‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 236 sur 329 · I. 199. — Wirz : Heg. zur Srhwrizrr Geschichte IV. — [E. B · texte numérisé non relu

I. 199. — Wirz : Heg. zur Srhwrizrr Geschichte IV. — [E. B

La famille Armbruster, établie aujourd'hui à Berne, est originaire de Gadmen el de Berne, et vint dans cette ville avec — 1. Reinhart, * 1842, f 1915. Celui-ci fonda et dirigea une lithographie et un établissement artistique sous la raison sociale B. A. de 1884 à 1897, puis B. A. und Solm de 1897 à 1906, A. Sonne 1906 à 1917, depuis lors A. Graphische Anstalt. Depuis sa mort, le propriétaire en est — 2.Ernst, * 1871, lieutenant-colonel en 1913, conseiller général del913à 1920, grand-conseiller de 1916 à 1918. — Armoiries : d'azur à un lièvre d'or terminé en queue de poisson d'argent. lz.

ARMÉE. SOMMAIRE: 1. Période héroïque 1291- 1515; 2. Période patricienne 1515-1798; 3. Période démocratique 1798 à nos jours.

1. Période héroïque, 1291-1515. L'armée est la plus ancienne et la plus originale des institutions de la Suisse, le fondement de l'union fédérale. Le principe du service obligatoire a toujours été à la base de notre organisation militaire. Tout habitant libre des cantons suisses, de leurs alliés et sujets, paysan libre, bourgeois ou noble, était tenu de servir de 16 à 60 ans. Les infirmes payaient un impôt. Les réfractaires étaient déclarés infâmes et parjures. Leur maison était rasée. Il était rare cependant que les forces entières du pays fussent appelées sous les armes ; les effectifs étaient déterminés par le but de la campagne. A côté des hommes désignés régulièrement, il se présentait, surtout pour les guerres à l'étranger, une foule de volontaires dont le nombre suffisait souvent à lui seul. Dans les guerres de Bourgogne, les Confédérés ne mirent en ligne que le tiers de leurs forces, les guerres d'Italie se firent presque entièrement avec des volontaires. Les cantons fixaient les détails de leur organisation militaire ; cependant, des principes généraux furent énoncés dans une série de décisions et de règlements adoptés par la Diète. Le Convenant de Sempach, 1393, a posé les premiers principes du droit de la guerre et de l'instruction tactique. Il exprime d'une façon péremptoire la nécessité d'une discipline stricte dans l'armée, punit sévèrement le pillage, l'abandon du drapeau, les outrages aux églises, aux femmes et aux vieillards. L'esprit d'humanité qui anime ce Convenant honore les Suisses à une époque où, partout ailleurs, on ne songeait aucunement à adoucir les maux de la guerre. Ce code resta en vigueur jusqu'en 1798. Il fut complété par le Concordat de Stans, de 1481, qui insistait sur la nécessité de l'action militaire commune, et par une série d'ordonnances ultérieures de 1499 à 1521, qui fixaient les détails de l'armement, de l'équipement et de la préparation à la guerre. Les cantons développèrent ces codes par des ordonnances militaires, ainsi Berne en 1410, Lucerne en 1481.

Instruction militaire. La période d'instruction militaire était précédée, chez les garçons de 8 à 16 ans, d'exercices de tir à l'arbalète, de maniement de la pique et de l'épée, sous le contrôle des magistrats. L'enthousiasme guerrier était si grand qu'on dut souvent interdire aux enfants de se joindre aux troupes qui partaient. En 1477 plus de mille enfants qui avaient suivi l'armée en route pour Nancy, durent être ramenés de force dans leurs familles. Les jeunes gens en âge de servir étaient instruits par les vieux soldats. Des concours de tir, de course, de saut, de natation, d'équitation entretenaient l'adresse et la vigueur corporelles. L'entraînement s'acquérait par des expéditions continuelles sur les terres ennemies ; ainsi de 1307 à 131 1, les Schwyzois ne firent pas moins de 30 incursions dans les domaines des Habsbourg.

Les cantons nommaient leurs officiers. Un Conseil de guerre exerçait le commandement suprême. En 1512, pour la première fois, la Diète confia le commandement à un chef unique, le baron Ulrich de Hohensax, qui fit la conquête du duché de Milan. La solde était de 1 20 florins par mois pour le service hors des frontières ; dans le pays chaque soldat vivait à ses frais, mais les communes devaient avoir une réserve de numéraire équivalente à 3 mois de solde, soit 15 à 18 couronnes par homme et par mois. Seuls les porteurs d'armes à feu recevaient de leurs gouvernements une solde qui

constil naît plutôt une sorte de primo pour l'acquisition d'armes coûteuses.

