CORPORATIONS DE MÉTIERS
Samuel Cornut.
D'après une photographie.
liez. — Rivoire : Bibliographie. — Karmin : Sir Francis a" Ivernois. [André Duckert.] CORNUS. Voir Onglus et Cornus.
CORNUT. Famille bourgeoise d'Aigle dès 1530, de
Lutry dès 1639, de Savigny dès 1824. — Samuel, littérateur, * 21 juin 1861 à Aigle, f 1er mai 1918 à Thonon, secrétaire particulier d'Eugène Rambert, diplômé de l'école des Hautes Études à Paris, rédacteur au Tour du Monde 1890, auteur de :
Vallombreuse 1892, Les ■prosateurs de la Suisse romande (en collaboration avec Victor Tissot) 1897, Chair et Marbre 1898, L'Inquiet 1899, Le Testament de ma jeunesse 1902, La Trompette de Marengo 1909 (Prix Eugène Rambert), Essais et Confessions 1910 ; collaborateur à de nombreuses publications. — Voir PS 1918, p.
COROT, Jean-Raptiste-Camille, 1796-1875, célèbre peintre français qui passa de nombreux étés en Suisse, surtout de 1854 à 1860. Au château de Gruyères se trouvent quatre panneaux de lui qui comptent parmi ses œuvres les plus importantes. [C. R.]
CORPATAUX (C. Fribourg, D. Sarine. V. DGS). Com. et Vge. Anciennes formes : Corpastur, 1142 ; Corpastour, 1168-1180 ; Corpastor, vers 1175 = ferme du pasteur, du berger. On y a fait en 1870 d'importantes trouvailles archéologiques, entre autres, dans un tombeau, une monnaie d'or qui appartiendrait, d'après Mommsen, aux Salasses, peuple celto-ligurien des Alpes. Dès le XIIIe s., Corpataux dépendait de la seigneurie d'Arconciel-Illens. Après la prise d'Illens en 1475, il tomba au pouvoir des Rernois et des Fribourgeois, fit partie du bailliage d'Illens 1484-1798, de l'arrondissement et du district de Fribourg 1798-1848, et enfin de celui de la Sarine. Le 18 février 1835, le Grand Conseil accorda à Jacques Riolley l'autorisation de relier les deux rives de la Sarine par un pont en fil de fer et une concession d'un droit de pontonnage pour la durée de 99 ans. A la demande des habitants de Corpataux, le Conseil fédéral ordonna le 26 février 1909 la suppression de ce droit de pontonnage, qui eut lieu en 1911. Au spirituel, Corpataux fut détaché en 1907 de la paroisse d'Écuvillens pour former, avec Magnedens, une paroisse autonome. — Voir Jaccard : Toponymie, dans MDR VII. — Kuenlin : Dict. — Dellion : Dict. V. — ASHF IV. — Étr. frib. 1873. — AS G I, 342. — Reymond : Les sires de Glane, dans ASHF XII. — Regeste d'Hauterive. — Arch. d'État Fribourg. [G. Cx.] CORPATAUX. Famille noble fribourgeoise, citée dès le XIIe s., bourgeoise de Fribourg. Elle posséda aux XVe et XVIe s.
des terres et des droits seigneuriaux à Tinterin. Armoiries : écartelé en sautoir d'argent et de gueules. — 1.
Nicolas, bourgeois de Fribourg, conseiller 1264 ; proviseur 1261, puis recteur de l'hôpital de Fribourg 1267- 1275. — 2. Jacques, abbé du couvent d'Hauterive 1348, f 21 avril 1358. — 3. Pierre, auteur d'une branche bâtarde par ses fils illégitimes Jean et Jacques; de ce dernier descend la famille actuelle des Corpataux de Fribourg, reconnue bourgeoise le 10 juillet 1812.
Une branche de la famille vint s'établir à Gruyères et paraît avoir été admise dans la bourgeoisie au XVe s. — 4. Jean, bourgeois de Gruyères, céda en 1497 des droits et des terres à Rellegarde, à Jacques de Corbières ; il obtint en retour des biens et des droits dans la châtellenie de Gruyère, entre autres le droit de patronage sur la
chapelle Saint-Georges à Gruyères. Il est probablement identique à un Jean, châtelain de la Tour de Trême en 1491. — 5. Hugues, bourgeois de Gruyères, assista en 1555 comme délégué de la Gruyère, avec Georges de Corbières, etc., à la vente du comté à Rerne et à Fribourg. — 6. Jacques, chanoine et coadjuteur de Saint- Nicolas à Fribourg 1590, grand chantre 1603. f 1614.
