‹ Dictionnaire historique & biographique de la SuisseChapitre 412 sur 425 · EMMA · texte numérisé non relu

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pays et appauvrissail ses finances. Pour des motifs politiques et religieux, ils établirent un contrôle auquel ils employèrent le clergé ; chaque pasteur ou curé eut à dresser la liste des émigrants. Ces rôles permettent aujourd'hui d'évaluer approximativement l'importance de l'émigration, du moins dans le canton actuel de Zurich pour lequel le nombre de 20 000 ne paraît pas être une surestimation. Dès 1700, l'émigration prit une plus grande extension ; aux anabaptistes se joignirent les piétistes, dont la plupart se rendait dans la Caroline du Sud et la Géorgie. La campagne bernoise fournit un contingent particulièrement important. Le premier Bernois qui parcouru l'Amérique ou plus exactement la Caroline, fut Franz-Ludwig Michel. Mais c'est en Christof von Graffenried que l'émigration trouva un organisateur de talent, dont l'œuvre capitale fut la fondation en 1710 de Neu-Bern dans la Caroline du Nord. La seconde colonie suisse fut celle que fondèrent des Zuricois et des Bernois mennonites, également en 1710, sur les bords du Pesqua Creek dans le comté de Lancaster en Pensylvanie. En 1720, Merveilleux enrôla, pour le compte d'une compagnie, des personnes du canton de Vaud et du Seeland pour la Louisiane ou le Mississipi. L'avoyer et le Conseil de Berne lancèrent un mandement contre ce recrutement. Lerch suppose que Merveilleux agissait pour la compagnie que Law avait créée en 1717, et qui s'effondra dans le krach de 1720.

A l'émigration de 1709 et 1710 succéda, dans les années 1730 à 1740, une seconde expatriation en masse. La campagne zuricoise et le reste de la Suisse orientale y participèrent principalement. Cette dernière avait été inondée de libelles exaltant le paradis qu'étaient la Caroline du Sud et la Pensylvanie ; l'opposition du gouvernement fut à peu près vaine. A cette époque, Jean- Pierre de Pury, de Neuchâtel, se rendit aussi dans la Caroline, accompagné d'une troupe de ses compatriotes. Le gouvernement anglais favorisa son entreprise afin d'avoir une nouvelle digue contre les incursions des Creeks, race d'Indiens sauvages, et pour que la culture de la vigne fût introduite dans ses colonies. A son retour en Suisse, Pury publia une Description abrégée de l'état présent de la Caroline méridionale, 1731. La fondation de sa colonie, Purysburg, qui n'existe plus aujourd'hui, remonte à 1730 ; sise dans le cercle de Beaufort sur la rive orientale du Saranna, elle était un centre de l'industrie des soieries. Nombre de personnes de la Suisse orientale s'expatrièrent aussi en Caroline ; l'une des expéditions les plus importantes (250 têtes) fut celle que le capitaine appenzellois Tobler et un pasteur saint-gallois dirigèrent sur Charlestown. En automne 1734, un prêtre révoqué, Gôtschi, avait entraîné 240 imprudents qu'il abandonna en cours de route; beaucoup d'entre eux revinrent en arrière, d'autres se rendirent en Angleterre ou entrèrent au service étranger. Un petit nombre arriva péniblement en 1735 en Pensylvanie où le patron du bateau, pour se rembourser du prix de leur passage, les vendit selon l'usage, comme travailleurs, pour de longues années.

Des expériences de ce genre devaient provoquer des mesures sévères de la part du gouvernement. Il fut interdit aux bateliers de la Limmat, de l'Aar et du Bhin de transporter les émigrants ; les fonctionnaires reçurent l'ordre de dépister les agents secrets. L'impression et la vente d'écrits incitant à l'émigration furent sévèrement prohibés. Il est facilement concevable que toutes ces mesures n'aient pas été efficaces, car l'émigration n'était pas due seulement, comme on le croyait, à l'imprévoyance des gens, mais principalement aux crises économiques auxquelles les gouvernements ne portèrent pas remède de longtemps. En 1768, de nombreux Suisses, des paysans principalement, se rendirent en Andalousie, où leurs descendants vivent encore sur les pentes méridionales de la Sierra Morena et dans la vallée du Guadalquivir. Après la disette et le renchérissement de 1771, les classes pauvres de la population répondirent en masse à 1 appel du roi de Prusse qui voulait repeupler son pays ; mais les émigrants ne trouvèrent en Poméranie que famine et vie chère. En Suisse, aux années maigres succéda un retour de prospérité et le bien-être se répandit

jusque dans les couches inférieures de la population. Personne ne songeait plus à s'expatrier, mais la Révolution réveilla ce désir.