Armement et équipement. Les Suisses étaient mieux armés et équipés que leurs adversaires. L'infanterie comprenait des piquiers et des hallebardiers. La lourde pique de Irène avait 16 à 18 pieds de long; son maniement étail difficile et exigeait de l'apprentissage. La hallebarde était longue de 8 à 9 pieds; elle servail à frapper d'estoc et de taille. Le fantassin portait, en outre, la hache d'armes, l'épée sui^e et le poignard. L'épée à deux mains, l'espadon, disparut après les guerres de Bourgogne. Le inorgenstem» est une arme improvisée, qui apparut déjà dans les premiers temps, mais surtout plus tard, en 1622, lors de la révolte du Pràtigau et des guerres des paysans et de Villmergen, en 1653 et 1656. Comme aune de jet, on peut citer l'arbalète et, dès 1500, l'arquebuse. Les piquiers et les sous-officiers (Rottmeister) portaient la demi cuirasse, les officiers souvent l'armure complète. Les soldats fournissaient eux-mêmes leur équipement; cependant les cantons entretenaient des réserves d'armes et de cuirasses dans les arsenaux. Des inspecteurs s'assuraient du bon entretien des armes, à intervalles réguliers. La cavalerie, peu nombreuse, se composait surtout d'archers à cheval, de gens d'armes (Reisige) et d'estafettes pour le service de liaison. Elle était fournie par Zurich, Berne et Soleure, ainsi que par les couvents et les seigneurs alliés et combourgi ois (prince-abbé de Saint-Gall, comtes de Neuchâtel, de Gruyère, etc.). L'artillerie, introduite à la fin du XIVe s. (Bâle 1371, Saint-Gall 1377) s'augmenta ensuite du butin des guerres de Bourgogne et de Souabe. Vers 1500, les Confédérés possédaient un millier de pièces : bombardes, couleuvrines et fauconneaux.

La rapidité de la mobilisation assurait aux Confédérés un avantage décisif sur leurs adversaires. Un système de signaux optiques très ingénieux, placés sur les collines, faisait communiquer en quelques heures les parties les plus éloignées du pays. En cas d'alarme, on sonnait le tocsin, on hissait la bannière sur les églises et on allumait les feux. Les contingents se rassemblaient sur les places prescrites, chacun ayant pour trois jours de vivres. Le serment prêté en grande solennité, les hommes partaient pour le lieu prévu et le soir du deuxième jour, l'armée confédérée était concentrée pour entrer en campagne. Tous portaient, depuis Laupen, par ordre de la Diète, une croix blanche cousue sur leurs pourpoints ou clouée sur leurs harnais. C'était l'insigne commun à toute l'armée.

Tactique. En marche, on formait une avant-garde, un corps principal et une arrière-garde. Une fois les chefs renseignés sur la position de l'ennemi, on établissait l'ordre de bataille. Les corps de troupes étaient disposés, les uns par rapport aux autres, de front ou en profondeur. Dans le premier cas, on formait un centre et deux ailes, dans le second plusieurs échelons placés les uns derrière les autres, débordants, avec des intervalles et des distances proportionnées aux effectifs. Le dernier échelon servait de réserve. Dans chaque corps de bataille ou carré (Gevierthaufen), les piquiers sur trois rangs encadraient les hallebardiers, les arbalétriers et arquebusiers se tenaient sur les flancs, l'artillerie dans les intervalles, la cavalerie aux ailes. Les bannières des cantons et alliés étaient réunies au centre des carrés. On cherchait à agir sur les flancs de l'adversaire tout en l'attaquant de front. Contre les charges de cavalerie on employait la formation «en hérisson».

La tactique des Suisses fit école. Leur infanterie avait détrôné la chevalerie et restauré la discipline du rang et les évolutions en ordre serré, perdues depuis les Romains. Les Suisses furent successivement les premiers maîtres et les instructeurs de l'infanterie de France (1480 camp de Pont de l'Arche), des «lanceros» espagnols de Ferdinand le Catholique (1483-1487) et des lansquenets allemands. Le roi de Hongrie, le duc de Savoie, le doge de Venise et les États italiens leur confièrent l'instruction de leurs armées et adoptèrent leurs méthodes de combat. A Marignan, 1515, la tactique suisse sombra cependant devant la formidable artillerie de François Ier — Bibliographie: Hàne: Zum U'eltr-

