‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 292 sur 329 · MALE · texte numérisé non relu

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de droits entre sujets el bourgeois de la ville il n'était pas encore question. A La tête des hommes qui cherchèrenl à réaliser à Bâle les idées de la révolution, il faut citer Pierre Ochs que les pourparlers avec la i rance à propos d'anciennes réclamations de Bâle el <• ii 1794-1795 les préliminaires de la paix de Bâle entre la France el la Prusse avaient mis en vedetu\ Le long séjour à liàle * i « ■ diplomates français pendant

1rs préparatifs de cette paix, el en 1795 lors de l'échange de la duchesse d'Angoulême contre des conventionnels contribua beaucoup à renforcer riniluence française dans la ville. A la vérité, le Directoire français n'était pas bien disposé en sa faveur ; il lui faisait de violents reproches pour snu accueil aux émigrés el pour la violation de frontières commise par les Autrichiens, de sorte que son autonomie même courut un grand danger. Le passage de Bonaparte en novembre 1797 fut important pour Bâle : il l'ut reçu dans la campagne avec un grand enthousiasme et en ville par la bourgeoisie avec les honneurs militaires. Sur une allusion de Bonaparte qui, avec le Directoire, paraissait disposé à négocier pour Bâle l'acquisition du Fricklal. le gouvernement députa Pierre Ochs à Paris. Dans une entrevue qui eut lieu le 8 décembre entre Ochs, Reubell et Bonaparte, ce dernier exigea que les patriotes de Suisse fissent une révolution Après avoir d'abord refusé. Ochs promit de tenter une révolution par des moyens pacifiques. Il entraîna son beau-frère, le coneiller Peter Vischer, à faire au Grand Conseil la proposition d'accorder aux sujets les mêmes droits qu'aux bourgeois de la ville. Le Grand Conseil refusa avec indignation de discuter cette proposition.

Les amis de la liberté ne se calmèrent toutefois pas. Ils formèrent le club du Rheineck. et trouvèrent en ville et à la campagne de nombreux partisans, entre autres Hans-Georg Stehlin, de Benken, qui fut le chef prudent et avisé du mouvement. Liestal érigea un arbre de liberté ; dans la crainte que Berne et Soleure n'occupassent les châteaux des baillis pour protéger la ville, les paysans brûlèrent Waldenbourg, Farnsbourg et Hombourg. Le 20 janvier 17081e Grand Conseil adopla une nouvelle constitution tenant compte des vœux des paysans. Cet événement fut célébré par une grande fête. Pour mettre à exécution les principes généraux de la Constitution, une Commission composée de 15 citadins et 15 campagnards fut chargée d'établir un projet. Elle fut remplacée par une «assemblée populaire» de 60 membres de la ville et de la campagne. Mais avant que cette assemblée nationale eût commencé son activité l'ancienne Confédération tombait sous les coups des Français et la nouvelle Constitution helvétique mettait fin à l'autonomie des cantons. Bâle devint un district administratif de la République une et indivisible et eut l'honneur d'être représenté au Directoire en la personne de Johannes-Lukas Legrand. Pierre Ochs, qui se considérait avec raison comme le créateur de la nouvelle république, entra plus tard, avec Laharpe, dans le Directoire.

Bâle devait avoir sa part des maux que la République Helvétique apporta au pays. De petits soulèvements dans le territoire bâlois, dus à une fausse interprétation des nouvelles libertés et égalités, furent promptement étouffés. Mais les plus gros désagréments étaient provoqués par les passages répétés des troupes françaises, surtout depuis la conclusion de l'alliance offensive et défensive avec la France, en été 1798. En octobre suivant Bâle reçut une garnison française. Au printemps 1799 la ville fut mise en état de siège après la bataille de Stockach et les fortifications de la rive droite du Rhin augmentées de nouvelles installations. Une importante armée française fut réunie dans Bâle et quantité de blessés y furent transportés pour être soignés. De nombreux Bâlois eurent aussi à souffrir des mesures de rigueur que crut devoir prendre le Directoire pour assurer le maintien du nouvel état de choses. Lorsque le général Masséna exigea des villes commerçantes de Suisse des sommes importantes pour son armée épuisée, Bâle dut payer 1 400 000 fr. sous menace de déportation de ses plus riches bourgeois. Puis la crainte que la ville ne fût incorporée à la France pesa

lourdement sur Les esprits jusqu'à la paix de Lunéville, février 1801. Les troubles constitutionnels el les coups ■ I Étal qui remplirent les dernières années de la République Helvétique eurent également leur contre-coup à Bâle, jusqu'à ce qu'enfin Napoléon imposât son Acte de Médiation par lequel le canton deBâle fut aussi rétabli.

