorum (Augst).

A partir du XVIIe s., les trouvailles se multiplient. C'est, par exemple, le bas-relief romain représentant un prêtre et un taureau, transporté à l'Hôtel-de-Ville de Lausanne ; en 1633, le trésor de Wettingen, huit vases romains en argent richement décorés. On assiste ensuite à la création de nos premiers musées archéologiques à Bâle, Zurich et Berne. Il est vrai que ces musées étaient essentiellement destinés aux œuvres d'art et que leurs sections archéologiques présentaient les associations les plus extraordinaires de raretés de toute espèce. Mérian publiait sa grande topographie et à la fin du XVIIe s. Wagner, dans son Mercurius Helveticus (1688) essayait de présenter l'ensemble des recherches archéologiques en Suisse. Au XVIIIe s., les trouvailles d'antiquités sont si nombreuses, d'un bout à l'autre de la Suisse, qu'il ne saurait être question de les énumérer. On s'occupe très activement de l'étude de notre archéologie nationale, les savants commencent peu à peu à s'intéresser aux œuvres du moyen âge : ainsi à Zurich, le chanoine Jean-Jacques Breitinger prend très énergiquement en mains la cause de la conservation du Grossmunster et Emmanuel Buchel décrit avec soin les antiquités de la ville de Bâle. Néanmoins, l'époque romaine tient toujours le premier rang, et, dans ce domaine, la science archéologique offre des travaux de véritable intérêt. On pourrait

citer, entre autres, la célèbre controverse relative à Aventicum, que le jésuite français voulait placer à Antre, tandis que Marquard Wild (1710) désignait Avenches comme emplacement de la ville romaine ; les discussions qui se greffèrent sur les trouvailles faites à Baden, la lecture des inscriptions romaines, telle celle du Lindenhof à Zurich qui, dès 1747,>permit à Hagenbuch de fixer le nom romain de sa ville natale, Turicum: en 1763, le travail d'ensemble de Daniel Bruckner sur les antiquités de la ville et de la campagne de Bâle, spécialement important grâce à sa bonne description des trouvailles de Basel-Augst ; en 1773, celui de l'ingénieur Jean Mùller, de Zurich, qui publie une collection de reproductions d'antiquités suisses ; en 1788, à Berne, le Mémoire abrégé et recueil de quelques antiquités de la Suisse, d'Erasme Ritter. Si l'ouvrage de Bruckner s'occupe surtout des antiquités romaines, il renferme aussi plusieurs représentations d'objets chrétiens primitifs, et Jean Muller reproduit nombre de documents du moyen âge. D'autre part, à la fin du XVIIIe s. apparaissent les deux premières études relatives à nos cathédrales : celle de

DEAE AVENTIAE ET GENI> INCOLAIV T * IANWUVS FLOR1ANVS ET P'DOJVUTIVS

DIDYMV5 CVRATORES COL- EX STIPE ANNVA*

Pierre tombale d'Avenches. Reproduite par Stumpf eu 1548.

Schinz en 1789, sur l'église de Zurich, ouvrage tout à fait remarquable pour l'époque, et celle de Léonard Baulacre et Jean Senebier sur la cathédrale de Genève.

. Le début du XIXe s. est marqué, en 1811, par la très importante publication de Louis de Haller : Helvelien unter den Rômern et par sa Topographie de l'Helvétie. L'œuvre de Haller a été l'objet de critiques très vives mais assez injustes ; la meilleure preuve de sa valeur est que les auteurs modernes sont souvent amenés à s'y reporter. Il faut aussi citer le Dictionnaire du canton de Fribourg, de Kuenlin, 1832, et celui que le Docteur Levade, de Vevey, avait publié peu avant (1824), et dans lequel se trouvent beaucoup de documents importants relatifs au canton de Vaud. Parmi les travaux intéressant le moyen âge il faut signaler la description du Vieux-Zurich de Salomon Vôgelin, lequel, dans sa préface, lance le premier appel à ceux qui veulent s'unir pour la conservation et l'étude des monuments de l'art ancien ; les dessins de Martin Usteri, les gravures de François Hegi, et d'autres. A ce moment, si l'on excepte encore les périodes préromaines, les bases de l'étude de nos antiquités nationales sont solidement assises et l'on assiste soudain à l'éclosion d'un mouvement absolument remarquable.