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und Kriegswesen in der Blutezeit der alten Eidgenossenschaft. — G. de Reynold : L'armée suisse, origines, évolution, méthodes. — Feldmann : Institutions militaires de la Suisse jusqu'en 1907. — Cari von Elgger: Kriegswesen und Kriegskunst der alten Eidgenossen. — Yallière : Les Suisses en Italie (1331-1515). — Feiss : L'armée suisse. — Escher : Das schweiz. Fussvolk im 15. und im Anfang des 16. Jahrh. — Ed. von Rodt : Gesch. der Kriege Karls des Kiihnen. — E. Frey : Die Kriegstaten der Schweizer. — Histoire militaire de la Suisse, publiée par l'Etat-Major.

2. Période patricienne, 15t5-1798. Les alliances, les influences étrangères, le service capitulé, les guerres civiles, l'absence de pouvoir central désorganisèrent les milices cantonales Elles vécurent sur le passé, leur instruction devint routinière, tandis que sur tous les champs de bataille de l'Europe, les régiments suisses au service étranger se couvraient de gloire. Ils furent une excellente école de guerre pour nos officiers rentrés au pays : les généraux Johann-Ludwig von Erlach, Jean de Sacconay, Robert-Scipio Lentulus, Aloïs de Reding mirent leur expérience au service de leur canton. Dans son ensemble, l'organisation de l'ancienne armée subsistait : service de 16 à 60 ans, mobilisation extrêmement rapide, préparation de la jeunesse. Dès 1615, date de la première ordonnance imprimée à Berne, nous trouvons les traces d'une instruction régulière en temps de paix, appelée plus tard le Trull, et qui n'est pas autre chose que l'apprentissage de la discipline du rang. Déjà auparavant on avait commencé à instituer des exercices de tir, d'abord dans les villes, puis dans la campagne ; on construisit des stands et on décerna des prix aux bons tireurs.

La frontière ayant été violée et les Grisons dévastés pendant la guerre de Trente ans, la Diète adopta, en 1647, sous l'impulsion du général J.-L. von Erlach- Kastelen, le Défensional de Wyl, qui fixait les contingents de chaque canton, pays allié ou sujet, en proportion de la population. L'armée fut répartie en 3 classes de 12000 hommes chacune. Un conseil de guerre exerça le haut commandement. Une compagnie de 200 hommes se composait alors de 120 mousquetaires, 60 piquiers et 20 hallebardiers. On imposait aux cantons l'obligation de fournir 3 cavaliers par 100 hommes de leur contingent et les cantons-villes de Zurich, Berne, Lucerne, Bàle, Fribourg et Soleure fournissaient l'artillerie lourde avec les chariots de munitions, les grenades à mains, d'autres les convois de subsistances.

Cette organisation trouva une application immédiate : de Bregenz, les Suédois menaçaient les frontières Est. Une mobilisation partielle suffit à empêcher une nouvelle violation du territoire.

En 1668, la loi de 1647 fut transformée en Défensional fédéral à la nouvelle de l'attaque de Louis XIV contre la Franche-Comté, province placée sous le protectorat du Corps helvétique. On forma 3 divisions de 13400 fantassins, 402 cavaliers et 16 canons, correspondant à peu près à nos classes actuelles de l'élite, de la landwehr et du landsturm. Les cantons fournissaient aussi, à tour de rôle, le haut état-major général du colonel-général au waguemestre. Le Défensional a contribué à unifier l'organisation et l'instruction de l'infanterie et de la cavalerie. Les cantons-villes, surtout, se conformèrent aux décisions de la Diète de Baden. Ils adoptèrent le calibre normal des mousquets d'une once. Les ordonnances de 1647 et 1673 créèrent la cavalerie bernoise et zuricoise. Par contre, ces efforts d'unification échouèrent pour l'artillerie. Jusqu'à la fin de l'ancien régime, Berne n'admit que les calibres de 2, 4, 6, 8, 12 et 24 pour les pièces de campagne (système français de Vallière), tandis que les canons de Zurich étaient construits d'après le système prussien. Les drapeaux étaient aux couleurs cantonales, avec une croix blanche traversante. En 1673, 1674 et 1678, la Diète adopta des articles additionnels sur la justice militaire et l'administration; mais les petits cantons négligèrent leur état militaire, de sorte que, depuis 1700, seuls les cantons de Zurich, Berne, Lucerne, Glaris protestant, Bàle, Fribourg, Soleure, Schaffhouse et Appenzell-Rh. E. faisaient encore

