‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 95 sur 329 · UJ\\<;KS FRANCO-SUISSES · texte numérisé non relu

UJ\\<;KS FRANCO-SUISSES

kLUANCtiS FRANCO-SUISSES

roi, le 8 mai 1 7 1 "1. il ne cacha pas que le moment lui paraissait mal choisi (mur tenter avec quelques chances de Buccès le renouvellement <lc l'alliance. A la réflexion, il lui parut toutefois qu'en entamant des négociations avec les M'iils catholiques il contraindrait les protestants à y adhérer. L'événement ne répondit point à cette prévision. Outre que les conférences ouvertes à Bade en 1714 pour la paix entre le roi Très-Chrétien et l'empereur ne pouvaienl manquer de nuire à la célérité des démarches entreprises d'un autre côté par DuLuc ;i \ <-c les Confédérés, il devint bientôt manifeste que ce diplomate devait s'estimer heureux s'il réussissait à traiter avec les Suisses de l'ancienne croyance et les Valaisans, puisque ;iu--i bien le ministre de la eour de Vienne el le nonce du Saint- Siège travaillaient en secret à faire échouer son dessein.

Dès l'instant que Louis XIV se refusait à renouer son alliance avec les protestants, aussi longtemps que ceux-ci ne se seraient pas soumis à un arbitrage pour régler les démêlés qui divisaient le Corps helvétique, il semblait certain que les négociations ne pouvaient se poursuivre fructueusement qu'avec le- seuls catholiques. Elles aboutirent le 9 mai 1715, jour où fut si^né le nouveau traité.

Ce traité ne constituait certes pas un succès à l'actif de la couronne de France, puisqu'il ne liait à celle-ci qu'une partie du Corps helvétique, et de surcroît la plus faible, sinon comme nombre d'Etats, du moins comme puissance militaire et économique. Cette défaite s'aggrava avec le temps, lorsqu'on put se convaincre que les protestants se refuseraient à adhérer à un instrument diplomatique dont un grand nombre de clauses parais saient porter atteinte à l'esprit qui avait animé jus qu'alors les Conseils de la Confédération dans leurs engagements envers l'étranger. Ils n'admettaient pas le caractère perpétuel de l'alliance consentie par les catholiques (art. IIIe), estimant non sans raison «que des petits Etats, comme les leurs, ne doivent pas s'engager pour toujours avec un grand monarque qui peut tosi ou tard les entraîner après soy ». L'art. Ve, prévoyant la médiation royale dans les différends du Corps helvétique, suscitait de leur part de vives critiques. Il leur répugnait en outre de souscrire aux termes de l'art. XXe qui stipulait « que l'alliance défensive entre les contractants comprendrait non seulement ce que le roi possédait actuellement, mais aussi ce qu'il posséderait à l'avenir ». Enfin, et leur sens politique s'affirmait en cela très sûr, très prévoyant, ils protestaient contre la teneur de l'art. XXIe, où il était dit qu'au cas où le roi et ses successeurs marcheraient à la tète de leurs armées, les cantons seraient tenus de leur accorder une levée extraordinaire de troupes et que ces troupes les suivraient partout où il leur conviendrait de les conduire, clause selon eux contraire à l'Union liéréditaire qui liait les Confédérés à l'empereur.

En précipitant la conclusion du « renouvellement » avec les seuls Etats catholiques des Ligues, le vieux roi nourrissait l'espoir que les protestants se hâteraient de solliciter leur inclusion au traité, encore que l'ancien demeurât en vigueur en ce qui les concernait, puisqu'il était appelé à ne prendre fin que huit ans après le décès du monarque ou de son héritier présomptif. Les magistrats des cités évangéliques surent déjouer ce calcul el « gardèrent le silence ». Ce fut donc le régent qui, par l'entremise du résident britannique aux Ligues, se décida, en 1719, à entreprendre des démarches auprès de l'autorité bernoise afin de sonder ses dispositions en vue de la reprise des négociations. Aussi bien le roi d'Angleterre avait fait savoir à Paris qu'il lui paraissait souhaitable que le gouvernement français vécût en bonne intelligence avec les cantons protestants. Or ceux-ci entendaient que les premières propositions relatives à la restauration de l'alliance vinssent du Louvre. Les ministres de ce dernier durent y consentir. Ce qu'ils souhaitaient en somme, c'était de convertir l'alliance « particulière » de 1715 en une ci générale » avec tout le Corps helvétique. Le marquis d'Avaray représentait à cette date la France à Soleure. Il ne fut pas long à reconnaître que. si certains Etats, tels Claris, Bàle, Frihourg, Soleure,

Schaffhouse et Appen/.ell inclinaient vers cette solution, Lucerne, Schwyz, Uri, Dnterwalden et Zoug, en revanche, songeaient uniquement i recouvrer, en vertu de la réversale à eux accordée par Louis XIV, les terres que leur avait l'ait perdre la paix d'Aarau. Quant à Zurich et à Berne, leur altitude a l'égard du corps catholique ne semblait rien moins que conciliante. D'autre part, le jeune roi répugnait à consentir à ce que la restitution réclamée par les petits cantons fût demandée en son nom. En septembre 172't. les Conseils de Berne, ébranlés par les représentation- d'Avaray, paraissaient incliner vers la t restitution ». A dire vrai, ils n'y persistèrent pas. Aus-i bien, on était résolu à Paris à n'exiger celle-ci

ni par la menace, ni autrement ».

