ARCHITECTURE RELIGIEUSE
La cathédrale de Berne, de 1421-1633.
L'église San Lorenzo de Lugano, de 1507.
L'église du convent de Saint-Urbain, de 1715.
Le Temple national de La Chaux-de-Fonds, de 1795.
AHCIIITECTUHE KELKHEUSE
AUCIIITECTL'RE HELKilEUSE
à la fin du XIIIe 8. Par suite des relations avec la vallée du Rhône el la Bourgogne, le style gothique s'est manifesté en Suisse romande plus toi que dans les régions septentrionale et orientale de notre pays. La cathédrale de Coire, commencée sur une base romane, est l'édifice le plus irrégulier et le plus pittoresque qu'on puisse imaginer. La nef, avec ses travées carrées, accompagnées de bas-côtés très étroits, trahit des influences italiennes. Dans les autres localités des Grisons, avant l'arrivée des dominicains et des franciscains, le style reste encore très archaïque. Le chœur de l'église des dominicains de Bâle est le seul reste de l'église consacrée en 1269. De proportions hardies et élancées, très sobre de détails, cet édifice est l'expression la plus parfaite d'une architecture qui recherche avant tout les effets d'ensemble. L'église des cordeliers de Bâle, une des plus grandes de la Suisse, dénote les mêmes tendances.
Si, pendant le XIIIe s., les manifestations de style gothique restent isolées et n'exercent point une influence générale sur le développement de l'architecture, il n'en est pas de même à partir du XIVe s. A cette époque, l'avènement de la bourgeoisie et la prospérité du commerce favorisèrent l'esprit d'entreprise dans toutes les villes. Les cités épiscopales étant déjà, pour la plupart, pourvues de grandes cathédrales, le zèle des constructeurs s'applique avant tout à l'édification d'églises paroissiales. La collégiale de Fribourg, commencée au XIVe s., est l'un des exemples les plus typiques des monuments élevés à cette époque. Dans le Jura, les églises de Porrentruy et de Bienne présentent les caractéristiques habituelles du style gothique tardif Les églises de campagne élevées aux XVe et XVIe s. ont, par contre, encore des allures très archaïques. Elles n'ont qu'une nef accompagnée de chapelles; le chœur est généralement carré, une tour s'élève devant la face occidentale ou sur la croisée. Aux bords du Léman et dans la vallée du Rhône, on ne rencontre pas davantage de monuments remarquables. Cette contrée n'a pas, pour ainsi dire, connu la belle floraison décorative de l'art gothiqueàsondéclin. L'architecture demeure extrêmement sobre et se confine dans la recherche d'heureuses proportions dans les intérieurs. Les églises paroissiales de Genève sont très caractéristiques à cet égard : le chœur, à peine séparé de la nef, a la même hauteur que celle-ci.
Dans la Suisse allemande, c'est à Bâle que règne la plus grande activité à la fin du moyen âge. A la suite du tremblement de terre de 1356, les principaux édifices durent être restaurés. A la cathédrale, la partie supérieure du chœur fut reconr struite, ainsi que la nef et le cloître; les tours occidentales furent achevées. A Berne, la collégiale est l'édifice le plus représentatif de la fin de la période gothique. La nef, accompagnée de bas côtés et de chapelles, est précédée d'une puissante tour avec un triple porche. L'effet de l'intérieur est grandiose; la lumière est répandue à profusion par de larges fenêtres. Dans les formes, on sent le désir de faire à tout prix du nouveau et de couvrir toutes les surfaces par des lignes compliquées. Le chœur a servi de modèle à celui de Berthoud, achevé en 1487. En Argovie, à côté du couvent de Kônigsfelden fondé en 1310, qui a conservé son église édifiée dans le style simple des franciscains, il faut mentionner les églises de Zurzach et de Zofingue.