5. Sous l'Acte de Médiation. Le canton de Bâle, divisé en trois districts : la ville, Waldenbourg et Liestal, fut doté d'un Grand Conseil de 135 membres nommés suivant un système mixte de vote direct et indirect. Ce Conseil nommait à son tour un Petit Conseil. Le gouvernement, et deux bourgmestres alternant chaque année comme présidents du Grand et du Petit Conseil. Suivant les prescriptions de l'Acte de Médiation, une fortune particulière de la ville fut constituée sur la fortune de l'État; elle se composait : des bâtiments nécessaires à l'administration de La ville, de certains revenus du montant de 60 000 fr., et des fondations de l'hôpital, de l'assistance publique et de l'orphelinat. Lu période de médiation fut pour Bâle comme pour la Suisse une époque de tranquillité et de rétablissement pendant laquelle le commerce et L'industrie recommencèrent à fleurir. Mais l'ancienne indépendance était passée et la main de Napoléon, qui levait toujours de nouveaux soldats, pesait lourdement sur le pays, particulièrement sur les villes commerçant es, comme Bâle. dont le florissant trafic avec l'Angleterre eut beaucoup à souffrir du blocus continental.

La chute de Napoléon entraîna celle de l'Acte de Médiation. Lorsque à la fin de 1813 les Alliés se présentèrent devant Bâle et exigèrent le passage sur territoire suisse, la résistance était impossible. Le 21 décembre, les Alliés passèrent le pont du Rhin et 20 000 hommes prirent leurs quartiers en ville. Le' 13 janvier 1814, les souverains alliés, les empereurs Alexandre de Russie et François d'Autriche, et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III, entrèrent dans Bâle; Alexandre se logea au Segerhof, François à la Maison Bleue, et Frédéric-Guillaume à la Maison de l'Ordre Teutonique. De lourdes réquisitions accompagnèrent ces événements, puis une épidémie de typhus, apportée parles troupes, régna dans la ville. Cependant le Congrès de Vienne remaniait la carte de l'Europe et décidait du sort de la Suisse. Les intérêts de Bâle y étaient défendus par le bourgmestre Johann-Heinrich Wieland L'espoir, caressé parles Bâlois, qu'à cette occasion l'évêché de Bâle serait réuni au canton ne fut pas réalisé. Seules neuf communes du Birseck échurent à la ville.

Les efforts faits en faveur de la cause libérale rencontrèrent également l'opposition de la France et de l'Autriche qui avaient pris le parti des aristocrates. Au milieu des négociations de paix se répandit tout à coup la nouvelle de la rentrée en scène de Napoléon. Pour Bâle ce fut le signal d'une nouvelle période agitée. En vertu du traité d'alliance, la ville était tenue de participer au siège de la forteresse française de Huningue située à ses portes. A titre de représailles, celle-ci fit pleuvoir sur la ville des bombes et des grenades, mais dut capituler le 24 août 1815 après une vaillante défense. La deuxième paix de Paris apporta à Bâle la nouvelle rassurante que Huningue serait rasé et qu'aucune autre forteresse ne devait être élevée dans un rayon de trois heures de la ville.

6. De 1814 X 1833. Avant que l'Acte de Médiation eut été remplacé par un pacte fédéral, qui rencontra de grosses difficultés et ne fut adopté que le 7 août 1815 sous la pression des puissances étrangères, Bâle avait déjà mis la main à une constitution cantonale qu'elle acheva assez rapidement. Afin de prévenir une forte réaction, le chef du mouvement libéral de la campagne, Hans-Georg Stehlin, avait proposé lui-même de maintenir la révision dans des limites très précises. Ainsi la nouvelle constitution, du 4 mars 1814, modifia la composition du Grand Conseil en fixant le nombre des représentants de la ville à 90 et ceux de la campagne à 60. De ces députés, 30 de la ville et 30 de la campagne étaient élus directement, les 90 autres par contre étaient nommés par le Grand Conseil sur un nombre triple de canditats présentés par une commission. La campagne

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accepta la constitution sans conteste ; en ville, elle souleva une opposition, qui fut bientôt apaisée, et Bàle put alors passer pour un des cantons libéraux, comme il le demeura par opposition aux anciens cantons aristocratiques. Berne en particulier.

