AUTRAN
Vevey et d'Yverdon, mentionnées dès le XVIIIe s. — Voir Henrioud : Livre d'Or. [M. R.]
AUTAFOND (C. Fribourg, D. Sarine. V. DGS). En 1236 déjà, l'église de Lausanne possédait la dîme d'Autafond qui, plus tard, fut détenue par la Grande Confrérie de Fribourg ; cette dernière la vendit en 1678 à François Carrel contre un cens annuel. La juridiction d'Autafond l'ut donnée, le 24 septembre 1453, au couvent de Payerne qui la posséda jusqu'en 1538, année où elle fut définitivement adjugée à l'Etat de Fribourg. De tout temps Autafond fit partie de la paroisse catholique de Belfaux. Population : 1870, 98 hab. ; 1885, 92 ; 1900. 98 ; 1918, 112. — Voir Kuenlin : Dictionnaire du C. de Fribourg. [H. v.]
AUTAN (G. Valais, D. Martigny). Autan (Octanis, Autanis) situé au-dessous de Martigny, est mentionné pour la première fois en 515 dans la donation du roi Sigismond en faveur de l'abbaye de Saint-Maurice. Ce village servit dès le Xe s. de limite entre le comté du Valais, cédé à l'évèque de Sion par Rodolphe III en 999, et le comté du Vieux- Chablais, possédé d'abord par les princes-abbés de Saint-Maurice. C'était à la croix d'Autan que commençaient les droits régaliens de l'évèché sur la route d'Italie jusqu'au Simplon. Autan appartint primitivement à l'abbaye, puis, sous le régime savoyard, fit partie de la châtellenie de Saint-Maurice. Les d'Arbignon y avaient plusieurs fiefs que Henri et Pierre d'Arbignon cédèrent, en 1200, aux de Martigny pour 1050 sols. Au XVIe s., Autan fut détruit par une inondation. — Voir Gremaud I et V. — Rameau : Le Vallais historique, 20.- — Hoppeler, 2, 43. — Grenat : Hist. du Valais. — Bonàrd, Cibrario et Promis : Documenti, 48. [Ta.]
AUTANELLE (PETIT AUTAN) (C.Valais.D. Martigny). Cette localité, qui était située à l'endroit où s'élèvent aujourd'hui Vernayaz et Miéville, est mentionnée en 515 dans la donation du roi Sigismond en faveur de l'abbaye de Saint-Maurice. L'abbaye semble en avoir conservé la possession jusqu'à ce que, dans le cours du XIIe s., les d'Allinges s'en emparèrent à la suite d'un démêlé. Il fallut l'arbitrage des évêques de Tarentaise, de Sion et d'Aoste, et toute l'autorité de la Savoie pour faire restituer cet ancien domaine à l'abbaye, 1138. — Voir Gremaud I et V. — Rameau: Le Vallais historique, 20. — Grenat : Hist. du Valais. [Ta.]
AUTAVAUX (C. Fribourg, D. Broyé. V. DGS). Village cité pour la première fois en 1350 dans les franchises d'Estavayer, dont il dépendait. Au début du XVIe s., la dîme appartenait à la famille de Treytorrens, d'Estavayer. Le 3 mars 1505, François de Treytorrens la vendit au clergé d'Estavayer pour 473 fi. et un cens annuel, sous réserve du droit de rachat. Les deux tiers des communiers d'Autavaux relevaient de la paroisse d'Estavayer ; l'autre tiers de celle de Morens. En 1711, une supplique d'une partie des habitants d'Autavaux à l'évèque de Lausanne demandant de rattacher le village à la paroisse d'Estavayer échoua devant l'opposition des paroissiens de Morens. Une nouvelle supplique, en 1716, eut plus de succès. La séparation se fit le 7 septembre 1719 ; une indemnité de 80 écus fut versée à la paroisse de Morens par les paroissiens qu'on lui enlevait. En 1907, Autavaux fut rattaché à la paroisse de Montbrelloz. Population : 1711, 26 hab. ; 1832, 93 ; 1900, 167 ; 1918, 139. — Voir Grangier : Annales d'Estavayer. — Kuenlin : Dictionnaire du C. de Fribourg. — Dellion : Dictionnaire des paroisses. — La Liberté, numéros des 10 au 27 avril 1909. [H. v ]
AUTIER.HAUTIER, AUTHIER. Famille vaudoise originaire de l'Abbaye (Vallée de Joux) au XV Ie s., dont un rameau se fixa à Saint-Livres au XVIIIe s. [M. R.]
AUTIER, Joseph. Pseudonyme de Louise Cornaz, femme de lettres. Voir cette famille.
