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sans être malmenés, dans le canton de Fribourg ou dans le Valais et la Savoie (chapitre cathédral). Si, sur les frontières des terres catholiques, les habitants continuèrent, pendant un certain temps, à aller en secret aux
Vaud. Chœur de l'église de Monteherand. D'après une photographie
offices de l'ancienne religion, la grande majorité se soumit sans protester à la « foi et loi de MM. de Berne ». La Réforme s'établit si paisiblement qu'il n'y eut, à notre connaissance, aucune violence, d'aucun côté.
Le gouvernement avait compté trouver dans le pays même, dans les rangs du clergé, les pasteurs nécessaires ; il fut déçu ; il dut se contenter au début de Français réfugiés, qui ne lui donnèrent pas toujours toute satis-
fac i. Aussi, dès 1537, il fonda à Lausanne un collège
et une académie, qui devaient être une pépinière de jeunes minisl res. L'Église réformée du Pays de Vaud ne fut organisée que progressivement. Elle le fut suivant les mêmes principes que l'Église bernoise, mais le gouvernement n'imposa pas sans tempéraments à ses pays conquis le régime de l'ancien pays ; pendant les vingt premières années, l'action de quelques magistrats inlluents fut prédominante ainsi que celle de Pierre Viret, qui jouissait de toute la confiance de ceux-ci. L'Église vaudoise était une Église d'État ; le gouvernement, en vertu de sa charge de « magistrat chrétien », devait veiller au salut de l'âme de ses sujets ; fixer le dogme et les rites ; nommer les pasteurs et les payer était de son ressort, comme aussi de les soutenir dans leur tâche et de châtier ceux qui ne se soumettaient pas à leur ministère. Ce ne fut pas facile d'établir quelles étaient les compétences du souverain et quels étaient les droits que les ministres du culte tenaient de Dieu. Les pasteurs abandonnèrent sans trop de peine tout ce qui touchait au temporel : administration des biens d'Église, nomination des pasteurs, droit de s'assembler en synodes, mais ils furent intransigeants en matière de discipline ; ils revendiquaient le droit d'exclure de la communion ceux qui leur en paraissaient indignes. Ce conflit s'aggrava au point d'amener Berne à déposer Viret et quelques-uns de ses collègues et à accepter la démission de la plupart des pasteurs d'origine française (janvier 1559). L'académie ne se remit jamais de cette crise. L'Église s'en accommoda plus facilement. Le pays était acquis à la foi nouvelle au point que, lorsqu'au lendemain du traité de Cateau-Canilirésis. Emmanuel- Philibert réclama la restitution de ses États, les Vaudois manifestèrent un attachement inébranlable au nouveau régime. Les Vaudois eurent plus de peine à s'habituer à la discipline morale que la Réforme prétendait leur imposer ; ordonnances, sermons et châtiments fuient impuissants à réprimer leur goût pour la vie facile.
Vers 1540, il y avait 66 pasteurs, 6 diacres et 9 régents ministres ; en 1558, le nombre des cures s'élevait à 83 ;
il était de 10"2 en 1584. Les pasteurs étaient répartis en six classes : Lausanne- Vevey, Payerne, Yverdon, Mortes. Gex et Thonon ; ces deux dernières disparurent en 1567 quand ces territoires furent restitués à la Savoie, mais, au même moment, la classe d'Orbe-Grandson fut détachée de celle d'Yverdon. Dès lors, et jusqu'en 1823, il y eut cinq classes. Elles faisaient au gouvernement des propositions pour les nominations aux postes vacants. Pour ,être admis dans une classe, un ministre devait primitivement faire preuve de ses qualités devant le bureau de la classe et les ministres de Berne ; il était alors consacré par la classe et désigné au Petit Conseil qui le nommait après lui avoir fait prêter serment. Plus tard, ce fut l'académie qui décerna le brevet de capacité et procéda à l'imposition des mains ; la classe se bornait à présenter les candidats au gouvernement chaque fois qu'un poste devait être pourvu. Mais cette procédure ne fut établie qu'à la longue et il y eut plus d'un conflit entre les classes et l'académie, d'une part, qui toutes deux prétendaient pouvoir consacrer les jeunes ministres, et les classes et le gouvernement, d'autre part, ce dernier usant parfois de son droit souverain pour introduire des ministres au sein des classes ou les nommer sans passer par elles. Quelques seigneurs avaient le droit de proposer les pasteurs, qu'ils payaient, mais la présentation par la classe et la nomination par le souverain étaient de rigueur, même dans ce cas.
Le gouvernement avait pris l'habitude de consulter volontiers le Convent de la capitale sur toutes les questions ecclésiastiques, même sur celles qui concernaient le Pays de Vaud ; ce corps, et le doyen de Berne plus spécialement, ont. donc joué aussi un rôle important dans la direction de l'Église vaudoise. L'Église vaudoise fut longtemps ballotée entre les influences bernoises et celles de Genève, qui était devenue la capitale de la Réforme de langue française. Ainsi en matière de rites : au début, on utilisa une liturgie due à la plume de Farel ; à partir de 1542, elle fut remplacée progressivement par la Forme des prières ecclésiastiques de Calvin. En 1551, le gouvernement exigea que l'on employât une traduction du Cancellbuchlein bernois ; mais ses efforts furent vains. Il fut plus heureux en matière de dogmes ; il obtint, non sans peine, que l'Église vaudoise ne suivît pas le réformateur de Genève dans sa doctrine de la prédestination, et encore moins dans ses tendances théocra tiques.
Pendant la première moitié du XVIIe s., l'orthodoxie la plus stricte régna au sein de l'Église vaudoise, sous la surveillance inquiète de l'autorité bernoise. Mais, dès la seconde moitié du siècle, la pure doctrine parut menacée, un peu partout, par le cartésianisme naissant et par les idées hétérodoxes de plus d'un théologien protestant. Pour parer à ce danger, les villes évangéliques de Suisse firent rédiger en 1675 la Formula Consensus, qui devait réaliser l'accord entre les Églises dans le domaine de la théologie. Les pasteurs du Pays de Vaud durent la signer comme ceux des terres allemandes de LL. EE.
Pour extirper le piétisme qui semblait se répandre à Berne, le gouvernement imposa à tous les magistrats le Serment d'association, par lequel ils s'engageaient à maintenir la pure doctrine et, à combattre toutes les idées qui seraient contraires à la Confession de foi helvétique (1699). Le même serment fut imposé aux pasteurs et aux régents du Pays de Vaud sous une forme plus précise encore qui condamnait nommément le piétisme, le socinianisme et l'arminianisme. Le clergé se soumit. Le piétisme proprement dit ne pénétra pas très profondément dans le pays ; il y toucha surtout des laïques, tel le secrétaire Magny, de Vevey. La persécution fut moins vive qu'à Berne. Le clergé dans sa généralité, était resté à l'écart de ce mouvement. Le libéralisme le gagna davantage. L'académie y était acquise ; elle évi-
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tait de faire prêter le serment d'association aux jeunes proposants ; elle les laissait accompagner de restrictions leur signature du Consensus et fermait les yeux quand ils ne le signaient pas du tout. Cette attitude fut dénoncée à Berne par la classe de Morges, restée très attachée à l'orthodoxie, et il en résulta une crise grave (1715-1723). Malgré les explications et les prières de l'académie, malgré les interventions .de protestants notoires du dehors, LL. EE. exigèrent que. tous les professeurs et tous les pasteurs signassent sans réserves le Consensus et prêtassent le serment d'association. Après une résistance qui fut longue, mais qui aurait pu être plus ferme, la plus grande partie des ecclésiastiques se résigna et obéit ; ceux qui avaient tenu bon cédèrent à la fin aux instances et aux menaces, après avoir reçu quelques éclaircissements qui soulageaient un peu leur conscience. Un pasteur seulement, un Watteville, de Berne, et quatre proposants restèrent inébranlables.
Ces incidents marquèrent le triomphe du césaropapisme bernois, mais ils déconsidérèrent le clergé et l'autorité, et la tentative du major Davel n'est pas sans rapport avec cette affaire. La victoire de l'orthodoxie, il est vrai, ne lui assura pas un règne très long. L'esprit du siècle gagna bientôt le gouvernement comme le clergé. La Formula consensus ne fut plus considérée que comme une règle d'enseignement contre laquelle on ne devait ni parler ni écrire ; on cessa de le signer après 1758 ; le serment d'association n'était plus qu'une simple formalité qui n'engageait point la conscience de ceux qui le prêtaient.
En 1758, le gouvernement publia, sous le titre d'Ordonnances ecclésiastiques, une véritable constitution de l'Église vaudoise. Calquée sur l'organisation de l'Église bernoise, cette constitution ne donna pas satisfaction au clergé vaudois. Le travail fut repris, renvoyé à une commission et, après une longue étude, de nouvelles Ordonnances ecclésiastiques furent promulguées en 1773 ; elles restèrent en vigueur jusqu'à la fin du régime bernois, et même au delà.
La Bévolution n'apporta pas d'autre changement au statut de l'Église vaudoise que la suppression des consistoires, ces tribunaux de mœurs qui étaient détestés. Du reste, dans le canton de Vaud, la révolution ne fut pas le moins du monde anticléricale. L'Église souffrit cependant de l'épouvantable désordre de cette période d'anarchie ; pendant deux ans, les pasteurs ne reçurent aucun traitement. Dès 1803, la situation redevint stable.
Le régime des Ordonnances bernoises de 1773 avait satisfait tout le monde, le clergé comme les fidèles ; il fut intégralement maintenu et dura jusqu'au 1er janvier 1840. Le Petit Conseil vaudois se substitua au Sénat bernois dont il hérita les prérogatives ; l'Église restait une Église d'État, dans toute l'acception du terme. Si la forme fut celle du passé, l'esprit bientôt se modifia. A partir de 1815 déjà, de 1820 surtout, le Béveil agit au sein du clergé, comme parmi les fidèles. Le mouvement fut très profond, si bien qu'on a pu dire, avec quelque exagération, il est vrai, que ce fut là la véritable Béforme pour le canton de Vaud.
Les plus nobles esprits et les cœurs les plus généreux furent touchés par le Béveil, dont les plus illustres représentants sont le doyen Curtat et Alexandre Vinet. Mais le Béveil se heurta à l'hostilité d'une partie du clergé, du gouvernement et de la masse de la population. Beaucoup d'ecclésiastiques voyaient dans les idées nouvelles un blâme indirect de leur attitude ; le gouvernement, ultra-conservateur, y soupçonnait un individualisme et un libéralisme qui lui étaient odieux ; le peuple reprochait aux « mômiers » leur vertu, leur sévérité morale, leur propre justice, parfois leur excentricité. Il traitait d'aristocrates des gens qui s'estimaient plus chrétiens que les autres. Gouvernement et populace s'entendirent pour persécuter les pieux disciples du Béveil. Ceux-ci aimaient à se réunir entre eux dans des « conventicules » ou des « oratoires » pour y célébrer un culte moins froid que celui des églises officielles. Ces réunions furent troublées par des voyous que l'autorité laissait faire. Le 20 mai 1824, le Grand Conseil votait une loi interdisant toute assemblée religieuse en dehors
des cultes officiels de l'Église nationale. C'était donner à la persécution une base légale. Cela contribua à développer au sein du Béveil une tendance à la dissidence qui s'y trouvait déjà en germe sous des influences méthodistes venues d'Angleterre. Tandis que le doyen Curtat restait fidèle à la conception multitudiniste de l'Église, Alexandre Vinet se faisait, dans des brochures retentissantes, le champion de l'indépendance de l'Église vis-à-vis de l'État.
L'hostilité était telle contre les « mômiers », que, malgré le triomphe du libéralisme à la fin de 1830, la nouvelle constitution de 1831 ne garantit pas la liberté des cultes et que la loi de 1824 ne fut rapportée qu'en 1834. Les questions religieuses passionnaient l'opinion et la discussion d'un nouveau statut de l'Église agita les esprits pendant bien des années. L'orthodoxie se heurtait au libéralisme, le césaropapisme aux tendances à l'indépendance, le cléricalisme au désir de faire participer les laïques à l'administration de l'Église. Finalement, les tendances réactionnaires l'emportèrent. La loi du 1 \ déc. 1839 conservait à peu près sans changement l'organisation bernoise, mais la Confession helvétique avait été supprimée comme règle de foi et remplacée par la Bible seule. Beaucoup de pasteurs orthodoxes, inspirés du Béveil, y virent le triomphe d'un latitudinarisme dangereux et furent encouragés dans leur> tendances séparatistes. La révolution du 14 février 1845 faisait disparaître un régime qui avait eu la confiance du clergé ; la haine des « mômiers » était un des éléments qui avait amené la victoire du parti radical et ses chefs ne cachaient pas leurs sentiments à l'adresse de l'Église. Les difficultés naquirent aussitôt et allèrent s'accumulant. Non seulement la constitution nouvelle ne proclama pas la liberté de culte, mais le gouvernement se montra prêt à recommencer les persécutions : il exigea des pasteurs, contrairement au texte de la loi, que ceux-ci fissent lire en chaire une proclamation politique ; les pasteurs qui refusèrent de le faire ayant été acquittés par leurs pairs, le gouvernement les suspendit de son propre chef. Le clergé répondit par une démission en masse, le 12 novembre 1845.
Le Conseil d'État avait pour lui la grande majorité du peuple vaudois ; il put se montrer intransigeant. Les pasteurs qui ne retirèrent pas leur démission furent radiés ; ils fondèrent l'Église libre. Il y avait alors 146 paroisses avec 170 pasteurs en titre ; après la démission, il ne restait plus que 99 pasteurs ; il fallut modifier la répartition des paroisses et faire flèche de tout bois pour assurer le service divin dans l'Église nationale. Une crise au sein de l'académie, dont tous les professeurs avaient été cassés sauf un, ne facilitait pas le recrutement du clergé ; il fallut des années pour que l'on en revînt à un état normal.
La Constitution fédérale de 1848 donna enfin au canton de Vaud la liberté religieuse que la constitution cantonale ne garantissait pas. Les animosités se calmèrent peu à peu. Après la revision constitutionnelle de 1861, on put songer à réorganiser l'Église nationale. On lui donna alors la constitution qu'elle a aujourd'hui encore, dans ses grandes lignes tout au moins (loi du 19 mai 1863).
La dernière loi ecclésiastique est du 18 nov. 1908 : elle ne modifie que peu le système établi en 1863 : elle accorde à l'Église une autonomie complète en tout ce qui est du domaine spirituel ; elle accorde aux femmes le droit de faire partie des assemblées de paroisse et de prendre part aux élections. Une Caisse centrale, alimentée par les dons des fidèles, pourvoit aux dépenses que l'État n'assume pas.
Il y a aujourd'hui 147 paroisses avec 191 pasteurs.
Bibliographie. BSL, fasc. V, 10, e, a, 2me cahier. — H. Vuilleumier : Hist. de l'Éul isr réformée du Pays de Vaud sous le régime bernois. — ■ DIIW art. Église réformée. [Charles GiLLIARD.]