Dans la période tranquille, qui débutait alors, toute une génération de jeunes hommes capables chercha à ranimer la vie publique dans tous les domaines. Il faut citer en particulier le bourgmestre Johann-Heinrich YVieland. qui eut tant à cœur la réorganisation de l'école et de l'Université. Cette dernière, qui avait fait appel à des savants étrangers comme le théologien Leberecht De Wette, le germaniste Wilhelm Wackernagel, le philologue classique Franz-Dorotheus Gerlach et d'autres, et qui avait su attirer les forces du pays, le théologien Karl-Rudolf Hagenbach, le juriste Andréas Heusler, le naturaliste Peter Merian, connut une nouvelle ère de prospérité. Le président du tribunal civil et futur bourgmestre, Karl Burckhardt, réforma l'administration de la justice, et la vie spirituelle reçut une nouvelle impulsion de la Société chrétienne du Wurtemberg. Ainsi s'affermit peu à peu la situation intérieure et se fortifia le civisme des habitants qui purent s'opposer avec succès aux exigences insupportables de l'étranger, entre autres de la Prusse qui demandait l'expulsion, soi-disant pour cause de menées démagogiques, des deux professeurs allemands Wilhelm Snell et Karl Follen. Il est vrai que, d'autre part, en matière d'industrie, les corporations manifestaient de nouveau une étroitesse d'esprit qui provoqua toutes sortes de plaintes de la part des habitants de la campagne et de nombreux bourgeois de la ville. Il se forma ainsi, vers 1820, une opposition libérale qui tendit à obtenir une réforme du droit de suffrage dans le sens de l'égalité entre la ville et la campagne, plus d'autonomie du Grand Conseil vis-à-vis du Petit Conseil, la séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif, une plus grande publicité des finances de l'État et la liberté de la presse. La discussion parut tout d'abord rester sur un terrain pacifique, mais, sous l'influence de la révolution française de juillet 1830, la situation devint rapidement critique. Une proposition de la campagne, d'octobre 1830, d'accorder l'égalité des droits fut rejetée par une constituante, composée par moitié de bourgeois de la ville et de la campagne. Cette dernière s'insurgea en janvier 1831 et nomma un gouvernement provisoire ayant à sa tète Stephan Gutzwiller. Le mouvement fut cependant rapidement étouffé et la nouvelle Constitution acceptée le 28 février, à l'unanimité dans la ville et à une majorité des deux tiers dans le reste du pays. Mais le refus d'accorder une amnistie aux chefs de la révolution provoqua de nouveaux conflits. L'idée de la séparation fut lancée, mais elle fut repoiissée dans une votation populaire de la ville et de la campagne. Toutefois les troubles continuèrent, et lorsque, le 15 mars 1832, le Grand Conseil suspendit l'administration de 46 communes des districts inférieurs et moyens pour les obliger à céder, celles-ci se constituèrent en canton autonome, tandis que le territoire supérieur tenait encore pour la ville. Elles obtinrent à la Diète, où l'on n'était pas plus favorable à la ville que dans la presse libérale de la Suisse, la reconnaissance de leur décision. La ville protesta vainement et chercha, par une alliance avec les trois cantons primitifs. Valais et Neuchâtel, conclue dans la conférence dite de Sarnen, à faire triompher son point de vue. La tension entre les communes séparatistes et les communes fidèles ne fit qu'augmenter, de sorte que la ville tenta finalement de trancher la question par les armes. Le 3 août 1833 ses troupes subirent une défaite lamentable. La Diète intervint alors. Le canton fut occupé par 10000 hommes de troupes fédérales; la séparation définitive de Bàle en deux demi-cantons fut prononcée. La ville ne conserva que les trois communes de Petit-Huningue, Riehen et Bettingen sur la rive droite du Rhin ; la fortune de l'État fut partagée et le 64 % attribué à Bàle- Campagne.