AUTIGNY (C. Fribourg, D. Sarine. V. DGS). Ce nom dérive probablement d'un ancien fundus Altiniacus; anciennes formes du nom: au XIIe s.: Altiniei, Altinie, Altignei ; du XIIIe au XVIIe s.: Autignye, Autinie ; formes allemandes : Aultenachen, Ottonachen, Autenach. La contrée d'Autigny est très riche en ruines romaines, tumuli, etc., et certains lieux dits sont d'origine romaine : Montjovin, Sumi, etc. D'après les constitutions synodales de 1665, l'église aurait été bâtie ou
consacrée déjà en 510, mais il n'existe aucune preuve authentique de ce fait. Par contre, la paroisse existait en 1228 et appartenait au décanat d'Ogo. En 1545, un incendie détruisit une partie du village ; l'église souffrit aussi probablement du désastre, car en 1555 on en construisit une nouvelle qui fut remplacée au XIXe s. par l'église actuelle, bâtie de 1816 à 1831. En 1437, le droit de collature fut revendiqué par le chevalier Guillaume d'Avenches et d'autres, mais dans la suite les droits de l'évèque ne furent plus contestés jusqu'en 1513, où la cure d'Autigny fut incorporée au Chapitre de Saint-Nicolas de Fribourg. Registres paroissiaux depuis 1659 — Voir Kuenlin : Dictionnaire du canton de Fribourg. — Dellion : Dictionnaire des paroisses, I. — Stadelmann : Etude de toponymie romande. — ASHFXII. [Aug.ScH.]
AUTIGNY. Famille des seigneurs du village de ce nom, connue en 1171 par Uldricus de Altinei. Elle était probablement une branche de la maison de Bennenwil. — Voir Etrennes fri bourgeoises, 1806. — Dellion : Dictionnaire des paroisses, I. [Aug. San.] AUTMARUS. Voir Othmar.
AUTOMOBILISME. Le moteur à benzine, inventé par Lenoir, de Paris, en 1863, trouva son application en Suisse quelques années plus tard. Deux jeunes mécaniciens de Genève, R. Thury et J.Nussberger, construisirent en 1878-1879 un tricycle à vapeur, qui circula pendant plusieurs années. Il a été exposé à Berne en 1914, puis déposé au musée de Genève. Lors de l'exposition de Genève, 1896, la Société Helvétia, de Genève, exposa trois voitures automobiles ; l'année suivante, la Société Martini présenta au public sa première voiture automobile. Puis les frères H. et A. Dufaux créent la bicyclette à moteur, dénommée par la suite motosacoche ; la fabrique Saurer, d'Arbon, se spécialise dans la construction des camions, suivie de près par la maison Orion, de Zurich, par Dufour et Tissot, à Nyon, et la maison Picker-Moccand, à Genève. Le premier « salon suisse de l'automobile » est ouvert à Genève en 1905 ; le deuxième a lieu aussi dans cette ville en 1906 et le troisième à Zurich. L'exposition nationale de Berne en 1914 accorda à l'industrie de l'automobile un bâtiment entier.
L'Automobile Club de Suisse, fondé en novembre 1898, compte en 1920 15 sections et 2350 membres. Son organe officiel est le Journal ACS. On lui doit la création en 1907 du Corps des automobilistes volontaires de l'armée, qui rendit de grands services pendant la période de mobilisation 1914-1918. Fin 1920 il circule en Suisse 9050 voitures, 3430 camions, et 8346 motos, soit un véhicule à moteur par 180 habitants. La Chambre syndicale suisse de l'automobile, du cycle, etc., a été fondée en 1904 à Genève. Elle groupe tous les fabricants d'automobiles, de motosacoches et de pièces détachées. [Mégevet.]
AUTOUR ou AUTORT, Etienne, seigneur de Beauregard en Bourbonnais et natif de Saint-Fiault en la Haute-Marche (Saint-Fiel, Creuse), fut reçu habitant de Genève le 2 décembre 1550. En 1565, il fut chargé d'une mission par la Seigneurie de Genève auprès de l'amiral de Coligny. Il obtint de lui et de la reine de Navarre l'assurance de secours en argent pour la défense de la ville. Il apporta également une lettre de la reine à Théodore de Bèze remplie de plaintes contre Jacques Spif'ame. — Voir France protestante, 2e éd., 1. 1. — Gautier: Hist. de Genève, IV, p. 517-519, 550. [P.-E.M.]
AUTRAN . Nom de plusieurs familles du Dauphiné venues à Genève aux XVIIe et XVIIIe s.
