‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 64 sur 329 · AG0ST1S · texte numérisé non relu

AG0ST1S

AGRICULTURE

propriétaire du journal L Indipendente. Datte

/ Ticinesi, etc. — Tartini : Storia politica del cuntone Ticino, Locarno, 1904. — Gnbler : ueschichte des Kantons festin von t8S0-i84i. Di i i

agostis, Lorenzo Di . de Locarno. Capitaine an service du roi de France, servil avec ce grade en stor. Piémont (huis la seconde motiié du XVI" s. — BStor. 18711. Dr Cl

AGRA (C. Tessin, D. Lugano. V. DGS). On ne saii rien des origines de ce village. D'un inventaire de la cathédrale de Côme il résulte que les chanoines de Côme y po édaient des terres en 12(18. En 1472, Agraesl détache avec s. Pietro Pambio et d'autres localités, de la pai de Lugano pour constituer la paroisse de S. Pietro Pambio. En 1591, Agra avec le hameau de Bigogno (Bisogno) fait partie de la sons-paroisse de Barbengo et compte en\ iron 20 ménages avec 120 à 130 habitants ; en 18Ô1, Agra comptait 196 liai). ; en 1900, 164 : en 1910 : 185. Aujourd'hui il forme une sous-paroisse indépendante et appartient au cercle de Carona et au décanal de Lugano. Sous la domination des Visconti, au temps du duc Philippe-Marie, Agra fournissait 19 soldats aux troupes ducales. — Monti : Alti III. — BSlor. 1890 et 1904. D' C i

AGRICOLA. Voir ACKERMANN.

AGRICOLA. Evêque de Sion au VIe siècle, qui avait alors son siégea Octoaurum, le Martigny d'aujourd'hui. Son existence est attestée par la Chronique de Marius de Lausanne, relatant que, en 505, les moines de Saint- Maurice avaient formé contre lui une entreprise hostile. Probablement s'agissait-il d'un exemple de lutte soutenue parfois au moyen âge par les cloîtres jaloux de leur immunité, contre l'ingérence d'un évêque qui prétendait les soumettre à sa juridiction. — Voir Besson : Les origines des évêchés de Genève, Lausanne et Sion. [D. .).]

AGRICULTURE. La production agricole d'un pays est limitée en premier lieu par sa dépendance du climat et de la nature du sol (exposition, altitude, composition chimique). Ce sont là les conditions intrinsèques et essentielles de la culture. Elle est limitée ensuite par des éléments extérieurs nombreux et divers qu'on peut répartir en trois groupes : a) les débouchés (voies de communications, transports, marchés intérieur et extérieur, etc.) : — li) la personnalité juridique de l'agriculteur ; — cl la situation juridique de la terre et son organisation. En Suisse, tout particulièrement, ces facteurs sont caractérisés par une extrême variabilité. Il y a donc, dans un article aussi court que celui-ci, de véritables difficultés à décrire minutieusement l'état de l'agriculture au cours de notre histoire. Aussi l'on comprendra que nous nous soyons contentés — faute d'ailleurs de monographies précises pour la période antérieure au XVIII1, siècle — de donner quelques traits généraux.

D'une façon générale, le caractère humide du climat s'accorde assez bien avec la configuration accidentée du sol et sa composition chimique. De là, une prépondérance de la production fourragère — partant de l'élève du bétail — aux dépens de la culture des céréales qui exigent un climat sec.

De la production agricole des habitants des cavernes, nous n'avons aucune trace. Par contre, nous sommes un peu mieux renseignés sur l'activité des populations lacustres et des peuplades occupant à la même époque le centre du pays. Des recherches patientes ont permis de constater l'élevage du bétail, la culture des céréales, des arbres fruitiers et le tissage du lin.

Au début de la période que l'on a accoutumé d'appeler historique, les Helvètes occupaient la plus grande partie de notre pays. C'est par leurs vainqueurs, les Romains, que nous avons appris à connaître les travaux agricoles auxquels ils se livraient. La culture des céréales alternait avec celle des navets et autres racines. La vigne était connue. Ces populations celtes paraissent avoir attaché un grand prix aux bestiaux. Le fromage de l'Helvétie était très estimé au delà des Alpes. De la laine des moutons, on fabriquait des étoffes. Les chevaux étaient très recherchés. L'élevage des porcs sur les pâturages et dans les forêts semble avoir été assez développé. La concentration de la propriété foncière entre les mains des nobles et des druides, réditisait le peuple à l'état de servage. Et la production agricole, mal-

gré les remarquables aptitudes des habitante, étail relativement faible.

