‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 59 sur 329 · AGASSE · texte numérisé non relu

AGASSE

1803. Peu auparavant, il avait été nommé premier avoyer deFribourg. Louis d'A. revêtit encore la charge de landammann en 1809, et mourut le 26 juin 1810, au retour d'une ambassade auprès de Napoléon pour le complimenter sur son mariage avec Marie-Louise. A cette occasion il reçut de l'empereur le cordon de commandeur de la Légion d'honneur. — 17. Charles, * 7 avril 1772, fils de 16, sous-lieutenant aux gardes-suisses ; il fit partie, le 7 août 1792, d'un détachement envoyé en Normandie. C'est à cette circonstance qu'il dut d'échapper au sort de ses compagnons d'armes restés à Paris. Il entre au service de l'Autriche, fait les campagnes d'Italie jusqu'en 1796, devient capitaine de la milice fribourgeoise 1797, colonel 1804 ; chef de bataillon du IIIe régiment suisse de Napoléon, 1806, colonel 1810, officier de la Légion d'honneur, 1812. Il fait les campagnes d'Espagne, 1808, et de Russie, 1812, rentre en France, 1814, et démissionne 1815. Colonel de la IIIe division de l'armée suisse et inspecteur des troupes suisses 1815. Rentré en France, il passe colonel du IIe régiment suisse de la garde royale et meurt le 9 août 1818. — 18. Adèle, petite-fille de 17, et fille de

l'aquarelliste l 'et dessinateur Louis d'A., duchesse de Castiglione Colonna, artiste sculpteur, connue sous le pseudonyme de Marcello, *à Fribourg le 6 juillet 1836, elle épousa à Rome, le 5 avril 1856, Charles, duc de Castiglione de Colonna. Veuve dès le 18 décembre suivant, sans enfant, elle orienta désormais sa vie vers la sculpture, dont elle avait déjà reçu les premiers éléments en 1854 et 1855, du sculpteur suisse Imhof. Elle exposa à Paris, en 1863, trois bustes, dont celui de Bianca Capello qui la classa d'emblée parmi les bons sculpteurs. Deux ans après, elle donna la Gorgone. Plusieurs de ses œuvres, placées à l'Hôtel de ville et aux Tuileries, furent détruites par le feu pendant la commune de Paris. Marcello fit aussi des aquarelles remarquables et s'essaya dans la peinture à l'huile ; son portrait, peint par elle-même, est à la galerie Pitti. Elle mourut à Castellamare le 16 juillet 1879. Elle légua au canton de Fribourg une collection importante de ses œuvres, et d'autres objets d'art, avec une somme d'argent pour payer les frais d'organisation. Cette collection, connue sous le nom de Musée Marcello, fut inaugurée le 29 juillet 1881.

La famille d'A. s'est éteinte dans la ligne masculine en la personne de Philippe, -j- à Villars-les-Joncs le 2 novembre 1869. — LL, I. — Zurlauben : Hist. militaire des Suisses. — Girard : Hist. des officiers suisses, I. — Id. : Nobiliaire militaire suisse, I. — May de Romainmôtiers : Hist. militaire de la Suisse, VI. — ADB.

- Mulinen ; Helvetia sacra. — F.-W. von Mùlinen : Bas franzbs. schweizeiTegiment am 10. August 1792.

- M. de Diesbach : Louis d'Affry, Landammann de la Sïiisse, dans JSG 1903. — Hartmann : Les Suisses célèbres des temps modernes. — Etrennes fribourgeoises. 1871, 1874, 1880, 1898. - Vallière : Honneur et fidélité. — ASG 1901. — Hyrvoix : Mort du grand Condé, Revue des quest. hist., 69, 1900, p. 194-206. — BSN, art. Henseler sur d'Affry. — ASHF1V, 13, 22, 25, 32, 39. - Rott : Inv., IV et V. — Die Schweiz, 1861, 4. — P. Girard : Oraison funèbre, 1810. — Almanach fédéral, 1882.

— AHS 1887, 88, 91, 93, 96, 97, 1902, 03. 04, 06, 08. -Fribourg artist., 1916, et passim pour les œuvres de Marcello.

— Le Chamois, 1871. — Sibmacher : Wappenbuch, 1605.