Armoiries : écartelé, aux 1 et 4, d'argent au lion de gueules, aux 2 et 3, coupé d'azur et de gueules à l'arbre arraché d'argent, brochant. — A la plus ancienne se rattachent : Ami- Jules- Guillaume, soit William- Louis, ingénieur et architecte, *le23 janvier 1806 à Naples, f au Petit-Saconnex le 21 mars 1882. A Naples, il s'occupa de travaux industriels. Rentré à Genève, il se consacra à des œuvres de philan-
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thropie et d'économie sociale, fut entre autres un des fondateurs de la Société coopérative suisse de consommation. Il appartint au Grand Conseil de 1854 à 1850. — Georges, son fils, * à Genève le 19 juin 1857, ingénieur. Sorti de l'Ecole polytechnique de Zurich en 1880, il se partagea entre les travaux géodésiques, la construction des ponts et celle des usines. Il est un des initiateurs du mouvement en faveur de la navigation fluviale en Suisse, et à ce titre, a été nommé en 1909 directeur du syndicat suisse pour l'étude de la voie navigable du Rhône au Rhin. Il fit partie du Grand Conseil de Genève de 1916 à 1919, et a siégé au Conseil municipal de cette ville de 1898 à 1902. — Eugène-John-Henri-Benjamin, frère aîné du précédent, 1855-1912, s'est fait un nom comme botaniste.
— Aux autres appartiennent : Abraham, dit Capable, horloger, * à Genève le 27 février 1763, f le 23 mars 1808. En 1793, il faisait partie du Club des Marseillais et fut mêlé à tous les troubles provoqués par cette association remuante. Pendant l'insurrection de 1794, il fut membre du premier tribunal révolutionnaire genevois.
— Daniel-Eugène, * à Genève le 19 avril 1838, peintre sur émail, élève de Menn et de Glardon. Il a obtenu des récompenses à divers salons de Paris, aux expositions universelles de 1878, 1889 et 1900 et à l'Exposition nationale de Genève en 1896. Le Musée des Arts décoratifs de Genève possède quatre émaux de lui, entre autres un portrait de James Fazy. — Voir JG 23 mars 1882. — Procès-verbaux de la Soc. des Arts, 1882. — SKL. — J. Lupold: Le problème delà navigation intérieure en Suisse. — Rapports du Syndicat pour l'étude de la voie navigable du Rhône au Rhin, et du Comité franco-suisse du Haut-Rhône. [E.-L. Burnet.]
AUTRICHE. Seules les relations de la Suisse avec le duché, depuis 1804 empire d'Autriche, sont étudiées dans cet article ; celles avec la maison de Habsbourg et avec l'Empire se trouveront sous Habsbourg et Empire germanique.
Relations politiques. Elles commencèrent en 1278 et 1282 lorsque le roi Rodolphe de Habsbourg eut donné en fief héréditaire à ses fils, Albert et Rodolphe, l'Autriche qu'il avait obtenue après la bataille du Marchfeld. Les tentatives incessantes des Habsbourg d'étendre leurs possessions dans l'Argovie et la Thurgovie d'alors devaient les mettre aux prises avec la confédération naissante dès qu'ils chercheraient à faire valoir leurs droits dans les trois cantons La lutte commença en 1291, à la mort de Rodolphe ; elle eut son apogée à la bataille de Morgarten et pour conséquence l'en trée de Lucerne dans la Confédération en 1332. Cette première défaite de l'Autriche suscita de nouveaux combats lorsque la réunion de la puissance autrichienne en une seule main, en 1339, eut donné une nouvelle impulsion aux visées expansionnistes des Habsbourg. Un contrepoids à ces tentatives fut l'accession de Zurich, Glaris, Zoug et Berne, 1351-1353, dans la Confédération. Celle-ci fut reconnue, non par les paix de Brandenbourg 1352 ou de Regensbourg 1355, mais par celle de Torberg 1368. Le partage de l'Autriche de 1379 n'aurait pas intéressé les Confédérés, si précisément l'ambitieux duc Léopold III n'avait obtenu poursa part le territoire de l'Autriche dans la Suisse actuelle. Il reprit immédiatement les anciens plans d'expansion territoriale. La décision intervint à Sempach 1386 et à Naefels 1388 ; ces batailles furent suivies d'un armistice maintes fois prolongé et l'existence des VIII cantons fut reconnue. Dès lors la situation des Confédérés changea complètement : ils devinrent agresseurs. En 1415, malgré l'armistice renouvelé en 1412, ils conquirent l'Argovie, et, en 1460, la Thurgovie, la ville de Rapperswil et le Rheintal. Entre temps, dans les journées de Saint-Jacques sur la Sihl et sur la Birse et de Ragaz, 1443-1444, ils avaient rompu l'alliance conclue en 1442 entre Zurich et l'Autriche et obligé le duc à une reconnaissance tacite de la situation. Les deux pays ne vivaient pas sur un pied de paix parfaite, mais continuèrent le régime des armistices temporaires ; encore en 1461, ils en renouvelèrent un dans lequel entrèrent non seulement les VIII cantons, mais aussi les alliés : Soleure, Schaffhouse, Saint-Gall, Fribourg et Appenzell.