Église libre. Les pasteurs démissionnaires en 4845 se berçaient de l'espoir de réorganiser une Église nationale, mais indépendante de l'État. Ils furent appuyés et suivis par un nombre moins important de leurs paroissiens qu'ils ne l'avaient pensé. Le 10 nov. 1846, 33 paroisses organisées étaient en mesure d'en-
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voyer des députés au synode constituant de l'Église en formation. Une constitution, à la rédaction de laquelle Alexandre Vinet et Samuel Chappuis avaient collaboré, lut adoptée le 12 mars 1847. L'Église évangélique libre du canton de Vaud, qui était ainsi fondée, avait pour base le système presbytérien, avec une organisation centrale : un synode et diverses commissions chargées de l'exécution de ses décisions. Les premières années de son existence furent particulièrement dures pour l'Église libre, car un décret du 4 juin 1849 interdisait les réunions religieuses en dehors des cultes officiels. Ce décret, qui la niellait donc hors la lui et eut pour conséquence des condamnations de plusieurs pasteurs « pour délit de culte > tut rapporté en 1859, et deux ans plus tard la nouvelle constitution cantonale garantissait désormais la liberté des cultes. La constitution de 1847 a été soumise à des revisions partielles, notamment en 1898 (droit électoral accordé aux femmes). En 1919, le synode se prononça pour l'éligibilité des femmes et en 1930, il a admis le principe du pastorat féminin. La faculté de Théologie a succédé, en 1847, aux cours libres de théologie organisés sitôt après la démission de 1845. La bibliothèque, riche de 54 000 volumes, possède notamment les manuscrits de Vinet et de Ch. Secrétan.
Bililio graphie. J. Cart : Hist. du mouvement religieux et ecclés. dans le canton de Vaud. — Le même : Les cinquante premières années de l'Église libre du canton de Vaud, 1897. — Ch. Ritlineyer : L'Église libre du canton de Vaud, 1926. — Ph. Bridel : Les principes de l'Église libre du canton de Vaud. — F. Barth : Le rapprochement ecclésiastique dans le canton de Vaud, 1930. [L. S.]
Église catholique depuis la Réforme. A la Réforme, le culte catholique fut maintenu dans le bailliage mixte d'Orbe-Échallens ; mais à Orbe, il cessa en 1554, à Penthéréaz et à Poliez-le-Grand en 1619. Il ne subsista finalement que dans les trois paroisses d'Échallens, Assens et Bottens, lesquelles furent plus tard dédoublées. Elles continuèrent à relever de l'évêque de Lausanne, le curé étant nommé par le gouvernement. Le régime vaudois a maintenu cette situation officielle. Les six paroisses catholiques du district d'Échallens ont la même position que celles de l'Église réformée nationale.
Dans les autres communes du canton, le culte catholique fut rigoureusement interdit par le gouvernement bernois. Cependant, dès 1762, à Lausanne, un prêtre vaudois, l'abbé Favre, servit d'aumônier à des étrangers et accueillait aux offices des résidents catholiques. Pendant la révolution, de nombreux prêtres et laïcs français vinrent se réfugier à Lausanne. Le gouvernement bernois leur laissa exercer leur culte à titre privé. La chapelle de la baronne d'Olcah, à l'Avant-Poste, fut le noyau d'une paroisse catholique, qui se construisit en 1835 une nouvelle église. La messe fut également dite pendant la révolution à Nyon. L'Acte de médiation reconnut l'exercice du culte catholique, qui fut réglé par une loi du 2 juin 1810. Aux termes de cette loi, les églises catholiques sont libres, sans appui financier de l'État, mais celui-ci nomme leurs curés sur présentation des paroissiens, ceux-ci prenant l'avis de l'évêque. Cette loi continue d'être en vigueur, et, sauf pendant la crise politique de 1845àt854, il n'y a pas eu de conflits entre l'Église catholique et l'État de Vaud. Il existe en 1931 21 paroisses catholiques libres (7 complètement indépendantes de l'État) et 26 chapelles filiales. Suivant le recensement fédéral de 1930, le nombre des catholiques dans le canton de Vaud est de 55 600, dont 20 300 à Lausanne. Plusieurs paroisses ont en outre des collèges secondaires, des écoles primaires, des hôpitaux privés, des orphelinats.
Bibliographie. E. Dupraz : L' Introduction de la liéforme par le Plus dans le bailliage d'Orbe-Échallens. — M. Reymond : L' Église catholique de Lausanne. — Hengartner : L'Église catholique romaine dans le canton de Vaud. [M. li.|
Culte israélite. Le plus ancien établissement juif connu dans le canton date de 1278. Au XVe s., les Israélites du pays étaient assez nombreux pour avoir trois cimetières, à Pully près de Lausanne, à Cossonay et à Moudon. Le gouvernement bernois interdit abso-
lument aux Juifs de demeurer dans le pays ef même d'y faire commerce. Cette interdiction fut renouvelée en 1787 encore. La révolution vaudoise les mit au contraire au bénéfice du droit commun, et leur établissement dans le canton n'est soumis à aucune restriction particulière. Des Juifs alsaciens se fixèrent dès 1827 à Avenches, d'autres s'établirent à Lausanne dès 1848. Le recensement de 1930 indique 1756 Israélites dans le canton, à Lausanne, Vevey, Aigle, Avenches, etc. Une synagogue a été construite en 1912 à Lausanne ; il y a un cimetière israélite à Prilly. — A. Nordmann : Les Juifs dans le pays de Vaud. [M. R.]
2. École, a) Avant la Réforme. Les premières écoles primaires ne nous sont connues que par la mention du maître, scolaris, rector, comme témoin dans un acte public : à Vevey 1287, Avenches 1336, Grandson 1345, Nyon 1358, Romont 1371, Lausanne 1377, Morges 1388, Payerne 1395, Lutry 1404, Orbe 1410, Yverdon 1409, etc. Il y a deux maîtres à Cossonay en 1418. Ces maîtres sont généralement nommés par les Conseils de ville, et comme ceux-ci ne datent pour la plupart que du XIVe s., on en pourrait conclure qu'avant cette époque, il n'existait que des écoles cléricales, ce qui n'est point certain. Les maîtres sont parfois des ecclésiastiques, le plus souvent des laïques. Le Conseil d'Yverdon va volontiers chercher les siens au collège de Dôle, et veut qu'ils soient bacheliers.
Dans la plupart des cas, la commune fournit le local, la maison, car souvent le maître a des pensionnaires à côté des externes. Le plus fréquemment, la ville donne au maître une pension annuelle qui va de 5 florins à Cossonay à 18 à Lausanne. A cette pension s'ajoutent des écolages perçus directement des parents. En 1479, à Lausanne, le notaire Arthaud Loys prévoit dans son testament le paiement d'une rente pour qu'un régent pût enseigner gratuitement aux écoliers pauvres. A Payerne en 1449 le recteur des écoles s'engage à diriger les écoles et les études en un local bon et convenable pour le terme de trois ans. Il devra apprendre aux écoliers l'alphabet pour le prix de 8 sols par an, les sept psaumes pour 10 sols, les auteurs et la doctrine pour 12 sols et compléter en même temps les notions de droit données par un autre professeur. On discerne par là trois degrés : inférieur (alphabet, c'est-à-dire grammaire, écriture et arithmétique ; moyen (psaumes, droit, chant et latin) ; supérieur (auteurs, doctrine et droit). La morale est la base de tout enseignement. Outre des écoles primaires (à Payerne et ailleurs le degré supérieur a un programme d'école secondaire), il y avait à Lausanne, à Vevey, à Yverdon, à Moudon, des « collèges des Innocents ». Celui de Lausanne fut fondé en 1419 par l'évêque Guillaume de Challant. Dans le principe, ces collèges avaient pour but de préparer des jeunes gens au chant d'église. En fait, on y admettait des pensionnaires ; à Lausanne, en 1529, un maître enseigne le chant, un autre la grammaire et les arts. La bibliothèque du collège de Lausanne, dont on a la composition, est formée essentiellement d'ouvrages de théologie et de morale.
Il y avait aussi des écoles monastiques. Le clunisien Udalric, moine à Payerne vers 1080, les mentionne dans ses coutumes de l'ordre. En 1390, l'ancien prieur Henri de Sévery, fondant une chapelle à Romainmôtier, stipule que l'un des chapelains aura la charge de l'école enfanline. Chez les dominicains de Lausanne, en 1453, une donation est approuvée par les religieux, trois novices et cinq étudiants. Les couvents de Romainmôtier et de Payerne devaient entretenir deux élèves aux hautes études à Paris.
Il y avait enfin à Lausanne une école épiscopale, dont on voit déjà la trace au IXe s. Elle était placée sous la direction du chantre qui, en 1236, était doublé d'un magister scolasticus. Dès le XIVe s., on mentionne les professeurs de droit et de théologie qui enseignent à cette école. La plupart sont des ecclésiastiques. Quelques-uns sont laïques : Jean Bagnyon qui fut le premier syndic de Lausanne en 1481, et Etienne Loys, un célèbre jurisconsulte, f en 1534. Cette école supérieure était installée probablement dans une dépendance de l'évêché. — Voir Archives cantonales vaudoises. —
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M. Reymond : Les Écoles dans le pai/s de \'tvi<l avant 1536, dans BU 1913. — DHY. — Gh. Gilliard : Movilun. [Maxime Reymond.]
b) Après la Ré formation. Enseignement primaire. Les Bernois firent peu de chose au début pour encourager les communes de la campagne à ouvrir des écoles. En 1624, nombre de localités n'en avaient pas encore. Un synode, tenu à Lausanne cette année, constata l'ignorance complète dans laquelle vivaient les habitants du Pays de Yaud et insista auprès de LL. EE. pour que des maîtres lussent appelés dans toutes les localités qui en manquaient. En 1676, le gouvernement bernois promulgua une ordonnance remarquable qui parait être le premier document traitant de l'organisation de l'enseignement primaire dans notre contrée. Cette sorte de règlement fixe un certain nombre de principes dont quelques-uns se trouvent encore dans les lois scolaires du XIXe s. L'ordonnance de 1676 déclare qu'une école doit être ouverte dans chaque paroisse, les communes devant fournir des locaux convenables soit pour la classe, soit pour le logement du « régent ». L'école est ouverte dès la Saint-Gall (16 octobre) pour les jeunes élèves et dès le 1er novembre pour les plus âgés ; elle se ferme le 1er avril. Le programme est fort simple : le catéchisme et la lecture des psaumes, de la Bible et du Nouveau Testament.
Les traitements sont à la charge des communes : ils comprennent des prestations en nature : blé, avoine, vin, bois et une certaine somme d'argent variant de 20 à 120 florins. Cette ordonnance n'a été appliquée que partiellement. A la fin du XVIIe s., la commune de Savigny ne possédait aucune école. Sans l'Église et les pasteurs, l'ignorance aurait été encore plus profonde. Un nouveau règlement, en 1706, suivit l'ordonnance de 1676 ; il fut renouvelé en 1734, puis en 1773 ; c'est à ce moment que l'écriture fut ajoutée au programme.
Au XVIIIe s., pour une population de 117 000 habitants, on ne comptait que 341 écoles renfermant de 60 à 120 enfants. C'était le cas de celle de Pully. A Morges, les huit classes primaires recevaient 6 à 700 jeunes gens. Lausanne ne possédait que sept écoles de bannière ou de quartier. C'est dire qu'une foule d'enfants croupissaient dans une ignorance quasi complète. C'est alors que plusieurs notables bourgeois de Lausanne, les Polier (le Bottens, les Crinsoz de Bionnens, et quelques ecclésiastiques dévoués fondèrent les « écoles de charité ». Ces écoles, qui firent grand bien, furent suivies par 100, 120, 170 garçons et filles ; les plus pauvres recevaient en plus de l'instruction une certaine quantité de pain pour eux et leurs familles. Les « écoles de charité » ne se bornèrent pas à apprendre le catéchisme, la lecture et un peu de calcul ; elles initièrent leurs protégés aux métiers de cordonnier, d'empailleur de chaises, pour les garçons, et de couturières, de fdeuses, de cardeuses de laine e1 de coton pour les filles.
La période, si troublée et si difficile, de la République helvétique se distingue davantage par des projets élaborés que par des réalisations pratiques. Philippe - Albert Stapfer fut l'inspirateur de toutes les lois qui tentèrent de rénover, de 1798 a. 1801, l'enseignement populaire. Par décret du 24 juil. 1798, il créa, dans chaque carton, un Conseil d'éducation qui commença son activité en novembre de la même année. Son premier soin fut de désigner, dans chaque district du canton, un commissaire-inspecteur et un représentant dans chaque commune. Il s'intéressa particulièrement à l'enseignement primaire mais, plus d'une fois, les résistances qu'il rencontra paralysèrent ses efforts. C'est à lui qu'incombait la nomination des maîtres d'école. Cependant, son labeur désintéressé porta des fruits. Il réussit à augmenter le nombre des écoles. En 1799, on en comptait 500 environ ; en 1801, 534 avec 24 262 élèves; 58 classes contenaient moins de 20 enfants, 95 de 60 à 80, 54 de 80 et plus.
Le canton de Vaud à peine constitué, son Petit Conseil mit sur le chantier une nouvelle loi sur l'instruction publique, qui fut adoptée le 28 mai 1806. Les principes de l'estalozzi et du père Girard influencèrent heureusement les législateurs. L'enseignement mutuel, si remarquablement organisé à Fribourg, eut aussi ses
adeptes dans notre canton. On trouve des classes lancastériennes à Nyon, à Payerne, à Lausanne, où une grande école avait été ouverte i l'évêché. Le Conseil d'éducation fui remplacé par le Conseil académique composé de onze membres. Les inspecteurs de district furent supprimés et le contrôle de l'enseignement confié au pasteur, auquel était adjoint une délégation de la municipalité. Aucune classe ne pouvait renfermer plus de 60 élèves ; le traitement minimum des maîtres d'école fut fixé à fr. 120 par an. La première loi sur les pensions de retraite fut adoptée en 1816. Tout régent. âgé de 70 ans, ayant exercé ses fonctions pendant 30 ans au moins, avait droit à une pension s'élevant de fr. 60 à fr. 12(1. Le choix des maîtres laissait toujours à délirer. La loi de 1806 prévoyait l'ouverture d'une école normale, mais celle-ci ne put commencer son activité qu'en 1833.
Le Grand Conseil issu de la révolution de 1830. adopta, en 1834, une nouvelle loi sur l'instruction publique. Dès cette époque, l'école primaire est obligatoire pour les enfants de 7 à 16 ans. Les parents, cependant, ont le droit de taire instruire leurs fils et leurs filles où bon leur semble, mais sous le contrôle des autorités. Dans chaque commune, la surveillance de l'enseignement est confiée à une commission composée du pasteur et de laïques. Le programme est précisé, étendu. L'enseignement du français, de l'histoire, de la géographie, de l'arithmétique, des travaux à l'aiguille et de l'économie domestique est imposé à toutes les classes primaires.
La loi de 1846 chercha à simplifier, en premier lieu, les rouages de l'enseignement primaire. Le Conseil de l'instruction publique fut réduit à trois membres et son rôle fut diminué. Pour obtenir un poste, les instituteurs durent déclarer qu'ils faisaient partie de l'Église nationale vaudoise. La fréquentation des écoles se relâcha. La loi sur l'organisation du Conseil d'État adoptée en 1862 créa le Département de l'instruction publique et des cultes, dont le premier chef fut Eytel. Le Conseil de l'instruction publique fut supprimé. La loi de 1865 apporta des améliorations très sérieuses dans l'organisation de nos écoles. Un plan d'études fixa l'orientation générale de l'enseignement primaire et fut un agent de progrès. Les Commissions scolaires subsistèrent, mais l'État confia le contrôle pédagogique des écoles à trois inspecteurs. D'autres mesures législatives furent encore prises en 1889, 1896 et 1930 (loi actuelle). Celle-ci réglemente, pour la première fois, l'enseignement privé et institue des médecins scolaires.
