‹ Dictionnaire historique & biographique de la SuisseChapitre 52 sur 425 · I JEUNE · texte numérisé non relu

I JEUNE

(XIXe siècle)

BERNE

^ i i ions el répandit le lyplius avec elle. Aarberg dut héberger •">! 000 hommes el 15 000 chevaux en trois semaines ; trois hôpitaux militaires durent être organisés à Berne et un à Frienisberg. La maladie se répandit dans la population. La note des frais se monta à 358 (KKI 11. ; l'Autriche en paya 25.3 000. La proclamation de la commission d'Etat, le 24 décembre, était intitulée « A nos sujets ». Elle réclamait entre autres le retour de Yaud et de FArgovie, ce qui lui valut une réponse indignée des deux cantons et du reste de la Suisse. Les Absolus, dépourvus de l'appui autrichien, durent céder le pas aux Modérés, qui revinrent au pouvoir. Le 12 janvier 1814, le Grand Conseil se compléta à 200 membres ; 99 sièges furent, réservés à la campagne. Le 14, il nomma 21 membres du Petit Conseil, les six autres restèrent à la campagne. Les avoyers furent N.-R. von Wattenwyl et N.-F. von Mulinen. Un Conseil secret de cinq membres dirigeait le Petit Conseil. Cette transformation constitutionnelle n'amenait pas au pouvoir de personnalités nouvelles. Le 8 février, 43 représentants de la campagne furent provisoirement élus à Berne. La Diète de Zurich ayant reconnu les cantons de Vaud et d'Argovie le 29 décembre 1813, Berne n'envoya pas de député à cette assemblée, mais prit part, le 17 mars 1814 à Lucerne, à une Diète séparée, avec sept cantons réactionnaires. Elle renonça, le 21 mars, devant cette assemblée, au pays de Vaud, mais non à l'Argovie. Au début de mars, les monarques alliés réunis à Chaumont, reconnurent ces deux cantons. La Diète de Lucerne se sépara et Berne participa dès lors à Zurich à la discussion du Pacte fédéral. Le Grand Conseil bernois repoussa le premier projet de Pacte fédéral parce qu'il ne tenait pas compte de ses visées sur l'Argovie. Le second fut ratifié le 31 août après les explications de Wattenwyl. Berne témoigna longtemps de l'inimitié pour Vaud et l'Argovie que soutenaient les ambassadeurs étrangers, en particulier Capo d'Istria, représentant du tsar. L'agitation naquit en Haute-Argovie, puis des troubles graves éclatèrent dans l'Oberland ; un soulèvement à Interlaken le 23 août dut être réprimé par la troupe. Une conjuration démocratique contre Berne, appuyée par le tsar, fut dévoilée en janvier 1815 par une feuille volante : Correspondance et autres lettres secrètes, collection d'actes et de lettres dont l'éditeur fut inutilement recherché.

Berne fut représentée au Congrès de Vienne par le conseiller Zeerleder, chargé de revendiquer l'Argovie et de sauver les titres anglais détenus par le gouvernement depuis 1803. Ces titres se montaient alors à £ 292 000de capital et £ 150 000 d'intérêts courus depuis 1798. Vaud et Argovie voulaient partager cette somme avec Berne, et d'autre part la Diète la réclamait pour le payement de la dette helvétique. On se montrait à Vienne très peu favorable à Berne. Le 5 mars 1815, les puissances s'accordèrent sur les points suivants : reconnaissance du principe de la représentation populaire, un tiers des sièges du Grand Conseil réservé à la campagne, la bourgeoisie de la ville ouverte à la campagne. Le Congrès reconnut le 20 mars les cantons de Vaud et d'Argovie; Berne reçut en dédommagement l'ancien évêché de Bâle. De capital anglais lui fut attribué, mais les intérêts furent employés à l'amortissement de la dette helvétique. Malgré la déception qu'en éprouva Berne, Wattenwyl parvint à faire accepter ces conditions par le Grand Conseil, le 28 avril, par 135 voix contre 37. A la nouvelle du retour de Napoléon, Berne leva 6700 hommes et 31 canons pour l'expédition en Bourgogne. Sa quote-part des frais, 1 800 000 francs, fut couverte par des impôts de guerre et des emprunts. Le 7 janvier 1815, le Grand Conseil décida de compléter la constitution. Il publia le 21 septembre V Urkundliche Erklarung, ou constitution de la restauration. Les anciens privilèges des communes et campagnes étaient garant is dans la mesure où ils s'accordaient avec le bien de l'État. Les fonctions officielles étaient accessibles à tous les bourgeois. Les grandes localités de la campagne eurent chacune deux représentants au Grand Conseil, les plus petites un, les grands districts trois, les autres deux, le Jura treize. Le Grand Conseil y ajoutait douze bourgeois campagnards, ce qui portait à 99 le nombre des