— La Chenaye-Desbois : Diction. I. — Duby : Recueil de pièces obsidionales, Paris 1786. — Maillet : Catal. monn. o&sid., Bruxelles, 1870. —Van Loon : Hist. métall. Pays- Bas, II. — Pour la bibliographie d'Adèle d'A., voir SKL. [L. M.]

DHB5 — 8

Adèle d'Affry (Marcello) Duchesse de Colonna D après un tableau d'Emile Blanchard (187S).

AFTERKAMM, Jean. Artilleur prêté à Zurich par le comte Philippe de Hesse; dans un document du 4 octobre 1531, le comte le laisse provisoirement à Zurich, qui manque de bons artilleurs. — J. Strickler : Aktenslg. z. Schweiz. Ref.-Gesch. III, Nr 1482. [F. H.]

AFSPRUNG, Jean-Michel. Pédagogue et écrivain populaire, * 21 octobre 1748 à Ulm, f 21 mars 1808 dans cette ville, 1770 précepteur à Vienne, 1771 professeur de littérature allemande à Saros Patak. Après un long séjour en Hollande, il retourna à Vienne, fut registrateur-adjoint de la Chambre des seigneurs d'Ulm et ensuite fonda un institut d'éducation à Heidelberg. En 1791, la révolution française le chassa à Saint-Gall et Lindau, d'où les Autrichiens l'expulsèrent. Il remplit ensuite les fonctions de secrétaire du gouvernement helvétique et, comme tel, fut chargé de la déportation de J.-G. Lavater. Au quartier-général de Masséna il subit un emprisonnement. Afsprung devint encore précepteur à Neuchâtel et à Saint-Gall et termina sa carrière vagabonde comme professeur de littérature grecque dans sa ville natale. Il fut naturalisé suisse le 12 oct. 17^8 et fit à cette occasion un discours remarquable (Voir Barth : Bibliographie der Schweiz. Geschichte n° 3888). Ses principaux écrits sont : Reise durch einige Canlone der Eidgenossenschaft ;• Briefe ùber die vereinigten Niederlande ; Bemerkungen ùber die Abhandlungen Kônig Friedrichs des Grossen von der deutschen Literatur. Sa palriotische Vorstellung an seine liebe Obrigkeit, Frankfurt 1776, dans laquelle il recommandait une réforme basée sur le réalisme de J.-J. Rousseau, ne lui valut, malgré l'approbation enthousiaste de D. Schubart, qu'un blâme des autorités. — Voir Fr. Nicolaï : Beschreibung einer Reise durch Deutschland, IX, p. 100. — Fr. Pressel : Joh. M. Afsprung, dans les Wûrttemberg. Jahrbùcher 1865, p. 277, ss. — ADB I 136 s. et II 797. [Alfred Schaer.J

AGARN ou AGAREN (C. Valais, D. Loèche. V. DGS suppl.). Vge et com. de la paroisse de Loèche- Ville, dont il fit partie administrativement sous la domination française et jusqu'après 1837. Agarn provient de Agartia; en 1252, Aert; 1267, Ayert. En 1272 déjà, il y avait à Agarn un entrepôt pour les marchandises des commerçants en passage. En 1799, après avoir enlevé le bois de Finge, les Français, commandés par le général Xaintrailles, incendièrent le village ainsi qu'Ems, Turtig et Varone. La chapelle fut scandaleusement mutilée. Agarn fut encore la proie des flammes en 1899 et en 1903. La prébende de recteur a été fondée en 1893 par l'ancien curé Ig. Hasler. Habitants: 1798, 94; 1829, 145; 1910, 292. [l. Mr.]

AGASSE ou plus anciennement Agace. Famille d'origine française. — 1. L'orfèvre parisien Etienne vint, au début du XVIIe' siècle, s'élablir à Genève qu'il quitta ensuite pour l'Ecosse. Il fonda une famille à Aberdeen ; son fils, nommé comme lui — 2. Etienne, revint à Genève, y fut reçu habitant en 1682 et s'y maria en 1689 avec Anne Plantamour, puis il regagna l'Ecosse. — 3. Le troisième, Etienne, fils et petitlils des précédents, ramena toute sa famille à Genève où il était né. Il en devint bourgeois avec ses deux fils, Philippe et

Daniel, le 15 décembre Jacques-Laurent Agasse

1742. — 4. Philippe eut . * . 5 , .,

, n r>„tu„„:«~ Daures un tableau reproduit dans

de sa femme, Catherine £ Uwt du Cente,Jir 1914. Audeoud, un fils et une fille. — 5. Le premier, *le