Des familles Corpataux existent dans les communes de Chevrilles, Tinterin, Matran, etc. A celle de Matran appartient — 7. François, 1827-1903, syndic de Matran 1857-1879, député au Grand Conseil 1867-1901 ; juge suppléant, puis juge au tribunal de la Sarine 1864- 1878, juge cantonal 1879-1901. — Voir Regeste d'Hauterive. — Thorin : Notice sur Gruyère. — Mulinen : Helvetia sacra. — Peissard : La seigneurie et le bailliage de Corbières. — Rrasey : Le chapitre de Saint- Nicolas. — Dellion : Dict. VI. — Étr. frib: 1904, p. 76. — Archives d'État Fribourg et arch. de famille. TG. Corpataux ]
CORPORATIONS DE MÉTIERS. Les débuts des groupements d'artisans en Suisse sont malaisés à déterminer. On a bien signalé dans l'Avenches romaine des scolae, corps de métier, celui des bateliers par exemple, mais les corporations elles-mêmes (Ziinfte, Innungen) ne remontent qu'au moyen âge. Elles ont joué dans la vie des villes un rôle économique et politique considérable. Elles apparaissent aux XIIIe et XIVe s., époques où quelques-unes d'entre elles possèdent déjà ou reçoivent des statuts de la part des autorités. Mais leur fondation peut très bien remonter déjà à plusieurs années. Dans certains cas, à Râle notamment, les premières corporations groupèrent les artisans au service de l'évèque et restèrent sous la dépendance de ce dernier jusqu'au XIIe s. La ville se développa et connut des années de prospérité ; de nouveaux artisans s'y établirent et se constituèrent en groupements libres. Le but principal des corporations était la défense des intérêts professionnels. En groupant les artisans par corps de métiers, elles ont cherché à limiter la concurrence en s'opposant à l'établissement et en refusant la maîtrise à des étrangers ; elles ont, en outre, cherché à maintenir le bon renom du métier en obtenant de leurs adhérents qu'ils livrent de bon travail. La hiérarchie par où devait passer tout artisan, apprenti, compagnon et maître, était observée avec un soin jaloux par les corporations, qui édictèrent des prescriptions concernant l'apprentissage, sa durée, le nombre des apprentis ; sur le compagnonnage, et enfin sur l'obtention de la maîtrise après présentation d'un chef-d'œuvre. Leurs compétences s'étendaient aux conflits professionnels, qui étaient jugés par le prévôt et ses jurés. Les corporations observaient certaines pratiques religieuses et fondèrent même des confréries en l'honneur du patron de leur métier : saint Crépin pour les cordonniers, saint Éloi pour les forgerons, saint Nicolas pour les bateliers, etc. (voir art. Confrérie). Dans les cantons protestants, les corporations devinrent purement laïques après la Réformation.
D'une manière générale, les corporations avaient à leur tête un prévôt ou échevin ( ' Zunftmeister ) , maître, avoyer, roy, etc., qui était assisté d'un certain nombre de jurés. Ceux-ci étaient souvent au nombre de six dans la Suisse allemande (Sechser). Les corporations ont conservé leurs noms aux formes vieillies ; dans la Suisse romande : Marchands ou Merciers, Favres, Maçons, Chapuis, Vignolans, Pêcheurs et Cossons, etc. ; dans la Suisse allemande : Pfister (boulanger), Mittel-Lowen, Safran, Affe, Kamel, etc. Quelques-uns sont des noms de métiers, d'autres dérivent de l'enseigne du local de la corporation.
Les corporations ne se développèrent pas en Suisse d'une manière uniforme. Dans la partie romande, elles conservèrent leur caractère de sociétés professionnelles, sous les noms de compagnies, confréries, sociétés, maîtrises. Elles n'exercèrent pas de rôle politique, mais groupèrent les bourgeois d'une localité, d'abord en partie, puis dans leur ensemble. L'autorité leur reconnaissait une existence officielle en ce sens qu'elle les consultait sur la réception de nouveaux maîtres d'état à l'habitation. Parfois aussi elles constituaient des compagnies militaires, ainsi à Fribourg, où en 1473 et 1476
CORPS FRANCS
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on compta 23 compagnies formées par les corporations, avec plus de 900 h.