députés. Leur mandat était inamovible. Le droit de vote était confié dans les villes au Conseil de commune, dans les districts à l'assemblée des juges de district, aux conseillers communaux, aux membres du Consistoire et aux quatre plus riches habitants du district. La loi fondamentale du h janvier 181(1 pour l'élection des 200 grands conseillers de la ville prévoyait que cette assemblée se compléterait elle-même, de sorte que les familles non patriciennes, soit la forte majorité de la bourgeoisie, en étaient exclues. Les 27 membres du Petit Conseil étaient élus par le Grand Conseil. Le gouvernement dépendait ainsi davantage du Grand Conseil que sous l'Acte de Médiation, mais les élections populaires étaient supprimées et la campagne très peu représentée.

Les titres anglais furent réalisés en 1816 avec 37 ",, de perte sur le cours ; 3 500 000 francs, ancienne valeur, rentrèrent dans la caisse de l'État bernois. Par l'accord complémentaire de la deuxième paix de Paris, de 1818, la France fut contrainte de rembourser le 13 % des sommes enlevées en 1798, mais elle parvint à réduire ce modeste dédommagement à 469 000 francs, ancienne valeur.

23. Béunion DE l'évêché de Bale. A la fin de 1813, les Alliés avaient occupé l'évêché de Bâle, devenu français depuis la Révolution. Il formait une sorte de terre vacante, dont les destinées allaient être remises à la décision du Congrès de Vienne. L'évêché fut offert une première fois à Berne, qui le refusa le 31 mars 1814, puis le Congrès décida, le 20 mars 1815 que l'évêché et le territoire de Bienne feraient dorénavant partie du canton de Berne. En étaient exceptés une douzaine de communes, du district d'Arlesheim, qui furent rattachées à Bâle, et une petite enclave, près de Lignières, donnée en toute souveraineté au canton de Neuchâtel. Le peuple jurassien ne fut pas consulté, mais, cependant, il accueillit cette sentence par des démonstrations de joie. Les puissances posèrent comme condition de cette remise l'accomplissement des stipulations du 5 mars 1815 ; cette difficulté ne fut résolue que par V Urkundliche Erklârung du 21 septembre. Entre temps, le commissaire fédéral H.-K. Escher, administra l'évêché. L'Acte de réunion, du 23 novembre 1815, contenait entre autres dispositions : la reconnaissance de la religion catholique ; le remplacement de la législation civile française par les anciennes coutumes de l'évêché ; le code pénal bernois substitué au code pénal français. L'impôt foncier était maintenu, les impôts indirects du régime français étaient remplacés par les régales et les impôts indirects du canton de Berne. Les communes recouvraient leur autonomie. Le 21 décembre 1815, la Confédération remit l'évêché au canton de Berne. A cette occasion, ce dernier prit à son compte 326 000 francs, ancienne valeur, que l'évêché devait encore à titre de contributions. Le serment de fidélité à l'État de Berne de tous les fonctionnaires ecclésiastiques et laïques, fut reçu à Delémont, le 14 juin 1818, par l'avoyer de Wattenwyl.

24. La Restauration. Les affaires politiques étaient aux mains de Wattenwyl, Mulinen, Jenner et Friedrich von Fischer qui représentaient dans sa plénitude le régime patricien. Les sessions mensuelles du Grand Conseil étaient secrètes, aucun jeton de présence n'était payé en sorte que les députés de la campagne n'y assistaient pas régulièrement. Les luttes de parti se déroulaient entre les Absolus et les Modérés ; les premiers excitaient contre le gouvernement la ville dont la bourgeoisie était mécontente d'être mise à l'écart. Le chef des Absolus était K.-L.vonHaller, ennemi personnel des avoyers. Comme champion des idées de la Restauration, il jouissait d'une renommée européenne et se sentait mis à l'écart à Berne. Après sa conversion secrète au catholicisme, à Fribourg en 1820, il se rendit à Paris et fut exclu des affaires publiques de Berne où il ne revint plus. Lors des années de disette de 1816 et 1817, Berne fut mieux approvisionnée que les autres cantons grâce à de sages mesures. Lors de l'inondation du Seeland en 1816 les premiers plans pour l'assèchement des marais furent dressés. Le tricentenaire de la Réformation fut solennellement fêté le 1er juin 1828. Aucune secte particulière n'était tolérée ; les piétistes furent punis en 1829à cause de leurs réunions dans

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l'église française. La Restauration fut un temps de relèvement économique particulièrement pour l'Oberland et le Jura. La vie politique était calme. Le seul journal, le Schweizerfrexnd, n'était pas pris au sérieux. De longues négociations eurent lieu au sujet du rétablissement de l'évéché de Bàle qui intéressait Berne à cause du Jura. (Voir art. Bale, DIOCÈSE DE.)