24 mars 1767, fut Jacques- Laurent, l'un des plus grands peintres genevois. A l'âge de huit ou dix ans, il montra déjà, comme en font foi des dessins encore existants, des dons incontestables. Mais, élevé dans un milieu bourgeois fort aisé, il ne cultiva tout d'abord ce talent

AGASSIZ

AGASSIZ

que pour son plaisir. Après avoir été, à l'école di peiature au Calabri, l'élève de Cassin et de Vanière, il suivit à Paris les leçons de David. En même temps il étudiait l'anatomie ;m Muséum d'histoire naturelle et au laboratoire. Les trouilles politiques qui avaient compromis plus d'une fortune genevoise) ruinèrent sa famille. Résolu à gagner sa vie par son art, il suivit le conseil de son ami lord Rivers qui t'engageait à se fixer en Angleterre. Désormais, il ne quitta plus ce pays. A Genève, il avait peint plusieurs fort beaux portraits, entre autres ceux de son parent Audéoud-Pazy, de sa sœur, de son cousin 1..-A. Gosse, etc., mais c'était surtout comme animalier qu'il excellait. Il persévéra dans ce genre et il créa bien des chefs-d'ceuv re. Il y acquit la célébrité mais non La richesse, trop peu courtisan pour réussir auprès des grands personnages qu'il eut maintes fois, à Londres, l'occasion d approcher. Il mourut le 27 décembre 1849. Sun œuvre assez considérable est disséminée dans les musées et les collections particulières d'Angleterre et de Genève. On trouvera au Musée d'Art et d'Histoire à Genève, le Lieu de ré< réalion, au Musée de l'Ariana la Négresse Albinoo ; beaucoup de familles genevoises possèdent des tableaux où Agasse, Adam Tœpuer et parfois Firmin Massot ont collaboré, l'un faisant les animaux, le- autres le paysage et les ligures. — D. Baud-Bovy: Peintres genevois, t. Il, Genève, 1904. — De Montet : France protestante, IIe édition. — JG, 1850, n° 6. — Rigaud : Recueil de renseignements relatifs ù la culture des Beaux-Arts à Genève, Genève, 1849. — MDG VI. [H. Rkvilliod J

AGASSIZ. Famille vaudoise originaire de Bavois, possessionnée à Orbe dès le XV* siècle, sous le nom d'Agasse. Antoine Agasse fut châtelain d'Orbe pendant vingt ans.' Il fut déposé le 23 juin 1531, dit Pierrefleur, parce qu'il était hostile aux Luthériens et s'opposait aux prédications d'Hollard et de Viret. Il mourut à Orbe le 7 juillet 1551. Cette famille a donné dès lors de nombreux fonctionnaires administratifs ou judiciaires dans la ville et le bailliage d'Orbe. — Armoiries: d'argent à l'agasse (pie) de sable posée sur deux écots croisés de même (de Mandrot). — \ariante: Mi-partie: à dextre de gueules chargé d'un lion ; à senestre, coupé en chef d'azur chargé de trois fleurs de lys et en pointe, traversé de gueules et d'or à mi-pieds. (CL, pasteur à Combremont 1796). [A. K.]

1. Louis-Rodolphe-Benjamin, pasteur à Saint-Imier, Môtier, Orbe et Concise, -j- 6 septembre 1837. Père de — 2. .Louis-JEAN-RODOLPHE, un des plus grands noms de la science suisse, * 28 mai 1807 à Motier (Vully),f 14 décembre 1873 à Cambridge (Massachussetts, Etats-Unis). Il fait ses études classiques au collège de Bienne et au gymnase de Lausanne. Puis étudie la médecine et les sciences naturelles à Zurich en 1824, à Heidelberg en 1826 et à Munich en 1827. Le 28 avril 1829, il est reçu docteur en philosophie; il avait présenté pour dissertation inaugurale quelques considérations générales sur les formations du squelette dans le règne animal. La même année, il publie, en collaboration avec Martius, son premier ouvrage, dédié à Cuvier : Selecla gênera et species piscium quas in itinere per Brasiliam annis 1817-1820 collegit et pingendos curavit J. B. de Spix ; digessit, descriptif et observationibus anatomicis illustravit L. Agassiz (Monachi 1829, f° avec 90 planches). Il reçut son diplôme de docteur en médecine, le 3 avril 1830 ; le sujet de sa thèse est : De taxi et syntaxi morphomatum telee cornese dictée. En possession de ce titre, il s'installe à Concise où son père était pasteur ; tout en pratiquant la médecine, il travaille à deux grands ouvrages, les Recherches sur les Poissons fossiles, qui ne seront terminées que dix ans plus tard, et les Poissons d'eau douce de l'Europe centrale dont un seul volume a paru, comprenant trois livraisons publiées en collaboration avec Cari Vogt. Pour compléter ses matériaux, il se rend à Paris en 1830; il y entre en relations intimes avec Cuvier à qui il était recommandé par Alexandre de Humboldt. Cuvier mit à sa disposition l'énorme quantité de documents qu'il avait rassemblés sur les poissons fossiles. L'amitié de Humboldt lui valut d'être nommé à la chaire d'Histoire naturelle

