ACACIAS (LES
ACADKMIK
professeur Thiersch, puis travailla dans la maison Robert et Frings à Dùsseldorf où il put exécuter de son chef des constructions monumentales. En 1888, il retourna à Berne où il trouva de l'emploi comme architecte à la Direction fédérale des travaux publics. Dans ses heures de loisir, il s'adonna à l'aquarelle et se distingua comme peintre d'architecture et de marines. Plusieurs de ses œuvres furent admirées à l'Exposition nationale de Genève. Il mourut après une longue maladie à Mûri près Berne le 23 septembre 1901. — 4. Anna Abys-Lotz, sa femme, née en 1861 à Bâle, y étudia la peinture à l'école d'art, puis à Paris, et vécut quelque temps à Saint-Galmier en France. Revenue à Bâle, elle y donna des leçons de peinture jusqu'à son mariage) 1891). Elle a surtout fait des portraits à l'huile et au pastel et de la peinture sur porcelaine. Ses œuvres ont été fréquemment exposées.
Leu : Lexikon I, 10. — Rôle des bourgeois aux archives de Coire. — Bùndner Monatsblatt 1856, p. 1. — J.-A. Sprecher : Gesc/iichte der Repuhlik der drei Bïtnde im 18.
fahrh. II. 449. — F. Jecklin : Das Collegium philos, in Chur und seine Studenli'i, | BandnerMonatsbl. 1914, p. 165). — Schiv. Kiinstler- Lexikon I. [F. PI
ACACIAS (LES) (C. Genève). Localité faisant partie de la banlieue de Genève, entre la route dite des Acacias et la route de Lancy.
Ce nom désignait à l'origine un petit groupe de maisons de campagne bâties au XVIIIe siècle le long de la route de Lancy, immédiatement avant le pont sur la Drize ; il s'est étendu peu à peu à tout le quartier qui s'est créé le long de la route des A., commencée en 1878 et achevée en 1881, sur l'emplacement d'un ancien chemin « à talon »
qui aboutissait au Pont d'Arve. [Cam. M.]
ACADEMIA. Périodique édité par les frères Leemann et Cie à Zurich. Cette entreprise, sortie de la Freistudentenschaft de l'Université de Zurich, se proposait d'être, parmi tous les étudiants, un organe impartial dans tout ce qui touchait à la vie académique des deux établissements d'instruction supérieure de Zurich et des universités de la Suisse. Elle cessa de paraître en 1911 ayant fusionné avec une revue concurrente qui prit le titre de Schweizerische Akademische Rundschau et ne survécut qu'un an. — Pour les relations entre l'A. et l'Ecole polytechnique, voir Théodore Vetter : Verband der Studierenden an der Eidg. Technischen Hochschule in Zurich. Historischer Rùckblick bei der Feier des 50 jâhrigen Bestandes 1863- 1913, p. 28. [C. B.l
ACADEMIA S. CAROLI BORROMAEI (Académie Borromée) à Lucerne. Le 21 mars 1846 fut fondée à Lucerne une société ayant pour but le développement des arts et des sciences selon l'esprit de l'église catholique et le groupement des forces savantes des cantons catholiques. Le nombre des membres fut fixé au maximum de cinquante ; ils devaient être de nationalité suisse. Les statuts pi é\ oyaient la constitution d'un fonds, afin de faire face aux dépenses et permettre la fondation d'une bibliothèque académique; ils spécifiaient aussi que le Comité devait entretenir une correspondance régulière avec les membres, inviter ces derniers à préparer des travaux scientifiques et faire publier les plus méritoires dans des revues. Le Comité devait aussi s'efforcer de propager les bons écrits, combattre les mauvais, les irréligieux et dévelopdhbs — 4
per l'art chrétien. Tous les trois ans une [assemblée solennelle régulière aurait lieu avec conférences et prOcla mation des travaux méritoires. Les statuts ayant été approuvés par le pape le 4 juin, l'Académie fut constituée sous la présidence de l'avoyer Constantin Siegvvart. En avril 1847, parut le premier fascicule des Kathol. Annalen, qui contenait les statuts, l'approbation papale, la liste des membres, ainsi qu'une dissertation du P. Roh, S. J. sur l'ultramontanisme. Les premiers travaux qui parvinrent à l'A. sont : 1. Séries Episcoporum antiquissimi episcopatus Curiensis. 2. Leu's Tod. 3. Die Jesuiten und das Collegium Germanicum :u Rom. 4. Gibt es eine kalfi. Kunst und \Mssenschaff? 5. Vorzug des Kalholizismus vor dem Protesta» tismus im Bezug auf Aszese (du P. Justus Landolt, d'Einsiedeln). 6. Quelle, Slrômung und Ausmùndung der schweiz. Revolutionen vom hislor. theolog. Standpunkte. 7. Kath. Statistik oder Glùckseligkeitslehre fur kath. Staaten und ihre Regenten (par le
Académie de Berne da (D'aprè
ns l'ancien couvent des Franciscains. Façade de 1682. s un dessin de L' Saugy, Berne 1898).
professeur Stattler, de Soleure vers 1779), manuscrit de 502 pages in-folio. — En mai 1847 le Comité fonda une feuille centrale suisse sous le titre de Zeitung der kath. Schweiz; rédacteur, secrétaire Vincent Fischer; imprimeurs, Ràber frères, à Lucerne. Les membres lucernois de l'A. eurent plusieurs séances, mais après la guerre du Sonderbund la société fut dissoute. [P. X. W.]
ACADÉMIE. On appelle ainsi en Suisse, depuis la Réforme, les écoles supérieures d'instruction publique dont le but était à l'origine de former des pasteurs et des régents. Le développement en diverses facultés s'accentua jusqu'au XIXe siècle où ces académies se transformèrent petit à petit en universités. Ainsi prirent naissance les Académies de Lausanne, la plus ancienne en pays romand (1537), de Genève, création de Calvin (1559) et de Neuchàtel qui ne prit des formes concrètes qu'à partir de 1831. Celle de Berne (1535) pour la Suisse allemande avait le même but que les académies de langue française et prit un développement analogue. L'Académie de Fribourg eut, dès le début, une visée ditlérente.