partie du Défensional. Celui-ci, malgré ses imperfections, protégea la Suisse pendant les guerres de Louis XIV ainsi qu'en 1707 (succession de Neuchàtel) et en 1709. Puis il tomba peu à peu en désuétude, certains cantons, par indifférence ou égoïsme, refusant de se soumettre à leurs obligations. En 1743, on rassembla avec peine 2000 hommes, alors qu'à la même date plus de 60 000 Suisses servaient à l'étranger. En 1792, 2 bataillons occupèrent Bâle, troupe bigarrée, inégalement instruite et armée, formée de 16 contingents différents. En même temps, Berne seule pouvait mettre sur pied une armée de 14 bataillons, 4 escadrons et 6 batteries, sous le général de Murait, pour couvrir Genève et sa frontière du Jura.

Les ressources des cantons en hommes restaient considérables, grâce à une très forte natalité : lors de la deuxième guerre de Villmergen, en 1712, 100000 hommes firent campagne plusieurs mois, et tout autant en

Zurich et Berne, surtout, maintinrent leurs milices sur un pied satisfaisant. Le territoire de Zurich, depuis 1713, était divisé en 20 arrondissements de régiment qui, avec 8 escadrons de dragons, 8 compagnies d'artillerie et 4 de chasseurs, formaient une armée de 30 000 hommes. L'infanterie portait l'habit gris à revers bleus. les bas bleus et le tricorne bordé de blanc. Le «piquet» de 1500 hommes était toujours prêt à partir, conformément au Défensional.

L'armée bernoise réorganisée en 1760-1768 fournissait 63 697 enrôlés, dont 27 218 destinés à l'armée de première ligne (28 régiments d'infanterie dont 7 du pays de Vaud, 18 escadrons de dragons, 3 compagnies de cuirassiers vassaux, 24 compagnies d'artillerie, 14 compagnies de chasseurs, 8 de carabiniers et 600 matelots de la flotte du Léman). L'arsenal de Berne contenait 30000 fusils et 500 canons de 6, 8, 12 et 24 livres, obusiers de 16 et 25 livres et. mortiers de 50 à 300 livres.

Le fusil à pierre avait remplacé le mousquet depuis 1690. Les soldats emportaient leur équipement chez eux et devaient se présenter en uniforme devant le pasteur pour se marier.

Le général, subordonné au Conseil des Deux-Cents, ne pouvait rien entreprendre sans consentement préalable ; ingérence du pouvoir civil qui paralysa l'action d'Erlach sur ses troupes, en 1798, et précipita la ruine finale de la République. L'uniforme était gris, à parements rouges. En 1757, on adopta l'habit bleu de roi qui s'introduisit, de plus en plus, dans la plupart des cantons. Les dragons seuls portaient l'habit rouge à Zurich et à Berne ; les chasseurs avaient la casaque verte à Zurich, bleue à Berne.

Instruction. Dans la plupart des cantons le régiment était considéré comme un dépôt où l'on puisait suivant les' besoins. Les compagnies de grenadiers et de mousquetaires, formées des plus jeunes classes, marchaient au premier appel, les fusiliers restaient « de piquet». L'instruction se donnait dans chaque arrondissement de recrutement par un major de département assisté d'aidesinstructeurs. On exerçait 12 à 15 jours par an, un mois pour l'artillerie. Des revues générales se tenaient au printemps et en automne, des «camps» d'instruction de 8 à 15 jours en été, où des troupes de toutes armes manœuvraient ensemble. Les premiers règlements d'exercice imprimés ont paru à Genève 1603 et 1609, Berne 1615 et 1619, Zurich 1651 et 1656, Bâle 1666, Zurich 1667 et 1673, Lucerne 1682, Bâle 1683, Genève 1686, Berne 1689 et 1695. Dès 1703 les règlements suisses s'inspirèrent de «l'Exercice de toute l'infanterie de France», à partir de 1770, les instructions du Grand Frédéric firent règle. Certains corps étaient réputés: l'artillerie zuricoise et bernoise, les chasseurs-carabiniers bernois, le régiment fribourgeois de Gruyère. Mais, en général, l'instruction était trop formelle, le service en campagne insuffisant, la discipline laissait à désirer, la cavalerie manquait de souplesse. La «Société militaire helvétique», fondée en 1779, proposa des réformes, mais elles n'eurent aucun résultat pratique Pourtant le système militaire des cantons était proposé en exemple à l'étranger. Cette armée avait belle apparence. Le comte du Luc, ambassadeur de France, vit passer à Soleure, en 1712, une

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partie des troupes mobilisées. Il écrivait au roi BOD maître : .Nous avons vu hier passer à Soleure une compagnie de dragons du Pays de Vaud qui est des plu

belles. Tous ces dragons sont, uniformes et bien faits . ils paraissent tous avoir servi ».