u gymnase de Neuchàtel. Pendant le séjour de 14 an- qu il lit dan;- cette ville, -un activité se porta sur une triple série de sujets. Il commença par te oseignementoù il acquit du premier coup une très grande maîtrise ; il créa et développa le Musée d Histoire naturelle qui conrande collection de poissons il eau douce et tous les fossiles qu'il avait rassemblés pour ses travaux. Dans le domaine scientifique, il continua ses études sur les poissons, en entreprit d'autres sur différents points de paléontologie. C'est à .Neuchàtel que parut son a'uvre capitale:

Recherches sur 1rs Poissons fossiles, 5 volumes avec 400 planches in-f° coloriées, 1833-43, qui lit de lui le fondateur de l'ichtyologie paléontologique, l'égal Louis Agassiz (1807-iJ

de Cuvier dans ce do- D'après un portrait tiré .le la biographie maine. Fuis parurent d'Agassiz par sa fen

successivement : Monographie d'échinodermes vivants et fossiles, l livraisons, 57 planches, 1838; Description des Echinoderniet de la Suisse, 2 livraisons, 25 pi., 1839-1840; Histoire naturelle des poissons d'eau douce de l'Europe cent 1 vol. avec 40 pi. color., 1839-1842; Nomenclator zoologicus catalogue de tous les genres animaux avec étymologie et bibliographie;, 1842; Monographie des /loi'ssons fossiles du vieux grès rouge d'Angleterre et de Russie fOld Red Sandstonej, 1 vol. avec 40 pi.

f°, color., 1844. A côté de ces études zoologiques, il se lança dans la géologie avec ses travaux qui établirent l'existence de la période glaciaire. Rappelons en premier lieu le

Sigualure de Louis Agassiz.

fameux discours d'ouverture de la vingt-deuxième session de la Société helvétique des sciences naturelles à Neuchàtel, le 24 juillet 1837. Dans ce premier discours, composé en une nuit, il pose les bases essentielles sur lesquelles est édifiée, de nos jours encore, la théorie glaciaire : l'origine glaciaire des blocs erratiques et des surfaces striées si fréquentes dans le Jura. (Voir à l'art. Glaciers l'histoire de cette théorie et la part qu'Agassiz y a prise. Les années suivantes sont consacrées à des études sur les glaciers alpins. C'est de cette époque que date le célèbre Hôtel des Neuchdtelois (voir cet article). Les résultats de ces recherches ont été publiés sous les titres : Etudes suites glaciers, 1 vol. av. 18 pi. f°, 1840 ; Système glaciaire; nouvelles études et expériences sur les glaciers actuels, 1 vol. av. 10 pi. f° et 2 cartes, 1847. Pendant son séjour sur les glaciers de l'Aar, Agassiz prit part aux ascensions suivantes : 4mf de la Jungfrau. 28 août 1841 : 2mt du Wetterhorn, 29 juillet 1845. En 1840, il traversa la Strahlegg, de l'Hôtel des Neuchâtelois à Grindelwald ; en 1845, le Lauteraarjoch, du Grimsel au pieddu Wetterliorn. — Pour recueillir les matériaux que ses études paléontologiques nécessitaient et pour prouver l'extension des glaciers quaternaires, il fit plusieurs voyages en Angleterre, en France et en Allemagne. Aussi ses publications sont-elles richement documentées et illustrées ; il donnait tous ses soins aux planches merveilleuses dont il accompagnait ses mémoires. Pour satisfaire à ces besoins, il entretenait plusieurs dessinateurs et avait créé une lithographie en engageant H. Nieolet à s'établir à Neuchàtel. Actuellement encore, les planches d'Agassiz n'ont pas été dépassées en beauté et en finesse. Depuis longtemps, il projetait un voyage aux Etats- L'nis pour étudier de près les poissons du Nouveau-Monde.