1. Berne. L'introduction de la Réforme à Berne en 1528 nécessita la fondation d'un établissement d'instruction pour les pasteurs. La nouvelle institution porta le nom de Collège des Cordeliers, parce qu'elle fut ins-
ACADEMIE
ACADEMIE
talléa en 1585 dans l'ancien couvenl des Cordeliers. Les ordonnances scolaires de 1548, 1016, 1070 et 1770 lui donnèrent son organisation. Aux chaires primitives de
ii ■ â
im
i. "fTK TT
dAjfcO » ■ 1
H ■ ■ ■ I jHB : (Jt figfcjfcgl
WKf* ■ ■ J
1 ' " ' ->l^SÇ!5|-
JS
Académie de Berne. L'école supérieure, recule cantonale à la Herrengasse, en 1800. D'après
théologie, de langues sacrées et de philosophie, on ajouta une chaire de droit en 1680, d'éloquence en 1684, et en 1749, de mathématiques. En 1787 fut fondé l'Institut politique, une école de droit où les futurs magistrats bernois faisaient leurs éludes en sciences politiques et sociales ; cette institution était indépendante du Collège des Cordeliers, lequel s'appelait aussi Ecole supérieure, pour le distinguer de l'Ecole inférieure. L'Ecole supérieure subit une transformation profonde lorsqu'après une décision de 1804, elle fut remplacée par l'Académie inaugurée le 2 novembre 1805. Elle comprenait quatre facultés, théologie, philosophie, droit et médecine, avec une école vétérinaire. A sa tête, comme représentant du gouvernement, se trouvait la curatelle, comprenant le chancelier et deux curateurs ; comme autorité délibératrice fonctionnaient deux conseils académiques, l'un supérieur, l'autre inférieur; la surveillance des professeurs et des étudiants était exercée par le prorecteur. A l'Académie étaient joints un cabinet de physique, un jardin botanique, la maternité, la salle d'anatomie et une école de dessin avec une salle d'antiques. Les discours académiques, les dissertations, les travaux scientifiques des professeurs paraissaient, depuis 1806, dans le Literarisches Archiv. Les étudiants étaient stimulés par les prix distribués par les quatre facultés. La médaille de Haller et le fonds Muslin récompensaient les jeunes prédicateurs de talent. Par décret du Grand Conseil, du 14 mars 1834, l'Académie devint l'Université. L'Académie a été pour Berne un foyer de vie intellectuelle et scientifique intense durant la période de l'Acte de Médiation et la Restauration. Le chancelier Frédéric de Mutach et le curateur et doyen Ith contribuèrent tout particulièrement à sa prospérité. Mentionnons parmi les professeurs, l'helléniste G. Risold, le mathématicien J.-Fr. Trechsel, le physicien J.-H. Beckh, le naturaliste F. -A. Meissner, le philologue L. Dôderlein, le géologue Bern. Studer, l'hébraïsant R. Schàrer, l'exégète S. Lutz, les juristes C.-L. de Haller, S. Schneil, E. Henke, l'anatomiste Fr.-A. Emmert et les vétérinaires K.-Fr. Emmert et M. Anker. L'Académie fut transférée dans les vastes bâtiments du couvent des Franciscains, reconstruits en 1682, et qui, démolis en 1906, cédèrent la place au nouveau casino. Les parties les plus remarquables de ces bâtiments étaient celles donnant sur la Herrengasse, datant de 1578-1581, et formant l'Ecole inférieure: la façade de la cour du couvent en style baroque, 1682, l'ancien cloître avec ses sculptures gothiques, la galerie dite de la Bibliothèque avec sa remarquable façade rococo, 1775, et l'ailla, de 1810. — Voir Fr. Haag : Die Hohen Schulen zuBern in ihrer geschichtl. Entwicklung von 1528-J834. Berne 1903. [E. B.]
et la maison une aquarelle
île \VattiMi\\\l
■1. Fribourg. lin 17.r>.">, l'Etat de Fribonrg décide la création d'une Ecole de droit: le projet prévoit d'abord
trois, puis deux chaires, et la construction d'un bâtiment au quartier des Places, dans le voisinage de la tour du
Jacquemard. Il y a là un vieux grenier qu'on démolit et une maison, dite maison du cloutier (Haus des Nâglersj dans laquelle, en 1748, devait loger un illustre et infortuné proscrit anglais réfugié en France, le jeune Edouard, fils aîné du prétendant Jacques Stuart. L'Ecole est installée en 1763, dans les étages supérieurs d'un \aste bâtiment neuf, dénommé l'Académie, au rez-dechaussée duquel est la halle aux vins, bientôt à l'usage de la ville, Un fronton et un balcon ornent la façade qui donne sur les Places ; mais point de portes extérieures.
On entre par l'intérieur; les chais y passent et traversent le bâtiment dans toute sa longueur. Les cours commencent avec 30 élèves, le 21 mars 1763; une seule chaire, celle de droit civil, et un seul professeur, un étranger, Joseph-Antoine Greissing, qui vient de conquérir ses grades de docteur in u troque, à l'Université de Salzbourg. Les leçons de Greissing durent à peine deux ans ; en janvier 1765, il repart pour l'Autriche. Son remplaçant est un Jésuite, le P. Philippe Gerbl, auparavant professeur de droit canon au collège Saint-Michel ; l'Etat lui confie la chaire de droit civil à l'Académie. Plus tard, vers 1774, la chaire est occupée de nouveau par un laïque, le Dr Tobie Barras, de Rroc, né à Praroman en 1746, futur sénateur de la République helvétique et auteur de plusieurs projets de constitution. En 1798, après l'entrée des Français, l'Académie est transformée en hôpital, et en 1799, en caserne. En 1801, le professeur Barras recommence à l'Académie ses cours interrompus par les événements politiques, mais le bâtiment est dans un état de délabrement tel que, en 1805, l'Etat décide de le vendre. Ne trouvant pas acquéreur, il cède le 3 août 1838 l'Académie à la ville, en échange du bâtiment de la douane pour transformer ce dernier en Hôtel des Postes. La ville place à l'Académie l'Ecole des filles. Le 25 mai 1863, M. Jean Monney-Sottaz achète le bâtiment pour la somme de 100.000 francs, et y établit l'Hôtel de Fribourg (Freiburger Hof) qui devient peu après Hôtel de Fribourg et de Zsehringen. Après avoir passé en mains d'un consortium, l'Académie devient la propriété de la société Saint-Pie V, qui y établit, le 28 novembre 1890, le convict actuel Albertinum, où logent les Pères Dominicains professeurs à la Faculté de théologie de l'Université.