Les principales villes suisses (Zurich, Berne, Baie, ( H-neve) avaient une troupe permanente •< garde d'Etal ou «garde soldée» pour le service de place de la capitale, et Berne tenait une garnison permanente dans >a forteresse d'Aarbourg. En cas de danger pressant , les cantons pouvaient rappeler leurs officiers et même leurs régiments à l'étranger. En 1792, l'État de Berne rappela son régiment du service de France et l'incorpora, sous le mnii de régiment de Watteville dans son armée qui couvrait les frontières de Genève et du pays de Vaud. Malgré tout, l'esprit militaire subsistait. Le noyau et les cadres des milices étaient formés de soldats rentrés des régiments suisses de France, de Hollande ou d'Espagne. Lorsque les armées du Directoire français envahirent la Suisse, en 1798, elles trouvèrent à Berne, dans la Suisse primitive et en Valais, une résistance inattendue qui aurait pu être victorieuse, si les cantons eussent réuni leurs forces, au lieu de combattre séparément. Les généraux français rendirent d'éclatants témoignages à leurs adversaires de Neuenegg, du Rotenthurm, de Stans et de Sion. — Bibliographie : Fried. Pieth: La Suisse pendant la guerre de Trente ans dans Hist. militaire de la Suisse VI. — Ed. von Rodt : Gesch. des Bernerischen Kriegswesens . — G. de Charrière : La campagne de 1712, élude historique et militaire. — Le même : L'armée zuricoise dans la guerre du Toggen burg. — Pochon et Zesiger : Schweizer Militàr vom Jahre 1700 bis auf die Neuzeit. — Max de Diesbach : La garnison de Fribourg (AF 1914-1915). — ■ Dinner : Zur eidg. Grenzbesetzung 1792- 1795 (JSG XII, 102). — E. Muret : L'invasion de la Suisse en 1798. — P. de Vallière : La part de la Suisse romande dans l'histoire militaire de la Suisse fRMS 1916- 1917). — R. v. Erlach : Zur bernischen Kriegsgeschichte des Jahres 1798. — Steinemann : Beformen im bernischen Kriegswesen (1560-1653) .

3. Période démocratique, de 1798 à nos jours. Après l'effondrement de 1798, le Directoire français imposa à la République helvétique un système militaire centralisé. Mais l'entretien des armées françaises qui vivaient sur le pays, la guerre européenne en Suisse après les ruines de l'invasion anéantirent les ressources financières et rendirent impossible l'application de la loi de 1798. L'armée nationale comprenait :

1) La Légion helvétique, troupe permanente à recrutement volontaire (dissoute en 1799).

2) Les 6 Demi-brigades auxiliaires ; au lieu des 18000 hommes prévus, il ne se présenta que 4000 conscrits qui furent incorporés de force dans les troupes françaises.

3) La Milice sédentaire : Service obligatoire de 20 à 45 ans. Le pays fut divisé en 8 départements militaires sans égard aux frontières cantonales. Ce système très impopulaire devait donner 60000 hommes, mais on ne put en rassembler que 10 000 environ. — Sous l'Acte de médiation, Napoléon accapara les forces militaires des cantons pour ses régiments suisses toujours maintenus au complet. Pendant son règne, la Suisse dut lui fournir 4 régiments permanents de 4000 hommes qui périrent en grande partie en Calabre, en Espagne et surtout en Russie. L'armée nationale instituée par le Règlement général de 1807 n'existait que sur le papier. Les mobilisations partielles de 1805 et de 1809 montrèrent l'insuffisance des milices. Cependant, ces campagnes pacifiques fortifièrent le lien fédéral, elles firent revivre l'esprit de corps. On diminua les inconvénients du système fédératif par un contrôle central permanent de l'instruction des troupes cantonales.

En 1813, un faible cordon de 20000 hommes gardait le Rhin, sous le général de Wattenwyl et 160000 alliés menaçaient Bâle. Malgré des protestations, la Diète ordonna aux troupes de livrer le passage et les Autrichiens et les Russes traversèrent le pays. Pendant les Cent- Jours, la Confédération sortit pour la première fois depuis des siècles de sa neutralité. En juillet 1815,40000 Suisses sous les ordres du général liachmann pénétrèrent

en Franche-Comté : 5000 hommes sous le colonel d'Atlry prirent part au siège d'Huningue. Le brassard fédéral comme autrefois la croix blanche, fut alors institué comme insigne commun à toute l'armée. < >t i e campagne révéla une lois déplus l'extrême inégalité d'instruction des contingents cantonaux.