Dans plusieurs villes de la Suisse allemande le rôle des corporations en matière politique fut considérable. Jusqu'au XIIIe s., le pouvoir dans les cités était en mains soit de prélats, évêques ou abbés, comme à Bâle et à Saint-Gall, soit de la noblesse et de la bourgeoisie (formée de marchands et de rentiers), comme à Berne et à Zurich. Le développement du commerce et de l'industrie et la prospérité qui en résulta, donnèrent aux artisans le sentiment de leur force. Ils revendiquèrent soit le droit de bourgeoisie pour obtenir l'entrée dans les conseils, soit directement la participation de leurs corporations aux affaires publiques. Le résultat de cette lutte ne fut pas partout le même. A Berne, les corporations ne purent obtenir aucun droit politique et furent même supprimées en 1373 et 1392 ; à Zurich, elles furent également supprimées en 1291, dans la crainte précisément de revendications politiques, mais la révolution de Brun, en 1336, eut pour effet de partager le pouvoir entre la noblesse et la vieille bourgeoisie, d'une part, représentées par la corporation des Constables, et les 13 corporations de métiers, de l'autre. Au Petit Conseil, les Constables eurent 13 représentants et les corporations y envoyèrent leurs 13 prévôts ou échevins. Le Grand Conseil était également composé par moitié de ces deux éléments. Dans la suite, ces proportions se modifièrent au profit des corporations. La révolution zuricoise eut sa répercussion à Bâle, où, en 1337, les corporations obtinrent l'entrée au Conseil. Les 15 tribus envoyèrent chacune un représentant dans cette autorité, puis deux dès 1382. Dans d'autres villes de Suisse, le rôle politique des corporations ne s'affirma qu'au XVe siècle. A Schaffhouse, la constitution corporative de 1411 accorda aux 12 tribus (11 d'artisans et 1 de la noblesse) le soin de composer les autorités. Le Petit Conseil fut composé de 24 membres : 12 prévôts et 12 Sechser ; le Grand Conseil compta les 24 du Petit Conseil et les 5 autres Sechser de chaque corporation. A Coire, on remplaça en 1465 les quatre quartiers de la ville par cinq corporations qui élirent chacune 14 maîtres pour former le Grand Conseil de la ville ou les Septante (Siebziger). Le Petit Conseil comptait 3 représentants de chaque corporation, et en outre 3 Oberzunftmeister . A Lucerne, les corporations restèrent des sociétés purement professionnelles, tandis qu'à Saint- Gall elles furent également représentées dans les autorités. En raison du cumul qu'exerçaient autrefois les Petits Conseils en matière administrative et judiciaire, les corporations, en envoyant des représentants à cette autorité, participaient du même coup à la composition des tribunaux.
La Bépublique helvétique de 1798 enleva aux corporations leur caractère politique et une grande partie de leurs compétences en matières professionnelles. Les unes ont disparu (Genève), d'autres sont devenues des sociétés ouvertes à tous les ressortissants de la localité (Fribourg, Neuchâtel). Dans la Suisse allemande, les corporations ont conservé plus longtemps leur importance de jadis ; elles ont servi de collèges électoraux pendant une partie du XIXe s. (Bâle, Zurich), ou ont exercé d'importantes prérogatives en matière de tutelle et d'assistance (Bâle, Berne). Dans cette dernière ville, l'obligation pour un bourgeois de faire partie d'une corporation (règle qui était en vigueur aussi à Bâle, Zurich, etc.) fut maintenue jusqu'en 1889. — Voir les art. des cantons ou villes précités. — E. Martin Saint- Léon : Hist. des corporations de métier. — Paul Hilber : Les anciennes Abbayes de la ville de Fribourg, dans AF 1916. — Ph. Favarger : La noble compagnie des marchands de Neuchâtel. — Ed. Quartier-la-Tente : Le canton de Neuchâtel, lre série II. — A. Babel : Les métiers dans l'ancienne Genève. — B. van Muyden : Pages lausannoises. — Max Huber : Das Staatsrecht der Republik Zurich vor dem Jahr 1798, dans .4 GS I. — Zesiger : Das bernische Zunftwesen. — Dândliker : Geschichte Zurich. [L. M.]