Quant à la chaire de droit, elle est rétablie en 1812 et occupée jusqu'en 1824 par le Dr Jean-François Ducros, de Sixt-en-Faucigny, qui enseigne le droit civil et le droit naturel à une vingtaine d'élèves en moyenne ; depuis le rétablissement des Jésuites en 1818, la chaire de droit fait partie intégrante de l'enseignement académique de l'Athénée ou Lycée et 'figure dans les catalogues du collège après la théologie, sous la dénomination d'Academica jurium instilutio. Après Ducros, cette chaire reste trois ans inoccupée ; elle est confiée en 1827 au Dr Marcelin Bussard, qui la garde jusqu'à sa mort, en 1853, à part une interruption provisoire d'une année, où elle est occupée par l'avocat Louis Wuilleret, en 1847. Elle continue a figurer dans les catalogues du collège sous la rubrique Cours de droit. L'Ecole subit une réorganisation en 1853 et en 1882 ; l'enseignement est confié à deux ou trois professeurs à la fois. En 1889, elle est incorporée à l'Université qui vient de se fonder.
Sources: E. Bise: L'ancienne Ecole de droit de Fribourg, dans ASHF IX, 1911, p. 305. — Diarium Colle-
ACADKM1K
ACADKM1K
gii, 1747-1766. — P. Girard : Explication du plan de Fribourg, 1827. — Grangier : Une chaire de droit à Fribourg en 1116, Etren. frib. 1879. — H. de Schaller :
L'ancienne Académie de Fribourg (le bâtiment avec la tour et la porte du Jacquemard, l'Église et le couveut
Aperçu liist. du développement du Collège Saint-Mic/tel Etren. frib. 1882. — J. Gremaud : Collège Saint-Michel, notes chronologiques, dans Etren. frib. 1887, p. 79. — Dr Berchtold : Hist. du canton de Fribourg, III, p. 248.— F. Perrier : Nouveaux souvenirs de Fribourg, p. 117. — Baron d'Alt : Horsd'œuvre, Ms. — Emulation 1856, p. 211. — Corpataux: L'Académie de Frib. A. F. 1919. [F. Ducrest ] 3. Genève. Le 2 juin 1365, une bulle impériale concédait au comte de Savoie, Amédée VI, l'établissement à Genève d'une Université. Les circonstances s'opposèrent à cette fondation. En 1418 le pape Martin V accorda au cardinal de Brogny et à l'évêque Jean de Rochetaillée une charte instituant, à Genève, une Université des Arts. Cette charte ne fut pas non plus suivie d'exécution. En 1429 fut fondée une école publique municipale, l'Ecole de Versonnex. Elle s'appelait la « Grande Eschole » et fut remplacée en 1536 par le Collège de Rive, qui subsista jusqu'en 1559. Au mois de mai de cette année 1559, le Conseil approuva « l'Ordre du Collège » [Leges Academise GenevensisJ établi par Calvin dans le but de relever le niveau des études et de créer un enseignement méthodique et progressif où les élèves seraient promus de classe en classe jusqu'au rang d'étudiant. La réforme était destinée à introduire le système classique obligatoire dans ce qui s'est appelé plus tard l'instruction primaire et secondaire. Le contiôle des professeurs devint, avec la réussite de cette révolution scolaire, moins essentiel ; la Schola publica se sépara sensiblement de la Schola privata. De bonne heure, l'usage donna à la première le nom d'Académie, et on réserva à la seconde le nom de Collège. Ce collège, sous le nom latin d'Academia, comprenait la Schola privata, composée de sept classes, et la Schola publica comportant un enseignement supérieur. Le chef suprême de l'Ecole portait le
titre île Recteur. L'inauguration de l'Académie eul lieu le 5 juin 1559 dans le temple de Saint-Pierre, par une cérémonie présidée par le premier recteur, Théodore de Bèze. L'enseignement comprenait la langue française, le grec, le latin, la religion, Les études étaient établies suivant une progression obligatoire et l'enseignement secondaire était relié à l'enseignement supérieur.
L'Académie (Schola publica ' avait rlcux chaires de théologie, plus trois autres chaires : hébreu, i;rec et philosophie, dont 1rs litulaires portaient le titre de « lecteurs publics ». Les étudiants signaient une profession de foi ; les professeurs prêtaient un serment spécial. Les cours eurent d'abord lieu au Collège, puis, vu la grande affluence des étudiants, furent transportés dans l'église de Notre- Dame La Neuve qui prit le nom d' « Auditoire ». Les étudiants, étrangers pour la plupart, étaient soumis à une discipline sévère.
En 1564, l'Académie s'enrichit de chaires de Droit et de Médecine. La peste qui dévasta la ville de 1567 à 1572 mit l'existence de l'institution en danger. Cependant, en 1572, les étudiants revinrent en foule, Français, Flamands, Ecossais, Anglais. Hongrois, Polonais, Ilaliens, Espagnols et Allemands. Des maîtres réputés jetèrent un éclat incomparable sur l'Ecole de Genève. Les plus célèbres furent, après Calvin, Théodore de Bèze, Charles Perrot, Lombert Daneau pour ia théologie ; François Hotman, Jules Pacius, Denis Godefroypour le droit ; J.-J. Scaliger et Isaac Casaubon pour la philosophie et les lettres.
A la fin du XVIe siècle, on supprime la confession de foi. Aucun grade n'était décerné, mais les étudiants recevaient, à leur départ, un certificat d'études. En 1595. Bèze renonçait à son enseignement et se retirait, ayant su, malgré les circonstances défavorables, maintenir à l'Académie le caractère de centre de culture internationale.
La suprématie de la direction religieuse continua à subsister dans les premières décades du XXVII» siècle avec des professeurs comme Jean Diodati, Théodore Tronchin et Bénédict Turrettini ; c'est de celte époque que date la corporation des « proposants » lesquels, bien que simples étudiants, avaient le droit de prêcher dans les campagnes. Ce fut aussi à cette époque qu'enseignèrent les premiers professeurs « honoraires », titre accordé à ceux qui ne recevaient aucun traitement.