Les relations avec l'étranger restèrent tendues pendant la Restauration. Haller et sa cabale dénonçaient Berne auprès des cours comme un nid de jacobins. Au Congrès de Vienne le gouvernement paraissait réactionnaire, il fut subitement qualifié de libéral. Des attaques violentes partirent de Paris, et des scènes pénibles eurent lieu avec l'ambassadeur Moustier qui aurait volontiers renversé le régime modéré. Il fut rappelé en 1825. La même année l'offre napolitaine d'une capitulation militaire fut refusée ; en 1828, par contre, Naples fut autorisée à lever un régiment de 1500 hommes durant 30 ans, le régiment de Hollande ayant été licencié cette année-là. En 1827, Mulinen abandonna ses fonctions d'avoyer ; son successeur, F. von Fischer, fut élu malgré les Absolus.

25. La Régénération. Une Diète se tint en 1830 à Berne où les libéraux s'étaient réunis à l'occasion du tir fédéral. A la nouvelle de la victoire de la révolution à Paris, la Diète se sépara le 6 août. Berne craignait une attaque française et ne reconnut Louis-Philippe que le 8 octobre. Celui-ci, irrité, encouragea la révolution à Berne. L'opposition vint du Jura, conduite par Stockmar, et des villes de la campagne, Berthoud en particulier, où les frères Schnell la dirigeaient. Le gouvernement était paralysé par les luttes de parti, les Absolus s'opposant à toute concession. Des troupes furent concentrées en ville et un journal gouvernemental, la Neue Schweizer Zeitung, fut fondé. Une fin de non-recevoir ayant été opposée aux demandes présentées à l'instigation des frères Schnell par le Conseil de Berthoud, l'agitation se répandit dans le pays. Le 5 décembre, le gouvernement lui-même proposa au Grand Conseil de répondre aux désirs du peuple. Auparavant avait eu lieu à Berthoud la réunion des hommes de confiance que le haut bailli von Effinger avait vainement essayé d'empêcher. La décision et la proclamation du 6 décembre vinrent trop tard. Des arbres de liberté furent dressés dans le Seeland et des gardes civiques organisées dans le Jura, où se manifestaient des tendances séparatistes. La Diète extraordinaire du 23 décembre se refusa à soutenir l'ancien état de choses. Les Absolus levèrent des troupes soldées. Une levée en masse de la campagne contre Berne fut décidée pour le 10 janvier. Ce jour-là, les chefs du mouvement, qui craignaient de ne plus le maîtriser, organisèrent une journée populaire à Munsingen où par Karl Schnell, une constituante fut demandée. Sur la proposition de Fischer, le Grand Conseil résolut alors, dans sa séance du 13 janvier, de confier la revision de la constitution à une constituante, le gouvernement ayant perdu la confiance du pays. Ce fut l'abdication du patriciat. Les libéraux l'emportèrent les 7 et 9 février aux élections indirectes à la constituante. Quelques patriciens, dont Wattenwyl, refusèrent un mandat. La constituante se réunit le 18 février. Ses travaux furent suivis par la presse de tous les partis, subitement éclose. Le 2 mai fut fondée l'association défensive des Blancs (libéraux), comprenant un grand nombre de sections. Les Noirs (patriciens) opposèrent une autre association (Sicherheitsverein). La Constitution fut terminée le 7 juillet, datée de ce jour, et acceptée le 31 à une écrasante majorité. L'ancien gouvernement se retira le 21 octobre. Son appel du 20 fut l'émouvant adieu du patriciat au pays. La nouvelle Constitution contenait les principes suivants : souveraineté du peuple, égalité devant la loi, liberté de croyance pour les réformés et les catholiques-romains, liberté de travail, de commerce et d'établissement. Des impôts directs pouvaient être introduits. Aucune fonction publique n'était plus conférée à vie. Le Grand Conseil comptait 240 membres nommés pour six ans : 200 d'entre eux étaient élus indirectement par le peuple. Le droit de vote était conféré aux citoyens âgés de 23 ans et possédant 500 francs, ancienne valeur, l'éligibilité à ceux qui avaient 29 ans