Mais sept ans plus lard déjà, les deux contractants se retrouvaient en présence dans la guerre de Waldshut. En 1474 seulement, la diplomatie française parvint, après de longues négociations, à faire aboutir entre l'Autriche et les Suisses la Paix perpétuelle, arrêtée le 30 mars à Constance et sanctionnée le 11 juin à Senlis par le roi de France Louis XI en sa qualité de médiateur. I ette première paix, dans le sens actuel du mot, apportait la reconnaissance réciproque et complète des territoires des deux parties contractantes ; le duc Sigismond renonçait pour lui et ses successeurs à reconquérir les territoires appartenant autrefois à l'Autriche antérieure situés au Sud du Rhin, et les Confédérés promettaient de ne pas conclure de nouvelles combourgeoisies avec des sujets autrichiens. Schaffhouse et Mulhouse conservaient leurs relations avec la Confédération ; en outre les sujets autrichiens de la Forêt-Noire devaient jurer le traité de paix, et les quatre villes de Waldshut, Laufenbourg, Sâckingen et Rheinfelden rester en tout temps ouvertes aux Confédérés.
Un obstacle se dressait cependant entre les deux signataires de la paix perpétuelle : l'Empire germanique où la maison d'Autriche revêtit denouveau en 1436 et en 1496 la dignité royale. Cette réunion de deux pouvoirs sur la même tête fut pour la Confédération le germe de nouveaux conflits tant que, contre son gré, elle fut considérée comme partie intégrante de l'Empire La difficulté ne pouvait être tranchée que par l'épée, car les deux parties prétendaient avoir le droit et la force pour elles. La guerre de Souabe de 1499 fut la conséquence immédiate des efforts du roi Maximilien, de la maison d'Autriche, pour obliger les Suisses à lui obéir comme ressortissant à l'empire. Cette campagne apporta en même temps une décision au sujet des derniers territoires en contestation : la Ligue grise et celle de la Maison-Dieu dans les Grisons, alliées des confédérés depuis 1497 et 1498. La guerre éclata lorsque le gouvernement d'Innsbruck, en janvier 1499, eut fait occuper le couvent de Munster. Après les défaites de la Hard, de Schwaderloo, de Frastenz, de Calven et enfin de Dornach, Maximilien dut admettre tacitement, dans la paix de Bâle du 22 septembre 1499, la séparation de la Suisse d'avec l'Empire. Il dut également reconnaître l'alliance des Grisons avec les confédérés et se contenter de certains droits dans la Ligue des Dix- Juridictions. Deux ans plus tard, il ne put empêcher l'entrée de Bâle et de Schaffhouse dans la Confédération.
Le 7 février 1511 fut conclue l'Alliance héréditaire, qui stipulait la reconnaissance des territoires des parties contractantes et l'obligation pour elles de se porter secours réciproquement. Cette stipulation, étendue à la Bourgogne, fut importante par les droits qu'elle donnait aux Suisses sur cette région, et la possibilité qu'elle accordait à l'Autriche de pouvoir compter sur le secours des cantons pour défendre une contrée menacée par la France. Jusqu'en 1557, l'Alliance héréditaire fut confirmée quatre fois expressément par l'Autriche, puis elle passa à l'arrière-plan, remplacée par les alliances séparées des cantons catholiques, les capitulations de Milan. Après la Réformation, la Paix perpétuelle resta la seule alliance de l'Autriche avec tous les confédérés, et conserva son importance jusqu'en 1678, où la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV lui enleva toute valeur pratique.
A la Réformation, la maison d'Autriche devint la principale puissance catholique de l'Empire ; aussi les cantons catholiques cherchèrent-ils du secours auprès d'elle, quoique depuis 1499, la Suisse prétendît ne plus appartenir à l'Empire. Le 22 avril 1529, les V cantons conclurent avec Ferdinand d'Autriche, en opposition à la « Combourgeoisie chrétienne j>, l'a Alliance chrétienne » qui fut à la vérité déjà rompue parla Paix nationale du 26 juin suivant. Mais c'était néanmoins le début de relations étroites avec la maison de Habsbourg, d'un caractère purement confessionnel et politique, dans lesquelles l'Autriche traitait seulement avec les cantons catholiques favorables à l'Empire, soit les cinq cantons, l'abbé de Saint- Gall et un peu avec le Valais, cependant que l'Alliance héréditaire avec tous les cantons était encore offi-
AUTRICHE
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ciellement en vigueur. Avec la crise religieuse, l'intérêt de l'Autriche et de l'Espagne fut de pousser de plus en plus à une rupture entre protestants et catholiques, tandis que celui de la France, à cause des besoins de son recrutement, demandait le maintien de la Confédération. La Suisse fut ainsi, pendant le XVI me siècle, un théâtre des plus importants de la lutte diplomatique conduite par la France contre la puissance des Habsbourg, dans laquelle la première triompha par l'alliance de 1602.