AGÀSSIZ

AGASSIZ

Humboidt réussit à intéresser à cette idée le roi de Prusse, alors prince de Xeuchàtel, et Agassiz fut chargé d'une mission scientifique : la comparaison des faunes des Etats-Unis et de l'Europe. Il s'embarqua en septembre 1846. Peu après son arrivée, il donna une série de «conférences sur le plan de la création, spécialement en ce qui concerne le règne animal o ; sur le conseil de Lyell, il avait élé appelé à l'Institut Lowell tle Boston.

Il y fit ensuite un cours sur les glaciers. Après ce début pédagogique, Agassiz se voue à sa mission et à l'étude de la question glaciaire en Amérique ; il n'est pas long à trouver des traces laissées par les glaciers, et qui venaient confirmer sa théorie.

Dans le but d'augmenter son matériel, pour étudier les poissons d'eau douce et pour apprendre à connaître le pays, il organise une expédition au îac Supérieur, à laquelle prennent part des étudiants, des naturalistes et des amateurs. A son retour, il réunit tous les faits nouveaux et les nombreuses idées que cette excursion lui a valu dans un ouvrage remarquable qui nous révèle un nouveau côté de l'esprit d'Agassiz, celui du géographe : Lake Super ior, ils plujsical c/taracter, végétation and animais, Boston 1850. Il rapporta de ses expéditions un puissant matériel dont il

fit le noyau d'un musée, qui devint plus tard le musée de zoologie comparée de Cambridge, l'un des plus importants du monde entier. Au printemps de 1850, il épousa en secondes noces Elisabeth Cabot Cary, de Boston (sa première femme était Cécile Braun, la sœur du botaniste Alexandre Braun, un ami d'Agassiz; il l'avait épousée en 1833); ce mariage fut pour beaucoup dans sa résolution de rester aux Etats-Unis. De cette époque datent ses recherches sur les formations coralligènes de la Floride, un sujet que son fils Alexandre devait reprendre plus tard. Il les fit a la demande du Dr Bâche, directeur du Coast Survey. Les résultats de ses recherches ne furent publiés intégralement qu'après sa mort ; son fils les fit paraître sous le titre de : Report, on the Florida Reefs by L. Agassiz, accompanied by illustrations of Florida Corals from drawings by A. Sonrel, Burkhardt, Alex. Agassiz a. Roetter, with explanation of the plates by L.-F. de Pourtalès, 1880. En 1857, il publie à Boston un ouvrage d'une portée philosophique, VEssay on Classification, réimprimé plus tard à Londres, traduit en français par Vôgeli, revu et augmenté par l'auteur, publié sous le titre De l'espèce et de la vlassi/ication en zoologie, Paris 1869. Il s'efforce de combattre la doctrine de l'évolution, en niant l'influence du milieu dans la variation des organismes. Il cherche aussi, le premier, à définir les termes de la classification : espèce, genre, famille, etc. Dans cette fameuse querelle des réalistes et des nominalistes, il se montre nettement réaliste en soutenant que ces groupes ne sont pas artificiels, mais correspondent à des réalités. Enfin, il nie l'existence d'un centre unique de création des organismes ; selon lui, les provinces zoologiques correspondent chacune à un centre de création distinct. — Il s'occupa également beaucoup alors de la question des races humaines ; il a développé ses idées dans un mémoire important, intitulé Sketch of the natural provinces of the animal world and their relation lo the différent types of man, qui a servi d'introduction au grand ouvrage de Nott et Glidon, Types of Mankind, Philadelphie 18o4. Contrairement aux idées courantes, Agassiz croit que les hommes ne proviennent pas d'une

he commune, mais de centres divers, et que les grou- )rimitifs de l'espèce humaine correspondent d'une ma-

soucl

pes primitifs de l'espèce humaine correspondent a une manière générale à la distribution des animaux et à leurs combinaisons en faunes. C'est, comme on le voit, la conclu-