CORPS FRANCS. Le nom de Corps francs a été donné aux groupements de citoyens suisses qui tentèrent, en 1844 et 1845, deux expéditions contre Lu-
cerne. Ces entreprises s'expliquent par les circonstances politiques et confessionnelles de l'époque. L'opposition entre les radicaux, partisans d'une révision du pacte de 1815, et leurs adversaires les conservateurs, atteignit son maximum quand le canton d'Argovie supprima les couvents sur son territoire (1841), tandis que Lucerne appelait les Jésuites à enseigner dans ses établissements d'instruction supérieure (24 oct. 1844). Aux yeux des radicaux, cet appel des Jésuites constituait une violente provocation à l'adresse de leur parti et une grave menace pour le protestantisme. Aussi tous les partisans des idées radicales furent-ils invités à se porter, en recourant à la force des armes, au secours de leurs coreligionnaires lucernois.
D'entente avec les radicaux d'autres cantons, ceux de Lucerne se soulevèrent le 8 déc. 1844. Mais les préparatifs avaient été si insuffisants que le soulèvement fut vite étouffé dans la ville, cependant que les Corps francs accourus d'Argovie, au nombre de 150 à 200 nommes, n'osaient pas profiter de leur petite victoire du pont de l'Emme et se dispersaient. Les secours venus de Soleure et de Bâle-Campagne ne parvinrent pas à réparer ce premier échec, dont les suites se firent promptement sentir, tant à Lucerne que dans la Suisse allemande. A Lucerne, on recourut à des mesures draconiennes contre les habitants du canton qu'on supposait être les instigateurs du soulèvement. La répression judiciaire atteignit les innocents comme les coupables, et en premier lieu un chef libéral, le Dr Jakob-Robert Steiger, médecin à Lucerne, tenu pour être l'artisan intellectuel de l'insurrection, et qui fut condamné à la réclusion. En outre, le Grand Conseil décréta la confiscation des biens des inculpés et la peine de mort contre les chefs responsables de la levée des Corps francs. Il était enjoint aux citoyens d'exterminer tous les étrangers au canton qui auraient pris part à l'expédition, comme bandits et assassins. Ces mesures, contre lesquelles Casimir Pfyffer avait vainement cherché à mettre en garde le gouvernement, n'eurent d'autre effet que d'accroître le nombre des Lucernois suspects de radicalisme et d'accentuer l'irritation, déjà grande, qui régnait dans la Suisse radicale contre les gouvernants réactionnaires de Lucerne.
Le mouvement anti-jésuite devint général, entretenu qu'il était par la presse, surtout le Schweizer Bote, et le Posthôrnchen d'Aarau, par des assemblées populaires à Fraubrunnen, Zofingue, Herzogenbuchsee, etc., et par des pétitions aux autorités cantonales et fédérales. Partout on réclamait une solution prompte et radicale de la question des Jésuites. Dès le mois de décembre 1844, le Volksverein, association populaire contre les Jésuites avait été fondé. Son Comité central, siégeant à Aarau, avait reçu mission de s'occuper des préparatifs militaires d'une attaque contre Lucerne. Grâce à la passivité bienveillante des gouvernements cantonaux, on put librement procéder aux enrôlements, réunir les fonds, se procurer les armes et le matériel nécessaire et établir un plan de campagne. Le canton de Lucerne dut songer à pourvoir à la défense de son territoire et particulièrement de la ville. Il s'entendit avec les cantons primitifs et celui de Zoug pour prendre en commun les mesures indispensables en augmentant l'effectif des milices par l'organisation du landsturm, et en établissant un système de défense qui protégeât la ville contre toute attaque. On fortifia surtout la ligne formée par la Reuss et l'Emme. L'officier lucernois, Ludwig von Sonnenberg, général au service de Naples, fut nommé commandant en chef des troupes de son canton. On lui adjoignit comme chef d'état-major Franz von Elgger, du Fricktal, ex-officier au service de Bade et au service de France.