La situation la plus critique était dans les Grisons, où, depuis 1499, l'Autriche avait gardé la suzeraineté dans les huit juridictions des vallées du Prâtigau, de Davos, Alvaneu, Churwalden et Schanfigg, de la Ligue des Dix-Juridictions, et dans celles de la Basse-Engadine et de Munster, de la Ligue de la Maison-Dieu. Depuis que Milan avait passé à l'Espagne, en 1535, la Valteline grisonne formait le seul passage neutre entre les possessions espagnoles et autrichiennes. Au Sud, la Terra ferma de la République de Venise avec son territoire bergamasque formait un obstacle qu'il n'était pas facile d'écarter. Lorsque commença en 1618, en Allemagne, la lutte décisive sur la question religieuse, l'Autriche, d'accord avec l'Espagne, mit tout en œuvre pour s'emparer des passages grisons. Le massacre des protestants dans la Valteline en juillet 1620 en fut le premier acte, suivi des articles de Milan et du traité de Lindau en 1622. Le résultat fut la séparation des huit juridictions de Seewis, Schiers, Kastels, Klosters, Davos, Belfort, Churwalden et Schanfigg d'avec la Ligue des Dix-Juridictions, et de celles de la Basse-Engadine et de Munster d'avec la Ligue de la Maison-Dieu, et leur incorporation au Tyrol autrichien. Pendant les troubles des années 1622-1639, les Grisons appartinrent tantôt à l'Autriche et à l'Espagne, tantôt à la France, ou bien restèrent autonomes. En 1639 eut lieu l'accord avec l'Espagne, suivi de celui avec l'Autriche en 1649 et 1652. Ce dernier fut rendu possible par le besoin d'argent de la cour d'Innsbruck, qui préféra la vente de ses droits sur les Dix-Juridictions et la Maison-Dieu à une solution par les armes. Le 27 juin 1652, l'Autriche renonça pour 100 000 fl. à ses droits sur les Dix-Juridictions ; peu après, à ceux qu'elle avait sur la Basse-Engadine pour 26 000 fl. en faveur des juridictions intéressées ; pour la vallée de Munster, elle ne prétendit à aucune indemnité. De toutes les possessions de l'Autriche en 1499, seul Tarasp dans la Basse-Engadine et le Fricktal lui restèrent jusqu'à la paix de Lunéville du 9 février 1801, qui les donna à la France, puis à la République Helvétique. La seigneurie de Râziins, désignée souvent comme autrichienne, appartenait de droit à la Ligue grise, mais fut jusqu'en 1815 propriété privée de la maison de Habsbourg.
D'une façon générale on peut dire que les relations des Confédérés avec l'Autriche ont été bonnes à partir de 1650. A la vérité, il y eut encore des frottements ; ainsi pendant les guerres contre Louis XIV à cause des troupes suisses au service de France. Les ministres et envoyés autrichiens firent à ce propos le reproche à la Diète d'avoir rompu les conditions de la capitulation. Mais ce reproche cessa, quand les XIII cantons et l'abbé de Saint-Gall accordèrent en 1691 à l'empereur, pour protéger ses pays de la Forêt-Noire, le régiment Burkli, qui resta à son service jusqu'en 1698. De 1702 à 1717 il y eut même deux régiments capitules au service de l'Autriche : le régiment protestant d'Erlach, plus tard Tillier, et le régiment catholique Xiederôst, plus tard de Diesbach. En outre, de nombreux Suisses des deux confessions prirent du service en Autriche à titre de capitaines libres ou occupèrent de hautes charges. On ne peut cependant pas ignorer que sous le comte von Trauttmannsdorlï, envoyé autrichien de 1701 à 1715, les relations furent plusieurs fois tendues, parce que celui-ci poussait ses maîtres à élever toutes sortes de prétentions surannées. L'alliance néfaste avec l'abbé de Saint-Gall, du 28 juillet 1702, les prétentions des années 1702, sur Ramsen, et 1709, sur la Thurgovie, et en outre sa très imprudente intervention dans la deuxième guerre de Villmergen en faveur de l'abbé de Saint-Gall fugitif, furent autant de défaites
diplomatiques pour l'Autriche. Les relations s'améliorèrent avec le rappel de Trauttmannsdorff et ne furent plus troublées jusqu'à la fin de l'ancienne Confédération . En 1802, la République Helvétique saisit avec plaisir l'occasion d'acquérir le Fricktal, et en 1815, la nouvelle Confédération celle d'incorporer la seigneurie de Râziins. C'était une consolation de la perte de la Valteline, Bormio et Chiavenna, rattachés en 1797 à la République Lombarde, et dont l'Autriche s'empara en 1814
La République Helvétique ayant violé sa neutralité par son alliance avec la France, la guerre fut portée en 1799 sur son territoire. La première bataille de Zurich, gagnée par l'archiduc Charles sur Masséna, détacha pour un moment la Suisse orientale de la République Helvétique. Mais la séparation fut courte, puisque, la même année, la seconde bataille de Zurich donnait la victoire à la France.
