Retour à Genève. Années de luttes
Pendant que Calvin était à Strasbourg, les dispositions des esprits s'étaient profondément modifiées à Genève. Ses amis étaient revenus au pouvoir et l'on désirait vivement son retour et sa présence pour organiser et diriger l'Église. Calvin accepta de revenir, malgré les luttes qu'il prévoyait, parce qu'il sentait que c'était son devoir. Après son retour (13 septembre 1541) il réussit, dans l'espace de deux mois, à faire adopter par les Conseils une Constitution ecclésiastique nouvelle, conforme à ses idées, dans ses traits essentiels. Par les Ordonnances, l'Église de Genève est constituée en gouvernement spirituel, distinct du gouvernement politique, veillant au maintien de la pure doctrine, à la réforme des mœurs publiques et privées, à l'instruction de la jeunesse, au soulagement des pauvres.
Le corps pastoral (Compagnie des Pasteurs) se recrute lui-même et dirige l'Église sous le contrôle du pouvoir politique. Un tribunal disciplinaire, le Consistoire, est composé des pasteurs et de douze anciens, élus par les Conseils. Le Consistoire fait des remontrances aux coupables ; il n'inflige aucune pénalité.
Par les Ordonnances, la Bible est devenue la règle pour les actes du gouvernement politique comme pour l'activité de l'Église. Le rôle de celle-ci est d'interpréter la Bible et de veiller à ce que les lois divines soient respectées par les magistrats et par le peuple. Calvin voulait que l'Église seule eut le droit de prononcer l'excommunication, l'exclusion de la Sainte-Cène. Il lutta pendant 14 ans pour obtenir ce droit et vaincre l'opposition antidisciplinaire avec l'appui de la partie la plus sérieuse de la population et de nombreux réfugiés français protestants, admis à la naturalisation.
Ses principaux adversaires furent : l'humaniste Castellion, le conseiller Pierre Ameaux (1546), le capitainegénéral Ami Perrin et sa femme, née Françoise Favre, le libre-penseur Jacques Gruet (1547), le médecin Jérôme Bolsec, ancien carme, adversaire de la prédestination (1551) et surtout le médecin espagnol Michel Servet, brûlé vif à Champel le 27 octobre 1553 pour s'être dressé dans ses livres « contre la majesté divine et sainte Trinité ».
Pendant le procès de Servet, Calvin eut à soutenir une lutte excessivement violente contre Philibert Berthelier fils, à qui le Consistoire avait interdit l'accès à la Sainte-Cène et qui prétendait participer à la communion avec la permission du Conseil. Calvin était résolu à toul souffrir plutôt que de céder. Berthelier ne parut pas à l'église et le droit d'excommunication fut désormais implicitement reconnu au Consistoire. Sur cette affaire, comme sur celles de Servet et de Bolsec, le gouvernement de Genève avait consulté les églises et gouvernements des cantons suisses protestants (Berne, Bâle, Zurich, Schaffhouse).
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Autographe de Calvin de 1559. Mandats et finances, Archives d'Ktat, Genève.
à Genève (autorité de la parole de Dieu, théocratie de la Bible), Calvin a voulu démontrer que la Réforme était la restauration de la vraie piété et de la vraie moralité. Aussi Genève devint-elle une sorte de cité sainte, la ville du Refuge, la métropole du protestantisme réformé.
5. Les dernières années (1555-1564) . Ce furent les plus paisibles du séjour de Calvin à Genève. En 1559, Calvin fonda, avec le concours du Conseil, le Collège et l'Académie destinés à former des générations de pasteurs et de magistrats animés de la crainte de Dieu et de l'amour de la science. Calvin étant admirablement secondé par Théodore de Bèze, le gouvernement était dévoué aux intérêts de l'Église, bien qu'il gardât jalousement son indépendance. De nombreuses imprimeries travaillaient à répandre en latin et en français V Institution chrétienne, les sermons de Calvin, ses leçons sur l'Écriture, ses petits traités ou opuscules. L'École attirait de tous les pays protestants des écoliers par centaines. En 1561, Calvin suivit avec émotion les événements de France, et le voyage de Bèze au colloque de Poissy. Mais l'ouvrier succombait à la tâche. Atteint de plusieurs maladies, il ne quittait plus la chambre, mais travaillait toujours. Le 20 avril, il fit ses adieux à ses collègues et, deux jours avant sa mort, il voulut les recevoir à souper dans sa maison. Il rendit le dernier soupir le 21 mai 1564 à huit heures du soir.
Calvin est le grand organisateur des Églises réformées. Au gouvernement de l'Église par la hiérarchie épiscopale, il a opposé le gouvernement par le système presbytérien-synodal, qui donne d'importantes prérogatives aux laïques. Il a ainsi contribué directement à l'avènement du régime représentatif en matière politique. Il a été le conseiller, le savant docteur, le chef des Églises réformées de France, l'ordonnateur de leur doctrine, l'énergique éducateur des consciences protestantes.
Bibliographie. J.Calvini opéra quae supersunt orania, éd. Baum, Cunitz et Reuss. — A. Erichson : Bibliographia calviniana. — W. Welker : Jean Calvin, l'homme et l'œuvre (trad. de l'anglais). — F.-W. Kampschulte : Johann Calvin. — E. Doumergue : Jean Calvin. — E. Doumergue : Calomnies contre Calvin. — E. Choisy : La théocratie à Genève, au temps de Calvin. — Oeuvres choisies de Calvin, publ. par la Compagnie des Pasteurs de Genève. [E. Choisy.]
Antoine, frère du réformateur Jean Calvin, qu'il