Après la chute de Napoléon, la Suisse reconstituée redevint maîtresse de ses destinées Le règlement mili- | taire fédéral de 1817 tint compte des expériences de 1815. L'armée, élite, réserve et landwehr, eut un effectif de 67000 hommes, soit 4% de la population. On institua l'Étal-major fédéral et l'École centrale de Thoune pour amener l'unité d'instruction et de doctrine Des «camps fédéraux» furent, à partir de 1820, l'origine des grandes manœuvres. La frontière fut de nouveau occupée en 1831, et dans l'affaire de Louis-Napoléon en 1838, les cantons romands mobilisèrent 27 000 hommes sous le général Guiguer de Prangins, sans attendre les ordres de la Diète qui mit de piquet toutes les forces de la Confédération. En 1845, lors des expéditions des «corps francs», 2 divisions (général de Donatz) préludèrent à la guerre du Sonderbund qui, en 1847, mit sur pied 180 000 hommes sous les ordres des généraux Dufour et Salis-Soglio. Le drapeau fédéral, adopté en 1840, remplaça les anciens drapeaux aux 25 couleurs cantonales. Enfin, la loi d'organisation militaire de 1850 chercha à corriger les défauts dénoncés par Dufour. On lit un pas de plus vers l'unification par la création du Département militaire fédéral. Mais le vice fondamental du système restait le dualisme entre la Confédération et les cantons, en outre, le temps de présence sous les armes était trop court. L'école de recrues durait de 28 à ;p2 jours, les cours de répétition de 3 à 10 jours. En 1856-1857, le soulèvement des royalistes neuchâtelois et l'intervention de la Prusse nécessitèrent la mobilisation de 30000 et la mise de piquet de 100000 hommes sous les ordres de Dufour. L'armée concentrée sur le Rhin était forte de 9 divisions de 15600 hommes, 1400 chevaux et 24 canons chacune, plus une réserve de cavalerie, d'artillerie et du génie et 3 brigades indépendantes.

En 1859, 1860 et 1866, des corps d'observation de 10000 hommes occupèrent la frontière, tantôt au Sud, tantôt au Nord, suivant la situation internationale. Chacune de ces mobilisations était suivie de réformes. En 1842, le fusil à percussion remplaça le fusil à pierre. Le chargement par la culasse fut introduit en 1859 et le calibre réduit de 18 à 10.4 mm. En 1865 le canon d'acier de 10 cm., se chargeant par la culasse, succéda aux pièces de bronze lisses se chargeant par la bouche et en 1869, l'armée suisse fut la première en Europe à posséder un fusil à répétition, invention de Friedrich Vetterli à Neuhausen.

La couverture de la frontière du Jura en 1870-1871, sous le général Herzog, dévoila l'insuffisance de la préparation à la guerre. La mobilisation fut lente, les munitions et le matériel de réserve manquaient ; le soldat montrait de la bonne volonté, mais l'instruction défectueuse et le peu d'entraînement des troupes les rendaient incapables d'efforts prolongés. Le général Herzog dans son rapport officiel, critiqua sans ménagements les points faibles du système et demanda la centralisation complète de l'instruction et la prolongation du temps de service. L'organisation militaire de 1874 attribua à la Confédération l'instruction et l'armement. 8 divisions et 16 brigades de landwehr donnèrent un total de 202 479 hommes. La durée des écoles de recrues et des cours de répétition fut prolongée à 48-60 jours. On augmenta le service effectif des cadres. Les derniers vestiges de l'uniforme cantonal disparurent, excepté les cocardes. De 1874 à 1907, on créa successivement: la section des sciences militaires à l'Ecole polytechnique, le landsturm, l'artillerie de forteresse, les fortifications du Gothard et de Saint-Maurice, les corps d'armée, les aérostiers, les mitrailleurs à cheval. On renforça la cavalerie, remarquablement entraînée et remontée; l'artillerie adopta en 1889 la pièce de campagne 8.4 cm. en acier, et en 1903 le canon 7.5 à tir rapide et recul sur affût. Le fusil de 1889 (calibre 7.5 mm.) et 1889-1896 représentait un pro-

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