A la chute de Napoléon, et pendant toute la première moitié du XIXe siècle, la Suisse aura à lutter contre la tutelle des puissances étrangères, de l'Autriche en particulier. Déjà sous la République Helvétique et pendant la période de médiation, l'Autriche soutint de sa diplomatie les partisans du retour à l'ancien régime. Vienne fut le séjour, en 1798 comme en 1848, de nombreux réactionnaires suisses. Après la bataille de Leipzig, 1813, la Suisse dut en bonne partie à Metternich de voir passer sur son territoire 130 000 Autrichiens. En 1815 encore, ayant adhéré au «système» des alliés, elle devra accéder aune demande de l'Autriche de laisser passer de nouvelles troupes. Le 18juin 1815,60000 hommes pénétrèrent dans le Valais, et huit jours plus tard, 100 000 Autrichiens passaient par Rheinfelden et Bâle. Metternich travailla de tout son pouvoir à abolir l'Acte de médiation et à restaurer l'ancien régime. Pendant le Congrès de Vienne, 1815, la politique autrichienne réactionnaire ne fut pas modifiée. Le manque de cohésion entre les diverses députations, de la Diète et des cantons, obligea le Congrès à prononcer sur des questions territoriales L'Autriche en profita pour s'assurer de la Valteline, de Bormio et de Chiavenna. Au mois d'août 1815, les troupes suisses coopérèrent au siège et à la prise d'Huningue sous les ordres de l'archiduc Jean. Au mois d'octobre suivant, l'empereur François visita Bâle, la Habsbourg, Zurich et Saint-Gall. Pendant le long parlement de Zurich, 1815, le manque d'entente entre confédérés les fit tomber sous la tutelle des puissances. L'Autriche était représentée en Suisse par le baron de Schraut, mais toute la politique réactionnaire de l'Europe jusqu'en 1848 était inspirée par Metternich. Metternich, qui reprochait à la Suisse de protéger les éléments révolutionnaires auxquels elle donnait asile, chercha constamment, à l'aide de nombreux espions et agents provocateurs, à s'ingérer dans les affaires du pays ; entre autres lors des tentatives de revision du pacte fédéral et dans l'affaire des réfugiés politiques, allemands ou italiens, 1830-1831. Pendant le Sonderbund, l'Autriche favorisa les cantons catholiques, et leur promit même du secours armé. Cependant, la Suisse resta neutre dans la lutte du Piémont contre l'Autriche en 1848, malgré la demande du roi Charles-Albert de coopérer par l'envoi de 30 000 hommes à la libération de l'Italie. Les menées des réfugiés politiques faillirent amener une rupture en 1853 entre la Suisse et l'Autriche. Mazzini ayant cherché à provoquer, du Tessin, le soulèvement de la garnison de Milan, l'Autriche répliqua en expulsant 5000 Tessinois de la Lombardie. La situation fut un moment très tendue, puis en 1855, les Tessinois furent de nouveau autorisés à rentrer en Lombardie. En 1856, la position que prit l'Autriche dans le conflit avec la Prusse lui valut bien des sympathies en Suisse ; cependant, elle ne joua pas le rôle prépondérant qu'on lui a quelquefois attribué. En 1859, la délimitation de la frontière du Samnaun, vallée de Munster, put être menée à chef. Cette même année, le 10 novembre, la paix entre l'Autriche et la Sardaigne et la France était signée à Zurich. Pendant la guerre que terminait la paix de Zurich et pendant celle de 1866, la Suisse observa la plus stricte neutralité et fit border ses frontières. Cette attitude loyale ne fit que renforcer les dispositions amicales du gouvernement
AUTRICHE
AUTRICHE
de François-Joseph. Les bonnes relations des deux pays ne furenl pas rompues par J'assassinai de l'impératrice Elisabeth, à Genève, le 10 septembre 1898. Le 31 août 1909, François-Joseph vint rendre visite au Conseil
fédéral à Korschacli. Après la chute des Habsbourg, en novembre 1918, rieD ne fui changé dans les relations
avec 1rs Klals de la couronne. La légation de Vienne, installée en 1802, continua à subsister sous la république
de l'Autriche allemande. L'empereur Charles l,r vint chercher un asile en Suisse. I
Empereurs d'Autriche : François Ier, * 12 février 1768, t 2 mars 1835, empereur germanique 5 juillet 1792, empereur d'Autriche, 11 août 1804, renonce à l'Empire germanique, 6 aoûl 1806. — Ferdinand, * 19 avril 1793, t 29 juin 1875 ; empereur 2 mars 1835-2 décembre 1848. — François-Joseph Ier, * 18 août 1830, f 21 novembre 1010, empereur dès le 2 décembre 1848. — Chaules Ier. * 17 août 1887, empereur 21 novembre 1916- 20 novembre 1918 (Proclamation de la République).