Ensei finement secondaire. Avant la Réforme, Lausanne, Nyon, Aubonne, Morges, Moudon. Orbe. Vevey, Yverdon possédaient des écoles latines où un rudiment d'enseignement classique était donné aux enfants des classes aisées de la petite noblessse et de la bonne bourgeoisie. Le programme d'enseignement était fort modeste et les méthodes employées peu propres à attirer et à retenir la jeunesse. Sous le régime bernois un réel progrès fut réalisé. Le nombre des maîtres de collège fut augmenté et leur traitement élevé. En 1540. LL. EE. informèrent les baillis qu'elles entendaient qu'une école latine fût ouverte dans tous les chefs-lieux des bailliages, ainsi qu'à Cossonay et à Lutry. En général, lev fonctions de régents étaient exercées par des ecclésiastiques. En 1537, la nouvelle académie fut complète,' par une sorte d'école préparatoire qui devint le collège académique, puis le collège cantonal. Cette école eut, pendant longtemps, à sa tête les meilleurs pédagogues du XVIe s. dont l'un. Maturin Cordier, est fort connu. Le collège, sous la direction de ce dernier, devint un des plus florissants établissements d'instruction publique pour les réformés de langue française. Les élèves y affluèrent de France et de la Suisse alémannique.
Le collège inférieur, Scliola privata, avait comme chef un principal, le moderator ludi, aidé par des collaborateurs désignés sous le nom Â'hypodidascali. Les leçons se donnaient, autant que possible, en latin. La discipline était fort dure et les verges jouaient encore un rôle prédominant. En 1640, une nouvelle classe fut ouverte ; en 1684, la classe supérieure servait de trait d'union entre le collège et l'académie. Le règlement de
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(écoles)
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1788 prévoit quatre classes latines pour le collège inférieur et deux classes où l'on enseigne le français, un peu d'histoire, de géographie, de mathématiques et de tenue des livres. Cette organisation ne se modifia guère jusqu'en 1806. Sous la République helvétique, l'enseignement secondaire resta sans changement. La loi de 1806 conserva, en partie, ce que le régime bernois avait instauré. Quelques améliorations furent apportées ici et là. La loi distinguait quatre sortes d'établissements d'instruction publique : 1) les écoles primaires ; 2) un institut pour les régents ; 3) les collèges : 4) une académie. Les collèges communaux voient leur programme étendu et précisé. Ils sont soumis à l'inspection d'une chambre collégiale de quatre membres nommés par la municipalité. Le collège de Lausanne, qui a pris le nom de collège académique, relève directement de l'académie. Il était suivi, en 1806, par 95 élèves, en 1807, par 118 ; en 1843, un déclin se manifeste, il n'en a plus que 80. La loi du 24 déc. 1834 crée une nouvelle organisation scolaire, les écoles moyennes. C'est une grosse innovation.
Le programme d'études établi pour les écoles moyennes fut, dès l'abord, extrêmement étendu et un peu trop ambitieux ; il fallut le simplifier. En 1837, le Grand Conseil adopta un nouvel acte législatif qui fut suivi en 1839 d'un règlement d'application. C'est à partir de cette date que nos collèges communaux s'adjoignirent une section industrielle ou réale et furent complètement réorganisés. Le collège académique prit le nom de collège cantonal ; ses classes furent réparties en deux groupes, le collège supérieur ou gymnase, comprenant quatre classes destinées aux élèves de 14 à 18 ans. le collège inférieur de cinq classes pour les élèves de 9 à 14 ans. Les lois de 1834 et 1837 ont exercé une grande influence sur le développement de l'enseignement secondaire vaudois. Elles ne furent guère modifiées par celle de 1846. Celle-ci détacha du collège cantonal les classes supérieures pour les rattacher à l'académie dont elles formèrent les éléments de la faculté des letlres et des sciences. Une école préparatoire de 3 classes (enfants de 7 à 10 ans) lui fut adjointe ; elle fut supprimée en 1879. Le Grand Conseil légiféra de nouveau en 1869 ; il établit des relations plus intimes entre le collège cantonal et les écoles secondaires des petites villes. Il institua sur des bases solides les écoles supérieures de jeunes filles qui, sauf à Lausanne, furent rattachées aux collèges existants. L'école moyenne de Lausanne devint l'école industrielle cantonale qui servit, dès lors, d'élément régulateur pour les sections industrielles des classes secondaires communales. Cette concordance des programmes entre les établissements cantonaux et communaux facilita heureusement le passage de droit, sans examen, des uns dans les autres.
L'école industrielle cantonale commença son activité en juillet 1869 avec 245 élèves et 19 maîtres. Elle comprit, une division inférieure de six classes et une division supérieure composée de trois sections ; industrielle, commerciale et agricole. Cette dernière fut supprimée en 1872 après que des cours agricoles eurent été institués au Champ de l'Air. La loi de 1892 apporta quelques modifications essentielles à l'organisation des écoles secondaires. L'école industrielle subit l'amputation de ses trois classes inférieures. Une école professionnelle, une école de commerce, et un gymnase mathématique formèrent la division supérieure. Le gymnase classique fut complètement séparé de l'université fondée en 1890 : il fit de nouveau partie de l'enseignement secondaire. La loi qui régit actuellement les établissements d'instruction publique secondaire date de 1908. Le collège cantonal prend alors le nom de collège classique ; l'école industrielle, celui de collège scientifique. Le collège classique se compose de six classes et ses élèves sont admis à l'âge de 10 ans. Le collège scientifique reçoit des enfants de 12 ans seulement. (En 1929, une nouvelle classe fut ouverte, et les élèves purent y entrer à 11 ans.)
L'école de commerce se sépara de l'école industrielle pour former un établissement spécial sous le nom d'école supérieure de commerce. Une école d'administration et de chemin de fer y a été adjointe.
Dès sa fondation, en 1833, l'école normale n'a cessé de perfectionner son organisation. La loi de 1892 la rattacha à l'enseignement secondaire. Le cycle des études est de quatre ans, depuis 1921, pour les instituteurs, comme pour les institutrices. Des classes d'application au nombre de cinq, permettent aux jeunes maîtres de faire leur apprentissage d'instituteurs en s'initiant aux méthodes pédagogiques modernes. Les institutrices qui se destinent à l'enseignement ménager reçoivent une préparation spéciale après leur dernière année d'études.
En 1930, les établissements cantonaux (gymnases classique et scientifique, collèges classique et scientifique, école de commerce et école normale) ont reçu 1950 élèves ; les 20 collèges communaux (avec 13 sections classiques) et les écoles supérieures déjeunes filles, 2561 élèves.
Enseignement professionnel. L'enseignement professionnel est de date relativement récente. Rappelons, cependant, qu'au XVIIIe s., les élèves des écoles de charité de Lausanne s'initiaient à un ou deux métiers tout en s 'instruisant. La première école professionnelle fut l'école de dessin fondée en 1821 qui est devenue, il y a quelques années, l'école de dessin et d'art appliqué. En 1901, fut fondée l'école d'horlogerie du Sentier, puis, successivement, s'ouvrirent, à Sainte-Croix l'école de petite mécanique, l'école pour mécaniciens et électriciens à Yverdon, l'école de céramique de Chavannes près Renens et, enfin, l'école des métiers de Lausanne. Ces établissements fréquentés, en 1930, par 365 élèves, dépendent du Département de l'instruction publique.
Les cours agricoles donnés en hiver aux enfants des paysans vaudois se sont transformés en une école d'agriculture qui occupa pendant de longues années les anciennes constructions du Champ de l'Air. Aujourd'hui, elle dispose du domaine de Marcelin sur Morges. Une école ménagère agricole a été adjointe à l'école d'agriculture. Elle donne un enseignement complet aux filles de nos ménagères campagnardes. Une école de technique agricole est ouverte, en hiver, au Champ de l'Air. En
1930, une section de zootechnie était suivie par 20 élèves. A Moudon existe une école de fromagerie.
Enseignement libre. Le collège Galliard, fondé en 1847, joua pendant plus de 50 ans un rôle assez important, comme école libre d'enseignement secondaire. Il a été fermé à la fin du siècle dernier. Des écoles nouvelles se sont créées à Lausanne (Chailly), à la Châtaigneraie près Founex, à Bex. Une école pour jeunes filles, qui porte aujourd'hui le nom de Vinet, a été fondée en 1839.
Des écoles secondaires et catholiques existent en outre à Lausanne et des écoles primaires dans une quinzaine de paroisses catholiques du canton. Des écoles anglaises existent en outre sur le littoral du Léman.
Des établissements spéciaux pour enfants retardés, anormaux, difficiles et aveugles abritent beaucoup de jeunes deshérités. L'asile des aveugles instruit depuis près d'un siècle les déficients de la vue, l'asile d'Éehichens sur Morges éduque les arriérés et anormaux, le « Grand-Air » à Moudon et l'asile de Serix près Oron, les enfants difficiles, l'école de réforme des Croisettes sur Lausanne, les jeunes délinquants.
Bibliographie. A. Gindroz : De l'Instruction primaire dans le canton de Vaud, 1834. — Le même : Hist. de l'Instruction publique dans le canton de Vaud, 1853. — Ls. Gauthey : Mémoires et discours relatifs aux écoles publiques dans le canton de Vaud. — Le même : De l'École normale du canton de Vaud. — Ch. Archinard : Hist. de V Instruction publique dans le canton de Vaud, 1870. — H. Vuilleumier : Hist. de l'Église, réformée du Pays de Vaud. — ■ L. Beausire : Notice historique sur les Écoles primaires de Lausanne, 1896. — Ed. Payot et A. Kohler : Hist. du Collège cantonal, 1889. — Ed. Payot : Hist. du Collège cantonal, dès Vannée 1896, 1914. — L'École industrielle cantonale, 1902. — H. Mayor, Luc. Jayet, Fs Guex : Notice historique sur les Écoles Normales. — Annuaire de l'Instruction publique, 1910-
1931. — Ch. Gilliard : Hist. du Gymnase classique cantonal, 1914. — H. Godet et E. Recordon : Notice historique sur le Collège et l'École supérieure de Vevey. —
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(lettres)
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Ls Bize, René Meylan, Ed. Rod, etc. : Le collège de Nyon, 1921. ■ — F.-B. Maillard : Le Collège et l'École supérieure de Montreux. — Notice historique sur le, collège et l'École supérieure de Payernc. — Notice historique sur les Écoles primaires d'Aubonne. — Notice sur le Collège et l'École supérieure de Morges. — Notice sur le Collège et V École supérieure d'Orbe. — Notice sur le Collège de Moudon. — Manuscrits déposés au Musée scolaire cantonal Lausanne. — Archives cantonales (Recueil de mandats et ordonnances souveraines ; Relations des écoles de charité ; Procès-verbaux du Conseil d'éducation, du Conseil académique, du Conseil de l'Instruction publique), [t Ernest Savary.]
Enseignement supérieur. Un des premiers soins du gouvernement bernois fut de créer à Lausanne une école de théologie, destinée à former les pasteurs dont le pays romand avait besoin. La Scola Lausannensis, fondée en 1537, comprenait à la fois un collège et un séminaire. Son développement fut rapide et brillant ; c'était la première haute école protestante de langue française. La crise ecclésiastique de 1558 la priva de plusieurs de ses maîtres et d'une bonne partie de ses élèves ; la fondation de l'académie de Calvin à Genève en 1559 lui valut une concurrence redoutable. L'académie de Lausanne cependant ne sombra pas, grâce à l'énergie et à la ténacité bernoises ; elle resta l'école où se formait le corps pastoral vaudois et eut ainsi une grosse part dans le développement intellectuel du pays ; elle accueillit généreusement les réfugiés dont l'influence fut grande sur les Vaudois. ■ — Voir art. Académie.
L'académie fut transformée en université en 1890. Celle-ci prospéra rapidement ; elle attira des étudianls nombreux, du pays et de l'étranger. Elle est actuellement réglée par les lois de 1916, 1920 et 1922 et comprend les cinq facultés de théologie protestante, droit, médecine, lettres et sciences. A la faculté de droit se rattachent une école des sciences sociales, politiques, pédagogiques et consulaires, une école des hautes études commerciales et un institut de police scientifique ; la faculté des sciences se divise en une section des sciences mathématiques, physiques et naturelles, une école de pharmacie et une école d'ingénieurs. Le personnel enseignant se compose de 34 professeurs ordinaires, 48 professeurs extraordinaires et 46 chargés de cours ou privat-docents. — Voir H. Vuilleumier : L'académie de Lausanne, notices accompagnant les programmes des cours des semestres d'hiver 1878-1879, 1890-1891 et 1913-1914. — Le même : Hist. de l'Église réformée du Pays de Vaud. [Charles Gilliard.]
3, Lettres, a) Moyen âge. Sans remonter jusqu'à Marius, évêque d'Avenches et chroniqueur des dernières convulsions de l'empire romain, ni au savant abbé Odillon, biographe de l'impératrice Adélaïde, on peut compter parmi les premiers écrivains vaudois Othon de Grandson, poète gracieux et élégant, et Jean Bagnyon, « citoyen de Lausanne », auteur du roman de Fierabras, publié à Genève, 1478. Catherine de Saulx, religieuse d'Orbe, narra la vie de la pieuse Louise de Savoie. Les bourgeois des petites cités furent friands de plaisirs scéniques, et le séjour prolongé à Lausanne de Martin Le Franc y provoqua un mouvement littéi.i in', auquel Jacques de Bugnin participa modestement.
b) XVIe siècle. L'adoption de la Réforme n'accrut pas considérablement la production intellectuelle. Cependant Pierre Viret, moraliste et théologien, laissa des traités, modèles du genre. Homme d'action avant tout, il prit une grande part à la fondation de l'académie de Lausanne, où il appela des savants de valeur, comme Conrad Gessner et Théodore de Bèze. C'est à Lausanne que ce dernier écrivit sa tragédie : Le sacrifice d'Abraham. Antoine Saunier et P. Trédehan rimèrent à l'occasion. A Yverdon, Thomas Malingre composa quelquesuns de ses vers, tandis qu'à Orbe s'élaborèrent les Mémoires de l'énigmatique Pierrefleur.
c) XVIIe siècle. Si le gouvernement de LL. EE. n'entendait pas que ses sujets discutassent politique, il leur laissait pleine liberté de se vouer à l'art dramatique. P. Delosea fit jouer à Moudon sa Comédie du Cosmopolite ; Michel Testard, à Yverdon, son Pieux Ézèchias ; à Vevey, Ph. Aiguisier donna une Addition
à la tragédie d'Eslher et P. Bosson versifia « en façon de comédie » les Regrets causés aux Lausannois par le départ d'un bailli aimé. Citons encore le poète Jean- Pierre d'Apples. A Aubonne, le baron Tavernier dicta les souvenirs de ses voyages à travers le globe. Dans le monde académique, Élie Merlat exposa les principes d'une théologie quelque peu hétéroclite, David Constant de Rebecque traita de philosophie et Jean-Baptiste Plantin mit le premier en français les annales de l'Helvétie.
d) XVIIIe siècle. La présence d'étrangers ou de confédérés illustres : Voltaire, Gibbon, J. de Maistre, A. de Haller, contribua à tenir en haleine la vie intellectuelle qui se maintint nourrie et ardente. Au début du siècle, le Consensus provoqua quelque effervescence dont G. -P. Polier de Bottens, Th. Crinsoz, commentateur original de l'Apocalypse, nous transmirent le souvenir. De beaucoup le plus célèbre des théologiens de l'époque, Jean-Pierre de Crousaz se fit le champion de l'orthodoxie religieuse ; mais il fut novateur en esthétique et en pédagogie. Plus tard, les maîtres de l'académie et du séminaire du Désert, fondé par Antoine Court, furent mêlés aux querelles de V Encyclopédie. Antoine-Noé Polier collabora à l'œuvre de Diderot. F.-L. Allamand, frère du physicien, éditeur de Buffon, réfuta d'Holbach. Alexandre-César Chavannes, un précurseur des anthropologistes actuels, Élie Bertrand, philosophe et géologue à ses heures, représentèrent les doctrines traditionnelles, tandis que Ph. Dutoit-Membrini était enthousiaste disciple de Mme Guyon. Enfin F.-B. de Félice, aidé du pasteur Mingard et de nombreux Romands, publia à Yverdon les 58 volumes de son Encyclopédie, d'esprit protestant et anti-catholique.