Romaine, bien servis par leurs soldats, utilisèrent mei eilleusement les dispositions naturelles des Helvètes à I agriculture et le régime foncier qu'ils trouvèrent établi. Sous leur' impulsion, la culture du sol prit — notamment en Suisse occidentale — un essor que ces contrées n'avaient point connu auparavant. Ils introduisirent de nouveaux produits, de nombreuses variétés d'arbres fruitiers el des végétaux originaires d'Orient. Il- apportèrent des méthodes de culture ignorées: la greffe, l'assolement biennal (la jachère alternant avec une céréale). L'exploitation des terres était libre pour chaque domaine. L'assolement biennal n'était limité par aucune mesure d'ordre général, telle que le ban des récoltes ou le parcours des troupeaux. On pratiquait également la culture alternante des Celtes. Le pays resta divisé en domaines; chacun dépendait d'un chef habitant au centre de sa propriété, groupant ainsi autour de lui ses colons, serfs orr esclaves.

Cette prospérité disparut avec les invasions. Au V1' siècle, la domination romaine prit fin en Helvétie. Deirx peuplades d'origine germanique s y fixèrent, apportant avec elles les usages qui leur étaient familiers. Les Alcmanes s'étendirent peu à peu dtr lac de Constance à l'Aar. Ils s'emparèrent du sol par la violence, car rien ne permet de conclure à un partage de la propriété foncière avec les anciens habitants, et formèrent de petites agglomérations, isolées les unes des autres, peu populeuses. Dans la Suisse occidentale, les Iîurgondes, organisant de gros villages, peu nombreux, partagèrent avec les Romains les fermes et les maisons d'habitation, les vergers et les terres de labour, les forêts et les pâturages. Alémanes et Rurgondes subirent bientôt l'influence de la civilisation romaine et la culture de leur sol s'améliora. I»e leur côté, ils introduisirent dans notre pays le système germanique de l'assolement triennal obligatoire avec le ban des récoltes et le droit de parcours du bétail sur les jachères. Cet assolement triennal comportait la culture successive des céréales d'hiver, céréales d'été, puis la jachère. Ce régime réglait le genre de culture, prescrivait un délai déterminé pour- l'exécution des travaux et ordonnait, sitôt les récoltes enlevées, de laisser- le terrain libre au bétail. C'est probablement à cette époque que. des débris des domaines romains, on constitua les biens communaux (allmends) Ainsi, toutes les terres, sauf les pâturages et les forêts d'utilisation commune, étaient soumises à de nombreuses restrictions entravant le développement de l'agriculture.

Soumis à la domination franque, les Alémanes et les Rurgondes n'apportèrent guère de changements à leurs habitudes. Tous les droits francs supposent un état où la population s'occupe principalement d'agriculture ; ils ollrent un système juridique où les produits de la terre dominent. Le village, comme centre de l'activité économique, était une partie de la Mari;, c'est-à-dire d'un ensemble de terres plus considérable, s'étendant souvent sur plusieurs lieues, qui était la propriété collective des habitants. On donne généralement comme traits caractéristiques de cette époque : la pauvreté des constructions, la pauvreté d'ustensiles agricoles, le nombre relativement faible des bœufs, les mauvaises prairies, la prépondérance de l'élevage des porcs. L'importance économique de la forêt ne correspondait pas à son étendue (chasse. bois, abeilles, pacage). A l'époque carolingienne, les monastères bénédictins ont seuls une véritable organisation agricole. Ils apportent un grand soin à la culture des légumes, des fruits (Sainl-Gall, Reichenaujet delà vigne. Ils entreprennent le défi ichement des forêts. C'est pendant cette période que se constituent les grands domaines fonciers, ecclésiastiques et laïques, les uns par achats, donations, ventes, les autres par usurpations. La constitution franque meurt. La population libre des campagnes disparaît de plus en plus; il n'y a plus de communautés libres, sauf en Suisse centrale, sous la forme d'union forestière (Markgenossenschafl) el dans les vallées italiennes (vicinanzej.ha féodalité s'établit. Toute cette civilisation est essentiellement agricole; mais sa production est réglée en vue de la satisfaction directe des besoins du seigneur et de sa familia, au couvent et de sa familia. Ces domaines vivent pour eux-