B. L'émiyration suisse au XIXe s. Tandis que l'émigration avait eu lieu jusque-là par intermittences, sous l'effet de circonstances particulières, au XIXe s. elle devint continue. Après la Révolution française, plusieurs États d'Amérique ouvrirent leurs frontières aux mécontents d'Europe. L'exode au Brésil de 2000 Suisses, en 1819, en fut une conséquence. C'est dès cette époque que commencèrent à se fonder des colonies aux gtats-Unis, au Brésil, en Argentine, en Uruguay, au Chili et en Algérie, mais un petit nombre de celles-ci seulement sont restées complètement ou même simplement en majorité suisses. Avant la construction des chemins de fer, les émigrants se rendaient aux ports d'embarquement, soit par le Rhin jusqu'à Rotterdam, soit avec chevaux et voitures jusqu'au Havre. De bonne heure se créèrent des Sociétés (même officielles) pour encourager l'émigration, et beaucoup de communes en profitèrent pour se débarrasser de leurs pauvres et des Hi'imatlose. Le pays perdit ainsi, avec beaucoup d'hommes dans la force de l'âge, une main d'œuvre précieuse. Les émigrants de leur côté se plaignirent de plus en plus de la façon dont les agents et les commissaires les dupaient. Cette pénible situation nécessitait une protection légale des émigrés, et chaque canton, l'un après l'autre, se vit obligé de prendre les mesures nécessaires. Les dispositions que les cantons et même de simples communes prirent souvent tout à fait indépendamment les uns des autres, hâtèrent l'élaboration de la loi sur l'émigration de 1880, qui fut révisée en 1888. Cette loi confia la surveillance de l'émigration et de l'activité des agences d'émigration à la Confédération, assistée des cantons. En outre, il incombait à la Confédération de fournir gratuitement à ceux qui désiraient partir, tous les renseignements sur le lieu de destination de leur voyage. Cette besogne nécessita la création d'une administration et de postes de commissaires, qui en 1900 furent réunis en un bureau fédéral d'émigration. En mai 1918, on lui confia la charge de surveiller les engagements pour les pays européens et de communiquer les renseignements sur ceux-ci.

Le principal but des émigrants suisses resta, au cours du XIXe s., les États-Unis; cependant des Suisses s'établirent dans toutes les parties du monde. Dans les deux premiers tiers du siècle, les émigrants se recrutaient surtout parmi les paysans, plus tard dans toutes les classes de métiers, notamment dans l'industrie et le commerce. Vers la fin du XIXe s., l'émigration se présente sous une nouvelle forme : la migration temporaire ou saisonnière. La Suisse devient un point de rassemblement pour les émigrants étrangers (1913 : 122 000) qui se font expédier par des agences suisses à travers notre pays vers la contrée visée.

L'émigration est déterminée par les conditions politiques, sociales et économiques des pays où se produisent l'émigration et l'immigration, par l'offre et la demande de main d'œuvre. C'est pourquoi la Suisse a pris la résolution de ne l'empêcher ni de l'accélérer, mais d'éclairer le peuple, de protéger les émigrants et, ce faisant, de sauvegarder les intérêts du pays. [J. Mœhr.]

ÉMIGRÉS. Voir RÉFUGIÉS POLITIQUES.

EMLER, Peter, du Conseil de Soleure, où il est mentionné vers 1464, aubergiste et marchand de vin, administrateur de la léproserie de St. Kathrinen 1483, bailli de Falkenstein 1485, t i486. [J. K.]

EMMA, HEMMA, DEMM A. Famille tessinoise originaire d'Olivone déjà mentionnée au XVIe s. Armoiries : d'azur au lion de gueules tenant dans ses pattes antérieures un estoc du même ; au chef d'or chargé d'une aigle de sable (variante). — 1. Pietro, lieutenant du bailli de Blenio 1602. — 2. Johan-Stephan, lieutenant 1616 et 1630, chancelier du bailliage de Blenio 1618. — 3. Stefano- Antonio, lieutenant du bailli 1695. — 5. Alfredo, médecin, * 1860, f 1922 à Biasca. Un des chefs du parti radical tessinois. — AHS 1918 et 192 1 . - Edueatore délia Svizzera italiana 1922. [C. T.]

EMME (C. Berne et Soleure. V. DGS). Affluent de l'Aar ; Emmun rivus en 1249. Le nom dérive du cel-

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