La Société littéraire, la revue Aristide eu le citoyen, le Journal de Lausanne, de Lanteires, transformé en 1793 en Journal littéraire de Lausanne, autant de preuves d'une activité qui ne chômait pas. La poésie eut ses adeptes en J.-L. Garcin, Louis et Samuel Bridel et surtout leur frère Philippe-Cyriaque, le doyen dont l'influence fut grande. Samuel de Constant, Mme de Montolieu et de nombreuses imitatrices s'essayèrent au roman, S. Gaudard de Chavannes à l'humour. Les traducteurs ne manquèrent pas : Deyverdun, pour Werther, le chevalier de Boaton pour Gessner, Mme de Brenles pour Addison. Tandis que Loys de Cheseaux s'illustrait dans le domaine scientifique, Jean Barbeyrac composait durant son séjour à Lausanne sa limpide Préface du Droit de la nature et des gens. Abram Ruchat mettait sur pied son Histoire de la Réformation de la Suisse, Loys de Bochat amassait les documents de ses Mémoires critiques, le doyen Muret rédigeait d'estimables essais de statistique et J.-J. Cart ses pamphlets. N'oublions pas enfin les travaux de vulgarisation du Dr Tissot, ni ceux de Vaudois qui, au retour de l'étranger, se firent historiens militaires, comme E. de May ou le général de Warnéry, ou plus tard Régnier et le général Jomini, mémorialistes comme S. Reverdil, dan-, ses Lettres sur le Danemark, ou H. de Catt dans ses pages sur Frédéric II, dont il avait été le secrétaire particulier.
e) XIXe siècle. Les débuts de l'indépendance vaudoise, dont Monod et Rovéréa ont conté les péripéties dans leurs Mémoires diversement orientés, ne furent pas marqués par une renaissance littéraire. Et Benjamin Constant, le seul nom important des premières décades du siècle, appartient plus à la France qu'à son pays d'origine. Aux approches de 1830, les prémices d'un renouveau apparurent. La réorganisation de l'académie en 1838, le cours de Sainte-Beuve, le lancement de la Revue Suisse par l'éditeur Ducloux contribuèrent à son développement. Au romantisme — mitigé et corrigé par le Réveil — se rattachèrent Henri Durand. Frédéric Monneron, Caroline et Juste Olivier, dont le chef-d'œuvre demeure son Histoire du Canton de Vaud. Ils eurent des disciples attardés en Ernest Bussy et Henri Warnéry, le délicat auteur du Chemin d'espérance. N'omettons pas parmi les poètes le fabuliste Porchat. Moins nombreux furent les romanciers : Urbain Olivier, le peintre fidèle de la vie vaudoise, dans l'Orphelin notamment. Jules Besançon à la verve caustique, Edouard Rod, qui conquit à Paris une large notoriété. Et parmi
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(art et ahchttecture)
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les essayistes, citons Emile Javelle, conteur alerte et observateur pénétrant, Alfred Cérésole, humoriste charmant, Samuel Cornut.
L'histoire .jouit d'une faveur remarquable. On ne craignait plus que LL. EE. découvrissent dans les récits de faits anciens des allusions à leur régime, et en s'ap-
Vaud. Bâtiment du Grand Conseil à Lausanne. D'après une photographie.
puyant sur le passé, on tenait à trouver des assises solides au nouveau canton : Éléments d'histoire vaudoise de M. -A. Pellis, statistique de A. Miéville, publication de documents par Grenus, Gingins la Sarra. J. Martin et Ls Duclos publièrent en 1808 le premier dictionnaire géographique et historique vaudois, complété par L. Levade en 1824. En 1837, la plupart des fondateurs de la Société d'histoire de la Suisse romande étaient des Vaudois. Chs Monnard traduisit et compléta l'œuvre de Jean de Mùller, A. Verdeil commençait l'histoire de son pays. Citer tous les historiens serait long ; n'oublions pas le meilleur d'entre eux : Louis Vulliemin. Plus tard, Herminjard publia la Correspondance des réformateurs de langue française.
Parmi les orateurs et hommes politiques, il convient de mentionner Auguste Jacquet, distingué et adroit, Henri Druey, familier et lucide, Louis Ruchonnet, qui a marqué plus qu'aucun de ses compatriotes dans l'histoire de la Suisse au XIXe s.
La théologie ne manqua pas non plus de représentants éminents : F. Gonthier, auteur d'ingénieux ouvrages d'édification, le bon prédicateur L. Manuel, le doyen Curtat, incarnation de la vieille orthodoxie, Ls. Leresche, S. Chappuis, d'autres encore, sans parler de ceux qui s'illustrèrent en France, les Monod et Eugène Bersier.
Mais, au milieu de tant de Vaudois de valeur, trois ont eu une personnalité particulièrement forte : Charles Secrétan, le philosophe de la liberté, sociologue préoccupé d'action morale, spiritualiste hardi et écrivain puissant, Eugène Rambert, chantre des Alpes suisses, critique suggestif et biographe fidèle, et surtout Alexandre Vinet, philosophe profond et critique littéraire ingénieux, qui incarna la plus pure tradition spirituelle de son pays.
Voir V. Rossel : Hist. littéraire de la Suisse romande. — Ph. Godet : Hist. littéraire de la Suisse française. — A. Vulliet : Les poètes vaudois contemporains, 1870. — La Vie romantique au Pays romand. [Henri Perrochon.]
4. Art et architecture. La domination romaine a laissé de nombreuses traces dans le Pays de Vaud. Parmi les monuments encore visibles, signalons les ruines de la ville d'Aventicum, soit le mur d'enceinte avec la Porte de l'Est, l'amphithéâtre, le théâtre et la colonne dite du Cigognier ; à Yverdon, les restes du castrum ; à Orbe les belles mosaïques de Boscéaz, enfin, à Nyon, une grande colonne et de nombreux fragments d'architecture.
Architecture, a) Édifices religieux. Le Pays de Yaud est riche en monuments d'architecture religieuse. Il
possède encore les belles églises romanes, construites par les grands ordres religieux aux XIe et XIIe s., soit par les moines de Cluny à Romainmôtier, Payerne. Grandson, Rougemont et Saint-Sulpice et par les moines de Citeaux, à Bonmont. Des absides semi-circulaires romanes sont encore conservées dans les églises suivantes : à Concise, Montcherand, Donatyre, Avenches, Corcelles près Payerne, Bursins et dans les ruines de Saint-Triphon, et d'autres restes dans les églises de Nyon, Giez, Saint - Prex et Vu mens-la- Ville. Du XIIIe s. date la cathédrale de Lausanne, le plus beau et le plus pur monument de l'art gothique en Suisse. Elle se rattache à l'école bourguignonne. A la même époque remonte aussi la grande église Saint-Etienne de Moudon, le chœur de l'église Saint-François à Lausanne et celui de l'église de Lutry. Du XIVe s. sont : la chapelle du Jacquemart à La Sarraz, la nef de l'église Saint-François à Lausanne et le chœur de l'église de Vevey. Le XVe s. a laissé l'église Saint-Martin, à Vevey, l'ancienne église dominicaine de Coppet, les églises de Nyon, Montreux, Orbe, Payerne, Treytorrens, etc. et le XVIe s. le grand portail de la cathédrale, le chœur d'Oulens, etc. Il ne reste aucune église importante du XVIIe s., mais on peut signaler les intéressantes petites églises elliptiques d'Oron et de Pâquier. On a construit au XVIIIe s. l'église de Morges, celles d'Yverdon et de Saint-Laurent, à Lausanne. Il ne faut pas oublier de signaler toute cette série si caractéristique de clochers avec flèches en pierre, datant du XIVe au commencement du XVe s., qui se trouvent dans la région de Saint-Maurice. Ce sont les clochers de Bex, Aigle, Gryon, le Sépey, Noville, Chessel, Villeneuve. Montreux, La Tour-de-Peilz, Corsier, Chardonne et Villette.
b) Architecture militaire. Le Pays de Vaud est aussi riche en monuments d'architecture militaire. Il possède encore plusieurs donjons carrés qui remontent au XIIe et XIIIe s., soit la tour de Moudon et la tour de Gourze, les donjons de Chillon, de Saint-Triphon, de Blonay, de Saint-Martin du Chêne, des Clées, d'Ouchy, d'Avenches et de la Sarraz. Du milieu du XIIIe s. datent les châteaux aux donjons circulaires si typiques de l'époque de Pierre de Savoie, soit ceux d'Yverdon. de Morges, d'Oron, d'Orbe, de Champvent, de Grandson, de Lucens, de La Tour-de-Peilz, d'Échallens et le donjon de Rolle. A la même époque appartient aussi une grande partie du château de Chillon. Dans les châteaux de Vufflens et de Lausanne, qui sont du commencement du XVe s., on constate l'influence de l'architecture piémontaise. Du milieu et de la fin du XVe s. datent les châteaux de Gingins, du Châtelard. de Rolle et le donjon d'Aigle. Le XVIe s. a laissé !e gracieux château d'Avenches.
c) Architecture civile. Le pays conserve de nombreux et très beaux édifices civils et châteaux des XVIIe el XVIIIe s. Signalons les hôtels de ville de Lausanne, de Morges, d'Avenches. d'Yverdon, d'Aubonne et de Vevey, les résidences de Coppet, de Prangins, de Crans. de Vincy, de Vullierens, d'Hauteville, de Rennaz et de Grandcour dans lesquels on peut admirer la plus belle et la plus noble architecture du XVIIIe s.
Sculpture. Les plus beaux spécimens de la sculpture du moyen âge se trouvent dans la cathédrale de Lausanne. Ce sont : la pierre tombale de l'évêque Roger (t 1220), les merveilleuses statues du Portail peint ou porche des Apôtres, du XIIIe s., celles du narthex. trois pierres tombales d'évêques des XIVe et XVe s et surtout la belle statue en marbre du chevalier Othon de Grandson (f vers 1328). Du XIVe s., date aussi le monument des sires de La Sarra dans la chapelle du Jacquemart à La Sarraz. Parmi les travaux de sculpture sur bois, citons les belles stalles du XII Ie s. à la cathédrale de Lausanne, du XIVe s. à l'église Saint-François, celles de Lutry et de Moudon du XVe s. et celles de la chapelle de Montfalcon à la cathédrale, du XVIe s. Plusieurs villes possèdent d'intéressantes fontaines des XVIe et XVIIe s., ornées de statues. Ce sont les bannerets de Nyon, d'Orbe et de Payerne, la Justice à Lausanne et à Cully et Moïse à Moudon.
Vitraux. La cathédrale de Lausanne possède aussi un des plus beaux et des plus anciens vitraux de la Suisse,
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(sciences)
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soit le grand vitrail de la rose, qui date du XIIIe s. L'église de Chapelle sur Moudon a un vitrail de la fin du \Ve s., et l'église de Saint-Saphorin un très beau spécimen de l'art du vitrail du XVIe s., représentant l'évêque Sébastien de Montfalcon présenté à la Vierge par saint Symphorien.
Orfèvrerie. Le canton de Vaud est très riche en pièces d'orfèvrerie religieuse. Une première petite exposition de coupes de communion du district d'Orbe a eu lieu dans l'église de cette localité en 1903, puis une grande exposition de channes d'église et de coupes de communion de tout le canton a été organisée en 1930 dans la cathédrale de Lausanne. Elle a révélé de véritables richesses depuis les calices du XIVe et XVe s. jusqu'aux coupes les plus artistiques des XVIIe et XVIIIe s. Au commencement du XIXe s., un orfèvre lausannois, Gély, acquit une certaine notoriété et fut l'auteur de très jolies pièces de style empire encore conservées dans bien des familles du pays.
Peinture. Plusieurs églises vaudoises sont encore ornées de fresques et de peintures du moyen âge. Les plus anciennes sont celles de Montcherand qui représentent le Christ et les Apôtres et datent du XIe ou du XIIe s. Plusieurs fresques de Romainmôtier sont du XIIIe s. Du XIVe s., nous avons une belle fresque à l'église d'Onnens et les fresques de l'église de Ressudens, ainsi que la très intéressante décoration de la chambre du duc à Chillon. Du XVe s., les fresques des églises de Grandson. d'Assens, de Payerne ; du XVIe s., les fresques du château de Lausanne, de la cathédrale de Lausanne de l'ancienne salle de justice de Cully.
Avant la seconde moitié du XVIIIe s., le Pays de Vaud a produit peu d'artistes dont le nom soit parvenu jusqu'à nous. Citons cependant Mareschet, qui, vers la fin du XVIe s., décora les voûtes de l'église de Lutry, la salle du Tribunal et le chœur de l'église paroissiale de Payerne d'une ornementation d'un goût parfait. Dans la seconde moitié du XVIIIe s., nous voyons apparaître toute une petite pléiade de peintres vaudois qui s'illustrèrent surtout à l'étrans-er : Ducros (1748-1810), les frères Sablet (1745-1819, "1749-1803), Keisermann (1765-1833), qui travaillèrent surtout à Rome ; Bolomey (1739-1819), le peintre du Stadhouder, et Brun (1758-1815), ls peintre de Marie-Antoinette. Les collections de Ducros, léguées à l'État, formèrent l'embryon du Musée de Lausanne dont le peintre Marc- Louis Arlaud d'Orbe (1772-1843), fut le réalisateur. Le XIXe s. a donné un peintre dont le canton de Vaud s'enorgueillit à juste titre : Charles Gleyre (1808-1874), un peintre classique par excellence au talent très pur et d'aspirations très hautes. Signalons ensuite Bocion et Chavannes, les peintres du Léman, Vaillon et David, Vautier, Grasset, Vuillermet, Steinlein, Vallotton et Burnand, parmi les plus illustres du XIXe s. Au XXe s. de nombreux artistes vaudois ont acquis une réputation qui a franchi les frontières de notre pays.
Le Musée des Beaux-Arts de Lausanne, fondé par Arlaud en 1841, a été transféré en 1905 dans le Palais de Rumine. Plusieurs salles du Musée Jenisch, à Vevey. sont consacrées à l'exposition d'unecollectiondetableaux de peintres romands, propriétés de la ville. La Société vaudoise des Beaux-Arts, fondée en 1869, a organisé de nombreuses expositions et a fortement encouragé le mouvement artistique dans le canton de Vaud, ainsi que la section vaudoise de la Société suisse des peintres et sculpteurs, fondée en 1900. Une société des femmes peintres a été fondée, ainsi qu'une Société des Arts à Vevey.