L'enseignement juridique prospéra avec Jacques Godefroy, de 1619 à 1652. Dès 1669, le cartésianisme entra dans l'Ecole avec Robert Chouet qui ébranla le pouvoir de la théologie. La discipline perdit quelque peu de son austérité, on institua un manège et une salle d'armes.
Au commencement du XVIII» siècle, sous l'influence de Robert Chouet et de J.-A. Turrettini, les anciennes ordonnances furent revisées, la Bibliothèque réorganisée. On songea même à transformer l'Académie en l'nivi rsité. Le « Sénat académique » remplaça l'« Assemblée des professeurs et des scolarques » préposée à la direction de l'Académie, et en même temps que la langue française remplaçait le latin dans quelques enseignements, les sciences exactes prenaient de plus en plus d'influence. Le droit, les lettres, la physique, l'histoire occupent aussi une place
le balcon, à gauche), des Ursuiines, vers 1830
ACADEMIE
ACADEMIE
:issr/ considérable et l'on \nii peu à peu se dessiner les facultés. Grâce aux leçons de J.-.l. liurlamaqui, Genève devient l'école du droit naturel et le berceau de la science
L'Académie de Genève, Auditoires de droit et de philosophie,
XVII', XVIII* siècles. Bibl. Genève, coll. Rigaud, vue 492.
(Phot. de L. Molly, Genève.)
politique. Jacob Vernet, distingué théologien, dirige la lutte contre Voltaire. Les sciences et la médecine ont comme représentants Jean Jalobert, Théodore Tronchin, Louis Necker, Louis Bertrand et H.-B. de Saussure.
Cependant, à la lin du XYIIP siècle, la Vénérable Com pagme des Pasteurs forma avec les professeurs de théologie qui, du reste, tri faisaient déjà partie, et les professeurs laïques, de droit et de sciences, un nouveau corps appelé la « Compagnie académique » ou « Compagne démiquement convoquée ». Pendant la Révolution et l'Empire, ce corps fut remplacé par la « Société académique » m.'iis la Constitution de 1814 le fit renaître avec tous ses droits. Il ne disparut définitivement qu'avec la loi de 1834.
D'ailleurs l'orage de la Révolution lit sentir ses effets a Genève, qui fut annexée à la France en 1798, sans toutefois que cela portât préjudice à l'Académie laquelle resta lidèle au sentiment national.
La direction de l'Académie échut alors, sous la présidence du Bureau de l'Instruction publique de la Société économique, à un corps composé de tous les professeurs et qui prit le titre de « Société académique », laquelle n'était, en fait, que l'ancien Sénat, dont elle eut toutes les attributions. Cette Société Académique subsista officiellement jusqu'en mars 1808, époque de la création du « Conseil académique ». A partir de ce moment elle ne se réunit plus qu'en qualité de société savante, à titre privé.
Grâce aux soins de la « Société économique » qui avait assumé, entre autres, la direction des études et du culte réformé, grâceaussi au dévouement des représentants de Genève à Paris, l'Académie ne disparut pas dans l'organisation de l'Université de France. On vit se constituer un ensemble de chaires scientifiques (chimie, botanique, minéralogie, zoologie, etc.) qui consacra la suprématie des sciences, avec X.-T. de Salissure, Louis Jurine, Gaspard de la Rive et surtout A. -P. de Candolle. En 1809 un statut était accordé, qui conservait à l'Ecole le titre d'Académie et la divisait en trois Facultés (Théologie réformée, Sciences et Lettres) avec deux écoles préparatoires pour le Droit et la Médecine. La direction était maintenue au Recteur et chaque Faculté avait un Doyen à sa tête.
Après que Genève eut recouvré son indépendance, le 31 décembre 1813, l'Académie et la Compagnie académique furent rétablies sur le pied où elles se trouvaient en 1789, à cette exception près que l'Ecole conservait le droit de conférer des grades, droit qui lui avait été accordé en 1809. La direction était dévolue à quatre corps : la Vénérable Compagnie des Pasteurs, la Compagnieacadémique
UlHsierhnv- lia ki v un ni//*
^aJbj,,™», Ticlrfe^rm <*W"*„ TJ'ULJr»
(,n/*Lirfm tru)\+icr.<-m inirfejtam 0>Uf{nh**r tmMnt)vfr*tnul4 . *mbu **-ri 0H4 ôm^xtrt Ofiyfvt Ltxtùnn . luptricrvc frzhtm Ht ■mivrt") kram4nt*1 rjh . airo ut Jttriter- juJit oticrrmvj ■fv+rm jidtlsmjué ekmm ''Uam "Ofo vofaafr îrtlf/ur ^rjh*urvn . f«« nen iitûm Jft ./fi tfrfg. Jljttu tJiuUi -hvnb. JI/kot a actM.iimj'imui . ai vrHu hh-nontm in ilUitf £jn*ian Judif rtctn+lUnU* iJ«Hm, Çf^f^j, XXV JUmtt (17 IX X i.1
CDûru\à Clenoos Jca)emi<r ^/^âg^
Académie de Genève. Certificat d'études portant les signatures autographes de David Leclerc, Jean Diodati, Théodore Tronchin et Frédéric Spanheim (1641). (Tiré de l'ouvrage de Ch. Borgeaud : Histoire de l'Université de Genève, vol. I. Original à la bibliothèque de l'Université de Leyde.)
La direction des études fut définitivement enlevée à la le Sénat académique et l'Académie (composée de la tota- Compagnie des Pasteurs en 1782 par un édit du Conseil lité des professeurs titulaires, honoraires et émérites) ; à des Deux-Cents. la tête de ces corps se trouvait le Recteur.
ACADEMIE
ACADEMIE
En 1825, les règlements organisent quatre Facultés : Théologie, Droit, Sciences, Lettres, et prévoient une Ecole préparatoire de médecine. Mais en 1834, une nou-
éi à ^*
miI idL.l
:^^i.iHaai
irP ^-l,
; *®tM£—:>\
Académie de Genève. Entrée de l'Auditoire de théologie
à Saint-Pierre* du côté de l'Ancien Evêché.