L'attaque attendue tarda à se produire tant que la Diète, réunie à Zurich, le 24 février, fut en train de discuter la triple question des Jésuites, des Corps francs et de l'amnistie. La proposition d'interdire au canton de Lucerne de recevoir les Jésuites et d'obliger les cantons de Schwyz, Fribourg et Valais à les expulser, de même que celle d'accorder l'amnistie aux citoyens lucernois qui se trouvaient depuis le 8 décembre 1844 sous le coup de poursuites judiciaires, ne réunit pas la majorité. Par contre, on tomba d'accord pour décider que la
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Confédération devait interdire les levées de troupes armées qui se feraient sans l'assentiment et la coopération des gouvernements cantonaux, et inviter les États confédérés à empêcher la formation de Corps francs. Mais Berne, Argovie, Soleure, Bâle-Campagne et Vaud ne voulaient pas entendre parler de sanctions applicables aux contrevenants. Vis-à-vis de l'étranger, la Diète eut une attitude énergique : aux notes de la France, de l'Autriche et de l'Angleterre, qui contenaient des représentations touchant l'anarchie de la Suisse, elle répondit par une simple fin de non-recevoir, estimant qu'elles constituaient une immixtion injustifiée dans les affaires intérieures d'un État souverain.
l'Emme en passant par Gerliswil et marcher de là sur Lucerne, tandis que la colonne principale, commandée par Ochsenbein, avançait directement vers le pont du Thorenberg pour s'emparer de la hauteur de Littau occupée par les Lucernois. Vers six heures du soir, cette position était aux mains des Corps francs, qui à 8 heures se trouvaient aux portes de Lucerne. Le gouvernement lucernois, effrayé et perdant la tête — les renforts qu'il avait demandés à Zoug et aux petits cantons ne lui parvinrent qu'après minuit — se préparait à abdiquer et à s'enfuir. Ochsenbein, qui pouvait facilement s'emparer de Lucerne, mû par des considérations d'humanité, recula devant un bombardement. Ses troupes peu disci-
Défaite des Corps francs à Malters le 1" avril 1845. D'après une lithographie de 1 époque à la Bibl. nationale Berne.
Déçus dans les espoirs qu'ils avaient fondés sur la Diète, les chefs radicaux virent qu'ils n'avaient plus à compter que sur eux-mêmes, et ils se mirent en devoir d'exécuter l'opération qu'ils avaient préparée depuis longtemps. Le Dr Steiger, sorti de captivité et réfugié hors de son canton, fut l'âme de l'entreprise. Le capitaine bernois, Ulrich Ochsenbein, accepta, après quelques hésitations, d'en prendre le commandement.
La seconde expédition des Corps francs eut lieu le 31 mars 1845. 3500 h. environ, dont 1100 réfugiés lucernois, 1100 Argoviens, 700 Bernois, 350 de Bâle-Campagne et 250 Soleurois, répartis en deux troupes, se concentrèrent à Zofingue et à Huttwil. Dans la nuit du 30 au 31 mars, les deux colonnes, celle de Zofingue commandée par le colonel argovien Rothpletz, celle d'Huttwil par le major Billo, d'Aarau, pénétrèrent sur le territoire lucernois et se rejoignirent à Ettiswil, pour marcher de là sur Lucerne par Ruswil et Hellbùhl. A Hellbùhl, ils furent attaqués par les troupes lucernoises sous les ordres de Elgger. L'engagement fut favorable aux Corps francs et se termina par une retraite, qui ressemblait fort à une fuite, des Lucernois vers le pont de l'Emme. A partir d'Hellbùhl, les troupes des Corps francs se divisèrent. Billo devait s'emparer du pont de
plinées, inquiètes du sort de la deuxième colonne, furent prises de panique après quelques coups de feu échangés dans l'obscurité entre des patrouilles. Ochsenbein ordonna la retraite par Malters, où sa colonne tomba dans une embuscade et subit une grave défaite. La colonne Billo, après une attaque malheureuse du pont de l'Emme défendu par des forces supérieures, s'était retirée en grand désordre, tentant de se frayer un passage vers l'Argovie. Un petit corps de Zuricois, dont faisait partie Gottfried Relier, rappelé en chemin par son gouvernement, regagna ses foyers sans avoir combattu. Après la retraite d'Ochsenbein, le commandant lucernois reprit courage et organisa la poursuite de l'ennemi. Il fit 1800 prisonniers et un butin considérable, dont une partie fut cédée aux petits cantons en reconnaissance de leurs services. Les Corps francs perdirent 104 tués et 70 blessés ; les Lucernois 19 tués et 30 blessés. Les prisonniers furent enfermés dans l'église des Jésuites de Lucerne. Parmi eux se trouvait le Dr Steiger; Ochsenbein avait réussi à s'échapper. Au camp des réactionnaires lucernois, ce fut de la jubilation, ainsi que chez tous les cléricaux de la Suisse et d'ailleurs. Le Grand Conseil ordonna une fête publique d'actions de grâces. Dans les cantons radicaux, on était indigné