ARMEE DU SALUT
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grès considérable. Il a été transformé en modèle 1911 à balle conique. L'instruction militaire préparatoire se développa ainsi que le tir obligatoire en dehors du service.
Le 3 novembre 1907, le peuple vota la loi militaire de 1907. Sous ce régime, en quelques années, grâce à un travail intensif, une transformation, très remarquée par nos voisins, s'est opérée. L'organisation des troupes de 1912 a réparti l'armée en 6 divisions, créé les brigades de montagne, les mitrailleurs d'infanterie, la cavalerie d'armée, les obusiers de campagne, l'école militaire pour instructeurs. Les écoles de recrues et d'aspirants prolongées à 2vi et 3 mois, les cours de répétition annuels permirent une instruction moins superficielle du soldat et de l'officier. La force totale de l'armée fut portée à 281 000 hommes, 45 000 chevaux et 800 canons plus 200 000 hommes desservices complémentaires. L'enseignement remarquable des cours d'État-major général, de l'école de tir de Wallenstadt et de l'École centrale entretint le goût des recherches scientifiques et des études historiques dans le corps d'officiers.
La mobilisation générale d'août 1914, général Wille et chef d'état-major général Sprecher-de Bernegg se fit avec ordre et rapidité. La longue attente à la frontière mit le «moral» des troupes à une rude épreuve dont elles sortirent victorieuses. La discipline ne se relâcha pas. Le manque d'expérience et de routine de beaucoup d'officiers s'atténua avec les mois et les années. L'entraînement des troupes à la marche, au tir, au service en campagne, leur belle tenue sous les armes, donnèrent confiance au peuple et imposèrent le respect aux belligérants. Les manœuvres d'armée de mars 1917, auxquelles prirent part près de 100000 hommes dans des circonstances particulièrement difficiles, permirent de constater l'excellent fonctionnement des états-majors supérieurs et des services de l'arrière, la mobilité des troupes dans tous les terrains, leur endurance et leur dévouement. La solde du simple soldat fut portée de fr. 0,80 à fr. 8,50 par jour et ramenée en 1919 à fr. 2. — . En 1915-1916, l'armée reçut l'uniforme gris-vert et, en 1917-1918, le casque d'acier. Le renforcement des mitrailleurs, le développement de l'aviation, la pratique des nouvelles méthodes de combat tinrent les divisions constamment en haleine.
L'histoire de notre armée qui se confond avec celle de la nation est loin d'être achevée. De nouvelles tâches l'attendent. Elle doit rester l'éducatrice du peuple, l'expression suprême de notre volonté de vivre.
Bibliographie : Œchsli : Die Schweiz vor hundert Jahren 1798-99. — Leemann : Denkschrift ùber die Eteignisse im Jahre 1838. — Muret et B. de Cérenville : La Suisse en 1815. Le second passage des alliés et l'expédition de Franche-Comté. — Ed. Secretan : L'armée Suisse depuis 100 ans (La Suisse au XIXe s. I). — G.- H. Dufour : Rapport général, sur l'armement et la campagne de 1847. — Jacky : L'occupation des frontières suisses en 1870-71. — Feyler : La Suisse sous les armes. — Egli : L'armée suisse. — Feiss : Das Wehrwesen der Schweiz. [ Major P. de Vallière.]
ARMÉE DU SALUT (Heilsarmee, SALVATION Army). Communauté religieuse organisée militairement, fondée en 1865 par William Booth (1829-1912). Née des besoins religieux et sociaux modernes, basée sur le méthodisme, l'Armée du Salut a un caractère international chrétien-syncrétique ; son but est le salut des classes négligées de la société! A la tête des officiers, sous-officiers et soldats des deux sexes se tient un général, à pouvoirs monarchiques, qui est, depuis la mort du fondateur, son fils Bramwell Booth. Journal principal : The War Cry, Le Cri de guerre. Méthode d'action : Evangélisation par le moyen de réunions à cachet militaire avec sollicitations à la conversion immédiate ; travail de relèvement social.
L'Armée du Salut se répandit en Suisse dès 1882 grâce à l'Irlandais Clibborn et à Kate Booth. Elle fut en butte les premières années à l'hostilité du public. Plusieurs cantons interdirent les réunions (1883 : Genève, Neuchâtel, Vaud, Berne — 1885 : Zurich — 1888 : pétition d'Appenzell-Rh.-I. pour l'application de la loi sur les jésuites à l'Armée du Salut). La conclusion du rapport
du conseiller fédéral Ruchonnet à l'Assemblée fédérale le 2 juin 1890 et la circulaire du Conseil fédéral du 14 février 1893 jointe à l'arrêté définitif abrogeant les lois contre l'Armée du Salut (Berne 1897, Genève 1898) provoquèrent fin changement d'opinion. Aujourd'hui cette communauté jouit de l'estime générale et de l'appui des autorités. Elle comprend 119 corps d'armée avec 400 officiers en service permanent ; le quartier général et le commissariat sont à Berne. Il existe trois maisons de relèvement pour femmes et jeunes filles (Zurich 1894, Bâle 1900, Vevey 1904) ; 4 asiles de nuit pour femmes (Zurich 1907, Genève 1908, Bâle 1909, Neuchâtel) ; 3 asiles de nuit pour hommes (Zurich 1899, Genève 1904, Bâle 1906) ; un asile pour mères et enfants (Zurich) ; 2 postes de travail pour hommes (Zurich, Bâle) : 2 colonies agricoles pour détenus libérés et sans-travail (Kôniz près de Berne, Devens près de Saint-Aubin, Neuchâtel) ; 4 postes de secours (Zurich, Berne, Genève, Bienne). — The Salvation Army, 1917. — P. -A. Clasen : Der Salutismus. [E. B.]
