‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 270 sur 329 · AVEN C H ES · texte numérisé non relu

AVEN C H ES

la Porte de l'Est, et visible de loin, dominant tout le paysage. Elle s'élève d'environ 12 m. et dépasse ainsi considérablement le rempart. Toute la partie qui dépasse le

Le Cigognier à Avenches. D'après une photographie.

rempart date du moyen âge, ainsi que la porte et la fenêtre qui ont été percées. Lecrénelage actuel date d'unerestauration exécutée vers 1855 ; il a cependant remplacé un crénelage médiéval attesté par les anciennes gravures. Le contrefort qui se voit extérieurement à la base de la tour, dissimulant l'angle du rempart, est également du moyen âge. Quant à l'intérieur, on n'y voit pas trace d'escaliers, la maçonnerie romaine ne présentant aucun vestige de jointoyage, tandis que tous les murs d'Avenches destinés à être vus sont régulièrement jointoyés. La conclusion s'impose que cette maçonnerie ne devait pas être vue et que par conséquent l'intérieur de la tour devait être rempli de terre jusqu'à la hauteur du rempart que la tour ne dépassait pas. C'était ainsi un emplacement, une plateforme pour les machines de guerre.

Il y a quelques années déjà un consortium, présidé par M. Naef, a entrepris, avec des subsides delà Confédération, du canton et de la commune, de reconstituer une partie du rempart entre la Porte de l'Est et la Tornallaz. Ce travail est bien près d'être terminé.

Le Cigognier. De tous les monuments d'Avenches, le plus célèbre, le plus souvent reproduit par la gravure, est le Cigognier. Ce nom populaire lui a été donné parce que pendant des siècles, des cigognes y avaient établi leur nid ; il doit être extrêmement ancien, car en 1336, il y avait à Avenches deux ou trois familles s'appelant du Cigognier. C'est un puissant pilier, d'environ 12 m. de haut, composé de plusieurs tambours de calcaire du Jura. En 1919, l'Etat de Vaud et l'Association Pro Aventico ont pu commencer des fouilles qui ont déjà donné d'importants résultats. D'abord lr Cigognier n'a fait partie ni d'un arc de triomphe, ni d'un temple, comme on l'avait imaginé. Nous avons devant nous, selon toute vraisemblance, un portique, ou un cryptoportique dont le Cigognier est un des piliers d'angle ; de là ses énormes dimensions. L'entrée se trou-

vait au Nord et se voit encore bien. La façade méridionale regardait le Forum que l'on s'accorde sans preuves positives à placer dans la dépression qui s'étend dans la direction du théâtre. On y descendait par un escalier monumental de trois marches, qui règne sur toute la longueur du mur, bien conservé, sauf que son dallage a disparu. De nombreux fragments sculptés et les morceaux de marbre rouge foncé et vert attestent la richesse de la décoration architecturale dans laquelle la polychromie devait avoir un rôle important.

Le Théâtre. En partie enfoui sous des amas de terre, en partie exploité comme carrière, il a été longtemps lamentablement traité. Dès sa fondation, l'Association Pro Aventico a eu à cœur de remettre en honneur cet infortuné monument; elle a pu acheter la partie centrale, et la commune lui a fait don des deux pourtours. L'ensemble du théâtre a la forme d'un hémicycle, de 100 m. de diamètre total, y compris les murs extérieurs. Notre théâtre est au-dessus de la moyenne ; on estime à 10 ou 12000 le nombre des spectateurs qui pouvaient y trouver place; mais ces chiffres n'ont rien de certain. La scène est large de 15 m.; quatre bornes en marquent aujourd'hui la place. L'orchestra mesure un diamètre de 20.60 m. Au centre de la large proedrie réfectionnée sur presque toute son étendue s'ouvre une niche voûtée (profondeur 3 m largeur 2.50 m.) ouverte et accessible servant de support à la loge des magistrats

L'amphithéâtre. Situé à l'entrée même de la ville, à côté de la route de Morat, il a été aussi maltraité que le théâtre ; son exploration systématique n'a commencé que tout récemment. La première chose qu'on y voit, c'est un enfoncement gazonné, en forme d'ellipse (103 m. sur 93), à l'extrémité duquel se dresse la tour du Musée. La tour même passa jusqu'à nos jours pour être un grenier élevé par les Bernois au milieu du XVIIes. Mais en mars 1907, on découvrit insitu, reposant sur un dallage bien authentiquement romain, un piédestal formé de trois rangées de blocs, qu'on reconnut d'emblée comme ayant fait partie d'une entrée monumentale des arènes. Dès octobre 1911, on constata que jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, la tour était de l'époque romane, peut-être du temps de l'évêque Bourcard d'Oltingen vers 1070, le reste de l'époque ogivale, comme le prouve la différence de maçonnerie et encore mieux la jolie porte près de l'angle Sud-Est. Le percement de

Musée d'Avenches établi dans une tour ayant servi de grenier

sous la domination bernoise, de Musée depuis 1838.