(Tiré de l'ouvrage de Charles Borgeaud : Hist. de l'Université
de Genève. D'après une aquarelle de Silvestre appartenant
à la ville de Genève.)
velle loi sur la direction et l'administration des établissements d'Instruction publique remplace les quatre corps académiques par un Conseil de l'Instruction publique, sous l'autorité du Conseil d'Etat, auquel appartiennent désormais la direction et l'administration des- établissements d'instruction. La révolution de 1846 entraîne quelques troubles dans l'Académie où avaient enseigné Sismondi, J.-B. Rossi et Bellot et une nouvelle loi supprime
Sceau du Recteur de l'Académie impériale de Genève.
(Tirés de l'ouvrage de M. Ch. Borgeaud.)
de 1 ancienne Académi de Genève,
en 1848 le Conseil de l'Instruction publique ; tous les pouvoirs directoriaux sont remis au Conseil d'Etat, lequel nomme et révoque les professeurs, sauf ceux de la Faculté île théologie, placés sous la dépendance de la Compagnie des Pasteurs. Le nombre des Facultés esl ramené à trois
Sciences et Lettres, Droit, Théologie protestante. Les professeurs sont ordinaires, émérites et honoraires.
Dès lors, les seuls faits saillants furent la constitution d'un Gymnase comprenant les deux années de l'enseignement préparatoire aux Facultés, puis la célébration, en 1859, du 300e anniversaire de la fondation de l'Académie. Enfin, en 1872, fut votée une nouvelle loi sur l'Instruction publique qui remettait l'administration, la direction et la surveillance générale de l'instruction publique au Conseil d'Etat et, sous la surveillance de ce corps, au Département de l'Instruction publique. Aux quatre Facultés existantes : Sciences, Lettres, Droit et Théologie protestante, il en était ajouté une cinquième, la Faculté de médecine, qui devait être inaugurée l'année suivante.
Ce fut à partir du 13 septembre 1873 que l'ancienne Académie devint Université par l'adjonction effective de la cinquième Faculté. (Voir l'article Université. )
Voir : Histoire de l'Université de Genève, par le prof. Ch. Borgeaud. I. L'Académie de Calvin (1559-1798). Genève 1900. — II. L'Académie de Calvin dans l'Université de Napoléon (1798-1814). Genève 1909. — Samuel Cornut : L'Académie de Calvin, extrait de la Grande Revue, Genève 1902. — Pages d'histoire universitaire réunies à l'occasion du Jubilé, Génère 1908. — Actes du Jubilé de Û909, Genève 1910, p. 38-47. — Discours de M. Robert Chodat, recteur, p. 70-76. — Discours de M. Ch. Borgeaud. — Ch. Borgeaud : La question de l'Université il y a cent ans, Indicateur d histoire suisse, 24e année (1914), p. 65-86. — L'Université de Genève. Notice historique par A. Roussy, secrétaire de l'Université. Genève 1918. — Discours des Recteurs dès 1832. [Albert Roussy.1
4. Lausanne. Fondée en 1537, au lendemain de la conquête bernoise, elle est la plus ancienne des Académies que la Réforme du XVIe siècle a fait éclore en pays de langue française. Son but était de former des ministres pour l'Eglise et des régents pour les collèges du Pays de Vaud. Cette empreinte ecclésiastique lui est restée tant que dura le régime bernois, et même au delà. En vertu de la première loi organique (1547), elle était dotée de quatre chaires ordinaires (théologie, hébreu, grec et morale, arts-libéraux ou philosophie) et avait sous sa direction un Collège de sept classes. De temps à autre des enseignements extraordinaires, confiés le plus souvent à des réfugiés pour cause de religion, venaient enrichir le programme des cours. Les académiciens les plus marquants de cette période initiale ont été : P. Viret, C. Gessner, Curione, Math. Cordier, Th. de Bèze, Fr. Hotman, Nie. Colladon, Ant. de Chandieu, Bonav. Bertram, Cl. Aubery, G. Dubuc (Bucanus). Les ordonnances de 1616 et 1640 n'apportent pas grand changement à l'organisation primitive : elles déterminent un peu autrement la tâche des professeurs, règlent d'une façon plus précise la marche des études et les examens promotoires, et accentuent encore le caractère théologique de l'institution. Depuis le milieu du XVIIe siècle on fait cependant quelques efforts pour élargir les cadres traditionnels : création d'une deuxième chaire de théologie, dédoublement de celle de philosophie, érection de la première classe du Collège latin (celle de rhétorique) en Auditoire dit d'Eloquence ou de Belles-Lettres. Après la révocation de l'Edit de Nantes, le nombre des étudiants, fort diminué depuis un siècle, suit de nouveau une marche ascendante. A noter parmi les membres du corps enseignant : Jaq. Amport, Marc de Saussure, P. Davel, J.-B. Plantin, J .-II. Olth, Dav. Constant, Elie Merlat. Une tendance relativement libérale se fait remarquer dans la loi de 1700. Une chaire laïque de droit et d'histoire est créée en 1708. On rêve même un instant de transformer l'Académie en Université. Mais l'esprit moderne, comprimé par l'orthodoxie bernoise, ne parvient que lentement à prendre son essor. Quelques tardives améliorations, datant des dernières années du règne de LL EE., portent le nombre des chaires à dix. entre autres par la séparation définitive de la physique et des mathématiques d'avec la philosophie. Les professeurs les plus en vue du X \ M I siècle ont été : .1 -P. de Crou-
ACADÉMIE
ACADEMIE
saz, J. Barbeyrac, Loys de Bochat, Abr. Ruchat, Geo. Polier, Al. -Ces Chavannes, Pr -L. Allamand, Clavel de Brenles, Aug. ïissot. De la courte période de l'Helvétique, rien de particulier à signaler' si ce n'est la désertion des auditoires: le chiffre des étudiants, qui naguère approchait de '200, tombe à 40 au plus.