ARMENSEE. Village. Voir Ermensee
ARMES. Les différentes armes se divisent d'après leur destination en armes défensives et armes offensives . Parmi les premières, on compte: le bouclier, ['armure et la cuirasse, le casque ; parmi les dernières, Vépée sous toutes ses formes : le glaive, la dague, le sabre, le poignard ; puis les armes d'hast telles que la hallebarde, la lance, la pique, l'esponton, la hache d'armes, le marteau d'armes, le morgenstern; les armes de jet, qui comprennent l'arbalète, l'arc, les machines de siège; enfin les armes à feu, qui se divisent à leur tour en artillerie et en armes portatives : l'arquebuse, le mousquet, le fusil. Les armes d'ordonnance du XIXe s. forment un groupe particulier; elles ont été et sont encore fabriquées en grande quantités pour le compte de l'Etat et sont uniformes pour l'armée
A. Armes défensives. 1. Bouclier. Des garn;tures de boucliers, umbos, se trouvent fréquemment dans les tombeaux de l'époque des invasions. Dans le haut moyen âge le bouclier rectangulaire, oblong et plus tard arrondi, était en usage au Nord des Alpes; en Italie et en Orient on se servait du bouclier rond. Nous ne tenons pas compte ici du bouclier ou écu de chevalerie écus de chevalerie de Seedorf, du XIIIe s., au Musée national à Zurich ; de Barogne, datant du XIVe s., à Sion). Dans les boucliers de fantassin on distingue suivant la grandeur : le pavois d'assaut, d'une hauteur d'environ 2 mètres, pour la guerre de siège, et le pavois, d'environ 1 y2 mètre de haut, qui couvrait un fantassin jusqu'à la poitrine, enfin le petit pavois qui abritait un homme agenouillé. Les grands et les petits pavois étaient souvent ornés de peintures (armoiries). Les boucliers du Musée historique de Berne (des XIVe et XVes.) appartiennent à ces trois catégories et sont en bois de sapin; sur le devant est collée une traverse en chêne, et les deux faces sont recouvertes de peau de truie sous laquelle se trouve une couche d'étoupes. Les lourds boucliers en fer, souvent richement ornés, (exemplaires à Zurich et à Berne) n'ont qu'une valeur décorative. On trouve dans la plupart des musées suisses d'une certaine importance des boucliers pris à la guerre; c'est à Zurich et à Lucerne (butin de la bataille de Giornico) qu'ils sont le plus nombreux.
2. Armures et cuirasses. Au moyen âge, on portait pour la protection du corps des cottes de mailles, broignes, hauberts, ou des tuniques de toile ou de peau recouvertes d'anneaux. L'emploi de la cotte de mailles persista jusque dans le courant du XVIe s. Déjà au moment des invasions et plus tard, le haubert était une arme défensive des nobles; toutefois, à mesure que l'armure de plates prit de l'importance, il fut supplanté comme arme de chevalerie (pendant un certain temps on le porta sous la cuirasse) et fit partie de l'équipement des fantassins. Les armuriers étaient des employés des villes et ne disparurent que dans la seconde moitié du XVIe s.: à Berne, en 1574, à Zurich, en 1582. Le tissu de mailles était formé d'anneaux soudés, rivés ou découpés en fil de fer forgé, et souvent combinés ensemble ; le bord était sou-
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vent entouré d'un cercle en laiton, recouvert fréquemment d'ornements et d'inscriptions (de provenance orientale ou de Nuremberg).
Les chevaliers portaient la mite de mailles sur un vètemenl de cuir ( namltismi ) . I.e nui et la tcle élaienl
protégés par une sorte de capuchon appelé camail. \\ ec L'emploi du heaume, le camail disparaît, et le cou esl garanti par le gorgerin suspendu au casque lui-même; au XVeet XVI1 s.,nii plaçait sur les épaules des ailettes \u XIIIe s., on vise déjà à mieux garantir certaines parties du corps en adaptant des renforcements sous l'orme de plaques de fer ou de corne (coquilles aux coudes et aux genoux, rondelles mobiles aux aisselles, plaques de renforcement sur la poitrine et le dos). Dans le Cours du XI Ve s., ces essais aboutirent à l'armure de plates, dont la composition s'acheva vers 1420. Les pourpoints cousus, sans inanches, se composaient de plusieurs couches de toile superposées de façon à former une texture impénétrable. Ils étaient renforcés soit par des anneaux de métal cousus, soit par des lamelles de fer placées l'une sur l'autre comme les tuiles d'un toit (corazin lorsque les lamelles sont en dedans, briganliiic lorsqu'elles sont en dehors).