La situation était telle lorsque, en 1 727. le marquis de Bonnac succéda au marquis dAvaray. Il apportait à Soleure une nouvelle très propre à le faire bien venir des protestants. Le roi renonçait • à leur contemplation » au traité de 1715. La négociation semblait dès lors en bonne voie, d'autant que, dans ce même temps, le renouvellement de l'alliance des catholiques avec le Valais fortifiait la puissance de ceux-là. Dès 1729. l'ambassadeur fut autorisé à déclarer aux cantons évangéliques que Louis XV souhaitait le renouvellement du traité avec les Suisses « et qu'il verroit avec plaisir que le Corps helvétique s'assemblât pour délibérer -ur cette affaire ». On put croire que l'annonce de la naissance d'un dauphin survenue dans ces entrefaites et les réjouissances à quoi elle donna lieu au siège de l'ambassade contribueraient à hâter la solution favorable des négociations. Cet espoir devait être déçu. Toutefois, dix-huit mois plus tard, comme les dispositions paraissaient assez favorables à Rerne, Bonnac fut autorisé, par une dépêche en date du 20 mai 1731, à se rendre à la diète de Bade et à y déclarer « qu'il ne croyoit pas pouvoir annoncer une meilleure nouvelle au Corps helvétique que celle de la volonté où Sa Majesté paraissait être de demander incessamment, selon les formes ordinaires, le renouvellement de l'alliance ». Bonnac suggéra de prendre pour bases du traité à intervenir la pai.r perpétuelle de 1516 et l'alliance de 1663, en y introduisant les modifications jugées nécessaires de part et d'autre. Zurich prit le contre-pied de toutes les propositions de l'ambassadeur et persista dans cette attitude, encore que, de Paris, on menaçât ce canton de ne plus le reconnaître comme Vorort et de faire attribuer cette qualité et ce privilège à Berne.

Rebuté par les difficultés qu'il rencontrait auprès des grands Etats protestants, l'ambassadeur français chercha a gagner les petits à sa cause. Il y travaillait, lorsque, la guerre s'étanl rallumée en 1733 entre l'empereur et le roi Très-Chrétien, ce dernier, dans une lettre datée du 29 nov. de cette année-là, lui prescrivit de ne pas pousser plu- avant se- négociations. Celles-ci furent reprises en 1738 par le marquis de Courteille. Le roi paraissait de plus en plus désireux d'assurer la frontière de ses Etats contre toute agression du côté du Jura et d'être autorisé à organiser des levées de troupes sur le sol de la Confédération, de l'aveu des cantons. Mais les obstacles que présentait la restitution des conquêtes berno-zuricoises de l'année 1712, joints à la répugnance que l'on éprouvait à Paris à admettre Genève au bénéfice du nouveau traité, et aux difficulté- que rencontrait dans les deux grands cantons protestants la poursuite des négociations tirent échouer derechef ces dernières (1739i. Le marquis de Paulmy tenta bien de les remettre sur pied en 1751. Ce fut en vain. Et son successeur Théodore Chevignard de Chavigny ne fut pas plus heureux à cet égard. « Quelques insinuations » lui fuient faites par Bàle en 1755 en vue d'un renouvellement d'alliance, mais les choses en restèrent là.

Un (joint demeurait seulement acquis. Du côté des cantons protestants, le désir d'une entente s'affirmait chaque jour davantage. Lors des troubles survenus à Berne en 1749, il eût suffi d'une ingérence malveillante de la France dans les affaires intérieure- de ce canton pour provoquer la chute du régime. Or cette ingérence ne s'était pas produite. Bien plu-, on s'était résolu au Louvre à accorder aux Suisses protestants établis dans le royaume les mêmes privilèges qu'aux Suisses catholiques et à les exempter du droit d'aubaine. En revanche, le roi avait un in-

ALLIANCES FRANCO-SUISSES

FNTRI I DE SON I \( I J II \( I Al IF. MARQI is DE VERGENNE S.AMBASSADEUR DE SA MAJESTE TRES-CHRETŒNNI I I 1)1 M"LES DÉPUTÉS DU LOUABLE CORPS HELVÉ TIQUE. DANS LEG1 rSE COLLÉGIALE DE S!URSETSI V1C TOR ISOI EURE POUR PRI Il R 11. SI RMEN1 1)1 RI \Ol VU 1 I VIENT L)f LALLIANCE LE \\\ I) AOI S 1 .UDCCI. XXVII

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Alliances Iranco-

uisses. Ri'ii

luvellemenl de I Ulianee à Soleure : Entrée du cortè (Bibliothèque nationale suisse, Berne).

:c dans la Collégiale.