Le Fraumunster de Zurich, dont le chœur appartient encore au XIIIe s., fut achevé avec des ressources toujours décroissantes. La Wasserkirche, édifice à une seule nef, est un exemple brillant de la science des constructeurs de voûtes de la fin de l'époque gothique. Dans la Suisse orientale, le plus bel édifice de ce temps est le couvent de Mariaberg, près de Rorschach, avec son cloître autour duquel se groupent les différents bâtiments et l'église aujourd'hui désaffectée. A Schaffhouse, le Munster fut achevé en 1170. Dans les Grisons, le type roman de l'église à une nef, couverte d'un plafond et pourvue d'une ou plusieurs absides, se perpétue jusqu'à une époque assez tardive, puis subitement, dans le dernier quart du XVe s., le style gothique se développe avec une intensité et un éclat remarquables, et prolonge sa floraison jusqu'au XVIIIe s. De nombreux maîtres d'œuvre déployèrent leur activité dans les vallées les
plus reculées et répandirent ainsi dans toute la région la connaissance du style nouveau. Tous ces édifices, généralement à une seule nef, présentent les systèmes de voûtes les plus compliqués. L'extérieur est par contre très simple, les fenêtres étant même souvent supprimées au Nord par suite de la rigueur du climat. Le plus grand édifice religieux des Grisons est Saint-Martin à Coire. L'église romane, en grande partie incendiée en 1464, fut reconstruite après cette date. Dans la Suisse italienne, comme dans la plupart des pays méridionaux, le style gothique ne fut jamais accueilli avec faveur et ne fut pas appliqué d'une façon très conséquente.
Si, pendant le moyen âge le Tessin occupe un rang modeste dans l'histoire de l'architecture, il prend sa revanche à partir du XVIe s. C'est dans la Suisse italienne, en effet, que paraissent les premières manifestations du style Renaissance. On ne construisit pas tout d'abord des édifices complets dans le goût nouveau, mais l'on acheva des églises commencées en style gothique. La façade de San Lorenzo, à Lugano, édifiée en 1517. est conçue à la manière des églises de l'Italie du Nord : belle composition développée en largeur, où, malgré l'importance des pilastres, le parti horizontal domine, décoration riche et élégante, faisant preuve d'une imagination toujours renouvelée. La façade de la collégiale de Bellinzone, commencée au XVIe mais achevée seulement au XVII' s., présente une ordonnance à peu près analogue dans sa partie inférieure, mais est surmontée d'un étage de plus couronné d'un fronton.
Au Nord des Alpes, dans la Suisse allemande aussi bien que dans la Suisse française, la Renaissance a laissé peu de monuments d'architecture religieuse. Dans les cantons protestants, l'activité est nulle à cette époque. Ailleurs, le style gothique persiste longtemps, même après le XVIe s. Des édifices importants élevés dans le style nouveau ne paraissent pas avant le XVIIe s L'église de Saint-Léger à Lucerne (1633-1644) a un intérieur correct de tendance classique tandis que son portail montre des formes plus opulentes et plus compliquées. Les arcades du cimetière et le grand perron forment un bel ensemble, unique en son genre en Suisse. Dans la Suisse occidentale, on sent l'influence de l'art français. Les églises des Visitandines et des Jésuites à Fribourg datent également du XVIIe s. L'église de Glis, en Valais, plus récente, présente un mélange de formes gothiques et Renaissance.
Aux XVIIe et XVIIIe s., les Tessinois ont laissé beaucoup de traces de leur activité dans différentes régions de la Suisse. C'est à eux que l'on doit la reconstruction de l'église de Mûri (1695-1697), le plan de l'église du couvent de Saint-Gall, modifié dans la suite, et surtout l'édification de l'église Saint-Ours à Soleure. Les Pisoni ont créé là une œuvre de grande envergure, admirablement complétée par l'aménagement des abords.
Une influence d'une toute autre nature se fait sentir par l'intermédiaire de l'école dite du Vorarlberg Des familles d'artistes originaires de cette région travaillèrent en Suisse et dotèrent notre pays d'édifices importants. De grandes abbayes furent reconstruites grâce à l'initiative de prélats amis du faste. Le chœur de l'église d'Einsiedeln fut édifié de 1674 à 1676 par H.-C. Kuen ; l'église elle-même et le couvent sont l'œuvre de K. Moosbrugger et de ses collaborateurs. Le plan est très largement conçu; les bâtiments se groupent autour degrandes cours rectangulaires et symétriques. L'église, occupant une position dominante, est précédée d'un grand perron avec arcades en hémicycle. Par sa riche décoration de stucs et de peintures, et par ses vastes proportions, cet édifice est bien caractéristique de son époque. Parmi les nombreux monuments de la même école, aux dispositions toujours variées, il faut citer: l'église de Rheinau, celles de Saint-Urbain (Lucerne), de Munsterlingen et de Sainte-Catherine près de Diessenhofen, œuvre de F. Bœr. Le couvent d'Engelberg, d'un style assez lourd, fut reconstruit après l'incendie de 1730. L'église abbatiale de Saint-Gall présente extérieurement des caractères assez divers. La nef, avec le transept se terminant en hémicycle, est très simple et l'une des plus belles créations de l'époque. La décoration, bien que très abondante, ne compromet pas l'effet de l'architecture.