Bibliographie. J.-R. Rahn : L'église abbatiale de Payerne. — E. Reinhart : Die Cluniacenser Architeklur in der Schweiz vom X. bis XIII. Jahrh. — J.-R. Rahn : Die. mittelalterl . Kirchen des Cistercienserordens in der Schweiz, dans MAGZ 18. — E. Bach : L'église de Saiïit- Etienne de Moudon, dans HHV 1930. — Le même : Les fresques de l'église de Montcherand, dans ASA 1932. — A. Naef : Les phases constri/ctices de l'église de Romainmôtier, dans ASA 1905-1906. — Le même : L'église de Saint-Sulpice et sa restauration. — La cathédrale de Lausanne, texte de G. Chamorel et A. Naef 1929. — E.-M. Blaser : Gothische Bildwerke der Kathedrale von Lausanne. — P. Grellet et F. Gilliard : Les châteaux vaudois. — V.-H.
Bourgeois : Les châteaux vaudois. — A. Naef: Chillon. — .J.-R. Rahn : Le château de Chillon. — A. Naef : Le château d'Avenches. — V.-H. Bourgeois : La peinture décorative dans le canton de Vaud dès l'époque romaine jusqu'au XVIIIe s. — E. Bach : Les fresques de l'église de Ressudens, dans . ISA 1929. — J.-R. Rahn : La rose de la cathédrale de Lausanne. — E. Bach : Les stalles gothiques de- Lausanne, dans ASA 1929. — M.-V. Grellet : Nos peintres romands du XVIIIe et du XIXe s. — Études de D. Agassiz dans RHV sut A.-L. Ducros, 1927 ; B. Bolomey, 1928 ; Les peintres Sablet, 1929 ; Fr. Keisermann, 1930 ; L.-.4. Brun, 1931. — Ch. Clément : Gleyre. — P. Budry : F.-L. Bocion. — Veillon, dans Nbl. Kunstges. Zurich 1901. — M.-V. Grellet : Eug. Burnand. — E. Bonjour : Le Musée Arlaud. [Frédéric Dubois.]
5. Sciences. L'étude de l'histoire naturelle ne débute guère qu'avec la fondation de l'académie par les Bernois (1537). L'enseignement des sciences est au début annexé à la chaire de philosophie de la seule faculté de théologie (chaire des arts). La physique et la chimie sont enseignées, entre 1579 et 1708, par DelaCour, Jean Brever, François Blondet, Cl. Boucard, P. Jenin, S. Potterat, J. Marchandon. Plusieurs naturalistes vaudois vont chercher à l'étranger des emplois que le pays ne peut leur assurer, tels Et. et B. Delessert, J.-N.-S. Allamand, N. Fatio de Duiller, J.-S. Guisan et d'autres. Les défricheurs dans le domaine des sciences, où tout était à naître, sont, à cette époque, rarement des naturalistes de profession — on n'en avait pas emploi — mais des pasteurs, des philologues, des médecins, des hommes d'État ; sans énumérer les sciences favorites de ces hommes qui s'occupaient de omni re scibile, citons, comme Vaudois ou confédérés ou étrangers ayant marqué dans le canton : les Bertrand, B.-S.-G. Canard, A.-C. Chavannes, J.-P. de Crousaz, D. Chabrey, A.-L. Decoppet, J. Constant de Rebecque, J.-B. Dapples, Deleuze, Exchaquet père et fils, Conrad Gessner, J. Girard des Bergeries, Alb. de Haller, J.-P. Loys de Cheseaux, J.-B. Plantin, J.-G. de Rovéréa, J. Sterki, Jean Tagant, Treytorrens père et fils, etc. Vers la fin du XVIIIe s., les savants jusqu'ici isolés ou simplement en relations épistolaires, éprouvent le besoin de se grouper : Soc. des sciences physiques de Lausanne, 1783, s'occupe de toutes les sciences et publie des Mémoires ; Soc. d'émulation du canton de Vaud, 1802, avec section des sciences naturelles ; 1803, Soc. d'utilité publique ; Soc. d'agriculture et d'économie générale, publie les Feuilles d'agriculture et d'économie générale, qui deviennent plus tard la Feuille du Canton de Vaud ou Journal d'agriculture. Mais les temps troublés sont peu favorables aux études et aux sociétés : souvent interrompue, leur activité reprend sans cesse sous de nouveaux noms pour continuer l'œuvre des prédécesseurs (1815, Soc. vaudoise des sciences naturelles, publie ses travaux dans la Feuille du Canton de Vaud, puis dans le Journal de la Soc. vaudoise d'utilité publique, et dès 1842 dans son Bulletin de la Soc. vaud. des Se. nal.). La paix et la liberté donnent un nouvel essor aux études et aux sciences ; le patriotisme, le désir d'être utile au jeune canton, orientent les savants du côté des applications pratiques, de la mise en valeur des richesses du sol, du progrès de l'agriculture. Auparavant déjà, en 1788, création à l'académie de la première chaire de physique et de chimie, occupée par J.-S. François ; dès lors des progrès se réalisent dans le domaine des sciences comme partout, grâce à une évolution réjouissante de l'esprit public. De 1817 date le Musée d'histoire naturelle issu des collections de D.-A. Chavannes. Autour de cette période, on peut grouper J.-S. Baup. chimiste, van Berchem père et fils, R. Blanchet, chimiste, archéologue, J. de Charpentier, ingénieur des mines, botaniste, glaciologue, J.-F.-Th. Gaudin, pasteur, botaniste, J. Gay, botaniste, J. Monnard, botaniste, Math. Mayor, médecin et naturaliste, Grégoire Razoumowski (Histoire naturelle du Jorat), J.-A. Rengger, géologue, J.-L.-F.-A. Reynier, archéologue, botaniste, F. Struve, chimiste, Schleicher, botaniste, les Pierre, Abram. Emmanuel et Jean-Louis Thomas, dynastie de botanistes, Wyder, naturaliste. En 1837, la réorganisation de l'académie amena un nouveau réveil
YAUD
(sciences)
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scientifique, en partie influencé par l'esprit de Cuvier ; dans le canton, R. de Fellenberg et F.-E. Wartmann donnent du relief aux sciences renaissantes : époque d'observations, d'analyse, interrompue en 1845 par la
tour, sont aux écoutes de
Vaud. Le château de Lausanne à la fin du XVIIIe s. D
(Bibliothèque Nationale, Bern
révolution, puis suivie d'un nouvel essor. Les nombreuses fouilles pour^constructions favorisent la géologie et la préhistoire, fournissent de nombreux documents. Les naturalistes deviennent trop nombreux pour que leurs noms soient tous cités ici ; la spécialisation, rançon du progrès, commence déjà à entamer l'encyclopédisme des débuts. Tandis que Ls. Agassiz et S.-E. de Bridel- Brideri font leur carrière en partie ou totalement à l'étranger, la géologie et la paléontologie sont représentées au pays par G. Campiche, méd. ; Phil. de la Harpe ; Ch.-Th. Gaudin est botaniste et paléontologue ; F.-C. de la Harpe s'occupe de botanique, ainsi que J. Muret, D. Rapin, Ed. Chavannes, Alexis Forel, Ls. Favrat, Jacques Gay, Ls. Leresche, Ls. Secretan. En zoologie : J.-A. Chavannes, J.-C. de la Harpe, A. Yersin, les Huber père et fds, les quatre derniers étant surtout entomologistes. Les uns font avancer la science comme professeurs, les autres comme particuliers et à titre d'occupation accessoire. Les sciences physiques comptent Marc Secretan, tandis que l'archéologie et la préhistoire ont comme pionniers François Forel père, F.-L. Troyon, A. Morel-Fatio et A. Morlot. En chimie et sciences pharmaceutiques, nous trouvons H. Bischoff, Kopp, J.-S. Mercanton, en minéralogie J. Marryat et F. -S. Wild. En 1869, de section préparatoire aux autres facultés, la Faculté des sciences de\ ienl indépendante ; l'ancienne École spéciale (1853) est reprise par l'État et devient Faculté technique. A plusieurs reprises d'ailleurs, des instituts scientifiques, aujourd'hui officiels, sont issus de l'initiative de particuliers ou d'associations (station météorologique, station viticole, collections, protection des blocs erratiques et monuments naturels). Des trois activités de la science, c'est de plus en plus celle de la science pure e1 de l'avancement des sciences qui l'emporte sur les applications et sur la diffusion, sans que ces domaines soient cependant négligés. C'est l'époque des synthèses en géologie et de l'unification de la nomenclature (Eug. Renevier). La limnologie et la glaciologie, d'origine régionale, deviennent des sciences internationales (F. -A. Forel à qui, en outre, la sismologie et la préhistoire lacustre sont redevables d'une impulsion féconde). Mais si la science régionale rayonne parfois au delà des frontières et si
après une gravure de Hubert
quelques Yaudois font des voyages à l'étranger (A. Chavannes avec Perdonnet ; Ph. Gaudin ; R. Rengger, et d'autres, plus récents), les naturalistes du pays, à leur grandes théories et des nouvelles conceptions qui se créent au dehors et que les savants du pays vérilient, continuent à développer ou du moins exposent à leurs concitoyens.
En 1873, la spécialisation nécessaire crée l'école de pharmacie, en 1883 la section des sciences médicales, qui, lors de la transformation de l'académie en université (1890), deviendra faculté de médecine. De généreuses fondations encouragent la recherche désintéressée tout en commémorant la mémoire des testateurs ou de leurs familles (Fonds de Rumine 1871, Ls. Agassiz 1907, F.-A. Forel 1913, Mathilde Agassiz 1916, etc.). De tout temps, il y a eu des médecins, des pharmaciens, des pasteurs, des maîtres secondaires ou primaires, des rentiers, des agriculteurs même, qui consacrèrent à la science leurs loisirs et apportèrent leur pierre à son édifice. Citons, par exemple, E. Burnat (bot.), \Y. Barbey (bot.), J. Courvoisier (diatom.), F. Cornu (chim., bot.), les médecins Dumur, Bourget, Narbel, Jacot-Guillarmod, le pharmacien Chr. Bùhrer (météor.), les pasteurs D. Cruchet (bot. cryptog.), P.-L. Vionnet (archéol.) ; les maîtres secondaires ou primaires : H. Jaccard (bot.), Th. Rittener (géol.) J.-J. Vetter (bot.), I. Perriraz, (se. nat.) ; J. Œttli (chim.), l'agriculteur F. Corboz (bot.). La science officielle, de plus en plus diversifiée, compte de nombreux représentants qui ont marqué : S. Biéler (zootech.), H. Blanc (zool.), Aug. Forel (fourmis), C. Émery, Prilly-Bologne (fourmis), G. Duplessis (zool.), F. Seiler (bactér.), G. Brélaz, H. Brunner, puis F. Kehrmann (chim.). En sciences géologiques et minéralogiques : H. Gobiez, Aug. Jaccard, H. Sigg, etc. L'astronomie et la physique sont illustrées par les Dufour : Charles (un des « physiciens de Morges » avec Burnier et Yersin), Louis (phys.), Henri (phys., météor.), Jean Dufour, botaniste-physiologiste, directeur de la station viticole, a succédé à J.-B. Schnetzler avec lequel l'anatomie et biologie végétales ont pris pied dans le pays. En anthropologie, préhistoire et ethnographie, il faut citer A. Schenk. En sciences mathématiques et géodésiques : H. Amstein, Ch. Dapples, J.-J. Lochmann, L.-A. Lude, les P. Jos. et Ernest Marguet et d'autres. Bibliographie. G.-E. v. Haller : Bibliothek der Schweizer Gesch. und aller Telle 1784-1788, Berne. — Catalogue raisonné des auteurs qui ont écrit sur l'histoire nat. de la Suisse. — Acta helvetica, Bâle, vol. 7. 1782. — Doyen Bridel : Notice sur In naissanci et les progrès des Se. nat. dans le canton de Vaud, dans Feuille du Canton de Vaud 1822. — Mémoires de la Soc. des Se. phys. de Lausanne I, II, III. — Notices d'utilité publique, 1803 et suivants. — Feuilles d'Agriculture et d' Economie générale, 1812 et. suivants. — Feuille du Canton de Vaud ou Journal d'Agr. pratique, 1819 et suivants. — Journal de la Soc. vaud. d'Utilité publique. 1833-1845. — Bull, de la Soc. vaudoise des Se. nat., <le 1842 à nos jours. — Actes de la ASN, 1817 à nos jours. — H. Christ : Soiirenirs de botanique conduise, dans Bull. Soc. vaud. Se. mit. 1917. — Durand et Pittier : Catalogue de la flore vaudoise (Introduction), 1882. — E.-H. Gaullieur : Hist. du canton de Vaud 1803-1830. — Indu bibliographique de la Faculté des sciences (Université de Lausanne),
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(agriculture)
VAUD
1896 et 1914. — Ch. Linder : Hist. de la Soc. vaud. des Se. nat. 1793-1919. — Lausanne à travers les âges, 1905.
— B. van Muyden : Pages d'histoire lausannoise. — de Montet : Dict. — J. Olivier : Le canton de Vaud, sa rie et son histoire. — Au Peuple vaudois, volume du Centenaire, 1803-1903. — Eug. Secretan : Galerie suisse .
— Biographies nationales. — J.-J. Siegfried : Die wichtigsten Momente aus der Geschichte der schweiz. naturforsch. Gesellschaft, 1848. — J.-J. Siegfried : Gesch. der schweiz. naturf. Gesellschaft, 1865. — La Vie romantique au Pays romand. — L. Vuillemin : Le canton de Vaud. — H. Vuilleumier : Notice historique et statistique des professeurs de l'Académie de Lausanne (1537-1869-1878). — A. Wartmann, E. Yung et J. Cart : Coup d'œil historique sur l'activité de la Soc. helvétique des Se. nat., dans Nouveaux mémoires, vol. L, 1915. [Ch. Linder.]
La médecine. Sous Alexandre Sévère, il y avait à Avenches un collegiutn medicum et. une école où l'on enseignait la médecine, la grammaire et la rhétorique. Les invasions barbares des IVe et Ve s. firent disparaître les centres de culture médicale, qui, du VIe au IXe s., soit à l'époque franque, renaissent dans les couvents. Ce sont les ecclésiastiques qui alors pratiquent la médecine. Dès le IXe s., on voit s'élever les premiers hôpitaux, en particulier ceux de Villeneuve, Moudon, Vevey et Lausanne. Créés par l'Église, ils sont destinés non à recueillir des malades, mais à hospitaliser les passants, les indigents et les vieillards. A partir du XIIIe s., la médecine échappe aux ordres religieux. Dorénavant elle va être exercée par les médecins (physici) ayant acquis leurs connaissances à l'une ou l'autre des célèbres universités d"alors : Salerne, Bologne, Montpellier, Padoue. La plupart des villes du pays ont leur médecin pensionné qui touche un traitement annuel de 60 sols à 20 florins (environ 300 fr.), moyennant quoi il soignera gratuitement les pauvres. Il est cependant autorisé à faire payer sa visite 3 sols (environ 2 fr.) si le malade est fortuné. Avec le XVIe s., le Pays de Vaud voit arriver un grand nombre de médecins qui avaient quitté leur patrie — la France en particulier — pour motif de religion. S'il en est d'obscurs, d'autres étaient des praticiens de valeur, qui nous ont laissé des écrits intéressants. Tels sont Jean Volât, Benoît Comte, Claude Aubéry, Eustache de Quesnoy, Jacques Aubert, fixés à Lausanne. Chose curieuse, ils cumulaient volontiers les fonctions de médecin avec celles de pasteur. Une mention spéciale revient au médecin de l'ancien roi de France, le Dr Blancherose, qui lors de la dispute de Lausanne, le 1er oct. 1536, défendit avec esprit la religion catholique et annonça dans l'avenir le règne des médecins, autrement dit le règne des sciences positives succédant à celui de la théologie.
