Colonisation alémanne — Epoque féodale
Après la mort du général romain Aétius (454) eut lieu
Brique île la XIe Légion de Vindonissa. Legio XI Claudia Pia Fidelis. (\Y. Merz : Bilderatlas.)
une nouvelle et puissante invasion d'Alémannes. Cette fois, ils s'installèrent définitivement dans le pays ouvert, mais dévasté, entre le Rhin et les Alpes et y trouvèrent les terres arables désirées. Les faibles restes de la population gallo-romaine périrent ou furent absorbés. Des établissements alémannes, à noms allemands, surgirent peu à peu de l'obscurité ; sur quelques points seulement les nouveaux habitants maintinrent les anciennes dénominations, en les modifiant selon leur langue et leur compréhension (Augst, Koblenz, Windisch, Baden). Les ducs alémannes tombèrent en 496 sous la domination du roi franc Clovis, mais seulement d'abord pour leurs domaines de la rive droite du Rhin, tandis que la plus
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de la \\l' L. (.-ion i
Vindonissa.
Merz : Bildernllas.)
Furent définitivement organisés : l'évêque de Vindonissa, connu seulement depuis 511, Bemble s'être retiré à Aventicum et avoir abandonné la partie orientale de son diocèse àl'é- \ êque de I ionstance, donl h domaine s'étendait déjà au VIIe s. à l'Ouest jusqu'à l'Aar. l'eu à peu la division franque 'Ju pays eu '.<"' (l'Uni es) se précise. Elle était fondée, sans nul doute, sur une division du pays plus ancienne, due aux Alémanne-. Mais ce u'esl qu'en 763 qu'apparaît pour la première fois le nom d'Aargau. Ce comté ne répondait du reste nullement au canton actuel, le terme géographique Argovie ayant subi dans le cours des siècles les changements les plus variés. L 'Argovie alémanne embrassait tout le territoire de la rive droite de l'Aar et s'étendait à l'Est jusqu'à la chaîne de montagnes qui sépare aujourd'hui les cantons d'Unterwald et deLucerne et jusqu'au cours inférieur de la Reuss. La partie supérieure de ce comté se sépara vers 861, sous le nom à' Argovie supérieure, de la partie inférieure. La frontière était formée par la rivière Rot.-.Murg qui sépare encore aujourd'huil'Argovie deBerne. La partie orientale du canton actuel d'Argovie sur larivedroite de la Reuss et de l'Aar inférieur appartenait à la Thurgovie, tandis que le Fricktal était compris dans VAugstgau. La région située sur la rive gauche de l'Aar répondait assez exactement au Frickgau, sauf que Kienberg et Rotenlluh étaient également situés dans le Frickgau, tandis que Rheinfelden et la plus grande partie des terres qui en dépendaient étaient situés dans le Sisgau. Dans le traité de partage de Verdun (843), les territoires alémannes qui s'étendaient à l'Ouest jusqu'à l'Aar furent attribués au royaume franc-oriental. Mais lorsque, peu de temps après, à la mort de Lothaire, son royaume se désagrégea, un comte Rodolphe, de la famille des Guelfes, fonda sur les deux versants du Jura le royaume de Bourgogne supérieure et en recula les frontières à l'Est jusqu'à la Reuss ou même jusqu'au lac de Zurich. Au début du Xe s., le premier duc du nouveau duché d'Alémannie, appelé la Souabe, arracha au royaume de Bourgogne l'Argovie jusqu'à la frontière orientale du canton actuel de Berne. A partir de ce moment, les deux parties de l'ancienne Argovie franque eurent des destinées politiques séparées. L'Argovie supérieure resta pour le moment soumise à l'influence bourguignonne et se divisa plus tard en plusieurs domaines qui finalement tombèrent tous aux mains de l'envahissante Berne. L'Argovie inférieure, ou Argovie proprement dite, partagea pendant près de deux siècles les destinées du duché de Souabe. Mais sous l'influence de la puissante famille de Zâhringen, les territoires alémannes de la rive
a Castels et tours d'observation. o Localités actuelles.
Fortifications romaines sur le Rhin, d'après W. Merz : Bilderatlas.