Sous le régime cantonal vaudoia l'Académie se relève et se rajeunit. Dans la mesure où le permettent les finances de la jeune république, le législateur aspire (1806) à répondre aux besoins d'une instruction supérieure plus générale en développant renseignement du droit et en introduisant ceux dj> la littérature française et des sciences naturelles; en revanche, les chaires de médecine n'ont jamais existé que sur le papier. Les principales notoriétés de cette époque ont été Emm. Develey, Dan. -Al. Chavannes, Al. Leresche, J.-L. Bridel, Ch. Secretan aîné, Ch. Monnard, A. Gindroz, Fr. Pidou, J.-J. Porchat, auxquels il convient de joindre le doyen Curtat. Une nouvelle ère s'ouvre sous les auspices du mouvement libéral et intellectuel de 1830. L'Académie est réorganisée en vertu d'une loi (1837) qui la décharge enfin de compétences ecclésiastiques surannées, la divise en trois Facultés coordonnées (théologie, droit, lettres et sciences), augmente le personnel enseignant et proclame le principe de la liberté des études. Le ci-devant auditoire de Belles- Lettres et les premières années de celui de Philosophie, sous le nom de Gymnase, forment la division supérieure du Collège cantonal. A cette phase, la plus brillante de l'ancienne Académie, appartiennent : Alex. Vinet, J.-J. Herzog ; Mélégari, Ed. Secretan, Mickiéwicz, Juste Olivier, Ch. Secretan junior, Marc Secretan, E.-Fr. Wartmann. Cependant, avant que celte réforme eût le temps de déplo\er tous ses elfets, la révolution politique de 1845 en entraîna une autre dans le domaine scolaire. La loi de l'année suivante se caractérise essentiellement par un retour à l'ancien système des programmes obligatoires et des examens promotoires, une réduction sensible dir nom-
morale- et des études littéraires. Sous ce régime ont pro-
ntre autres Pr. Guisan, A. -El. Cherbuïiez, Jo>. Ilor-
nung, II. Brocher; J.-J. Hiaely, Eug. Rambert, Jules
Académie de Lausanne.
Fragment du plan Mérian en 1638.
bre des chaires, le rétablissement, sous le nom de Faculté des Lettres et des Sciences, du ci-devant auditoire de Philosophie et partant la subordination de cette Faculté aux deux autres ; enfin par la tendance à favoriser les sciences physiques et naturelles aux dépens des sciences
Académie de Lausanne. Etat actuel.
Duperrex, Max Bonnet ; Jules Marguet, Ch. et l.s ^Diifour, A. Chavannes, Eug. Renevier.j
Dernière réorganisation générale en 1869, dire à l'initiative du conseiller d'Etat L. Ruchonnet. L'institution académique en sort considérablement agrandie. L'ancienne faculté préparatoire est redevenue un gymnase, divisé en deux sections (littéraire et scientifique), placé sous rme direction spéciale, mais rattaché à l'Académie. A côté de la théologie et drr droit, dotés l'une et l'autre de chaires nouvelles, viennent se ranger trois autres Facultés : Lettres, Sciences et Technique (celle-ci issue d'une «Ecole spéciale » fondée en 18Ô3 par l'initiative privée). Ces Facultés confèrent, les trois premières, le grade de « licencié », celle des sciences celui de « bachelier », la technique le diplôme d'ingénieur (chimiste, mécanicien ou constructeur). Il est pourvu à l'enseignement par une trentainede professeurs tant ordinaires qu'extraordinaires, sans compter les « chargés de cours » et les « agrégés » (privât docents). Là ne s'arrête pas. cependant, l'épanouissement de l'Académie renouvelée. Elle tend d'année en année à prendre des proportions universitaires. A la Faculté des sciences viennent s'adjoindre < 1873 1 une Ecole de pharmacie et (1881) rme section de propédeutique médicale, aveG les laboratoires et amphithéâtres nécessaires. Les études juridiques, de leur côté, prennent un développement considérable, grâce en partie à la présence à Lausanne du Tribunal fédéral, et la Paculté des Lettres s'enrichit de disciplines nouvelles. La transformation de cet organisme complexe en véritable Université n'était plus qu'une question de temps. Grandement facilitée par le legs généreux d'un bourgeois d'honneur de Lausanne, ancien élève de l'Académie, elle a été résolue par la loi du 10 mai 1890 sur l'instruction supérieure et mise à exécution dès l'automne de la même année. Pendant cette dernière phase, l'Académie a compté au nombre de ses professeurs (pour ne nommer que des
ACADEMIE
ACADEMIE
défunts), outre Ch. Secretan et Eug. Rambert : L. Durand, Eug. Dandiran, P. Chapuis, H. Carrard, Léon
Académie de Lausanne. Théodore de Bèze
au temps de son professorat à Lausanne. (D'après un tableau
à t'huile appartenant à M. Henri 'Tronchin à Genève.)
Walras; H. Brunner, Jules Gaudard, F. -A. Forel, H. Dufour, J. Bonnard.
Bibliographie. Al. -Ces. Chavannes : Hist. de l'Académie de Lausanne 1780. MS de la Biblioth. cant. — L. Vuillemin : Der Canton Waat, ùbers. v. G. H. Wehrli. — Boisot. 1849, t. II, p. 99 et suiv., 170 et suiv. — A. Gindroz: Hist. de l'instr. publ. dans le Paijsde Vaud, Laus. 1833. — Ch. Archinard : Hist. de l'insir. publ. dans le C. de Vaud. Laus. 1870. — H. Vuilleumier : Notice hist. et statist. sur l'Acad. de L., suivie de tableaux synchroniques des professeurs de 1531 à 1869 ; faisant suite au Programme des cours, Laus. 1878 (nouvelle édit. revue des tabl. 1913. Les tableaux ont élé continués de 1869 à 1890 par J. Bonnard à la suite du Progr. acad. de 1901). — Le même : L'Acad. de L. 1531-1890. Esquisse historique (en tête des Discours et leçons prononcés à l'ouverture des cours du 1er semestre de l'Univ., Laus. 1891). — Le même : Professeurs et étudiants de Laus. au temps de la Réformation (Extr. de la lier, de Théol. et de Phil. 19I7|. — Edm. Rossier : Une Académie au XVI' siècle [RHV t. I. 1893). — Franc. Guex : Article Instruction publ. du DHV t. Il, Laus. 1915. - Will. Heubi : L'Acad. de L. à la fin du XVI' siècle. Etude sur quelques professeurs d'après des documents inédits, Lausanne 1916. [H. Vuilleumier.]