C'est à .Milan que furent fabriquées les premières armures de plates. L'atelier des Negrolis (Missaglia) était surtout célèbre dans ce genre ; le Musée historique de Berne en possède une armure complète datant de 1440- 1 450 (d'autres pièces d'armures se trouvent à Zurich et àAarau) Plus tard, Augsbourg et Nuremberg devinrent des centres de fabrication. Les premières armures étaient lourdes et manquaient de souplesse (poids de l'armure Missaglia à Berne 27,78 kilos). En bombant la poitrine et en cannelant la surface plane (armures de Maximilien) on obtint une diminution sensible de poids sans altérer la solidité. Au XVIe s., le costume influença la forme des armures. L'armure du fantassin est de beaucoup plus simple que celle des chevaliers. On laisse de côté les jambières et les brassards sont fort simplifiés. C'est ainsi qu'on est arrivé à la demi-cuirasse qui se trouve encore dans les arsenaux suisses et dans les musées en plusieurs centaines d'exemplaires (la plus belle collection est à Soleure). On a réussi à réduire le poids d'une armure pour fantassins jusqu'à 8,1 kilos. Pour les sièges de forteresses, on se servait d'armures de tranchées, d'une construction spécialement solide. L'armure perdit son importance avec l'apparition des armes à feu dont le tir était beaucoup plus juste. Elle s'est conservée jusqu'à nos jours comme cuirasse. Les armures de nos collections proviennent presque toutes de l'étranger (Allemagne et Italie). Toutes les villes importantes avaient un ou plusieurs employés chargés de l'entretien des armures. Vers la fin du XVIe s., il existait à Frauenfeld un atelier d'armurier (Hofmann); on ne trouve en Suisse qu'un seul autre armurier : H. M. à Bâle; ses initiales sont données par une armure datant du milieu du XVIe s.
3. Casque. Le casque est de date plus ancienne que l'armure. Ceux dont on se servait lors des invasions et dans le haut moyen âge sont coniques, d'abord formés de côtes garnies de plaques (casque à côtes), plus tard emboutis d'une seule pièce (casque normand des Xe et XIe s.). Pendant les croisades, on construisit un heaume lourd, en forme de pot, que l'on posa d'abord sur le sommet de la tête, puis sur les épaules <le seul exemplaire trouvé en Suisse est au Musée National). Au XIVe s., le casque conique fut transformé en bacinet: les parois furent sensiblement allongées, le tissu de mailles du colletin se fixa au casque par du fil de fer. Plus tard on ferma l'ouverture ménagée pour le visage par une visière proéminente. Avec l'introduction de l'armure de plates, le casque devint une pièce de l'armure, et se modifia avec l'emploi du bacinet. La forme du timbre devint hémisphérique, garnie d'une crête plus ou moins haute. La nuque est rentrée et garantie par des cercles de métal. Dans le casque bourguignon le gorgerin et le casque sont réunis par un bourrelet et ne font qu'un. La visière, en deux ou trois pièces, est mobile. Au XVe s., le fantassin porte le chapeau d'armes, hémisphérique, à ailes plates ou fortement rabattues (chapeau d'armes de Zwingli au Mu-
sée National). I.e chapeau d'armes se transforma au \ \ • et début du XVP s. en salade portée aussi par les chevaliers, avec un large couvre-fluque, etenarmet
au WP s. Le timbre de ce dernier est pourvu d'une crête très haute OU d'une pointe; sur le devant se t ruine la visière, lixe ou mobile, et derrière un couvrenuque. Les oreilles sont garanties par des oreillères tournant dans des charnières ou fixées par des courroies de cuir. Dans la deuxième moitié du WP s., on introduisit d'Espagne le morion, qui se rapproche également du chapeau d'armes, mais dont les parois sont droites ; il est pourvu d'une crête très élevée et d'un rebord étroit, se terminant en pointe devant et derrière. Le cabasset, piriforme, pointu à la partie supérieure, se rapproche du morion. Dans le cours du XVIIe s., on vit apparaître le casque hongrois, de type oriental, ou Bourguignote à nasal mobile
B. Armes offensives. l.Epées, dagues, poignards. Les armes d'estoc et de taille sont les épées et les poignards L'épée des chevaliers du moyen âge dérive de la spatha de la période des invasions, et celle-ci procède de l'épée celtique. Les trouvailles faites dans des tombeaux alémannes et burgondes fournissent des données sur la forme de l'épée à deux tranchants en usage lors des invasions. C'était une épée à large lame, creusée d'une rainure. On remarque déjà à la poignée un essai de protection de la main consistant en une mince plaque de fer adaptée entre celle-ci et la lame; on voit aussi un commencement de pommeau. Dans l'épée carolingienne, ce genre de poignée est parvenu à un entier développement. La main se place entre deux fortes barres ; l'une, antérieure, un peu plus longue, mais ne dépassant guère la lame : l'autre, postérieure, surmontée d'un renflement, le pommeau. Au Xe et au XIe s., la forme de la poignée subit une modification décisive. La barre antérieure, plus mince et plus longue, se transforme en garde. On donne au pommeau, forgé d'une seule pièce, la forme d'un chapeau, d'un champignon ou d'une lentille. Dès le XIIe s., la poignée s'allonge. Vers 1300 la garde et la poignée sont de longueur égale, dans la suite la proportion change au détriment de la garde. Au XVe s. la poignée s'est tellement allongée que la main droite ne suffit plus à manier l'épée et qu'on est obligé de s'aider de la main gauche. On obtient alors les épées « à une main et demie»; puis vient l'épée à deux mains qui a déjà atteint son entier développement vers 1480. Lors de l'apparition de l'armure de plates, on forge la lame de façon à pouvoir frapper d'estoc. Les épées des chevaliers tués à Sempach sont de véritables types d'épées d'estoc. Dès le XVe s. la poignée se complique. On munit la garde d'anneaux latéraux avec ou sans feuilles d'arrêt. On y adjoint des sous-gardes recourbées le long des tranchants, de sorte que l'épée du XVIe et du XVIIe s. a tout un système de branches et d'anneaux artistement construits. Dans l'épée d'estoc, l'appareil destiné à protéger la main, ordinairement en forme de cloche, est placé en avant de la garde. Dès le XVe s. on voit apparaître l'épée à lame recourbée, soit le sabre. Les épées des époques précarolingienne et carolingienne sont pourvues d'ornements damassés. Les épées carolingiennes ont déjà des inscriptions, qui deviennent plus fréquentes dans la suite, et qui sont incrustées dans la lame en différents métaux. On trouve déjà des marques de fabrication sur les épées celtiques et. çà et là, sur des lames carolingiennes. Dès le XIVe siècle les cas se multiplient.