grande partie des pays de la rive gauche dépendait du royaume de Bourgogne, qui bientôt après était conquis parles fils de Clovis. Sous l'influence des chrétiens francs, le christianisme se répandit dans lecotirant duVIes.dans les pays alémannes. Dans la période suivante, les dio-
gauche du Rhin se séparèrent peu à peu du duché de Souabe et, lorsqu'en 1218 la dynastie des Zâhringen s'éteignit, les pays suisses passèrent sous la dépendance directe de l'empire. Dès 1100, chez nous comme en Allemagne, l'ancienne division en comtés tomba en
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désuétude. Les principales causes en furent le développement de la féodalité et l'immunité des domaines ecclésiastiques. Une noblesse guerrière, des familles de grands propriétaires fonciers s'emparèrent des droits des comtes et ne se désignèrent plus d'après les comtés, mais d'après leurs châteaux. En Argovie ce furent surtout les comtes de Lenzbourg, qui souvent s'intitulaient comtes d'Afgovie. Pendant la querelle des investitures, ils devinrent comtes du Zurichgau, qui jusqu'alors avait appartenu aux Nellenbourg. La famille se divisa en deux branches : la branche cadette, dans laquelle passa le Zurichgau, hérita de Baden, élevé par là au rang de comté. En 1172-1173, les deux branches de cette puissante famille s'éteignirent. Les terres allodiales des comtes de Lenzbourg-Baden échurent à la maison de Kibourg qui acquit bientôt aussi le comté du Zurichgau sur la rive droite de la Limmat et le réunit au landgraviat de Thurgovie. L'empereur Frédéric Ier donna une partie des fiefs échus à l'Empire ainsi que des terres allodiales de la branche aînée au comte Albert de Habsbourg, c'est-à-dire le bailliage de Sackingen, le landgraviat d'Argovie et le landgraviat du Zurichgau sur la rive gauche de la Limmat (sauf Baden et ses dépendances) et du lac de Zurich, et les propriétés des Lenzbourg à Lucerne et dans l'Unterwald. Le château de Lenzbourg lui-même avec ses dépendances fut donné en 1254 au comte Hartmann-le-jeune de Kibourg. Dans le Fricktal, nous trouvons les comtes de Rheinfelden, les comtes de Alt-Homberg et de Alt-Tierstein. Laufenbourg appartenait au couvent de Sâckingen. Rheinfelden passa par voie d'héritage aux Zàhringen (1090), devint immédiat de l'empire en 1218, puis fut donné par le pape en 1252 à l'évèque de Bàle, redevint terre immédiate en 1273 et échut en 1330 à la maison de Habsbourg (Autriche). Les possessions et les droits des autres familles nobles du Fricktal passèrent également peu à peu par voie d'héritage à la maison de Habsbourg, ainsi que l'avouerie de Sâckingen et le château de Laufenbourg qui en dépendait.
Les Habsbourg sont probablement originaires du Haut-Rhin. Ils avaient acquis en alleu le pays près de Brugg, y construisirent au commencement du XIe s. le château de Habsbourg et fondèrent en 1027 le couvent de Mûri. Mais ils ne prennent le titre de comtes de Habsbourg qu'au commencement du XIIe s. Dans les parta-
tYssau< 'I un château fort, d'après la chronique de Scbudoler.
ges de 1232 et 1238-1239, la terre des Habsbourg, le landgraviat d'Argovie, Sâckingen, l'avouerie de Mûri, les villes de Meienberg, Bremgarten et Brugg passèrent au frère aîné Albert, tandis que Rodolphe reçut la part des Habsbourg au landgraviat du Zurichgau, Laufen-
bourg, Sempach, Willisau et les propriétés de la famille dans les AValdstâtten. Le fils d'Albert, Rodolphe III, fit en quelques dizaines d'années, de sa maison une des
Reddition de la ville d'.Yarau, d 'après la chronique bernoise de Diebold Schilling.
plus puissantes de l'empire. Après l'extinction de la famille de Kibourg (1264), il acquit sous forme d'héritage ou par achat la plus grande partie de la succession, Baden, Mellingen, Lenzbourg, Aarau, Sursee, Zoug, Arth, Willisau, Sempach. En 1273, il fut élu roi d'Allemagne, et profita de toute occasion pour arrondir son domaine dans le territoire suisse, de sorte que celui-ci s'étendit presque sur toute la Suisse moyenne et du Nord-Est. Ses héritiers agirent dans le même esprit. Vers 1280 les comtes de Frobourg furent forcés de vendre à Albert, fils de Rodolphe, la ville de Zofingue. Lorsqu'en 1338 la ville de Rheinfelden passa elle aussi aux mains du petit-fils de Rodolphe, tout le territoire du canton actuel d'Argovie était réellement sous la domination de la maison des Habsbourg d'Autriche, sauf Laufenbourg qui ne dut être cédé qu'en 1386 par les Habsbourg-Laufenbourg à la branche aînée, et Zurzach, Kaiserstuhl et Klingnau (environ le district actuel de Zurzach), appartenant à l'évèque de Constance et qui ne furent soumis à la souveraineté de l'Autriche que peu de temps avant la conquête de l'Argovie par les Confédérés.
Lorsque le roi Albert eut été assassiné en 1308 à Windisch, la vengeance de sa mort pesa lourdement sur la noblesse d'Argovie. La noblesse et la bourgeoisie répandirent leur sang pour les seigneurs autrichiens dans la guerre de Morgarten, ensuite dans la longue lutte du duc Albert II contre les Zuricois vers le milieu du siècle, mais surtout dans la guerre de Sempach. La maison d'Autriche perdit alors de vastes territoires qui avaient appartenu à l'Argovie, surtout l'Entlebuch et Sempach, qui passèrent à Lucerne, tandis que les Bernois s'emparèrent du reste des possessions autrichiennes dans l'ancienne Argovie supérieure. Peu à peu le terme Argovie prit une signification nouvelle au point de vue géographique et politique. Vers 1350, le bailliage autrichien de Baden, entre la Limmat et la Reuss, fut incorporé au Landgraviat d'Argovie. Les bailliages dans le U'aggental — ils ne furent qualifiés qu'à partir du commencement du XVIe s. du nom de bailliages libres, Freiamt, terme encore aujourd'hui en usage — avaient de tout temps été considérés comme faisant partie de l'Argovie.
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