AGRICULTURE

AGRICULTURE

mêmes et par eux-mêmes (c'est ce qu'on a appelé le stade de Véconomie domestique fermée). L'échange n'existe pas. Toute la circulation depuis la production jusqu'à la consommation s'effectue dans le cercle fermé de la maison. L'agriculture, ainsi organisée, se trouve donc, vers la fin du XIe siècle, dans une période de stagnation. Ce qui lui donne un caractère économique différent à l'époque suivante, ce n'est pas l'amélioration des produits, mais la circulation de ces produits. L'économie isolée fondée sur la culture du sol a besoin de débouchés pour subsister. Ces débouchés, elle les trouve dans les villes où se tiennent ,les marchés. Dès le XIIe siècle, des villes nouvelles sont créées ; les villes anciennes reprennent vie ; la circulation de l'argent est plus grande, le mouvement commercial plus intense, on passe au stade de Véconomie urbaine : la ville devient le centre d'une région agricole. On l'a dit justement : « le caractère économique de la ville, c'est qu'elle est stérile ». On a beau y rencontrer des jardins, des étables, des allmends, sans l'afflux des produits de la campagne, elle mourrait de faim. L'ancienne économie rurale domestique se transforme. Les agriculteurs produisent en vue de la vente. Ils vendent aux bourgeois les produits du sol. En retour, ils leur achètent des produits industriels qu'ils étaient jadis contraints de fabriquer eux-mêmes, suivant des procédés rudimentaires. La culture des céréales progresse, quoique lentement. Elle paraît s'être étendue plus loin qu'aujourd'hui, jusque dans FObwald. L'élève du bétail prend de l'extension ; les produits laitiers font l'objet d'un commerce assez intense. L'élevage des porcs est en progrès. Les chevaux sont très recherchés. Des moutons, on tire de la laine et de la viande. Les produits des forêts augmentent de prix, par suite des déboisements. Font également de grands progrès : la culture des jardins, des arbres fruitiers, la viticulture (notamment dans le Pays de Vaud, depuis le XIIe s.). La pêche se développe. Par contre, l'apiculture et l'élevage de la volaille semblent subir un temps d'arrêt. Le sort des paysans s'améliore. La diminution de la valeur de l'argent diminue sans cesse la valeur des prestations fixes et héréditaires que les seigneurs perçoivent de leurs hommes: d'où une plus-value de la rente du sol. Pour en bénéficier, les propriétaires sont obligés de donner leurs terres à bail et de faire des concessions à leurs tenanciers (par exemple, dans la crise agricole à Fribourg, 1449). Dans ce nouvel ordre de choses, les couvents cisterciens sont des agents économiques extrêmement actifs. Fondés aux XII1' et XIIIe siècles, ils ont adopté dès le début une organisation économique en harmonie avec le nouvel état de choses, en exploitant directement leurs domaines. Possédant généralement de nombreuses vignes, ils vendent leur vin aux villes. Propriétaires de troupeaux de moutons importants, ils s'adonnent à l'industrie de la laine. Les monastères bénédictins — souvent trop petits — qui continuent à faire cultiver leurs propriétés par des tenanciers payant des redevances fixes, se voient rapidement acculés à la ruine. D'autre part, il se produit une immigration de la population rurale dans les villes. Il est certain que le moyen âge a souvent privé la campagne des bras nécessaires à la culture du sol.

Par la liberté politique, le commerce, la richesse, les bourgeois ont une énorme supériorité sur les habitants du plat pays. C'est pourquoi nous voyons dès le XIV' siècle les domaines de la plupart des seigneurs fonciers, laïques et ecclésiastiques, tomber au pouvoir des villes. (Rappelons à ce sujet, la querelle très caractéristique des Twingherren à Berne, 1471.) Si bien qu'à la fin du XVe siècle, on peut répartir les cantons en deux groupes : d'une part, les centres urbains, véritables seigneurs, tenant en étroite dépendance les campagnes et les pays leur appartenant; d'autre part, les communautés rurales de la Suisse centrale, véritables démocraties régies par le système politique issu de la communauté de biens. Alors, nous voyons se manifester dans certaines villes cette tendance qui durera jusqu'à la fin de l'ancien régime : localiser l'agriculture à la campagne, concentrer le commerce et l'industrie dans les cités. (Voir, par exemple, les prescriptions rie Waldmann à Zurich, à la lin du XVe siècle.) De cette centralisation politique naît une centralisation économique avancée et l'on peut dire qu'avec le

XVIe siècle, nous entrons dans une nouvelle période, que l'on a appelée Y économie nationale, et qui est caractérisée par le développement du commerce et de l'industrie, et l'intervention régulière d'intermédiaires entre le producteur et le consommateur. Mais pendant tout le XVIe siècle, le développement agricole est entravé par la situation politique particulièrement instable, les guerres civiles et les enrôlements à l'étranger.