Le scramasax des invasions a donné l'arme domestique du moyen âge (Hauswehre), qui fut portée par les bourgeois et les paysans jusque dans le courant du XVIIe s. Cette arme n'a qu'un tranchant et le pommeau manque. La poignée en bois n'est pas, comme c'est la règle pour l'épée à deux tranchants, enfoncée sur la soie, mais fixée sur celle-ci en deux plaques retenues par des chevilles — Une épée courte, à deux tranchants, permettant de frapper d'estoc et de taille, était en usage au XVe siècle.
Les formes d'épées caractéristiques pour la Suisse sont la dague, l'épée et le sabre suisses.
La dague suisse dérive du poignard, dont la lame
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a été allongée. La forme de la poignée est caractéristique en ce sens qu'au lieu delà garde et du bouton, elle a des broches saillantes, recourbées l'une contre l'autre. Dans le dernier quart du XVe s., on portait fréquemment la dague. Vers la fin du XVIe s., elle tomba en désuétude. Rare dans les collections suisses, elle est représentée à Berne en cinq exemplaires.
L'épée suisse se distingue de la dague par la forme de la lame qui est, ou bien large et à un tranchant (cette forme peut être considérée comme spécifiquement suisse), ou aussi à deux tranchants. Cette arme est actuellement très rare.
Le sabre suisse était l'arme des gens de qualité et souvent, vers la fin du XVIe s., orné de gravures ou d'incrustations en argent : jusqu'au milieu du XVIe s. sa forme primitive est caractérisée par la lame légèrement recourbée et à un tranchant, et le dos, affilé sur un quart de sa longueur, à partir de la pointe ; la poignée est terminée par un pommeau en forme de nœud. Au milieu du XVIe s. la lame a une courbure plus forte, le dos est muni de plusieurs rainures ; le pommeau présente la forme d'une tète de lion ou de braque.
Le poignard est une arme spécialement faite pour frapper de la pointe et pour cette raison on en a fait usage en tout temps. Lors des invasions il n'en existait pas de forme spéciale dans le pays. Dès lors, et jusqu'au XIe s., c'est le couteau (sax) qui sert de poignard et l'on use indifféremment de cet instrument comme ustensile et comme arme. Ce n'est qu'au XIe et au XIIe s. que le couteau-poignard, à un tranchant et à dos très fort, et au XIIIe s. que le poignard à double tranchant font leur apparition. Dès lors les deux formes se rencontrent simultanément, puis le poignard à un tranchant devient plus rare et finit par disparaître presque entièrement. Comme pièce de l'armement d'un chevalier, le poignard se porte au XIIIe s. au moyen d'une chaînette sur la poitrine ou plus bas à la ceinture.
Les illustrations des chroniques font une différence rigoureuse entre le poignard suisse et le poignard à disque. Le premier se distingue par la poignée, qui est munie en avant et en arrière de saillies latérales, enchâssées dans du métal et plus ou moins recourbées l'une contre l'autre. Primitivement cette arme n'est pas exclusivement d'origine suisse, toutefois ce n'est que sur le territoire suisse qu'elle s'est transformée en dague suisse, par l'allongement de la lame; les fourreaux artistement ornés, dont on fit d'abord usage au commencement du XVIe s., ne se trouvent que chez nous. Des artistes comme Hans Holbein ont fait pour ces fourreaux des dessins qui sont très importants en matière d'art industriel. On en voit des exemplaires remarquables dans les musées de Zurich, de Berne et de Bâle.
Dans les illustrations des chroniques le poignard à disque est porté par les Savoyards et les Bourguignons; au lieu de la garde et du pommeau, il est muni de disques en fer. On trouve au Musée historique de Berne un certain nombre de ces poignards qui sont du reste assez rares.
Les poignards du XVIe s. sont souvent aussi munis de gardes fort saillantes, çà et là d'un anneau, et les pommeaux sont semblables à ceux des épées. On nomme miséricordes et par erreur aussi perceurs de cuirasses, des poignards à lame très pointue, ordinairement quadrangulaire. ha langue de bœuf est un poignard à longue lame très large. On en faisait usage en Italie et elle n'a jamais servi chez nous. La main gauche est un poignard dont la garde est pour l'ordinaire pourvue de riches ornements ; dans le combat à l'épée on s'en servait pour parer. Dans ce but, on faisait aussi usage du poignard à ressort dont la lame était divisée en trois ; les deux lames latérales s'écartaient au moyen d'un ressort.