1832 est une date qui restera gravée dans les annales de l'archéologie suisse; la découverte fortuite de deux tumuli près de Zurich amena Ferdinand Keller à fonder la Société des antiquaires de Zurich (Antiquarische Gesellschaft in Zurich). Dès sa création, cette associa-

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tion se donna poui tâche de scruter toutes les époques, tous les restes de notre archéologie nationale, les diverses périodes préromaines aussi bien que l'époque romaine. celles des invasions barbares et du moyen âge. Aux Mémoires publiés par i'Antiquariscbe Gesellscha)i de Zurich vint s'ajouter VAnzeiger fiir schweiz. Geschichte und Altertumskunde, qui en lutiH, prit le titre d'Anzeiger fur schweiz. Attertiiwskunde (Indicateur d'antiquités suisses) et dont la publication est aujourd'hui confiée à la direction du Musée National.

L'impulsion partie de Zurich ne tarda pas à se faire sentir ailleurs ; un peu partout les sociétés d'histoire vont surgir; en 1837, la Société d'histoire de la Suisse romande ; en 1838, la Société d'histoire et d'archéologie de Genève ; en 1840, la Société d'histoire de Fribourg; en 1841, VAllgemeine Geschichtforschende Gesellschaft der Schweiz ; 1842, VAntiquarische Gesellschaft Basel; 1840 le Historischer Verein à Berne. C'est alors que G. de Bonstetten entreprend ses fouilles ; elles ont formé la base du musée archéologique de Berne, et, à partir de 1855, il publie les résultats de ses recherches dans son grand Recueil d'antiquités suisses, accompagné de deux suppléments, auxquels s'ajoutèrent plus tard (1874) ses cartes archéologiques. Il ne faut pas s'étonner non plus de voir apparaître de divers côtés des ouvrages de réelle valeur, tels en 1857 la Chronik de Albert Jahn sur le canton de Berne, et cinq ans avant les Antiquités de Neuchâtel par F. Dubois de Montpéreux.

En 1847, Matile avait déjà donné des relevés et une description de la collégiale de cette ville. Dans le canton de Vaud, la plus haute personnalité de cette époque, au point de vue archéologique, est Frédéric Troyon ; il fut le premier en Suisse à fouiller systématiquement une nécropole barbare, celle de Bel- Air près de Cheseaux et à en publier les résultats (1841). Son activité s'étendit au canton entier; nous le retrouverons spécialement occupé de l'étude des palaflttes, et sa collection forma une des bases du musée archéologique de Lausanne. Qu'il suffise de citer encore les recherches de Quiquerez dans le Jura Bernois, sa publication des Monuments de l'ancien évêché deBâle; les travaux de Vischer de Bâle, en 1838, les Remarques sur les cathédrales suisses, de Jakob Burckhardt, enfin, en 1853, l'ouvrage de l'architecte genevois Blavignac, intitulé Histoire de l'architecture sacrée du IVe au Xe siècle dans les anciens évêchés de Genève, Lausanne et Sion. C'est un des premiers essais d'archéologie monumentale et médiévale qui embrasse une région d'une certaine étendue; si les conclusions chronologiques sont inexactes, sa valeur documentaire n'en subsiste pas moins, grâce aux observations, aux planches et aux dessins très soignés qui accompagnent le texte. La découverte, en 1854, des premiers palaflttes à Meilen au bord du lac de Zurich fut une révélation; elle ouvrit une ère toute nouvelle à l'étude de notre archéologie préhistorique et fit sensation d'un bout de l'Europe à l'autre. Ce fut Ferdinand Keller qui prit la tête du mouvement et qui publia toute une série de rapports de haute valeur scientifique. Tandis qu'avec Messikommer, Schenk et Leiner, il étudiait les lacs de la Suisse

Diptychon romain en ivoire.

(Trouvaille du XVII>»<! siècle.)

orientale; ceux de .Neuchâtel, de .Morat, de Bienne, étaient explorés par Desor, Grangier. Schwab, Youga, (iiuss, de Fellenberg, Jenner; le lac Léman par Troyon, Morlot, Monod, Forel, Gosse et d'autres.