Le XVIIe s. marque un progrès sérieux sur le précédent quant au développement de la médecine : moins de médecins étrangers sans diplôme et davantage de médecins vaudois ayant fait de solides études à l'étranger. La plus grande figure de ce siècle est celle de Guillaume Fabrice, de Hilden près Dûsseldorf, qui résida de nombreuses années dans notre pays, de 1596 à 1598 et de 1602 à 1614. Après lui, on peut citer Jean-Pierre D'Apples, premier des neuf médecins de cette famille, qui, à côté de sa clientèle, enseignait les humanités aux futurs bacheliers ; Nicolas Girard des Bergeries, qui faisait un cours d'hébreu à l'académie ; Jean Constant de Bebecque, pharmacien autant que médecin ; Louis- Cyprien Levade, de Vevey, fondateur de la longue dynastie des médecins, chirurgiens et apothicaires du même nom qui ont honoré notre pays. Le XVIIIe s. compte son plus brillant représentant en la personne du Dr Samuel-Auguste-André Tissot (1728-1797) dont la réputation s'étendait bien au delà de Lausanne. Aussi venait-on le consulter de fort loin. Sa thérapeutique ne différait en rien de celle en usage à l'époque, mais c'est dans sa diététique et dans l'hygiène individuelle qu'il faut chercher l'influence énorme qu'il exerça. Tissot était avant tout un hygiéniste et c'est l'hygiène qu'il voulait réformer par ses nombreux ouvrages, dont le plus connu demeure l'Avis au peuple sur sa santé, traduit dans presque toutes les langues européennes. Venel (1740-1801) a le mérite d'avoir non seulement
fondé la première école vaudoise de sages-femmes, mais encore d'avoir en quelque sorte créé l'orthopédie. Au XIXe s., la culture scientifique des médecins se développe encore et ce qui y contribuera pour beaucoup, c'est la fondation en 1828 de la Société vaudoise des sciences médicales. Deux médecins ont exercé une influence prépondérante au sein de ce groupement et par lui sur l'ensemble du corps médical, comme aussi sur les autorités sanitaires du pays. Ce sont Mathias Mayor (1775-1847), chirurgien de l'Hôpital cantonal pendant quarante-quatre ans, et Jean de la Harpe (1802- 1877), médecin du même établissement pendant trentecinq ans.
En 1862, les pharmaciens et les vétérinaires ayant en grande partie démissionné dans les années précédentes de la Société des sciences médicales pour constituer des sociétés distinctes, un nouveau groupement se constitua sous le nom de Société vaudoise de médecine. Elle fonda en 1866 le Bulletin de la Société vaudoise de médecine ; en 1881, ce périodique devint l'organe de la Société romande de médecine et échangea alors son nom contre celui de Revue médicale de la Suisse romande. La création d'une Faculté de médecine à Lausanne, en 1891, a donné une impulsion nouvelle à la vie médicale dans le canton de Vaud. [André Guisan.]
6. Agriculture. On cherchera à se borner ici aux traits les plus caractéristiques de l'agriculture vaudoise, en rappelant que sur les points principaux, l'histoire agricole du canton de Vaud, surtout pour les temps les plus éloignés, ne se distingue pas sensiblement de celle de la Suisse romande en général. Les premiers documents certains dont nous disposons, concernant la production de notre sol, nous sont livrés par les restes de la période lacustre, abondants comme on sait dans notre pays. On trouve dans ces restes de stations lacustres (palafittes), mélangés aux objets d'industrie ou de ménage : 1. des céréales (orge, froment, millet) et dans les stations plus récentes (âge du bronze), l'avoine et l'épeautre ; 2. des légumes (carotte, fève, lentille, pois) et une plante textile (lin) ; 3. des fruits (pomme, poire, prune, cerise ; restes de fruits sauvages provenant de cueillette) ; 4. des restes d'animaux domestiques (chien, cheval, porc, mouton. chèvre et bœuf). On est donc en droit de penser que durant cette longue période, précédant de peu la période historique, les cultures et l'élevage du bétail ont pris peu à peu, à côté de la pèche et de la chasse, une importance de plus en plus considérable.
La période qui suivit les palaffiteurs n'a pas laissé, concernant son agriculture, de traces distinctes. Mais nous savons par les auteurs latins, ce qu'elle était au moment de la conquête romaine et ce qu'elle devint sous l'influence du conquérant. Nous savons qu'à cette époque lointaine les Helvètes cultivaient diverses céréales, quelques plantes-racines, des légumes, des plantes oléagineuses et qu'en particulier l'élevage du bétail avait acquis une importance suffisante pour donner naissance au début de l'industrie laitière : le fromage d'Helvétie s'exportait déjà. jusqu'à Borne. Les Bomains exercèrent sur l'agriculture de notre pays une influence favorable ; ils développèrent les cultures fruitières, introduisirent la vigne dans les régions favorisées du climat ; concernant la culture des céréales, leur assolement biennal (céréale, jachère) fut sans doute aussi un progrès. Aux Bomains succédèrent dans notre canton et dans les régions voisines, les Burgondes. De leur domination date un régime de propriété qui se maintint pendant une longue série de siècles, à peu près sans changement. Les grands domaines romains, propriétés des chefs, habitant au centre, la villa, tandis que les colons-cultivateurs habitaient tout autour les villages, furent démembrés peu à peu : l'utilisation en commun du sol s'introduisit, les communes apparurent, les biens communaux commencèrent à se former, et à s'étendre ; puis peu à peu des lotissements séparés, pour des cultures spéciales. L'augmentation graduelle de la population obligea à une meilleure utilisai ion du sol, et c'est l'assolement triennal qui se généralisa et dura presque jusqu'à l'époque contemporaine.
On comprend sans peine l'obstacle au progrès de l'agriculture que constituaient simultanément les droits
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(agriculture)
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féodaux sur le sol, les terrains communaux trop étendus et le droit de parcours sur les terrains cultivables. Aussi voit-on déjà dès le XVIIe s. des exceptions au droit de parcours, consenties moyennant finance ; ce sont les passations à clos et record. On entendait par là la faculté. pour le propriétaire d'un fonds soumis au libre parcours, de se libérer de cette servitude moyennant une certaine redevance, et de le cultiver à son gré après l'avoir entouré d'une clôture, ou simplement désigné comme clos, par des signes bien visibles (torchons de paille sur baguettes, aux limites du fonds). Cette faculté fut réglementée pour le canton de Berne, donc pour le Pays de Vaud qui en faisait partie, par une ordonnance de 1717, fixant la redevance maximum à un sixième de la taxe. Le résultat en était, pour les fonds passés à clos, la suppression de la jachère, la culture continue, grâce à l'apport des engrais de ferme, et par suite une augmentation considérable de la production du sol. L'exemple ainsi donné, la pratique se généralisa et un premier et important progrès fut réalisé au cours principalement de la seconde moitié du XVIIIe s. Le partage des biens communaux (ou leur lotissement et mise en location) commença aussi à se réaliser dans quelques communes, avec l'abolition du droit de parcours qui en était la conséquence plus ou moins forcée. Le rachat des dîmes et l'abolition générale du droit de parcours, conquête du nouveau régime (1803-1806) complétèrent la libération du sol, et permirent les nombreuses améliorations agricoles qui ont signalé le XIXe s.
Toute la première moitié de celui-ci, à l'exception de quelques mauvaises années (1816, année de la misère ; 1846-1847, maladie des pommes de terre) fut une période de large prospérité, durant laquelle non seulement la production directe du sol se multiplia, mais grâce à elle le bétail augmenta considérablement en nombre et en poids et devint, ce qu'il était loin d'être autrefois, la principale source de richesse, avec l'industrie laitière qu'il alimentait. En outre, l'augmentation des engrais de ferme permit une extension du vignoble, lequel encore à l'abri des maladies qui devaient le frapper plus tard, fut à cette époque la culture de beaucoup la plus rémunératrice. La richesse du vignoble vaudois devint proverbiale et se maintint encore pendant le troisième quart du siècle écoulé. Cette situation prospère devait se lundi fier profondément avec la généralisation des communications rapides au moyen de la vapeur : chemins de fer, navires. La première conséquence fut pour l'agriculture vaudoise, comme pour celle de pays avoisinants, la concurrence au blé indigène et l'avilissement du prix de celui-ci. Le bétail et ses produits subirent bientôt la même transformation, de telle sorte que le paysan, atteint à la fois de deux côtés dans ses ressources, sanv parler de ses conditions de vie devenues plus onéreuses, vit souvent la gêne succéder à l'aisance.
Le vigneron fut encore plus sévèrement atteint dans le dernier quart du siècle écoulé, par les maladies dites américaines, parce qu'importées du continent d'outre- Atlantique. Ce fut d'abord l'oïdium, assez facilement vaincu du reste par les traitements au soufre. Puis le phylloxéra, autrement dangereux, dont on ne devint maître qu'avec la reconstitution par le grelîage sur plant américain, organisée et subventionnée, pour toute la Suisse, par un arrêté fédéral de 1907. Enfin le milde.w, plus désastreux encore puisqu'il se renouvelle chaque année et nécessite une lutte constante, pénible et coûteuse, dans laquelle le vigneron n'est pas toujours vainqueur. C'est par plusieurs dizaines de millions qu'on doit évaluer le dommage causé par ce champignon dès son apparition, vers 1885, dans le seul vignoble vaudois. A ces fléaux s'ajouta, dans les premières années du siècle en cours, la mévente des récoltes, occasionnée par l'importation à bas prix des vins étrangers et la concurrence de la bière.
La situation actuelle du paysan et surtout du vigneron vaudois ne présente donc plus aujourd'hui la sécurité et l'aisance que l'on constatait encore il y a quelque 50 ou 60 ans. Mais à ces maux divers et aux craintes pour l'avenir, il y a heureusement une contre-partie. Tout d'abord, au cours du siècle dernier, l'instruction générale et aussi l'instruction technique, l'enseigne-
ment agricole et viticole, ont fait des progrès considérables, dont le retentissement sur la profession a été bienfaisant. Puis la science est venue efficacement au secours des deux branches principales de la production de notre sol, agriculture et viticulture ; elle a contribué à augmenter le rendement du sol en qualité et quantité et a donné au vigneron le moyen de lutter efficacement contre la maladie de la vigne.
L'État, Confédération et canton, a de son côté fait son devoir en vue de protéger et d'encourager l'agriculture et la viticulture ; la législation vaudoise concernant l'amélioration et le progrès de ces deux branches capitales de notre économie nationale est une des plus avancées que l'on connaisse. Enfin les paysans et vignerons, conscients de la nécessité d'unir leurs efforts, ont constitué des associations aujourd'hui puissantes et bienfaisantes (Société vaudoise d'agriculture et viticulture fondée en 1868, Fédération Romande en 1881, etc.). On peut donc conclure que tout en souffrant à l'heure actuelle de la crise générale, le paysan et le vigneron vaudois, loin de s'abandonner, luttent avec courage et efficacité dans les conditions difficiles qui leur sonl imposées par l'économie générale du globe et les formidables transformations qu'elle a subies, avant et surtout après la guerre mondiale de 1914-1918. [E. Chuard.]
7. Industrie et commerce. Deux industries fleurissent dès le XIIIe s. au Pays de Vaud, celle du bâtiment et l'orfèvrerie. Le cartulaire de Lausanne mentionne parmi les bienfaiteurs de la cathédrale plusieurs cimentarii qui sont à la fois architectes et entrepreneurs. En 1234, le chapitre donna à Me Jean, maître de l'œuvre de la cathédrale, une rente et trente poses de terres à Saint - Prex, en récompense de ses services. Autour des architectes, gravitaient les sculpteurs et les peintres. En 1195 la renommée de deux d'entre eux, Ubert et Pierre, va jusqu'à Rome ; ils signent les sculptures de la porte du baptistère de Saint-Jean de Latran. D'autres servent le comte de Savoie, les seigneurs ou les églises. L'architecte de Chillon et d'Yverdon au temps du comte Pierre de Savoie se nomme Pierre Meinier, et il emploie des ouvriers de la cathédrale. Parfois, l'artiste est un étranger : ainsi Jean de Liège qui sculpta les stalles de Saint-François en 1378, Guillaume l'Anglais qui modela en 1357 une statue de cire du comte Amédée, pesant 134 livres, offerte en ex-voto à Notre-Dame de Lausanne. Les Genevois Jean Contoz et François Magyn paraissent avoir travaillé en 1515 au grand portail de la cathédrale. Un tailleur d'images, Robert Courtoys, est propriétaire à Lausanne en 1453. Bottolier, de Lausanne, sculpte en 1516 les stalles de l'église d'Yverdon ; Pierre Rochat la belle grille de celle d'Estavayer, Antoine Bovard, en 1520, la statue de Saint-Georges dans la même église. Perrod. de Lausanne, en 1337, fond la cloche de l'église de Valère, à Sion.
Les orfèvres sont particulièrement nombreux et riches. Leurs noms s'égrènent à Lausanne du XIIIe au XVIe s. sans interruption. Mais on en voit encore dans d'autres villes : Jean Delafontaine à Morges en 1425. Thibaut de Blonay, demeurant à Blonay même en 1522. A côté d'eux sont les monnayeurs. A Lausanne, une confrérie de Saint-Éloi réunit les uns et les autres jusqu'à la Réforme. Elle était doublée d'une compagnie des ouvriers monnayeurs qui a son prévôt en 1487 et n'admet de nouveaux monnayeurs qu'après avoir fait prêter serment et fait verser un entrage de 30 florins dans la corporation. A côté des orfèvres, il faut mentionner les potiers d'étain. Dès le XIVe s., Lausanne en avait de réputés. La tradition ne s'en est point perdue. La marque des frères Gély, vers 1800, était fort considérée.