Services autrichiens. Les premiers mercenaires au service des Habsbourg durent être ceux qu'enrôla l'empereur Maximilien pour les campagnes de Bourgogne, des Pays-Bas et d'Italie. En 1620 fut constitué un grand contingent suisse que les Suédois anéantirent en 1631. Pendant les années 1690-1750, les catholiques comme les protestants conclurent diverses capitulations pour la formation de huit régiments. En 1704 commença le recrutement de troupes grisonnes pour le service d'Autriche. Un bataillon de chasseurs volontaires était au XIXe s. le seul corps de troupes suisses au service de l'Autriche.
Relations commerciales. Les routes militaires et commerciales reliant la Suisse à l'Autriche étaient déjà fréquentées du temps des Romains. Au moyen âge on rencontre souvent des commerçants suisses dans l'Arlberg. En 1773, le gouvernement de Vienne s'occupait d'une grande route commerciale dans l'Engadine, pour le trafic direct avec la Lombardie. Le trafic de montagne comprenait surtout un commerce de frontière, tandis que le gros trafic passait par Lindau et Bregenz. A Lindau se trouvait aussi le dépôt des salines de Hall qui fournissaient la Suisse de sel depuis le moyen âge. Des mines du Tyrol la Suisse tirait le minerai, du Tyrol du Sud, la pierre. L'importation de cette dernière prit une certaine importance avec l'ouverture du chemin de fer de l'Arlberg. Au XVIIIe s., la Suisse exporta du vin par le Vorarlberg, et plus tard de la soie, de la toile et des montres. A cette époque, de nombreux Tyroliens étaient occupés dans l'industrie textile à Saint-Gall et à Claris. Les prescriptions douanières ne furent pas rares. En 1561, 1587, 1654, la « paix perpétuelle » fut complétée par des dispositions concernant la douane. Au début du XIXe s., le trafic subit un arrêt, conséquence de la guerre, qui fit sentir ses effets pendant toute la première moitié du siècle. Le commerce suisse avec l'Autriche souffrit alors des nouvelles prohibitions du système douanier. Le premier traité de commerce avec l'Autriche fut conclu en 1868. D'autres suivirent en 1891 et 1906. Ces traités avaient un avantage restreint pour notre pays par suite des tendances protectionnistes du gouvernement de Vienne. Les relations commerciales entre les deux pays se développèrent beaucoup à la suite de l'Exposition de Vienne 1873, et de l'ouverture du chemin de fer de l'Arlberg 1884. Dans ces dernières années, la Suisse a engagé de gros capitaux en Autriche : banque, industrie du bois, chemins de fer.
Relations littéraires et artistiques. Les relations littéraires durent débuter avec la belle période du couvent de Saint-Gall. Plus tard on trouve des troubadours de même que des chroniqueurs suisses en relations avec l'Autriche: Albert de Bonstetten, l'auteur del'Historia dormis Austriae, et le chanoine zuricois Félix Hemmerli. Depuis un certain nombre d'années, il se fait un échange de professeurs entre les Universités autrichiennes et suisses, entre autres avec l'Ecole polytechnique de Zurich et l'Université de Fribourg.
Les relations artistiques remontent au XVIIIe s., au temps de l'épanouissement du style baroque. De nombreux artistes ont exercé leurs talents dans le pays voisin. C'est au Tessinois Gian-Baptista Ricca que les
Autrichiens doivent le château de Schônbrunn ; par
contre, maints Tyroliens et \ 'orarlbergeois, architectes
ou stucateurs, oni construit ou orné chez non- des égii- -c^ ci des couvents : Saint-Gall, Einsiedeln, Pfâffers, etc.
Enfin, rappelons que le peintre Segantini, natif d'Arco en Tyrol, a trouvé dans les Grisons une Bçconde patrie. [A. Zbbioer.]