2. Armes d'hast: a) à longue hampe. Les armes qui rendirent l'infanterie suisse si redoutable et avec lesquelles elle obtint des succès si étonnants, furent la pique et la hallebarde. La maîtrise avec laquelle ils maniaient ces armes devint cependant inutile lorsque les progrés réalisés dans l'emploi des armes à feu eurent
révolutionné La tactique. Toutefois, encore en ltiôri, les Bernois attribuèrent leur insuccès dans la bataille de Villmergen à la supériorité de leurs adversaires dans le maniement des armes à hampe.
La pigue est pourvue d'une courte pointe en fer fixée à la hampe -au moyen de deux brides plus ou moins longues; cette pointe était ordinairement en forme de feuille ou plus tard quadrangulaire. La hampe, arrondie, en bois de frêne, avait une longueur de 15 à 18 pieds (4,5 à 5,5 mètres).
Les chroniques illustrées, des dessins et des vitraux, nous renseignent sur la manière dont on se servait de la pique. En marche, le soldat portait sonarmesurl'épaule, au combat, il la tenait en arrêt des deux mains, qu'il changeait de place suivant la hauteur du but qu'il voulait atteindre. Pour accroîtrel'effetduchocet peut-être aussi pour mieux s'assurer contre un recul dans un assaut, il plaçait l'avant-bras gauche sous la hampe, lorsque la pique était abaissée. Les fers de piques se fabriquaient dans le pays; quant aux hampes, on était obligé de les importer.
La pigue du cavalier est beaucoup plus courte et plus forte que celle du fantassin. La main était protégée par une rondelle de garde auquel on donna peu à peu la forme d'un entonnoir.
L'épieu, arme courte des fantassins, était déjà en usage à l'époque des carolingiens comme pique à ailerons. Ces deux sortes de piques sont caractérisées par une douille portant latéralement deux proéminences en forme d'ailes.
L'emploi de la hallebarde (de Halm, hampe, et de Barte, hache) est plus varié ; elle permet de frapper d'estoc et de taille. Le chroniqueur Jean de Winterthour atteste qu'on en fit déjà usage lors de la bataille de Morgarten : « Les Suisses avaient certains instruments meurtriers, nommés dans leur langage Helnbarten (hallebardes), au moyen desquels ils mettaient en pièces les adversaires les mieux cuirassés. »
Dans les commencements, la hallebarde s'emploie surtout pour porter des coups. La hache aplatie à sa partie supérieure a un long tranchant, parallèle au dos, auquel on a forgé deux anneaux servant à fixer la hampe. Telle est l'arme que l'on désigne comme hallebarde de Morgarten et que l'on nomme habituellement vouge dans la science des armes. Dans la seconde moitié du XIVe s., les deux anneaux disparaissent et on enfonce la hampe dans une douille de moitié aussi longue que le fer. Une pointe adaptée au dos, le crochet, rend cette arme encore plus redoutable.
Vers la fin du XVe s., l'extrémité du fer, qui était aplatie, se transforme peu à peu en une pointe quadrangulaire et la hallebarde devient ainsi une arme d'estoc. Le tranchant subit aussi des modifications de forme et de position. Dans la première moitié du XVIe s., il était retourbé en dehors ou incliné (forme connue de Tschachtlan déjà en 1470) et dans la suite même plus ou moins rentré, ce qui est un signe de décadence. Au milieu du siècle, il en est résulté la hache en forme de croissant, ordinairement ornée de dessins à jour ; le tranchant était fortement rentré et la pointe démesurément longue. De la sorte, la hallebarde est devenue plus ou moins impropre à servir d'arme de guerre. Au XVIIe s., le fer est orné de jolis dessins à jour et on fait usage de la hallebarde comme d'une arme de luxe ou d'insigne distinctif : au XVIIIe s., ce développement rétrograde finit par l'esponton. Il est difficile de dater les hallebardes, parce que certaines formes ont été en usage à deux reprises. La hampe était ordinairement en bois de frêne à pans coupés, fixée au moyen de deux longues brides adaptées à la douille. Deux contre-brides fixées devant étaient destinées à renforcer les deux autres. Comme autres formes de hallebarde, il faut encore citer: la hallebarde de Sempach, déjà mentionnée sous ce nom dans l'inventaire de l'arsenal de Zurich en 1651, une arme à large fer (portant souvent une croix à jour) ; le tranchant est passablement raccourci et légèrement recourbé, la pointe quadrangulaire est forte. On en trouve de nombreux exemplaires dans tous les arsenaux, qui ont probablement été exécutés après coup au XVIIe s. La hallebarde de Berne appartient par sa
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forme au XV1 s., mais les exemplaires existants proviennent probablement d'une commande faite au
XYII' s. ; elle esl cararl ériséc par un 1er étroil avec tranchanl long el droit, les côtés sont contournés. La paiiie qui relie la pointe, aplatie et pourvue d'un renforcement quadrangulaire au crochet, est aussi contournée.
Le fer de la hallebarde de Soleure, du XVI« s., esl l'uri eineni rentré sur les côtés. Le tranchanl esl recourbé, la pointe, fort longue, renforcée antérieurement, le crochel partagé en deux pointes recourbées.
Les hallebardes-peTtuisanes sonl des hallebardes avec fer large uii la forme de hache est moins visible.
Les guisarmes ont une longue hampe et un fer en forme de serpette avec pointe au dos. Le canton de Zurich en commanda à Kempten en 1583.
Les hallebardes-sabres ont une pointe très longue en forme de sabre.