Lausanne, Moudon, Xyon ont des tanneries importantes. Dès le XIVe s., les draps de Baulmes étaient renommés ; on les poinçonnait d'un sceau représentant une aile de Saint-Michel et d'une croix, sceau que l'on renouvela en 1464 ; peut-être à cause de la concurrence naissante des draps d'Yverdon, que l'autorité communale s'efforçait de développer par des règlements très précis sur la qualité du travail. La compagnie des drapiers se maintient dans cette dernière ville jusqu'en 1799. En 1616, Pyrame de Candolle voulut installer à Yverdon une grande manufacture de draps, à laquelle
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(industrie et commerce)
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devait être jointe une imprimerie. L'avoyer de Berne et les plus gros personnages du pays s'intéressèrent à l'entreprise. Mais au bout de quelques années, l'entreprise périclita. Candolle s'enfuit, les ouvriers furent congédiés. D. Auberjonois installa en 1687 à Yverdon une manufacture de laine qui eut davantage de succès. Une ordonnance bernoise du 30 janv. 1099 vint réglementer l'industrie des marchands drapiers, facturiers, tant en soie qu'en laine. C'est que les Français réfugiés dans le pays pour cause de religion dès 1685 avaient cherché à restaurer l'industrie de la soie. Celle-ci était connue à Lausanne au début du XVIe s., mais elle avait été abandonnée. Vainement, en 1G17, Gabriel de Blonay, seigneur de Carouge, avait, dans un mémoire au gouvernemenl bernois, préconisé la culture du mûrier, afin de procurer à la jeunesse du travail par le tissage de la soie. L'entreprise fut jugée aléatoire par Berne, qui avait vu juste, car tous les établissements que fondèrent les réfugiés à la fin du siècle périclitèrent, surtout pour cette raison que le climat du pays de Vaud n'est pas favorable à cette culture. Les mêmes réfugiés installèrent des fabriques de dentelles à Lausanne, à Morges, à Aubonne, à Sainte-Croix, et dans d'autres localités. Bientôt après les indiennes firent leur apparition. En 1710. le gouvernement bernois chercha à en monopoliser la fabrication à Berne et interdit, au Pays de Vaud d'en faire venir d'ailleurs. Mais il fut bientôt débordé. Des l'abriques furent établies peu après à Yverdon, à Ouchy, et une ordonnance du 20 avril 1716 se borna à régler le commerce des indiennes. Berne alla même plus loin. On le voit en 1788 faire une avance au fabricant Fréd. de Trey, à Payerne, pour lui permettre de développer ses installations. Au XIXe s., la plupart des filatures diminuèrent ou cessèrent leur activité, devant la concurrence étrangère. Cependant, on appréciait encore en 1850 en France les tissus blancs de Lausanne, et la manufacture de draps d'Éclépens a conservé sa réputation.
Le Jura contient beaucoup de fer. Ainsi, dès la fin du XVe s., voit-on naître dans la région de Vallorbe, de la Vallée de Joux et de Sainte-Croix, de nombreux hauts fourneaux et forges. Le prieur de Romainmôtier avait déjà installé vers 1285 une « ferrière » à La Dernier près de Vallorbe, et les forgerons Franquefort dits Matthey sont connus dans cette même localité dès 1403. Mais c'est à partir du XVIe s. que cette industrie prit son plus grand développement (voir art. Vallorbe). Varro et Hennezel l'établirent à La Vallée au milieu du XVIe s., et il y avait aussi à la même époque, à Sainte- Croix, des forges que l'on voit en 1572 livrer 20 000 boulets (le fer à Genève. Mais il fallait beaucoup de charbon de bois pour ces hauts fourneaux et l'on dépeuplait de la sorte les forêts. D'autant plus que, pour intensifier l'exploitation, on faisait venir du minerai de fer de Bourgogne. Aussi, dès 1665, le gouvernement bernois prit-il des mesures énergiques pour limiter les coupes de bois et fit fermer une verrière que la commune de Bursins avait installée sur la montagne. Au XVIIIe s., l'horlogerie supplanta à La Vallée l'industrie du fer. Sainte-Croix suivit le mouvement et fabriqua en outre, dès 1811, des boîtes à musique. C'est à Vallorbe que les forges se maintinrent le mieux.
A plusieurs reprises, on a cherché du minerai dans d'autres parties du canton. En 1714, le lieutenant baillival Isaac Loys de Bochat, le père de l'historien, recevait une concession pour une mine de cuivre au Croset près de La Sarraz. Mais ce n'est qu'à Paudex qu'on est parvenu à utiliser une mine de houille de rapport. Cette mine était déjà exploitée en 1713 par une compagnie d'ouvriers. En 1708, <;<>ttlieb Wagner reçut la concession d'une mine de charbon et d'une verrerie à Paudex. La mine a continué à être exploitée, mais la vénerie a été transplantée plus tard à Semsales, d'où elle a émigré il y a vingt ans à Saint-Prex. Notons encore qu'en 1756, Vincent Doret, de Vevey, reçut l'autorisation d'établir une scie à marbre ; la maison a prospéré, mais n'a pu se borner au marbre du pays. Ce que les Alpes ont donné de mieux, ce sont les carrières de marbre bleu d'Arvel et surtout celles de marbre noir de Saint-Triphon que l'évèque Aymon de Montfalcon
utilisait déjà pour le jubé de la cathédrale de Lausanne et dont il envoyait des chars pour le monument élevé par Marguerite d'Autriche à son époux Philibertle-Beau dans l'église de Brou.
En 1500, le chevalier Guillaume de Diesbach avait reçu du duc de Savoie une concession de mines d'or et d'argent dans le Pays de Vaud. Nicolas de Graffenried, gouverneur d'Aigle, obtint, en 1554 de Berne celle des sources salines de Panex sur Ollon. D'autres sources salines étaient déjà connues au XVe s. dans la région d'Arveye. On les exploita dès le XVIIe s., et l'État de
Notre-Dame de Lausanne. Frontispice du manuale lausannense. de 1500, à Londres.
Berne les racheta en 1684 pour le prix de 103 943 francs. Mais ce n'est qu'en 1816 qu'à la suite de travaux méthodiquement menés, au Bouillet sur Bex. qu'on atteignit le roc salé. L'État a affermé depuis 1867 l'ensemble des mines à une compagnie privée dont il est d'ailleurs le principal actionnaire. Rappelons qu'Albert de Haller fut le directeur des salines dont le dépôt principal était alors à Roche.
La découverte de l'imprimerie procura au Pays de Vaud de nouvelles industries. En 1493, Jean Belot imprime à Lausanne un Missel lausannois, puis va transporter son atelier à Lyon. Ce n'est qu'en 1551 qu'un second imprimeur apparaît, Jean Crespin, qui se fixa tôt après à Genève. Robert Estienne a une maison à la Cité en 1545, mais on ne sait s'il y eut un atelier. Le gouvernement bernois n'était guère favorable aux imprimeurs. Il n'autorisa en 1557 Jean Rivery, un autre imprimeur, qu'à publier des livres d'école dûment approuvés (règle confirmée en 1643) ; aussi ce maître quittait -il deux ans après déjà Lausanne. Plus tard, Jean de Preux préféra Morges à Lausanne, et François de Preux abandonna aussi cette ville pour Genève. Ce ne fut guère qu'au siècle suivant que des imprimeurs s'établirent définitivement à Lausanne ; aujourd'hui, les imprimeries lausannoises sont importantes et repu-
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(historiographie)
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tées. Yverdon a eu aussi plusieurs imprimeurs : l'un d'eux, en I.V.i.'i ] n 1 1 >li a une édition du Lexicon de Scapula ; en 1628, l'établissement de Pyrame de Candolle fit faillite ; d'autres maîtres furent plus heureux. C'est à Yverdon que de Félice publia son Encyclopédie. On cite encore un livre imprimé en 1482 à Promenthoux par le Genevois Louis Guerbin : le Doctrinal de sapience, de Gui de Roye ; d'autres tirés au château de Duiller par Jean-Baptiste Fatio de 1677 à 1690. Vevey, Morges, Nyon, Moudon ont eu leurs imprimeries dans le courant du XVIIIe s. Une ordonnance du 21 janv. 1745 régit les imprimeurs et les libraires. Ceux-ci existaient dès le XVe s. En 1476, le duc de Savoie fait acheter à Lausanne toute une série de classiques. On connaît même l'éditeur commerçant. En 1509, le Genevois Louis de Cruse imprima un Psautier pour le compte de deux marchands lausannois, Philibert de Tel et Pierre Barraux. On compte aujourd'hui dans le canton de Vaud une cinquantaine d'imprimeries et de nombreuses librairies. Quant au papier, il était fourni sous le régime bernois par des papeteries établies à Nyon, à Bière, à la Motte, auxquelles le gouvernement accordait le monopole de recueillir les « pattes » dans des bailliages déterminés. La papeterie de la Venoge entre Lausanne et Saint-Sulpice, était exploitée en 1604 par Claude Mestral des Vaux, en 1710 par Rodolphe Loys, seigneur de Middes ; en 1798 par Benjamin Doxat, commandant en chef de l'artillerie vaudoise.
L'horlogerie fut dès le XVIIIe s. une source de prospérité. Une ordonnance de mai 1723 reconnaît des corporations d'horlogers à Lausanne, Morges, Moudon, Rolle et Nyon, et l'on comptait à cette date 20 maîtres horlogers à Coppet seulement. En 1771, une brasserie s'installa à Begnins ; une autre, ouverte à Lausanne en 1804, eut cinquante ans de vogue. Aujourd'hui, il en existe à Lausanne, à Orbe, à Aigle. A la fin du XVIIe s., un nommé Beylon fonda à Lausanne une fabrique de faïence. De ses descendants, l'un transporta son industrie à Genève, l'autre à Nyon. Celle-ci dura jusqu'en 1829. Concurremment Dortu, de Berlin, chimiste et fabricant de porcelaines, s'établissait à Nyon en 1781, et sa manufacture livra au public des produits artistiques qui sont recherchés par les connaisseurs. Mais en 1813, l'affaire cessa de prospérer et Dortu accepta d'aller diriger à Genève la faïencerie eBylon. Il y a une trentaine d'années, une nouvelle fabrique de porcelaine s'est ouverte à Nyon. Il y a en outre-une école de céramique à Renens, et des fabriques à Renens et à Saint-Prex.
Le XIXe s. a transformé toutes les méthodes industrielles et toutes les industries. Le canton de Vaud a maintenant plusieurs usines métallurgiques, des ateliers de mécanique de précision ; l'horlogerie reste en honneur dans le Jura en dépit des grosses difficultés de l'heure actuelle. Des industries nouvelles se sont implantées, ainsi celle des pierres fines, celle des chaux et ciments, celle des tabacs. Une ordonnance de Berne, de 1675, interdisait formellement d'user du tabac. Non seulement cette interdiction est tombée, mais au siècle dernier, la culture du tabac a été introduite dans la Broyé, et des manufactures se sont établies à Payerne, à Grandson et à Vevey. Enfin les usines à gaz, les usines électriques sont nées, les premières depuis 1850, les secondes depuis 1882, et ont pris un développement considérable procurant à l'État et aux communes d'importantes ressources. Citons encore l'industrie si importante du chocolat et celle des produits Nestlé.
Cependant, le canton de Vaud compte beaucoup plus d'ouvriers de métiers que d'ouvriers de grosse industrie, et il a toujours eu un commerce actif. Au moyen âge, le commerce et la banque étaient en partie aux mains des Lombards et des Juifs, mais plus encore à celles des indigènes. A Lausanne, le commerce était concentré à la rue de Bourg où se tenait la foire de la Saint-Gall, et c'est le trafic des étoffes qui procurait les plus grosses ressources. Pour le commerce extérieur, il y avait des halles dans les principaux ports, et aux Clées une souste avec quatre foires annuelles. La déchéance des foires de Champagne diminua le transit dont les comptes de Villeneuve marquent, à la fois, l'apogée et le déclin. En 1278, le revenu du péage de Villeneuve est de 504 livres,
soit de plus de 70 000 francs ; un siècle plus tard, le trafic est descendu de 4000 balles de draps et de peaux à 600 ou 700. En revanche, le trafic par Genève s'est développé, ainsi qu'en témoignent les comptes du péage de Nyon.
Au XVIIe s., Guillaume II d'Orange forma le grand projet de relier la mer du Nord à la Méditerranée par un canal navigable reliant directement le Rhône au Rhin. La liaison devait s'effectuer par le Pays de Vaud. Le gouvernement bernois se prêta à sa réalisation. Élie Gouret-du Plessis, l'un des familiers du statthouter. prit la direction de l'opération, consistant à créer un canal entre la Thièle et la Venoge. Il fut encouragé par l'aristocratie bernoise et genevoise. La concession fut accordée en 1637, mais les travaux du canal d'Entreroche ne furent pas achevés. On montait la marchandise à chars de Morges à Cossonay, et c'est là seulement que commençait le canal à écluses conduisant à Yverdon. Dans ces conditions, l'entreprise ne donna jamais ni le résultat, ni le bénéfice espérés. Elle déclina lentement et fut liquidée vers 1830. Dix ans plus tard, on proposa de remplacer la voie navigable par un chemin de fer reliant les deux lacs. Ce fut l'origine de la ligne Morges- Yverdon, ouverte en 1856. Depuis ce moment-là, le canton de Vaud s'est couvert de voies de communication. Mais l'idée de la réouverture du canal d'Entreroche n'a pas été abandonnée et une association d'études a repris ces dernières années le projet de Guillaume II d'Orange — Archives cantonales. — DHV. — Statistique industrielle et commerciale du canton de Vaud. — Monographies locales et professionnelles. [M. Reymond.]
VI. Historiographie. Le Pays de Vaud compte parmi ses historiens deux annalistes fort anciens, mais qui ne se sont guère préoccupés de laisser à la postérité une chronique détaillée de leur région. Leurs œuvres sont en effet des chroniques universelles, mais elles contiennent aussi nombre de mentions fort précieuses pour l'histoire particulière du Pays de Vaud. La première en date, qui est l'œuvre de saint Maire, évèque d'Avenches, et dont la meilleure édition est celle de Mommsen (Marii episcopi aventicensis chronica, Mon. Germ. hist. AA., XI) embrasse la période de 455 à 581, mais elle ne devient une source originale et vraiment précieuse qu'à partir du VIe s. Quant à la Chronique dite de Frédégaire, rédigée par un ou plusieurs auteurs de la région d'Avenches, elle conduit de 581 à 642 (éd. Krusch Mon. Germ. hist. Scriptores rerum merovingicarum, II). Les Annales Lausannoises (Mon. Germ. hist., SS.. XXIV) appartiennent à la même catégorie que les deux premières. Elles embrassent, il est vrai, une période beaucoup plus longue, puisqu'elles vont du VIe au début du XIe s., mais jusqu'en 850, elles ne diffèrent guère des Annales de Flavigny et de celles de Weissenbourg, sur lesquelles elles s'appuient, et ne présentent d'intérêt spécial pour l'histoire vaudoise que dès la deuxième moitié du IXe s. Ces annales anciennes ne contiennent d'ailleurs que des indications extrêmement brèves et sèches, et le premier essai de véritable chronique du Pays de Vaud ne date que du XIIIe s. Il est l'œuvre de Conon d'Estavayer, prévôt du chapitre de N.-D. de Lausanne. Comme les Annales lausannenses, sa chronique nous a été conservée dans le manuscrit ancien le plus précieux pour l'histoire vaudoise du moyen âge, connu sous le nom fort impropre de Gartulaire du Chapitre de N.-D. de Lausanne et conservé ;'i Berne depuis 1536, d'abord aux Archives d'État, puis à la Bibliothèque de la Ville. Cette chronique latine qui a été composée un peu avant le milieu du XIIIe s., est notre source la plus riche et la plus sûre pour l'histoire du Pays de Vaud jusqu'en 1240. Pour sa rédaction, l'auteur a utilisé de nombreux documents très anciens qui ne nous sont pas parvenus, et parait s'être constamment efforcé de rester fidèle aux textes et à la vérité. Publiée d'abord avec le Cartulaire tout entier par les soins delà Société d'histoire de la Suisse romande (Mémoires et Documents t. VI de la lre série), cette chronique a été rééditée par Georges Waitz, avec une introduction et des notes critiques dans les Mon. Germ. hist. (SS. t. XXIV) sous le titre de Gesta episcoporum lausannensium.