5. Neacbâtel. C'est à la date du 5 octobre 1659 que le mot Académie apparaît, pour la première fois dans un document officiel du pays de Neuchâtel. MM. Rosselet, Purry et Gélieu, députés de la Vénérable Classe, représentent la nécessité qu'il y aurait d'établir un collège ou Académie dans cette ville et font entendre «les grands profits el avantages qui en pourraient revenir tant à la ville comme aussi à toul le pays ». En 1707, parmi les offres faites par le roi de Prusse pour obtenir la souveraineté de la principauté de Neuchâtel ligure la promesse «d'établir une Aca-
démie dans la ville capitale.» En 1743, la question de la création d'une Académie est reprise; le 14 janvier, le Conseil de Ville s'adresse au roi de Prusse, le priant de donner suite aux promesses de 1707. Plusieurs Neuchâtelois semblent fort mécontents du retard apporté à l'exécution d'une promesse formelle, el en 1706, un jeune professeur de rhétorique, M. Bertrand, reproche aux Neuchâtelois « leur manque de ressources intellectuelles dans la culture des sciences, en comparaison d'autres États de la Suisse» et s'écrie: « Nous, Neuchâtelois, nous n'avons point d'Académie I »
C'est à partir de 1830 que nous assistons à une véritable rénovation et transformation de L'enseignement supérieur en Suisse et cela sous l'influence d'un mouvement parti des Universités allemandes. Bâle réorganise son antique Université, Zurich et Berne transforment leurs établissements en hautes écoles île science, les Académies de Genève et Lausanne reçoivent de nombreux développements. Neuchâtel participe également à ce mouvement et la première manifestation en fut, en 1831, la création de deux chaires, l'une de mathématiques, l'autre de physique et de chimie, venant compléter renseignement des lettres el de la philosophie, représentées par deux chaires déjà existantes depuis le XVIII"- siècle. Quelques années plus tard, l'enseignement des sciences naturelles vient s'y ajouter, dont la chaire est confiée à Louis Agassiz, sur la recommandation d'Alexandre de Humholdt. La réputation d'Agassiz attirait l'attention du monde savanl de l'Europe sur Neuchâtel et ses établissements d'instruction supérieure, appelés Auditoires. Agassiz lui-même se préoccupait du problème si complexe de l'enseignement supérieur en Suisse et rêvait d'un lien plus intime entre les dillérentes parties de la Suisse par la création d'une ci Université helvétique». Le Conseil d'État du canton-principauté de Neuchâtel ne pouvait rester étranger à de semblables préoccupations ; il prit les devants el le 3 mai 1837, le baron Kréaéric de Chambrier exposait au Conseil d'État les motifs d'une requête au Roi, en faveur d'un développement à donner a l'instruction supérieure dans la Principauté. A cet effet, il adressa au Roi les 24 mai et ■2(i décembre 1837 deux mémoires lui démontrant l'utilité de la fondation d'une Académie à Neuchâtel et rappelant la promesse de 1707. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, le fondateur de l'Université de Berlin, répondit favorablement, et par rescrit du 17 mars 1838, il donna son assen-
Académie de Lausanne.
Pierre Viret d'après les Icônes de Th. de Bèze.
timeiil â la fondation de l'Académie. La réalisation de ce désir allait se heurter dès le début à des difficulti
are, d'ordre pratique et scientifique. L'organisa-
ACADEMIE
ACADÉMIE
tion donna lieu à de longs pourparlers entre l'Etat, la Ville et la Compagnie des Pasteurs, sur le programme à élaborer, les chaires nouvelles à créer. On dut renoncer à établir un système complet d'études supérieures et l'on dut se borner à ajouter aux enseignements déjà existants quelques chaires nouvelles.
La première année académique s'ouvrit en novembre 1840 avec un programme de 13 cours donnés par 9 professeurs et l'inauguration solennelle eut lieu un an plus tard, le 18 novembre 1841, sous la présidence de M. le baron de Chambrier. L'enseignement comportait au début cinq chaires de Lettres, soit : celles de philosophie, littérature latine et grecque, littérature sacrée, littérature allemande, histoire et géographie ; trois chaires de Sciences, soit : celles de mathématiques, physique, sciences naturelles et une chaire de Droit. Les années suivantes virent s'ajouler une chaire de littérature française (1842), une chaire d'archéologie (1843) et une chaire de chimie (I845). Le grade de licencié ès-lettres ou ès-sriences était conféré à tout étudiant qui subissait avec succès des examens sur les différentes branches correspondantes. Les recteurs de l'Académie furent : MM. Pettavel en 1841 ; Agassiz en 1842 ; Guillebert en 1843; de Joannis en 1844 ; Monvert en 1845; Pettavel en 1846 et Guillebert en 1847.
En 1846, le départ d'Agassiz, qui allait continuer aux États-Unis sa brillante carrière scientifique, porta un coup sensible à l'Académie de Neuchâtel. Survint 1848 ; le 1er mars éclatait la révolution et, tôt après, le premier Grand Conseil de la jeune République décrétait, le 17 juin, la suppression de l'Académie, pour des motifs à la fois d'ordre politique et financier.