La hache d'armes n'est pas. moins redoutable que la hallebarde ; dans les inventaires des arsenaux, on la nomme hache meurtrière. La forme du fer varie. Le plus souvent la partie tranchante est combinée avec un marteau dont le dos est lisse ou pourvu de pointes. La hache d'armes à longue hampe est connue dans le pays sous le nom de marteau de Lucerne ; elle est pourvue de quatre longues pointes et d'un fort crochet.
Le morgenslern (gourdin de Fidelis, gourdin de l'Entlebuch, triissel, bâillon du Prâtigau, bâillon des Grisons) est encore considéré à tort comme l'arme de prédilection des Suisses et mis au même rang que la hallebarde. De fait, il n'a jamais joué un rôle de ce genre et ce n'est que lors du soulèvement du Prâtigau, en 1622, contre les Autrichiens (où le père gardien des Capucins, Fidelis de Sigmaringen, lui tué avec une arme de ce genre) qu'il acquit de l'importance comme arme du landsturm. On en fit usage dans la guerre des paysans en 1653 (gourdin de l'Entlebuch), dans les combats contre les Français et en dernier lieu dans la guerre du Sonderbund. Il n'est question nulle part du morgenstern dans les listes d'armes du XVe et du XVIe s. ; de même on ne l'aperçoit nulle part aux mains d'un Suisse dans les chroniques illustrées avec leurs innombrables représentations de Confédérés en armes. Tschachtlan (1470) connaît bien cette arme, mais en pourvoit un Autrichien ; de même Schilling, de Lucerne (1507), équipe des envoyés étrangers avec le morgenstern. Au moyen âge, le morgenstern est assez fréquemment reproduit dans les scènes de la Passion en même temps que d autres armes existantes, mais d'origine étrangère ou d'un usage restreint ; c'est ainsi que cela se voit sur le vitrail biblique de la collégiale de Berne, datant du milieu du XVe s. Un manuscrit d'Einsiedeln du XIIe s. relate que saint Meinrad avait été tué au moyen d'une massue garnie de clous, et le rudiment de cette arme se trouve déjà dans les illustrations des manuscrits carolingiens. Le morgenstern est une massue à longue hampe, dont l'extrémité est renflée, recouverte de clous et munie généralement d'une pointe. Outre cette forme, généralement connue, on en trouve dans les arsenaux une autre, construite avec soin, dont la tête est munie de cercles en métal garnis de pointes. La reproduction qui se trouve sur le vitrail biblique de Berne se rapproche de cette forme.
b) à courte hampe: la massue, le marteau d'armes et la hache d'armes.
L'arme primitive, c'est la massue, un bâton de bois renflé à l'une de ses extrémités. Au XVe s., elle devient un signe de distinction (bâton de commandement) ; la tête est munie de clous, comme cela se voit dans la chronique illustrée de Tschachtlan, en 1470. Pour briser des casques à fortes parois, on chercha à augmenter l'intensité du coup en faisant la poignée et la tête enfer. Afin de reculer le centre de gravité, on fit un assemblage de plaques pour la tête. Cette forme du bâton de commandement ou masse s'est conservée jusqu'au XVIIIe s. comme sceptre de justice.
Le marteau d'armes à manche court n'est connu que comme arme de distinction, et se trouve à titre de rareté dans quelques collections (bec de perroquet).
La hache d'armes à manche court est représentée
dans Les illustrations des chroniques postérieures è 1470 On la trouve fréquemment dans la chronique du Bernois Schilling (1474-1478), tandis qu'il n'en est pas encore
question dans Tschachtlan. Schilling arme de la hache toutes le> sortes de troupes à l'exception de la cavalerie ; d'après lui, elle se portait suspendue à la cein-
I lire.
3. Aline* de Jet. H faut comprendre sou-, ce nom : l'arc, l'arbalète et les machines de -iège.
a) L'arc était construit en Imis d'if. Au moyen âge, on s'en sers ail BUrtOUt dans la Suisse occidentale, toutefois l'usage s'en était répandu dans le Nord de la Suisse, jusqu'à Schaffhouse, ainsi que le prouvent les étroites meurtrières, pratiquées à hauteur d'homme, dans les loi li fi cations. Dans les chroniques illustrées, ce sont surtout les soldats étrangers qui sont armés de l'arc. En 1388, les Fribourgeois avaient à leur solde des archers étrangers. En 1546, un Zuricois exporta des arcs en Angleterre, ce qui était interdit. Cysat dit des Soleurois : « Ils ont dans leurs montagnes des ifs en abondance, dont on fait des arcs pour la guerre. » L'arc, comme arme, fut supplanté par l'arbalète qui avait une plus longue portée et qui lançait un projectile d'un effet plus grand.
Des sociétés de tir à l'arc, avec le traditionnel tir au papegai, existent encore dans différentes localités de la Suisse occidentale et à Berne.
b) L'arbalète. Les premières miniatures carolingiennes ne connaissaient pas l'arbalète ; ce n'est qu'à la fin du Xe s. qu'on en trouve un dessin dans la bible de Saint-Germain. Lors de la première Croisade, les peuples occidentaux se servirent d'arbalètes. Les trouvailles faites dans les châteaux font remonter l'introduction de l'arbalète en Suisse avant le commencement du XIVe s. Dans le courant du siècle, les autorités favorisèrent le tir en accordant des subventions pour la fréquentation de fêtes de tir au dehors (dans les comptes de la ville de Berne, de 1378, il est fait mention de ceux qui sont allés tirer a Soleure et ailleurs). Il faut en conclure que les tirs étaient depuis longtemps organisés, ce qui, en effet, était le cas pendant tout le moyen âge. De nos jours, il existe, dans plusieurs endroits, des sociétés de tir à l'arbalète pour hommes et pour jeunes garçons, lesquelles proviennent évidemment de cette organisation.