D'après une photographie du Bulletin de l'Association

Pro Aventico (XII).

quelques fenêtres, l'aménagement intérieur, la toiture, c'est tout ce qui peut être attribué aux baillis bernois. Les matériaux sont presque partout les moellons bien connus, enlevés à des constructions antiques. Des fouilles au Nord du «caveau de la pirogue» existant

AVENCHES

AVENCHES

sous la tour onl nus au jour une seconde arcade, puis non loin une I roisiènie arcade, cl en lin la grande entier orientale de l'amphithéâtre à trois portes. Un examen attentif a permis de conclure que l'amphithéàiie subi des transformations considérables dés les temps anciens. A un moment qu'on ne peut que supposer, peut-être lors de la première invasion de 260, les arènes ont dû être fortement endommagées. Quand on a voulu les réparer, peut-être sous Dioclétien, peut-être aussi seulement sous Constantin, les abords de l'édifice à l'Est avaient changé; les trois portails étaient détruits, les gros blocs qui les avaienl formés étaient entassés pêle-mêle devant les entrées, et ces débris avaient notablement exhaussé tout le terrain. C'est alors probablement que fut établie, en guise de contrefort, la rangée d'hémicycles dont la fondation est à un niveau bien supérieur au dallage primitif et peut-être aussi le mur d'appui de maçonnerie irrégugulière, qui a été découvert entre la tour et le piédestal monumental. Les portes primitives étant obstruées, l'entrée principale fut reportée à un emplacement moins

dite en Pcrruet et près de Prilaz. Enfin, des fouilles exécutées non loin de là, en Prilaz. dan- les hivers de 1913 a 11)17, ont amené la découverte d'un ensemble coi) nlérable de bâtiments trop vastes et trop dépourvus île moyen de chauffage pour qu'ils aient pu être des maisons particulières. Cet édifice est orné de colonnes, de balustrades sculptées, d'un piédestal maçonné, portant ou une colonne milliaire monumentale ou une statue d'empereur ; en effet, tout près de là, a été extraite une inscription, portant le nom de Septime Sévère, accompagnant un monument élevé par les Helvètes en l'honneur de ce souverain, ainsi que plusieurs fragments où reviennent les noms des princes de sa famille.

Le MUSÉE. Le Musée a été installé en 1838 dans la tour qui domine les Arènes; il est propriété cantonale. Le commandant de Dompierre, aux méritoires instances duquel est due cette création, en fut le premier conservateur. En 1844, il eut pour successeur Em. Doleyres. Mais à la mort de celui-ci, en 1852, le Musée resta sans direction, soi-disant surveillé par un concierge; ce fut

Vue d'Avenches vers 1640. (Gravure sur cuivre de la Topographie de Merian. de 16ii).

endommagé, probablement au Sud en face de l'endroit où débouche le «chemin de Saint-Etienne». L'amphithéâtre a passé par une dernière tribulation quand, vers le milieu du XVIIIe s., a été construite la route actuelle de Morat. Toute la partie méridionale fut alors cruellement écornée.

Dans l'hiver 1905-1906, des fouilles opérées en face de la Grange du Dîme, sur la route de Morat, un peu au-dessous du Rafour, ont amené la découverte d'un temple, présentant un intérêt spécial, puisque, au lieu du plan ordinaire allongé usité chez les Romains, il est élevé sur plan carré, le sanctuaire lui-même, la cella, étant entourée d'un mur d'enceinte également carré. A quelle divinité était-il dédié ? Etait-ce à Aventia, la déesse éponyme de la ville? C'est possible, car il y a une source non loin de là; il est toutefois plus prudent de ne rien affirmer. C'est sur les ruines de ce temple gallo-romain, et en partie avec ses matériaux, qu'a été érigée la chapelle de Saint-Symphorien. On peut admettre sans autre qu'Aventicum a possédé des Thermes. Mais jusqu'ici on n'en a pas retrouvé. On a bien reconnu des bains dans des maisons particulières, peutêtre même de simples bains publics, mais non pas de Thermes proprement dits. Les habitants d'Aventicum semblent avoir eu un goût spécial pour les sclwlœ, sorte de maisons de confréries ou de casinos, élevées par une corporation (ainsi celle des bateliers) ou par des particuliers, ou en l'honneur des bienfaiteurs de la colonie. Les inscriptions attestent la présence de plusieurs de ces scholse, groupées dans la même région,

une triste déchéance. Heureusement en 1862 le Conseil d'État appela comme conservateur Auguste Caspari auquel succédèrent Louis Martin (1880), François Jomini (1900) et F. Grau (1913). Un inventaire sommaire du Musée a été publié par L. Martin dans les Bulletins Pro Aventico; un Guide illustré par E. Dunant (1900). [f William Cart.]

II. Période moderne. L'assertion d'Ammien Marcellin disant qu'Avenches était déserte, et que seules ses ruines attestaient sa splendeur passée, doit être comprise dans un sens large, celui d'une grande diminution de l'activité d'autrefois puisque l'on a retrouvé dans cette ville des monnaies de presque tous les empereurs romains du Ve s. et même du VIe. C'est de cette époque apparemment que date le verre avec l'inscription Vivas in Deo, trouvé en 1873 dans la tombe d'une jeune fille, verre qui est le seul témoin matériel de l'ancienneté du culte chrétien à Avenches. La question a été souvent discutée de savoir s'il y a eu un évêché à Avenches et dans quelles conditions il a fonctionné. Son existence est formellement attestée par des textes du VIe s. Grammatius est qualifié d'évêque d'Avenches en 535 ; Marius l'est de même en 585. Entre ces deux dates il semble que l'évêché ait été transporté à Windisch d'où il est venu à Lausanne ; c'est à cette dernière solution que s'arrête Mgr Duchesne Mais Grammatius n'est probablement pas le premier évêque d'Avenches. Il y avait des évêques à Besançon et à Augst en 346, à Octodure en 381, à Genève en 400. Il est donc vraisemblable qu'il y en avait aussi à Avenches à cette

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