Au XVIIe siècle, la Suisse fut troublée par la révolte dite Guerre des Paysans (1653), qui prit par la suite une allure politique. Pendant la guerre de Trente ans, la situation des classes agricoles avait été extrêmement prospère. Cette prospérité disparut avec la paix. Les tarifs douaniers de la France et des Etats de l'Allemagne du Sud paralysèrent le commerce et l'industrie. L'agriculture s'en ressenti! . Le prix des propriétés baissa. Les paysans qui avaient contracté des emprunts à de forts intérêts se virent dans le plus grand embarras. De plus, une émission de fausse monnaie vint augmenter leur détresse. Une révolte éclata. On sait comment elle fut réprimée. Le triomphe des villes fut complet et le paysan fut placé dans une dépendance économique plus étroite qu'auparavant.

Pour les XVIIe et XVIIIe siècles, il faut noter l'introduction de la pomme de terre et du tabac, l'extension de l'industrie fromagère et de l'élève du bétail, la culture des châtaigniers, près d'Estavayer, jusqu'en 1780. Il est juste de signaler aussi les tentatives de différents gouvernements (en particulier de Berne) pour intensifier l'agriculture (culture des céréales, de la vigne et du mûrier, élevage des porcs, partage progressif des biens communaux depuis 1760) et améliorer la condition personnelle des campagnards. Malgré les efforts des sociétés économiques de Berne, fondée par J.-R. Tschiffely (1760-1772), de Fribourg (1763), du pasteur Hirzel, malgré les découvertes de N. -Th. de Saussure, le créateur de la chimie agricole, l'agriculture ne parvint pas à sortir de l'ornière où elle était embourbée. Il faut en chercher les causes dans les faits que nous avons déjà signalés : l'assolement triennal, les lourdes charges réelles grevant les terres, l'endettement général et surtout le formidable développement industriel. De l'agriculture à la fin de l'Ancien Régime, nous pouvons, d'après l'excellent ouvrage de M. Rappard, L'agriculture A la fin de l'Ancien Régime, donner l'état suivant. Le fait principal, c'est la prédominance du pâturage sur la culture des céréales, et l'importance considérable du bétail et des laitages. Le gros bétail constituait un élément essentiel de la richesse du pays et un des éléments les plus importants de l'économie suisse. Les principaux débouchés extérieurs étaient la France et l'Italie. Le petit bétail n'était pas très considérable et ne quittait guère les montagnes. Par contre, comme au moyen âge, l'élevage du cheval tenait une grande place dans l'économie du pays. Des productions dérivées de l'élevage du bétail, il suffit de retenir le lait, le beurre et le fromage. Par suite du développement du commerce, les prix du lait et du beurre augmentèrent considérablement. Il s'ensuivit une production à caractère commercial, pour la consommation locale et régionale. En vue de l'exportation, l'industrie du fromage était devenue, au cours du XVIIIe siècle, une des branches importantes de l'activité économique. Le principal centre de production était la Gruyère et le pays de Gessenay. Ce développement intensif provoqua une augmentation constante de l'importation du sel, une hausse des prix des pâturages et une diminution de vente locale du lait et du beurre. De grandes exploitations fromagères furent créées, nécessitant un intermédiaire capitaliste entre le paysan et le consommateur. La culture des céréales était répartie à peu près comme suit :

a) les trois cantons primitifs ne fournissant pour ainsi dire pas de grains ;

bj la principauté de Neuchâtel, les Grisons, Glaris, Appenzell, Genève, Bâle, les vallées italiennes, de production insuffisante ;

c) Schalfhouse, Thurgovie, Saint-Gall, Zurich, Zoug, Lucerne, Berne, Fribourg, Vaud et Valais, produisant à peu près la quantité nécessaire à la consommation intérieure;

il Soleure et l'ancien pays d'Argovie, ayant une production normale légèrement supérieure à la consommation intérieure.

AGiuf;n/nuK

aquiculture

Dans son ensemble, la Suisse était lourdement tributaire de l'étranger et cette dépendance n'avait fait que s'accentuer pendant toul If XVIII' Biècle.