Pour tendre l'arbalète, on se servait d'une ceinture (Geserf), formée d'une courroie nouée autour du corps et d'un crochet double ; le tireur tendait l'arbalète en pressant avec le pied gauche sur l'ctrier adapté à l'arbrier et en se redressant ensuite lentement. On peut aussi tendre l'arbalète plus simplement au moyen d'un grappin en bois ou en fer qui fait l'office de levier ; toutefois, il n'est pas applicable partout.
Ce procédé fut perfectionné par les Allemands et les Anglais. Les premiers se servirent d'un cric à manivelle, cranequin, et les seconds d'une sorte de moufle. Un procédé plus simple, mais qu'on ne pouvait employer partout, consistait à bander l'arbalète au moyen d'un pied de biche.
La carreau se compose de la pointe et de la tige. Primitivement, la pointe était fixée à la tige au moyen d'une cheville, plus tard, on y forgea une virole, dans laquelle on introduisait la tige; cette dernière est souvent pourvue d'ailes en copeaux de bois ou en languettes de cuirv On obtenait un mouvement de rotation en adaptant les ailes de façon qu'elles fissent un angle déterminé avec l'axe du trait. Dans la guerre de siège, on se servait de traits à feu, pourvus de crochets et d'une masse incendiaire.
L'arbalète laissait beaucoup à désirer quant à la vitesse du tir. Par le programme du tir de Soleure, en 1461, nous savons que le tir à la cible avait lieu à une distance de 125 pas. En campagne, on admet un tir encore efficace à 250-350 pas. Les arbalètes de chasse possédaient un fût en fer et pouvaient lancer des galets ou des balles de plomb.
c) Machines de siège. L'arbalète est, en raison de sa construction, la première arme mécanique. En augmentant ses dimensions, on obtint une pièce qui ne pouvait plus servir d'arme à mains pour la guerre et la chasse,
ARMES
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mais qui convenait pour la guerre cke siège. Les comptes
de la ville de Berne mentionnent au XIV'' s., outre l'arbalète, le Springolf et l'arbalète montée sur un banc, qui étaient desservis par l'arbalétrier. Le Springolf est une arbalète montée sur un char. En Suisse, aucune de ces grandes arbalètes n'a été conservée ; toutefois, il existe à Sion deux bancs à tendre les arbalètes, qui en faisaient partie, et servaient à tendre l'arc de façon à permettre d'y adapter une corde neuve. Des bancs de cette espèce ont été constatés à Berne en 1383.
Les carreaux de ces grandes arbalètes étaient munis de lourdes pointes carrées, en fer ; on se servait aussi de pierres et de balles de plomb comme projectiles. C'est sur les personnes que les arbalètes faisaient le plus d'effet ; elles n'étaient pas en état de faire de véritables brèches, mais elles pouvaient entamer les murailles et les créneaux ; on s'en servait aussi contre les portes.
Les arbalètes sont des piècesàtrajectoiretendue, tandis que les balistes du moyen âge ont une trajectoire parabolique. Ces dernières reposent sur le principe de la force impulsive -du levier à bras inégaux.
La batiste ou catapulte est un levier à deux bras avec contrepoids. Le bras le plus longservait àlancerle projectile, dont la portée était augmentée par une fronde adaptée à l'extrémité antérieure. Comme cela se voit dans l'ouvrage de Tschachtlan en 1470, les hommes de service abaissaient le bras de levier le plus court, ou bien, lorsqu'il s'agissait de machines plus fortes, on l'abaissait au moyen d'un caisson lourdement chargé qui se remontait avec un treuil. Au moyen de la baliste, reproduite dans Tschachtlan, on ne pouvait lancer que des boulets en pierre peu lourds ; en revanche, la baliste, dont il est déjà question dans le manuscrit de poésies de Manesse, du commencement du XIVe s., et plus tard dans la chronique bernoise de Schilling (1474- 1478), avait une force impulsive considérable. Outre des pierres, on lançait aussi des cadavres d'animaux et de petits fûts remplis d'excréments humains. Comme plus tard les pièces d'artillerie à poudre, ces machines avaient chacune leur nom L'emploi des catapultes persista, à côté des canons, jusque dans le XVIe s. D'anciens modèles de balistes, mues à ressort, se trouvent dans les musées de Zurich et de Berne : une baliste à 2 et une à 7 arcs, à un bras en fer.
Dans les sièges, on utilisait encore: le bélier, soit une forte poutre ferrée, que plusieurs hommes lançaient avec force contre les murs et les portes, ou que l'on suspendait à un échafaudage pour la mettre en mouvement ensuite; des tour.t mobiles à plusieurs étages, montées sur roues, et le chat, c'est-à-dire un toit muni de roues, que les assiégeants approchaient des murailles pour y exécuter leurs travaux.
4. Armes à feu. a) Artillerie. L'emploi d'un mélange de salpêtre, de soufre et de charbon pour lancer des projectiles est mentionné pour la première fois en 1326, à Florence, puis en 1346 en Allemagne à Aix-la- Chapelle et, de 1361-1371, à Bâle en Suisse. A Berne, on avait déjà des canons avant 1377.