Intérieur de l'Hôtel des Neuchâtelois. D'après un tableau de Burckhardt, 1842, un des membres de l'expédition (Musée de Neuchâtel).

sion de ses études zoologiques. — Dans la même période, Agassiz entreprend un ouvrage d'une grande envergure, les Contributions to the natural history of the United States, qui devait comprendre dix volumes ; quatre seulement ont paru, illustrés de 80 planches, 1857-1862. — Entre temps, on lui décerna beaucoup d'honneurs. En 1852, le prix Cuvier, qui était attribué pour la première fois, lui fut remis pour ses Poissons fossiles. Puis, en 1857, on lui offrit la chaire de paléontologie au Muséum d'histoire naturelle à Paris, poste qu'il refusa, estimant que sa tâche n'était pas terminée en Amérique. Après une nouvelle offre, qui reçut la même réponse, Napoléon III lui conféra la croix de la Légion d'honneur. L'été 1859, Agassiz le passa en Europe ; il rendit visite à ses amis d'Angleterre et de France, et vit en Suisse sa mère pour la dernière fois. De retour en Amérique, il reprit son activité professionnelle et scientifique. Quand éclata la guerre de Sécession, il prit parti pour les nègres, et chercha à justifier sa manière de voir par ses travaux scientifiques antérieurs. Mais depuis quelques années déjà, sa santé était minée par ses travaux excessifs; il dut s'accorder des vacances, et finalement un séjour au Brésil. Cette expédition fut défrayée par Nataniel Thayer, un de ses amis; après un séjour de trois mois à Rio-de-Janeiro, Agassiz et son état-major scientifique explorèrent pendant dix mois le bassin de l'Amazone. Agassiz s'était imposé deux sujets d'étude : la faune des eaux douces du Brésil et les glaciers quaternaires, dont il trouva des traces jusqu'aux sources de l'Amazone. Il ramena une quantité considérable de matériaux, dont entre autres 1500 espèces de poissons (on en connaissait jusqu'alors un peu plus de 100 pour l'Amazone), et un volume, écrit en collaboration avec sa femme : Voyage au Brésil, trad. par Vôgeli, Paris 1869. En 1871, il s'embarqua de nouveau sur un navire qui faisait le tour de l'Amérique, de Boston à San Francisco par le détroit de Magellan. Il en profita pour étudier les sargasses dont on ne connaissait pas alors l'origine, les Echinodermes et les glaciers sud-américains (il en découvrit des traces dans tout le sud du continent).

ni;

AGASSIZ

AGASSI/.

Le récit de cette expédition a *'- 1 <'• p 1 1 1 > 1 i *'■ sous le titre de : Un voyage d'exploration scientifique dan» l'Atlantique ri l'Amérique </" Sud, dans la Revue court scient., IV, l>. 1077 sa. (1873). • '• esl au coure de ce ravage, à Santiago, qu'il apprit Ba nomination de membre étranger de l'Instiiut de France De retour à Cambridge, il s'employa à fonder une école d'été sur la côte du Massachussi tl instituteurs el institutrices pussent, pendant leurs vacances, se récréer et s'instruire en étudiant l'histoire naturelle. Surmené par tousses travaux scientifiques et par

/*■' /~ ^> -^-^fc

Dessin de Louis Agassiz à l'âge de 12 ans. Tiré du Bull. f de la Soc. vaudoise des Sciences naturelles.

son enseignement, il mourut à Cambridge le 14 décembre 1873. On l'enterra au cimetière du Mount Auburn ; sur sa tombefutplacé un blocdegranitdu glacier de l'Aar. Sa mort fut considérée aux Etats-Unis comme un deuil national. Au point de vue scientifique, Agassiz a excellé dans trois domaines. Il est le fondateur de la théorie glaciaire et le pionnier de la glaciologie (voir l'art. Glaciers). En second lieu, on lui doit la création de l'ichtyologie fossile; dans cette partie, il est l'égal de Cuvier ; son ouvrage sur les Poissons fossiles est devenu classique et sa classification des poissons est, à peu de chose près, la systématique actuelle ; de plus, ses études sur les poissons vivants et leur embryologie sont, avec celles de Cuvier, les premières recherches méthodiques sur la question; les résultats qu'elles ont donnés forment la base de nos connaissances sur les poissons. En zoologie, il faut encore mentionner ses travaux sur les Echinodermes et les Coraux qui furent poursuivis par deux de ses disciples : Edouard Desor et Alexandre Agassiz, son fils. Un coté de son activité qu'on a trop méconnu, c'est celui qui a trait à la géographie physique. Grâce à ses recherches sur les glaciers suisses,