Bien que la superficie affectée à la culture de la vigne lut très faible, la viticulture était très soignée. Elle était dans lr Pays (li- Vaud » la source principale du bienêtre ». La culture de la pomme de terre était générale. Celle du lin et du chanvre variait beaucoup suivant les régions. La production des fruits, surtout en Thurgovie dépassait de beaucoup les besoins de la consommation intérieure ; de là, un commerce d'exportation assez intense. Les légumes ne donnaient lieu qu'à un commerce local. Le tabac n'était guère cultivé que dans la région septentrionale de la vallée de la Broyé. Dans les vallées italiennes, culture du mûrier et élevage du ver à soie permettant d'exporter la soie. Au début du XVIIIe siècle, les forêts constituaient pour la Suisse d'immenses richesses; mais par suite de la politique imprévoyante des gouvernements, les déboisements avaient réduit le pays, à la lin de l'Ancien Régime, à un état voisin de la pauvreté.

Un fait sur lequel on ne saurait trop insister', c'est qu'à la veille de l'invasion française, la grande majorité des paysans suisses étaient propriétaires, la terre devait nourrir son homme et absorber son activité. Dans la plaine, les terrains attenant à une agglomération, prés et jardins, étaient répartis en petites parcelles que chaque propriétaire cultivait à son gré. Autour de cette première zone, les champs appartenant aux divers membres de la commune. Au delà, une troisième zone constituée par les biens communaux, pâturages et forêts. La première zone avait une importance liés variable. Dans la deuxième, la culture était réglementée. L'assolement triennal était la règle générale. Çà et là des exceptions : en Thurgovie des essais de production intensive ; dans certaines contrées de Berne et en Valais, l'assolement biennal. Quant aux biens communaux, ils étaient pour la plupart exploités directement. Parfois les communes les affermaient ; les avantages qu'ils offraient aux rares bourgeois variaient suivant les régions. Dans la région intermédiaire, entre la plaine et la montagne, l'élevage prédominait; mais beaucoup de champs étaient laissés en jachère et les habitants étaient souvent obligés de prendre une occupation accessoire (par ex. l'horlogerie dans le Jura). Le rôle de l'homme étant insignifiant dans l'économie alpestre, le faire-valoir direct était exceptionnel.

Il faut dire maintenant quelques mots des nombreuses redevances féodales qui grevaient les terres. On peut distinguer deux sortes de prestations : les charges personnelles et les charges réelles. Les charges personnelles, plus vexatoires qu'onéreuses, consistaient dans le servage — qui avait d'ailleurs presque disparu et dont il eût été bien difficile de déterminer la nature juridique — et les corvées. Elles furent supprimées le 4 niai 1798. Ce fut pour le paysan plus une satisfaction morale qu'une amélioration matérielle. Les charges réelles étaient plus lourdes. Souvent perçues arbitrairement, elles constituaient parfois de véritables impôts. Nous ne pouvons que les énumérer, en nous contentant de renvoyer le lecteur à chaque mot : la Dîme, le Cens et les LODS. Autant de causes de mécontentement. Leur abolition jettera les paysans du côté des démocrates.

Au XIX1- siècle, l'agriculture fait, en Suisse, comme dans tous les autres pays, de grands progrès. L'abolition ou le rachat des dîmes, des cens, du droit de libre parcours, l'abandon graduel de l'assolement triennal, la division au moins partielle des territoires communaux, la mise en culture des territoires en jachère, tels sont les premiers changements qui se manifestent. On augmente la production des engrais de ferme. En 1816, on reprend la culture de la pomme de terre, un instant abandonnée. On tente la culture de la betterave sucrière. L'industrie de l'alcool se développe considérablement. En 1885, le monopole en est confié au Gouvernement fédéral. Des essais intéressants sont faits pour accroître la production du tabac. Ce qu'il importe de souligner, c'est le développement intensif de la culture des céréales pendant la première moitié du XIXe siècle. Entre 1850 et 1860, la Suisse aurait produit de quoi couvrir sa consommation pendant 290 à 295 jours. Par suite du mouvement commercial (développement des voies de communication) et de l'im-