Les premières pièces d'artillerie furent des canons de petites dimensions et d'un effet médiocre. Ils étaient en fer fretté ou coulés en bronze. On construisit déjà au XIVe s. des canons plus forts pour des projectiles en pierre, les canons à pierres, nommés bombardes dans les pays romans. Ils se composaient d'un tube court, fixé à une chambre allongée. Le mot italien pour chambre est cannone. Les Français désignèrent par le mot de canon le tube tout entier et c'est de là que cette expression se répandit au XVIIe s. en Allemagne et en Suisse.
Le procédé de fabrication est le même, seulement vers la fin du XIVe s. on ajouta de la fonte aux canons en fer forgé et en bronze. Les bombardes étaient souvent de grandes dimensions. Les obusiers étaient des canons à pierres raccourcis. La nécessité d'obtenir un tir plus rapide provoqua la construction de pièces se chargeant par la culasse. On sépara la chambre à feu de la bouche, et on en adapta plusieurs à un canon. En même temps, on augmenta passablement le calibre du canon. L'invention du chargement par la culasse eut lieu déjà dans les dernières années du XIVe s. On a aussi donné le nom de bombardes, que portaient les canons à pierres, à de
grosses pièces servant à lancer des boulets en pierre d'un quintal et plus. Au commencement du XVe s., on construisit des pièces de siège vraiment énormes qui étaient fort difficiles à transporter et à manier. Ces gros canons étaient formés de douves en fer forgé. On ne s'en servit que dans la première moitié du XVIe s. Outre ces colosses, on avait au XVe s. une artillerie de siège plus légère avec pièces de 25 à 100 livres que l'on trouve dans les arsenaux (veuglaire et gros canons à pierres). Les bombardelles étaient d'un calibre plus faible.
Les mortiers sont des canons dont les projectiles ont une trajectoire parabolique ; ils apparaissent à Bàle en 1385, et sont mentionnés à plusieurs reprises dans la guerre d'Appenzell.
Les pièces de campagne (le mot artillerie ne s'emploie pas au moyen âge pour des canons, mais signifie simplement tout l'armement de guerre) destinées principalement à tirer sur la troupe, ne commencent à jouer un rôle que dans la première moitié du XVe s., après l'invention de l'affût sur roues. A côté de canons de gros calibre, il y en avait de moyens et d'autres, longs et étroits, nommés couleuvrines et enfin les canons de Tarras, dont il est fait mention pour la première fois, de 1426 à 1427, à Bâle et qui sont la plus petite pièce de campagne munie de roues ; on les ajustait aussi sur des chevalets (canons sur chevalet). Au XVIe s., ils se sont transformés en fauconneaux. Au milieu du XVe s., on fit usage des embrasseurs, venus de la Bourgogne. On les fixait en passant un cercle sur le canon ; ils ne servaient pas à pointer le canon, mais à le fixer à l'affût. Vers 1500, l'artillerie légère ne se composait que de couleuvrines et de gros canons. A la même époque, on se servait aussi de boulets en fonte. A la fin du XVe s., les canons en fer forgé furent généralement abandonnés. Pour les canons de calibre moyen, on employa la fonte, pour les gros calibres le bronze. Jusqu'à cette époque, il est impossible de coordonner en un système les innombrables calibres en usage. L'empereur Maximilien a complètement réorganisé l'artillerie. La pièce du plus gros calibre lançait des projectiles en fer de 100 livres; la demibombarde, de 50 livres, et la Viertelbùchse ou Kartaune (de quartana), de 48 livres.
Plusieurs canons, réunis sur un affût, formaient une pièce à grenaille ou orgue à serpentin tirant plusieurs coups à la fois. A Soleure et à Schaffhouse, on en voit de constructions diverses, ne datant toutefois pas du moyen âge. En 1742, un Bernois, Johannes Welten, de Gessenay, construisit un nouveau modèle de pièce à tir accéléré, qui se trouve aujourd'hui au Musée National de Zurich.
Depuis le XVIe s., jusqu'à l'introduction des canons rayés et des canons modernes, se chargeant par la culasse, on n'a pas réalisé de progrès importants en dépit des nombreuses tentatives faites dans ce but. Pendant la guerre de Trente Ans, en Suède et à Zurich, on fondit des canons en cuivre autour desquels on enroulait de la corde que l'on recouvrait de cuir ; toutefois, l'invention de ces canons en cuir, dont quelquesuns se trouvent encore au Musée National, ne répondit pas à ce qu'on en attendait. En revanche, l'invention de la machine à forer les canons par Johannes Maritz à Berthoud, laquelle permettait d'obtenir un alésage bien centré, réalisa un sensible progrès, tandis que le procédé de forage au cabestan, usité dès le XVe s., ne donnait, que des résultats défectueux.
Au début, les lourds canons de siège n'étaient point montés sur des affûts, mais on les couchait sur le terrain ou sur un échafaudage qui devint plus tard le brancard à canon ( Legestûcke) . On pointait le canon au moyen de coins. Les canons mis en place étaient abrités sous un toit en bois solidement construit. De bonne heure déjà, on a fait des essais pour monter les affûts des canons de campagne sur des roues. L'affût à bloc se composait d'un bloc soigneusement adapté au canon ; le côté inférieur pouvait être renforcé d'un autre bloc, destiné à supporter le recul. On rendit cet affût transportable en le montant sur des roues. Dans la première moitié du XVe s., on fit usage de l'affût bourguignon, composé d'un affût supérieur et d'un affût inférieur avec deux branches servant de mire. Par suite de l'invention
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