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U'iri majeure être assuré que les cantons évangéliquct ne pactiseraient pas avec Bes ennemis et que, à Neuchâtel, ne s'organiserait pas dans la suite un plan d'invasion militaire de la Franche-Comté. Trois hypothèses Be présentaient à première vue : soit que Louis XV tentât de conclure une alliance particulière avec les protestants, soit qu'il travaillât à leur adhésion au traité die 1715, soit enfin qu'il préférai procéder au renouvellement d'une alliance générale, pareille à celle tie 16fiîi. »

Le décès du roi survint dans ces entrefaites. Selon l'usage, Louis XVI fit notifier aux puissances étrangères son avènement au trône. Sa lettre aux treize cantons demeura longtemps sans réponse. Quand les catholiques rompirent le silence, le 28 novembre, ce fut pour lui demander le ici vellement du traité de 1715. La question

était désormais licitement posée. Satisfaire à la requête des Lucernois et de leurs adhérents eût été se priver à tout jamais des services des protestants, lesquels, de mit- (■mil, n'avaient pas été avisés à temps île la démarche de leurs confédérés de l'autre croyance et s'en formalisaient Après maintes tergiversations, on se décida pour une alliance générale. M. de Picamilh, secrétaire de l'ambassade, fut chargé de sonder l'autorité bernoise à cet égard. Il acquit bientôt la certitude i|ue l'initiative de l'ouverture dos négociations franco-suisses ne viendrait en aucun cas des protestants. On s'arrêta à Paris à l'idée de la faire prendre aux catholiques, et cela en leur suggérant Certaines modifications au traité, modifications de nature

à permettre à leurs adversaires confessionnels d'y accéder. Cette invitation ayant été déclinée, le roi se résolut à rappeler de Soleure son ambassadeur, le chevalier de Beauteville et à le remplacer par le marquis de Vergennes, frère de son premier ministre. Ce diplomate, revêtu tout d'abord élu titre de ministre plénipotentiaire, le fut bientôt de celui d'ambassadeur, dès (pie ses démarches commencèrent à prendre une tournure encourageante. Ses instructions lui prescrivaient de faire le silence aussi bien sur la restitution possible du comté de Rade, que sur la fameuse réversale de l'année 1715, dont les protestants ignoraient au reste le contenu.

Les négociations furent longues et épineuses. Le traité ne fut signé (pie le 28 mai 1777. Il comprenait vingt et un articles, confirmait la paix perpétuelle de l'année 1516, précisait le caractère purement défensif de l'alliance, garantissait à chacune des deux parties contractantes les secours de l'autre en cas de guerre, assurait à la France la faculté de faire des levées sur le sol helvétique jusqu'à concurrence de six mille hommes, interdisait la conclusion de tous autres traités dont les clauses eussent été contraires, instaurait le régime des capitulations militaires indépendantes et renouvelables au gré des intéressés et contenait des stipulations précises quant aux rapports de nature juridique entre les parties. Sa durée prévue était de cinquante ans. La solennité du « Serment » eut lieu à Soleure le 25 août.

Ce n'est pas le lieu de faire le récit des événements qui suivirent et des bouleversements que la Révolution française amena dans les rapports entre les deux pays, ni de la chute de l'ancienne Confédération et des négociations qui aboutirent, le 19 août 1798, à un traité d'alliance offensive et défensive entre la France et la République helvétique, ou de celles qui précédèrent soit VActe de médiation (19 février 1803) œuvre du Premier Consul, soit le traité d'alliance défensive avec la France, imposé aux cantons par ce dernier le 27 octobre de la même année, soit les nombreuses capitulations militaires conclues dès lors entre les représentants des deux pays. s,,it le Congrès de Vienne de 1815 qui fixa définitivement le statut de la Suisse et fil passer le nombre de ses Etats de dix-neuf à vingt-deux. L'étude de ces négociations trouvera place dans d'autres articles. Nous nous sommes proposés de retracer à grands traits l'histoire des relations diplomatiques de notre pays avec la France au cours des siècles écoulés et plus particulièrement celle des traités d'alliance qui consacrèrent cl développèrent l'amitié rpie des intérêts communs et une affinité de sympathie n'ont cessé d'entretenir entre les deux pays. [E. Rott.]

():i •■(• borne dans la nomenclature qui suit à indi-

quer, d une part, les principaux ouvrages à consulter sue le sujet traite, et d'autre pari, ceux qui, quelle que soit ii m importance, n'onl pas trouvé place dans les répertoires bibliographiques de Barth et de Brandstetb r.

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ALLIANCES HISPANO-SUISSES. V. Espagne.

ALLIANCES ITALO-SUISSES. Voir Italie.

ALLIAZ (C. Vaud, D. Vevey, Corn. Blonay. Voir DGS). Bains réputés déjà au XVlf s. Dans sa Vallesiiv descriplio (1574), Simler parle, d'après le médecin sédunois Anihùhl, de la source froide et sulfureuse du « mont Lala » qui guérit les galeux. En 1811, M. Blanchenay construit un établissement de bains qui fut incendié en 1818 et reconstruit. Depuis 1893, une fête de la mi-été se célèbre en août à l'Allia/.. L'origine du nom est controversée ; à rapproche!'

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