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■ViST
i. ri
Cost
urnes vaudors.
D"aptès une lithographie de Kônig.
Costumes vaudois.
D'après une lithographie de C. Motte.
François Delajoux et Marg. Gilleron des environs de Vevey. Peints par Jos. Reinhard (Mus. hist.. Berne).
DUBS — TOME VII
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Fusilier
Carabinier Officier de dragons Officier du génie
(O franche d'Aigle)
Officier de carabiniers Artilleur
Carabinier Sous-officier des chasseurs à cheval
D'après des aquarelles à la Bibliothèque militaire à Berne (Collection A. Pochon-Demme, Berne .
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(historiographie)
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C'est à ces quelques annales et à cette chronique que se bornent les sources narratives de l'histoire du Pays de Vaud au moyen âge. On pourrait peut-être y ajouter les Chroniques du Pays de Vaud, connues par de nombreux manuscrits, bien que l'historien ne puisse tirer aucun profit de leurs récits fabuleux. Ce n'est qu'au XVIe s. qu'il rencontre enfin un document narratif important : les Mémoires de Pierrefleur, d'Orbe, publiés en 1856 par l'historien Verdeil d'après une copie retrouvée aux Archives cantonales vaudoises. Bien qu'il n'ait pas été possible jusqu'à ce jour d'en désigner l'auteur avec certitude, et que celui-ci soit un zélé catholique, ces mémoires paraissent donner un tableau très fidèle de la vie et de la société vaudoises de 1530 à 15G1.
Jean-Baptiste Plantin fut au siècle suivant le premier en date des historiens vaudois et aussi le premier historien suisse de langue française. Il manque, il esl vrai, de sens critique et d'impartialité, mais son œuvre conserve une certaine saveur pittoresque et présente aujourd'hui encore quelque intérêt au point de vue de l'épigraphie et de la géographie. Son Helvetia antiqua et nova, publiée à Berne en 1656 eut assez de succès pour être rééditée à Zurich en 1737. Mais ses œuvres françaises sont loin d'avoir la même valeur. Ce sont : 1. Description et petite Chronique de la Ville de Lausanne, demeuré inédit et dont le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque cantonale vaudoise. 2. Description de laVille de Lausanne, 1660, publiée avec quelques modifications dans l'appendice de l'ouvrage suivant. 3. Abrégé de l'Histoire de Suisse, avec description particulière du Pais des Suisses, de leurs sujets, et de leurs alliez, Genève, 1666. 4. Petite Chronique de la très illustre et fleurissante ville de Berne, 1678. Mais les mérites de Plantin furent bientôt et de beaucoup dépassés par ceux d'Abram Ruchat, qu'on a pu appeler « le père de la science historique dans la Suisse française ». On ne saurait trop louer, en effet, le sens historique dont il fait preuve déjà dans l'Abrégé de l'histoire ecclésiastique du Pays de Vaud depuis l'établissement du christianisme jusqu'au XVIIIe siècle, Berne, 1707, et surtout dans son Histoire de la Réformation de la Suisse, Genève, 1727, 1728. Cet ouvrage manque peut-être de qualités littéraires, mais il est écrit avec un rare souci d'exactitude, et fournit en abondance des renseignements puisés aux sources originales. A côté du nom de Ruchat, il faut citer celui de son contemporain et collègue à l'académie de Lausanne, Charles-Guillaume de Loys de Bochat dont les Mémoires critiques pour servir d' éclaircissements sur divers points de l'histoire ancienne de la Suisse et sur les monuments d'antiquités, Lausanne, 1747-1749, sont pleins de renseignements précieux pour les archéologues.
Parmi les sources narratives de l'histoire vaudoise à l'époque de la Révolution et de la Restauration, il convient de mentionner au moins l'intéressant Journal sur la Révolution helvétique du professeur François Pichard, 1798-1800, (Lausanne 1894), les Mémoires du landamman Henri Monod, 1798-1805, (Paris, 1805), et les Mémoires inédits du chancelier Georges Boisot, 1783- 1850, dont la Bibliothèque cantonale vaudoise conserve le manuscrit original. Cette époque est marquée aussi par un renouveau des études historiques dans le canton de Vaud. En 1837, le poète Juste Olivier faisait paraître à Lausanne son bel ouvrage sur le Canton de Vaud et en 1842 ses Études d'histoire nationale. On ne saurait contester, il est vrai, que ces deux ouvrages brillent plus par leurs qualités poétiques et littéraires que par leur nouveauté et leur solidité historique. Presque en même temps, Louis Vulliemin publiait outre sa continuation de l'Histoire de la Confédération suisse de J. de Mùller (Paris, Lausanne, 1841-1842), un recueil très riche en documents inédits intitulé le Chroniqueur (Lausanne, 1836), et consacré à l'étude du Pays de Vaud durant les années critiques de 1535 et de 1536. On lui doit aussi de nombreuses biographies, et un Tableau du Canton de Vaud paru à Lausanne en 1849. Enfin, de 1849 à 1852, le médecin Auguste Verdeil faisait paraître la première Histoire du Canton de Vaud,
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des origines à 1803, qui devait être suivie d'une seconde édition revue et complétée de l'histoire des années 1803 à 1830 par Eusèbe Gaullieur (Lausanne 1854- 1857).
Bien que l'ouvrage de Verdeil laisse fort à désirer au point de vue critique, et qu'il manque souvent de bases solides, il reste d'une lecture agréable et utile, et l'on peut dire qu'il n'a pas été remplacé.
Une autre publication d'un genre tout différent sert de complément indispensable à l'histoire de Verdeil, c'est le Dictionnaire historique, géographique et statistique du canton de Vaud publié en 1867 par David Martignier et Aymon de Crousaz, et complété en 1887 par deux livraisons d'un supplément dû au Dr Adrien Brière et à M. Georges Favez. Cet important ouvrage a été récemment refondu et mis à jour parles soins de M. Eugène Mottaz, professeur, aidé de nombreux collaborateurs.
En 1903, à l'occasion du premier centenaire du canton de Vaud, Paul Maillefer publia une Histoire du Canton de Vaud dès les origines, d'une composition un peu hâtive, mais qui ne manque pas d'originalité pour la période postérieure à la Révolution.
Enfin l'histoire de l'Église du Pays de Vaud a suscité des travaux dus à deux historiens des plus distingués. On doit à Henri Vuilleumier une magistrale Histoire de l'Église réformée du Pays de Vaud sous le régime bernois (3 vol. parus de 1927 à 1930, et un 4me en cours d'impression). Quant à Mgr Besson, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, il a consacré à l'étude de l'histoire de l'ancien diocèse de Lausanne deux ouvrages aussi remarquables par la sûreté de l'érudition et de la critique que par l'élégance de la forme. Ce sont : Recherches sur les origines des évêchés de Genève, de Lausanne et de Sion, et leurs premiers titulaires jusqu'au déclin du VIe siècle, Fribourg 1906 et Contribution à l'histoire du diocèse de Lausanne sous la domination franque, Fribourg 1908.
La Société vaudoise d'histoire et d'archéologie, qui existe dès 1902, a pour organe la Revue historique vaudoise, fondée en 1893 par Paul Maillefer. Lausanne est aussi le siège de la Société d'histoire de la Suisse romande, dont l'historien vaudois Frédéric de Gingins- La Sarra a été l'un des principaux fondateurs en 1837. Elle a publié dans sa collection de Mémoires et Documents des textes et des travaux nombreux relatifs à l'histoire du Pays de Vaud au moyen âge. [A. R.]
VIL Militaire. 1. Époque de Savoie. Les seigneurs et certaines villes devaient la chevauchée. Les gens de pied se groupaient en bannières. Le prince évêque de Lausanne disposait de 10 bannières dont 5 de Lavaux. Des pièces de tous calibres formaient la modeste artillerie des châteaux et des villes. Vers la fin du XIVe s. les Vaudois forment le gros de l'armée d'Amédée VI de Savoie en lutte contre les Valaisans.
2. Époque bernoise. Le Pays de Vaud a dès 1536 des troupes incorporées dans l'armée bernoise. En 1538 Lausanne fournit 110 arquebusiers. En 1544, Michel, comte de Gruyère, enrôle des Vaudois qui font campagne en Italie avec François Ier. Dès 1588, des Vaudois sont utilisés pour protéger Genève contre les menaces savoyardes. Ils y tiennent souvent garnison. En 1626, les fiefs astreints à la chevauchée fournissent 207 cavaliers. En 1628, les Vaudois mettent sur pied le tiers de l'infanterie bernoise, soit deux régiments de 2200 hommes et tiennent encore 8800 hommes en réserve. De cette époque datent plusieurs abbayes ou sociétés de tir. En 1655, LL. EE. organisent une compagnie vaudoise spéciale (180 hommes) dite « secours de Genève ». Deux ans auparavant, plus de 5000 Vaudois prennent part à la répression de la révolte des paysans bernois. A cette époque, Vaud fournit des mousquetaires, des corselletz, des piquiers, des hallebardiers et des arquebusiers. En 1656 les Vaudois prennent part à la première guerre de Villmergcn (8000 hommes). Certains fournissent une belle résistance. En 1673, on forme une compagnie d'artillerie de 100 h. et deux compagnies de matelots destinées au service des barques de guerre du Léman. Les troupes vaudoises se distinguent à la seconde guerre de Villmergen (1712) où ils forment le gros de l'infanterie
Juillet 1932
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(militaire, monnaies)
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bernoise (13 bataillons sur 20, environ 5200 hommes) et où leurs quatre compagnies de dragons exécutent une brillante charge. En 1751 est formée à Aigle la premièrp compagnie de carabiniers qui existe en Suisse (uniforme bleu de roi et bleu de ciel).
3. Époque révolutionnaire. Elle est fort troublée. Des Vaudois se battent dans les deux camps. Cinq compagnies vaudoises de l'armée de Masséna sont citées comme ayant fait part du plus grand courage.
4. Le canton de Vaud. En 1803 est créée une compagnie de gendarmes à pied à l'effectif de 100 hommes. La première loi militaire du canton (1803) divise Vaud en huit arrondissements devant fournir chacun 800 grenadiers et mousquetaires, 100 chasseurs-carabiniers, 75 artilleurs et 25 dragons. En 1804 les dragons sont remplacés par les chasseurs à cheval et les troupes du canton forment avec celles de Fribourg la 7e légion. En 1814, on crée une compagnie d'artillerie à cheval. En 1815 l'élite
arrondissements. L'État fournit aux soldats l'armement et l'équipement. L'armée vaudoise compte 30 000 hommes. En 1870 les troupes vaudoises sont réparties entre les divisions II, III, IV, IX. — Amiguet : Les milices vaudoises. [Ernest Lédekrey.]
VIII. Monnaies. Le musée d'Avenches possède un coin monétaire helvète, qui atteste une frappe de monnaie des Tigorins. Deux exemplaires qui en relèvent ont été trouvés, l'un dans le canton d'Argovie, l'autre à Buchs (Lucerne). Mais l'émission de monnaies dans le Pays de Vaud remonte à l'époque mérovingienne. On connaît 15 triens d'or portant la légende Lauson. Lousonna, etc. Avenches a également frappé des triens d'or, et on attribue à Orbe une monnaie d'or semblable. Après la chute du royaume de Bourgogne et jusqu'en 1536, le Pays de Vaud a pour numéraire celui de l'évêché de Lausanne, le plus important, et, à côté, celui de la Savoie et des seigneurs de Vaud, dont l'ate-
Vaud. Artillerie vaudoise au camp de Bière en 1S33. D'après une gravure d'Huguenin Panchaud (Musée historiographique vaudois).
est pourvue du schako, la réserve générale de chapeaux. En 1816, Vaud fournit un bataillon à Louis XVIII. Le règlement militaire général de 1817 impose au canton un contingent fédéral d'élite de 2964 hommes et un nombre égal pour la réserve fédérale. L'artillerie comprenait 24 pièces. Le canton ne se contente pas des exercices du dimanche et de la revue annuelle, il organise encore une école d'infanterie à Lausanne et une école d'artillerie à Morges. Les compagnies d'infanterie séjournent à tour de rôle 54 jours à l'école d'infanterie. Les camps d'instruction datent de 1828, les écoles de recrues de 1832. L'affaire Louis Napoléon provoque en 1838 la mobilisation de 5000 hommes. En 1839, Vaud fournit 6 bataillons d'infanterie, 4 compagnies de carabiniers, 6 batteries, 2 compagnies de chasseurs à cheval et un contingent de landwehr. En 1845, organisation de 2 compagnies du génie, 8 batteries attelées, une compagnie de parc, 8 compagnies de carabiniers (tireurs d'élite), 8 bataillons, 4 compagnies de cavalerie. Chaque bataillon est composé de 2 compagnies de chasseurs (fusil rayé) et 4 compagnies de mousquetaires. En 1850 les dragons remplacent les chasseurs à cheval et font une école de recrues de 42 jours. En 1851 modification de la tenue. Lors de l'affaire de Neuchàtel, en 1856, Vaud fournit 10 000 hommes répartis dans les divisions I, IL IX. La loi de 1862 réduit à six le nombre des
lier fonctionnait à Nyon. La monnaie épiscopale a été émise à partir de l'an mil environ ; c'étaient des deniers, des oboles, qui furent pendant plus de deux siècles anonymes. Les deniers portent au droit le temple carolingien et au revers une croix. Légendes : LAUSANNA, sedes lausane et civitas F.QSTiv (avec des variantes). A partir de 1375, les évêques signèrent leurs pièces et créèrent successivement des espèces nouvelles: gros, demi-gros, trésels, parpaïoles, testons, et comme monnaies d'or des ducats frappés en très petit nombre.
Quant à la baronnie de Vaud, il nous en est resté des deniers et des oboles frappés sous Louis I de Savoie (1284-1302). Celui-ci, devenu seigneur de Vaud, obtint le droit de battre monnaie et d'ouvrir un atelier à Nyon. Les évêques de Lausanne et de Genève s'opposèrent à ce monnayage et le conflit ne prit fin qu'avec Louis II, qui promit à l'évèque de Genève de modifier la frappe de ses monnaies. La monnaie de compte était la livre lausannoise, divisée en sols et deniers ; on employa aussi le florin de Savoie, divisé en gros et deniers.
Le premier évêque dont le nom figure sur une monnaie est Guy de Prangins (1375-1394). Après lui, tous ses successeurs, sauf un, et en outre Barthétemi Chuet. administrateur de l'évèché (1468-1472), émirent du numéraire sur lequel on retrouve soit leurs noms soit leurs
VAUD
Monnaies vaudoises.
- 4^?on%rSta1tiL7^^^ ^ 20 batz, 18.0.- 3. Écu de 40 batz, ,8.2.
franc, 1845. - 7. 5 batz, 1810 — 8 Un bat/ 182B £ 7W»' ""f" de ,MontfaIc»n> or, s. d. (1491-1517). — 6. Un
1472). - U. Denier de Guy de Maïign", s! ïfffîllM) - « ^aT^I™ " ~ A*\?™* ^ Barthélémy Chuet, s. d. (1469- 1394). — 14. 2 Yl rappes, 1809. '" 4 franC' 1830' ~" 13> Demi-gros de Guy de Prangins, s. d. (1375-
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