Relations diplomatiques. — A. Envoyés et eha d'affaires suisses à Vienne. Dans les siècles passés, la Suisse envoyait à la cour de Vienne des agents particuliers. Les principaux sont : 1566, B. von Cham, bourgmestre, et Christopb Schorno, landammann; 1050, Johann-Rudoif Wel tstein, bourgmestre, el Seb. Peregrin Z\\ ver von Evibach ; 1700, Johann Ludwig-W'erdmuller, et Johann Anton Puntiner ; 1712, Johann-IIeinrich Hirzel, bourgmestre, et Christof von Siciger.
Une légation permanente fut installée en 1802 :
Bernhard G.-J. von Diesbach, ministre, 1802 dont les lettres de créance ne furent pas acceptées. - Ferd. von Muller-Muhlegg, chargé d'affaires, 1802- 1824. — Johann-Heinricb von Geymuller, chargé d'afaires, 1824-1826. — Alb. von Eflinger-YVildegg, chargé d'affaires, 1826-1848. — Johann-Konrad Kern, chargé d'affaires, 1848. — J. -Edouard Steiger, chargé d'affaires, 1848-1866. — Arnold-Otto Aepli, ministre plénipotentiaire, 1866 et 1883-1893. — Johann-Jakob von Tschudi, ministre plénipotentiaire, 1866-1883. — Alfred de Claparède, ministre plénipotentiaire, 1894-1904. ■ — Ferdinand Du Marteray, ministre plénipotentiaire, 1904- 1910. — Joseph Cholfat, ministre plénipotentiaire, 191(1-1915. — Charles-D. Bourcart, ministre depuis
B. Envoyés, ministres plénipotentiaires et chargés d'affaires autrichiens. L'Autriche a également envoyé autrefois des missions spéciales auprès de la Diète ou des cantons, tantôt en son nom propre, tantôt au nom de l'empire. (Voir aussi Empire germanique pour les envoyés qui ne se trouvent pas dans la liste ci-dessous). Une représentation permanente, qui résida d'abord à Baden, puis à Bâle et depuis 1848 à Berne, servait presque exclusivement les intérêts autrichiens. Outre ces missions auprès de la Diète ou des cantons, l'Autriche eut des envoyés spéciaux dans les Ligues Grises jusqu'à leur entrée dans la Confédération. La plupart d'entre eux appartenaient à la famille Salis.
Johann-Melchior Heggenzer, 1557-1584. — Gall Hager, janvier 1584. — Hans-Christoph Schnabel et Georg von Altmannshausen, il mars 1584. — Hans- Rudolf von Schônau, 1619. — Christian Schmidlin, 1619, 1620, 1623, 1624. — Johann-Christoph von Stadion, 1620. — Johann Reinhard von Schauenburg, 1620, 1621, 1622, 1627. — Johann Locher, 1624. — Isaak Volmar, 1630-1640. — Ulrich von Ramschwag, envoyé de l'archiduchesse Claudia aux Grisons, 30 mars 1641. — Leo-Marquard Schiller, plénipotentiaire 1642, envoyé 1643. — Humprerht von Wessenburg, accrédité 2 janvier 1653 et 1er septembre 1654. — J.-Theobald Zeller, 2 janvier 1653 et 1er septembre 1654. — Reinprecht Thurner, 2 janvier 1653. — Johann-Gaudenz von Rost, 18 juin 1658. — Georg-Wilhelm von Gollen, 1666. — Johann-Philipp Sommervogel, 1678, 1683. — Johann- Franz von Landsee, 1688-1691. — Franz-Josef Hermann, chargé d'affaires, 1716-1725. — Blasius Bender, abbé de Saint-Biaise, chargé d'affaires, 1725-1727. — Paul von Reichénstein, 1727-1732. — Jean-Antoine Turinetti, marquis de Prié, 1733-1746 — Karl von Marschall, ministre résident, 1746-1767. — Josef von Xagel, 1767-1783. — Emmanuel von Tassara, 1783- 1791. — Karl von Buol-Schauenstein, 1792-1794. — Ignaz von Degelmann, 1794-1797 — Hermann von Greifenegg, chargé d'affaires, 1797-1798. — Innozenz von Steinherr, chargé d'affaires, 1798-1799 — Heinrich von Crumpipen, 1803-1806. — Franz Alban von Schraut, 1806-1825. — Franz Binder von Kriegelstein, 1826-1837. — Ludwig von Bombelles, 1837-1843. — Eug. von Philippsberg, chargé d'affaires, 1843-1846. — Max von Kaisersfeld, 1846-1849. — Ludwig R. von Thom, 1849-1852. — Ludwig Karniki, chargé d'affaires, 1852-1854. — Alois von Kubeck, 1854-1856. — Ferdinand von Mensshengen, 1856-1867. — Niklaus Zulauf