portation des blés étrangers, une baisse lente se produisit ; à partir de 1870-1877, elle s'accentua et une véritable crise éclata. La superficie des terres emblavées diminua considérablement. A la lin du XIXe siècle, la Suisse n'aurait plus produit que pour 65 à 70 jours. D'autre part, il est aire de tenir compte de laccroissement notable de la production de l'unité de surface et des mesures île culture intensive prises pendant la guerre de 1914-1919. Du rendement de 8 à 10 quintaux par- hectare, on est arrivé jusqu'à .'Jlt quintaux par ha. Ces dernières années, la moyenne était de 20 à 25 quintaux. Si le pays supporta assez facilement la crise du blé, ce fut grâce au développement de l'élevage du bétail, de la production laitière et fromagère. La production fourragère avait augmenté par suite de l'introduction des plantes dites améliorantes (trèfle, esparcette, luzerne). L'économie alpestre, sous l'impulsion de K. Kaslhofer et de H. Schatzmann, avait pris un essor remarquable. Tandis qu'au X VIII- s. l'importance du bétail était la suivante : 1° espèce bovine, 2° chevaline, 3" porcine, 4° ovine, 5' caprine, au XIX" s. elle s'établit comme suit : 1° bovine, 2" porcine, 3° chevaline, 4" caprine et 5° ovine. L'accroissement des voies de communication, la multiplication des débouchés, la fabrication du lait condensé (première fabrique à Cham. fondée en 1867 j provoquèrent un essor de l'industrie laitière et fromagère qui n'a fait, depuis lors, que suivre une courbe ascendante. Tandis que l'arboriculture demeurait très florissante, la viticulture resla à un point mort. La sylviculture, grâce surtout à la législation fédérale, regagna le terrain qu'elle avait perdu au XVIII"' s. et au début du XIXe.

L'on affirme qu'actuellement, la surface du sol produit le double ou le triple de ce qu'elle produisait il y a un siècle. Avant la guerre la valeur de la production agricole était d'environ 950,000,00(1 fis. Dans ce développement, il faut tenir compte des progrès techniques réalisés: l'emploi de méthodes scientifiques, l'utilisation générale des engrais chimiques, surtout depuis 1850, le perfectionnement de l'outillage, les nombreux travaux d'assainissement effectués au cours du siècle dernier. L'Etat, gouvernement fédéral et gouvernements cantonaux, aidèrent de leur mieux la classe agricole. Ils accordèrent de larges subventions, prirent des mesures de protection contre les maladies contagieuses. Des écoles d'agriculture furent créées dès 1804 (Hofwil). Les plus importantes sont aujourd'hui : Strickhof Zurich), Grangeneuve (Fribourg), Rùti (Hernei, Mûri (Argovie). Une section agricole fut organisée à l'Ecole polytechnique. Des établissements fédéraux d'essais et d'analyses agricoles furent installés à Liebefeld, Zurich, Lausanne. Certains cantons fondèrent des écoles d'industrie laitière (Moudon, Fribourg) et de viticulture iVevey, Auvernier, Wâdenswil).

Eniin, à côté de sociétés qui ont pour but l'étude générale des questions d'économie rurale, il faut mentionner V Union suisse des paysans, à laquelle ont adhéré la presque totalité des autres associations agraires, et qui joue un rôle de plus en plus important.

Actuellement la petite culture est celle qui donne le revenu économique le plus élevé. Dans les petites exploitations, l'unité de surface rend presque le double, en produits divers, de ce que Ion tire des grandes cultures. Pour obtenir des rendements plus considérables, il y a encore de nombreux progrès à réaliser au point de vue des améliorations foncières, du travail du sol, de la production végétale et animale et de l'industrie agricole.

Bibliographie : F. et E. Anderegg : Bibliographie iialionnle suisse : Agriculture. 6 cah. Berne 1894 95. — Dictionnaire historique, géographique et statistique du canton île Vaud, art. Agriculture. — A. Furrer: Volkswirtschafts-Lexikon der Schweiz, art. Landwirtschaft,

— W.-E. Rappard : Le facteur économique dans l'avènement de la démocratie eu Suisse I. L'agriculture a la /in de l'amieu régime (Genève 1912). — E. Chuard : L'agriculture eu XIX' s. dans I'. Seippel : LaSuisse au XIXe s.

— Conrad Bàschlin : Die Blûtezeii der ôkonomischen Gesellschaft Bern (1759-4766) (Bernl917).— E. Chuard : L'avenir de l'agriculture Bibl. Universelle, t.XCIVn°282, juin 1919, p. 321 s.). — K . Bûcher: Etude d'histoire et d'économie politique, trad. Hausay. Bruxelles. Paris 1901.

Voir aussi les articles suivants : Alpestre (Economie). Bétail (Elevage). Lait Tndcstrie du).— Vigne. Jardins.

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