7. De 1833 a 1848. Après l'issue lamentable du rontlit avec la campagne, la question se posa pour la ville de savoir si elle aurait la force morale nécessaire pour surmonter son malheur. Tout d'abord, en butte aux mo-

queries de la plupart des cantons, elle se replia sur elle-même dans le sentiment d'avoir subi une injustice. Mais les événements ayant eu pour conséquence de grouper la bourgeoisie, les circonstances vinrent encore favoriser Bàle. Dans les conseils entra une nouvelle génération d'hommes aux aspirations libérales comme Karl Burckhardt, Peter et Rudolf Merian, H. -G. Fùrstenberger, Félix Sarasin, Andréas Heusler, et d'autres, dont les efforts en vue d'affermir l'esprit public et d'améliorer les institutions de la ville purent être soutenus financièrement grâce à la prospérité du commerce et de l'industrie.

Leur programme était le suivant : avec Bàle-Campagne, relations empreintes de dignité, exemptes de toutes tracasseries ; dans les affaires fédérales, respect constant du droit. A la Diète, leur attitude inflexible était peu goûtée. Dans la bourgeoisie, l'accomplissement de ce programme était rendu très décile par la haine que nourrissaient certains cercles de population à l'égard de la campagne victorieuse. Quelques années après la séparation, quelques communes, auparavant favorables à la ville, formulèrent le vœu d'une nouvelle réunion à celle-ci, mais elles ne trouvèrent pas d'écho à Bàle. Dans la question importante de la révision du pacte fédéral de 1815, Bàle fut adversaire des idées nouvelles. Il voulait tout au plus consentir à une révision partielle, mais lorsqu'en 1836, on perdit l'espoir d'aboutir à une réforme légale, il proposa de renoncer entièrement à la révision. Il s'opposa aussi carrément à la publicité des délibérations de la Diète, à laquelle s'était ralliée la majorité des cantons en 1834. Bàle prit par contre une part active aux affaires non politiques comme le concordat sur les monnaies et les délibérations sur l'ordonnance concernant les poids et mesures. A l'intérieur, la séparation avait rendu nécessaire une révision de la constitution de Bâle-Ville. Celle du 3 octobre 1833 donnait à l'État la forme d'une démocratie représentative avec égalité des droits politiques pour tous les citoyens, la liberté de la presse (avec de sévères dispositions pénales contre les abus) et le droit de pétition. Les droits électoraux n'étaient accordés toutefois qu'aux bourgeois âgés de plus de 24 ans et répartis dans les corporations, mais non aux domestiques, aux condamnés, aux faillis et aux indigents. Seuls les protestants pouvaient devenir bourgeois ; on tolérait l'établissement des catholiques, mais, à quelques exceptions près, on le refusa aux Juifs jusqu'en 1864, où, à la suite du traité d'établissement avec la France, ce droit dut leur être concédé. Les élections n'étaient directes que partiellement : les 119 membres du Grand Conseil étaient élus en partie dans les corporations, en partie dans six cercles électoraux. Un cens électoral privait du droit de vote environ un sixième des bourgeois. Le Petit Conseil, un comité issu du Grand Conseil, était composé de 15 membres qui touchaient un traitement dérisoire ; ils revêtaient plutôt des fonctions honorifiques. A la tête se trouvaient deux bourgmestres, dont l'un, en charge pour une année, présidait les deux conseils. Une grande influence du Petit sur le Grand Conseil était assurée par le fait que beaucoup de conseillers faisaient en même temps partie des collèges gouvernementaux. Une séparation nette des pouvoirs juridique et exécutif n'existait pas encore. Les partis politiques n'étaient pas encore constitués vers 1840 et les luttes électorales ne datent que de 1843.

Une opposition libérale s'était formée, fondée sur le mécontentement de beaucoup de bourgeois, des artisans et des employés entre autres, à cause de leur dépendance politique des « Messieurs ». On était mécontent aussi du népotisme qui régnait dans les nominations aux emplois, de l'influence des Tugendbùndler (membres de la ligue delà vertu), des «nouveaux messieurs» et des piétistes. En 1840 on entendit pour la première fois au Grand Conseil un discours dans la note radicale prononcé par Karl Brenner, le futur rédacteur de la Nationalzeitung. De leur côté, les conseillers Oswald et Minder travaillèrent à rapprocher leur ville des cantons libéraux. Minder conduisit, pour la première fois depuis 1830, les carabiniers bâlois, au nombre de 200, au tir fédéral de Soleure. Ils furent re-