il acquis une si grande habileté à analyser les formes topographiques qu'il reconstituait avec une aisance surprenante l'histoire de la surface terrestre depuis les tempe quaternaires. Celte disposition est frappante entre autres dans son ouvrage sur le lac Supérieur. Cabot qui a le récit de cette excursion raconte qu'il décrivit à ses compagnons l'histoire des chutes du Niagara et qu'il leur en narra le développement futur. — Dans un autre domaine enfin, Agassiz est sans égal : c'est dans l'enseignement. Tous ses élèves, en Suisse comme en Amérique, ont raconté comment il savait se mettre à la portée d'un auditoire quel qu'il fût et exciter son enthousiasme pour les sujets les plus nouveaux et les plus ardus. 11 le dut à son esprit éminemment synthétique et à son amour pour l'humanité. En résumé, si Agassiz ne fut pas un génie à l'instar de Newton, de Lamarck ou de Pasteur, il rut cependant l'égal de HuinLoldt et de Cuvier. L'oubli dans lequel on le tient en Suisse est injuste si l'on songe que la seule époque pendant laquelle Xeuchâtel a été un centre scientifique vers lequel se tournaient lesregardsde l'Europe savante est précisément celle où Agassiz professait. — Voir : E.-C. Agassiz : Louis Agassi:, sa vie et sa c pondance ; trad. A. Major, Paris 1887. — J. Marcou : Life, letters and irorks of L. Agassi:, Londres 1896 (contient la liste complète des publications d'Agassiz). — !.. l-'avre : Louis Agassiz (Programme des cours de l'Académie de Neuchâtel, 1878-1879). — Centenaire d'Agassiz: plusieurs discours publiés dans le Bull. Soc. vaud. sciences nat., 1907. — M. de Tribolet : L. Agassiz et son séjour à Neuchâtel de 1832 à 1846 et Th. Studer : Die Bedeutung von L. Agassi: fur die zoologische Wissenschaft (dans les Actes de la Soc. suisse des se. nat. 1907). — W.James: L. Agassiz; words spoken at the réception of the americ. soc. of naturalists, Cambridge, 1897. — Soc. de Belles-Lettres : Souvenir de l'inauguration du buste élevé à L. Agassi:... Neuchâtel, 1887. — E. Blanchard: Un naturaliste du XIX' siècle, L. Agassiz (dans la Bévue des Deux-Mondes, juillet-août 1875). — Une bonne partie des archives d'Agassiz (correspondance, notes de cours et de voyages, manuscrits, ouvrages, originaux de planches), est conservée à l'Institut de Géologie de l'Université de Neuchâtel. Ses collections de zoologie sont la propriété du Musée d'Histoire naturelle de Neuchâtel ; il en est de même pour ses collections européennes de paléontologie.

3. Alexandre, fils du précédent, * 17 décembre 1835 à Neuchâtel, f 28 mars 1910 aux Etats-Unis. Ne s'établit en Amérique qu'après le second mariage de son père, en 1850. Il termine ses études à Harvard où professait son père ; étudie les sciences naturelles, chimiques et techniques, reçoit le titre d'ingénieur. Nommé assistant au U. S. Coast Survey en 1859 ; au Harvard Collège en 1860; inspecteur des mines de cuivre de Hekla sur le lac Supérieur, de 1866 à 1869. Gagne une fortune considérable en exploitant des mines.

Dès lors se voue entièrement aux sciences naturelles. En 1874, à la mort de son père, il est nommé curateur, puis directeur, en 1902, du

Muséum of comparative zoology de Cambridge. Cette institution lui doit le développement considérable qu'elle a pris et qui la place au premier rang des musées mondiaux, à côté de Londres et de Paris. Mais son activité principale s'est portée sur les recherches marines. Le Coast Survey ayant mis à son service les navires Blake et Albatross, il fit, de 1876 à 1905, de fréquentes expéditions

Alexandre Agassiz (1S35-1910) (Daprès un portrait tiré des

Actes de la Société suisse des sciences naturelles, 1910.)

AGASSIZHORN

Page 1