En Suisse, a l'étranger, dans le monde savant, la suppression de la première Académie fut considérée comme une faute de la part d'un gouvernement républicain démocratique. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir la question de son rétablissement se poser dès que la situation de la République se fut raffermie. Le 17 mai 1864, un député, le savant géologue Edouard Desor développa au Grand Conseil une motion demandant l'organisation d'un enseignement supérieur dans le canton. Le lendemain, à l'unanimité, le Grand Conseil vota la proposition Desor, qui devait aboutir à la loi sur l'enseignement supérieur du 24 mars 1866. Le 22 octobre 1866, eut lieu la cérémonie d'inauguration ; les premières années de la seconde Académie furent des années pénibles, d'apprentissage et de tâtonnements ; le défaut principal de la loi de 1866 était la situation hybride faite à l'Académie, à la fois établissement d'enseignement secondaire supérieur et d'enseignement universitaire. En 1873 a lieu la première réorganisation qui prévoit le développement de la Faculté des Lettres, par l'adjonction d'enseignements nouveaux, linguistique, histoire de la langue française, histoire de la pédagogie, et des dédoublements d'enseignements existants, chaire d'histoire répartie en histoire générale, histoire nationale, archéologie, chaire de littérature divisée en littérature française et littérature générale. La même année, par décret du 19 décembre 1873, fut instituée à l'Académie une quatrième Faculté, celle de Théologie, ensuite du vote de la loi ecclésiastique du 20 mai 1873. En 1882, revision de la loi et développement de la Faculté de Droit, comportant dès lors un enseignement complet du droit conforme à l'enseignement juridique des universités. Le 27 mars 1886 a lieu l'inauguration du nouveau bâtiment académique ; la même année, le Grand Conseil de Fribourg, par décret du 24 décembre, affectait une somme de deux millions et demi à la création d'une Université catholique, inaugurée en 1889 ; et grâce au legs Rumine, Lausanne se transformait en Université en 1890. Ces événements firent comprendre à tous l'urgence d'une réforme dans l'enseignement supérieur neuchâtelois, et le Grand Conseil vota le 8 mai 1894, la réorganisation de la Faculté des Sciences, ainsi que les crédits nécessaires à cet effet. La Faculté des Sciences recevait les développements nécessités par les exigences modernes et voyait ses collections et laboratoires complétés et agrandis. L'enseignement de l'Académie se trouvait par là fortifié et élevé au niveau des études universitaires et acquérait une liberté et une autonomie indispensables à son activité scientifique. L'arrêté du Conseil fédéral, du 13 mars 1896 élevant Neuchâtel au rang d'un des sièges du premier
examen fédéral de médecine, consacra la réorganisation de la Faculté des Sciences, et la loi du 18 mai [896 sanctionna le nouvel état de choses. La réorganisation de 1896 devait être la dernière étape vers l'Université, transformation dont l'initiative fut prise par M. le conseiller d'Etat Quartier-la-Tente, et qui succéda à l'Académie le 19 octobre 1909.
Lors de la création de l'Académie en 1866, il y avait dans les trois Facultés (Lettres, Sciences, Droit) : 17 professeurs, 3 privat-docents avec 36 étudiants et auditeurs ; le nombre des cours inscrits au programme était de 32. Pendant la dernière année académique, de 1908-1909, le corps enseignant des quatre Facultés se composait de 32 professeurs ordinaires, 9 extraordinaires, 5 chargés de cours et 10 privat-docents avec 3I6 étudiants et auditeurs, et les cours inscrits étaient au nombre de 127. — liibliographie : Alph. Petitpierre : La première Académie de Neuchâtel, 1889. —Éd. Quarlier-la-Tente : Le Canton de Neuchâtel, 1™ Série, II, 265-391. — Enseignement Supérieur, 1900. — M. de Tri bolet : L'Académie d'hier et l'Académie d'aujourd'hui, 1905. — Emmanuel Junod : De l'Académie à l'Université, 1910. — Arthur Piaget : Histoire d'une promesse (dans le Cinquantenaire de l'Académie), 1917. Emmanuel Junod.]
ACADÉMIE DE SAINT-THOMAS iC. Lucerne). Le 7 mars 1781, les professeurs de philosophie et de théologie, Dr Nicolas Kaufmann, Antoine Portmann et Henri Thùring, à Lucerne, fondèrent sous les auspices de révoque de Râle, Eugène Lâchât, une Académie de Saint- Thomas pour les ecclésiastiques du diocèse de Râle. Elle se proposait comme but l'étude de Saint-Thomas, la culture de la philosophie et de la théologie scientifique d'après les principes du thomisme avec l'examen tout spécial des erreurs modernes. L'ordre du jour des trois réunions publiques annuelles comprenait : a) Lecture d'une étude et de la critique de cette étude sur un passage de Saint-Thomas, proposé par le comité et éventuellement discussion générale, bj Lecture d'un travail libre sur un sujet de théologie scientifique ou de philosophie en se référant spécialement à Saint-Thomas. L'Académie, par son comité, statuait sur la publication des travaux qui devaient paraître sous son nom. Elle compte aujourd'hui environ cinquante membres. — Voir Uebenveg : Grundriss d. Gesch. d. Philosophie, t. II. [P. X. w.
ACADÉMIE FÉDÉRALE. L'idée de créer un Institut national, autorité scientifique suprême, représentant l'unité intellectuelle du pays, n'est pas nouvelle. En 1858 déjà, le célèbre professeur Casp. Bluntschli avait publié un plan d'Académie suisse des sciences dans sa brochure Ueber die Grûndung einer schweizer. Akademie der Wissenschaften (Zurich, Fr. Schulthess). Ce parlement de savants devait comprendre 3 classes : 1. Sciences historiques et politiques; 2. Langues et littérature ; 3. Mathématiques et sciences naturelles. Il aurait coûté annuellement à la Confédération fr. 200 000 qui auraient été affectés aux traitements des « membres ordinaires », aux travaux de l'Académie, aux concours, prix et subventions, enfin aux collections de l'institut.
Ce projet, repris et modifié par le prof. A.-L. Kym, et préconisé par lui pendant de longues années (Zûricher Post, 3 juil. 1896) rencontra peu de faveur dans la presse et beaucoup de critiques dans les milieux enseignants. On blâmait en particulier la tendance de faire de l'Académie une institution essentiellement professorale. Le conseiller national J. Schàppi, plus ou moins rallié au projet Kym, a mêlé à tort cette question à celle d'une université fédérale dans sa brochure Ein Beitrag zur richtigen Lôsung der schweizer. Uochschulfrage (Zurich, 1889).
Enfin le prof. Stein, de Rerne, appuyé par les prof. Th. Studer et Eug. Huber et par J.-V. Vvidmann, réussit à intéresser à l'idée le conseiller fédéral Ruchet, chef du Département de l'Intérieur. Il lui présenta un Mémoire à ce sujet en 1902. Son plan, qui ouvrait l'accès de l'Académie à tous les talents et à tous les mérites et qui, au point de vue financier, comptait surtout sur la générosité publique, se heurta à l'opposition de la Société générale d'histoire et de membres influents de la Société helvétique des sciences naturelles, lesquels voyaient dans l'institution projetée soit une utopie, soit une concurrente
ACADEMIE