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çus avec enthousiasme e1 une joie sincère. A cette occasion une tentative de réconciliation avec la campagne lui esquissée, h continuée en 1844 [ors du tir fédéral qui eul lieu à Bâle à l'occasion des fêtes du quatrième centenaire de la bataille de Saint- Jacques. Durant toute cette période Le gouvernement bâloi conserva le caractère d'une aristocratie modérée, cultivée "i riche. Lorsque par la suite la proportion des

li geois et des habitants se fui déplacée au » I < '■ - . > • an-

t.age des premiers, ceux-ci conservèrent néanmoins une prédominance importante dans les relations politiques

• •i sociales Les habitants étaient presque exclusivement

• les ouvriers de fabrique des employés de commerce, des domestiques, des journaliers et des ouvrières. Ils ne pouvaient exercer aucune industrie ; les métiers étaient réservés :iii\ seuls bourgeois, et c'est avec un soin jaloux que les membres des corporations veillaienl au maintien de leurs privilèges. Ils ne trouvèrent pas de meilleur moyen pour y arriver que d'établir un blocus industriel contre l'étranger el contre Bàle-Campagne. Cette tracasserie douanière, et l'interdiction d'importer et d'exporter rallumèrent la haine entre la ville et la campagne. Après de longues négociations qui ne purent aboutir à un accord, Bâle-Campagne prit des mesures de représailles. La contrebande qui en résulta eut pour conséquence la fondation de Birsfelden aux portes de Bâle et son rapide développement. A partir de 1840 régnait chez les jeunes artisans une opposition toujours plus forte contre l'obligation d'entrer dans les corporations. La révision de la Constitution, en 1846-1847, donna lieu à une lutte violente, dans laquelle, cependant, l'on osa à peine demander dans la presse, et encore moins au Grand Conseil, la liberté complète d'industrie. Cette dernière fut écartée définitivement en 1847. Mais les principes de la Constitution fédérale de 1848 concernant le commerce et le droit d'établissement préparèrent l'opinion à la décision du Grand Conseil de 1854 qui facilitait l'obtention de la maîtrise et supprimait entre autres la limitation du nombre des compagnons.

La diminution du crédit de la ville, prédite par les pessimistes, ne se produisit pas. Il est vrai que pour l'amortissement des frais provoqués par la séparation et l'occupation fédérale, elle dut contracter des emprunts qui, à la fin des années 1830, s'élevaient à 1 600 000 fr. Avant 1830, le canton n'avait point de dettes. Mais à partir de 1835, les recel les excédèrent les dépenses et la situation s'améliora d'année en année. En 1840 furent introduits l'impôt progressif sur les revenus et l'impôt sur les successions.

Dans le domaine de la justice et de la police d'importantes réformes furent opérées. Les anciens mandements sur les mœurs restèrent encore en vigueur sur plusieurs points, notamment en ce qui concernait l'observation du dimanche. Le repos de ce jour-là n'était pas envisagé comme un bienfait social, mais comme une occasion de faire une profession de foi extérieure; les portes de la ville étaient en conséquence fermées le dimanche. Ces dispositions et le fait que la plupart des bourgeois de Bâle affichaient une plus grande piété qu'ailleurs, contribua à donner à la ville la réputation d'être la plus dévote des villes de la Suisse allemande. Cependant la tradition et les formes extérieures y étaient pour beaucoup. Dès 1830 la société des Missions prit un grand essor sous l'inspecteur Wilhelm Hoffmann.

L'Université parut un moment menacée par la sentence de séparation du canton, qui prévoyait aussi le partage de sa fortune. Mais un arrangement financier eut lieu qui exigea cependant des sacrifices considérables. Le découragement fut surmonté et en 1835 l'Université réorganisée. Une société académique, fondée par Andréas Heusler, permit à l'Université d'enrichir ses collections et lui facilita le recrutement de son corps professoral (voir Académiques, Sociétés). L'Université avait toutefois à lutter constamment contre deux adversaires : un esprit public étroit qui ne voyait aucune utilité pratique immédiate dans cette institution, et le parti d'opposition auquel les opinions conservatrices de la plupart des professeurs déplaisaient .

En 1850, un radical n-.i même proposer au Grand Conseil la suppression de l'Université.