Le résultat essentiel des recherches sur les palaflttes fui de trancher définitivement le problème de la succession des périodes préhistoriques, problème si souvent controversé entre les savants allemands et ceux du Nord de l'Europe, de donner raison à ces derniers en démontrant que l'époque de la pierre avait précédé celles du cuivre, du bronze, puis du fer. et de fixer les transitions graduelles de ces différentes phases. Un des revers de la médaille fut que les trouvailles se succédèrent et s'accumulèrent avec une telle rapidité que leur étude approfondie ne put souvent être menée de front avec les fouilles. L'exploration de nos palaflttes absorba pendant longtemps la majeure partie de l'activité des archéologues. On n'oubliait cependant pas l'antiquité romaine; de 1853 à 1870, Meyer-Ochsner, .Mommsen, Keller, Jahn, Bochat d'Yverdon, Bursian et d'autres publièrent sur ce sujet des études remarquables, mais l'archéologie médiévale n'était pas encore très en faveur; néanmoins, en 1856, AYilhelm Wackernagel avait fondé à Bâle une collection du moyen âge qui est devenu le beau musée historique de la Barfùsserkirche. A Zurich, N'iischeler fit paraître, dès 1864, die Gotteshàuser der Schueiz. Mais si les monographies descriptives de nos monuments du moyen âge sont encore rares à cette époque, il serait injuste de ne pas faire ressortir l'importance et l'utilité majeure d'autres travaux, sans lesquels la science archéologique n'arriverait jamais à la précision indispensable, sans lesquels elle resterait toujours dans le vague; ce sont les recherches historiques et la publication de documents d'archives. Dans ce domaine il faut se borner à citer quelques publications, celles des Sociétés d'histoire de la Suisse romande, de Genève, de Fribourg, de Neuchâtel, du Valais, etc., les regestes, tel en 1856, le Regeste genevois ; les Monuments de Neuchâtel par G. -A. Matile, les Monuments de l'ancien évêché de Bâle, de Trouillat, les Documents relatifs à l'histoire de la ville de Berne, de Zeerleder, le Mémorial de Fribourg, les Regestes des archives de la Confédération suisse, et le Schweiz. Urkundenregister, de Hidber.

Les trente dernières années du XIXe siècle présentent, en matière archéologique, certaines tendances nouvelles, qui s'accentuent de plus en plus pour aboutir insensiblement aux conceptions actuelles. Ces tendances nouvelles se manifestent de diverses manières; il faudra se borner à essayer d'en fixer certains faits caractéristiques. C'est, par exemple, le besoin de fouilles plus systématiques, plus scientifiques, dans lesquelles les observations précises remplacent de plus en plus l'imagination, les déductions hasardées, les théories, les hypothèses un peu poétiques. Il en est exactement de même dans l'étude de notre archéologie monumentale, où l'on abandonne le romantisme pour approfondir les questions, en se basant de plus en plus sur l'étude simultanée et indispensable des archives, des textes ou des documents originaux qu'on publie. Cette façon plus sérieuse, plus scientifique, de traiter les questions amène à des conclusions plus sûres et fait de l'archéologie la sœur de l'histoire nationale.

S'il est impossible de parler de la pléiade d'archéologues et d'historiens de mérite qui, de 1870 à nos jours, ont enrichi la science de travaux très nombreux, très variés, et auxquels nousdevonsnos conceptions actuelles en ces matières, il semble cependant indispensable de citer quelques-uns des noms et des travaux les plus marquants. Le véritable initiateur du mouvement moderne en faveur de notre archéologie monumentale et médiévale fut le professeur J.-B. Bahn, de Zurich. L'œuvre que ce savant a accomplie dans la Suisse entière est considérable. Dès 1872, il commença, canton par canton, une statistique de nos monuments du moyen âge, qu'il publia dans Y Indicateur d'antiquités suisses. En 1876 parut sa Geschichte der bildenden Kùnste in der Schweiz. Il n'est presque pas un de nos édifices les plus importants du moyen âge, grands ou petits, dont il n'ait donné une monographie détaillée ou une étude. Bahn fut un des créateurs du Musée national suisse et de la

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