Les changements les plus remarquables de ces années-là se produisirent dans [es domaines de l'industrie, du commerce et des moyens de i ransporl . En 1 83^ arrivait le premier bateau à vapeur au débarcadère de Bâle; le l" septembre 1838, baptême de deux nouveaux vapeurs; en 1840 la société Ailler dis Oberrheini vint faire concurrencée la Société de Navigation, mais toutes deux cessèrent d'exister en 1843. Entre temps un nouveau concurrent s'étail présenté dans une ligne de chemin de fer français, qui, au début, se terminait à Saint-Louis. Bâle, grâce à sa situation exceptionnelle, devait bientôt devenir un nœud de voies ferrées des plus importants. En 1845 se constitua à Bâle la Société du chemin de fer du Central qui, par lé tunnel du Hauenstein, devait relier la ville à oit en et au rentre de la Suisse. Mais la crise économique et les événements politiques ne permirent pas d'exécuter le projet. Lue nouvelle société du Central fut fondée, et le 19 décembre 1854 circula le premier train régulier de Bâle à Liestal: deux mois après, le tronçon Hall ingen-Bâle, permet tant le raccordement avec la ligne badoise du Rhin, fut ouvert à la circulation. Le moment avait sonné pour Bâle de sortir de son isolement . Dans le mouvement social il faut mentionner la fondation de VAllgemeine Arbeitergesellschaft en 1847, qui paraît avoir été la première société coopérative de consommation de Bâle, et le premier emploi de la grève et du boycottage comme moyen de combat entre passementiers et fabricants en 1848.

Dans les conflits confessionnels qui aboutirent au Sonderbund et à la guerre civile, Bâle chercha en vain à défendre le point de vue du droit vis-à-vis des intérêts politiques. Lorsqu'il renonça à son attitude pour tenter un rapprochement entre des adversaires irréconciliables, sa position en Diète n'en fut pas renforcée. Lorsque la guerre fut devenue inévitable, Bâle obtint que seule sa batterie d'artillerie y prendrait une part active — elle n'eut pas à tirer un seul coup de feu — et que le contingent d'infanterie resterait dans la ville pour la garde de la frontière. Bâle chercha à alléger le sort des vaincus en s'opposant à ce qu'on leur imposât les frais de guerre de la Confédération. Il ne fut pas suivi, mais en 1852 l'Assemblée fédérale fit abandon du reste des frais aux cantons du Sonderbund, quoique la moitié n'eût pas encore été payée.

Lorsque la révolution de 1848 ébranla l'Europe, de nombreux proscrits se réfugièrent en Suis>e et notamment à Bâle : ils causèrent de graves soucis aux autorités fédérales et cantonales. Puis des soulèvements dans le grand-duché, de Bade avec des combats dans le voisinage de la ville et des violations de frontières provoquèrent beaucoup d'inquiétude à Bâle.

Le projet de constitution fédérale fut accepté par le Grand Conseil le 7 août 1848 en l'absence de presque la moitié de ses membres par 60 voix contre 5, et par le peuple le 17 août par 1364 voix contre 168. Que la nouvelle constitution n'ait pas plu aux conservateurs bâlois, il n'y a rien de surprenant, les radicaux euxmêmes n'en étaient pas enthousiasmés Ils auraient voulu une plus grande centralisation, un droit et une armée uniques et que l'instruction fût remise à la Confédération. A première vue, la position de Bâle dans la nouvelle Confédération, avec sa députation composée d'un conseiller national et d'un conseiller aux États, n'était pas des plus imposantes. Mais si l'on considère le rôle qu'ont joué plusieurs Bâlois dans le domaine fédéral, l'opinion se modifie. Il faut citer entre autres : B. La Roche-Stàhelin et Achille Bischoff dans la réorganisation des douanes fédérales ; Geigy, Aug. Stàhelin et Speiser pour les constructions de chemins de fer ; Speiser a rendu de grands services en matière de finances fédérales et lors de la réforme monétaire ; Hans Wieland à L'instruction militaire fédérale.

8. De 1848 A 1875. Avec la Constitution fédérale de 1848 commença une nouvelle période de l'histoire de Bâle. L'assimilation des Suisses aux bourgeois de Bâle dans les affaires cantonales provoqua une immigration favorisée par la situation de la ville au centre d'un réseau de chemins de fer. La population, trop à l'étroit dans

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