et 5000 francs de fortune. 40 membres étaient à la nomination du Grand Conseil. L'n renouvellement par tiers avait lieu tous les deux ans. Le Landammann, nommé pour un an, était le premier fonctionnaire de l'État et présidait le Grand Conseil. Ce dernier exerçait les droits souverains et le pouvoir législatif, nommait le Conseil d'État et le tribunal cantonal, ainsi que les députés à la Diète. Ses séances étaient publiques. Le gouvernement comprenait 17 membres nommés pour six ans ; le tribunal cantonal 11 juges et 4 suppléants dont le mandat durait 15 ans. Les tribunaux de district étaient composés de quatre juges, et d'un président juriste désigné par le gouvernement. Les communes avaient une administration autonome. Cette constitution fondait la démocratie représentative. Les élections au Grand Conseil, d'automne 1831, donnèrent la majorité aux libéraux. Sur 34 patriciens élus, 17 résignèrent, leur mandat. Deux membres de l'ancien gouvernement, von Tscharner et von Lerber devinrent avoyer et landammann. D'autres fonctions élevées passèrent aux mains des patriciens. Tous les officiers et les ecclésiastiques durent prêter serment à la nouvelle constitution à la fin de 1831. Les curés du Jura obtinrent l'autorisation du pape. 73 officiers patriciens qui refusèrent le serment furent licenciés en janvier 1832. Dans la ville de Berne, le nouveau gouvernement était antipathique. Un décret du 19 mai 1832 constitua une commune d'habitants à côté de la commune bourgeoise. Le 1er août de la même année, le service de la poste fut retiré à la famille Fischer et exploité par l'État. Les inquiétudes au sujet de la fortune de la commune bourgeoise provoquèrent la conjuration de l'Hôtel d'Erlach. Les bourgeois accumulaient en ce lieu des munitions provenant de Neuchâtel. Von Lentulus faisait des enrôlements dans la population de la ville, von Werdt à Toffen, le major von Fischer à Eichberg près d'Uetendorf. Le gouvernement fut averti et commença les arrestations le 28 août. Les trois meneurs purent s'enfuir, par contre le comité bourgeois des Sept avec l'ancien avoyer von Fischer à sa tête, put être saisi. L'Hôtel d'Erlach fut occupé. Une excitation énorme s'ensuivit ; les villes libérales de la campagne furent munies de canons. Le procès des conjurés dura longtemps. Le tribunal cantonal rendit son jugement le 30 décembre 1839 contre 293 inculpés. 83 furent libérés, les autres furent incarcérés, bannis et condamnés aux frais. Le Grand Conseil proclama une amnistie le 28 février 1840, dont on ne fit usage que partiellement. Cinq conjurés, dont l'ancien avoyer von Fischer, subirent leur peine à Thorberg. Les hommes de la Régénération étaient remplis de bonne volonté, mais irrésolus dans leur nouvelle situation. Ils regardaient avant tout à leur parti et ne travaillaient que pour lui. C'est ce qui explique l'âpreté des luttes de parti, la mesquinerie des rivalités des personnes et la crainte de l'opinion publique. On ne fit rien pour améliorer les rouages de 1 administration, que Stockmar déclarait intolérable ; pour le bien du peuple peu de chose. La Banque cantonale fut fondée en 1834. On s'intéressa surtout à l'école ; en 1833 s'ouvrit l'école normale de Hofwil ; en 1834, l'académie devint université.

La politique extérieure était confiée à Karl Schnell et. à Tscharner. Le concordat des Sept cantons fut fondé le 17 mars 1832 à l'instigation entre autres de Karl Schnell. Les questions extérieures, surtout l'affaire des fugitifs, furent au reste insuffisamment résolues. L'expédition de Savoie en 1833 et l'affaire du Steinhôlzli de 1834 procurèrent des embarras et des désagréments au gouvernement. (Voir l'article Bombelle.) Les Articles de Baden, ratifiés par le Grand Conseil de Berne, provoquèrent en février 1836, dans le Jura catholique, un soulèvement dirigé par le vicaire général Cuttat. Il fut réprimé militairement, mais Louis-Philippe intervint et par l'entremise de son ambassadeur Montebello, exigea sous menace d'occupation du Jura la suppression des articles de Baden. Le Grand Conseil se soumit le 2 juillet. L'affaire de l'espion Conseil fut la cause d'une nouvelle difficulté avec la France et valut à la Suisse et particulièrement à Berne, canton vorort, une humiliation injustifiée. Pendant ce temps les frères Schnell luttaient âprement contre les radicaux, qui avaient entre autres

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pour chefs Neuhaus et les frères Ludwig et Wilhelm Snell, deux fugitifs allemands auxquels K. Schnell avait trouvé des postes de professeurs à l'université. A l'occasion d'une tentative d'émeute le 5 juillet 1836 à l'ouverture du tir fédéral à Lausanne, Ludwig Snell fut arrêté et expulsé du pays. Les puissances étrangères demandèrent des mesures fédérales contre les agissements des réfugiés ; la France alla jusqu'à menacer d'un blocus hermétique. La Diète de Berne adopta le 11 août le concordat des étrangers. Dans la poursuite des réfugiés, ce fut dès lors Berne qui mit le plus d'âpreté, conduite par les frères Schnell et Tscharner. La lutte avec les radicaux en fut d'autant plus vive. En 1837, les Schnell se ravisèrent et cherchèrent à gagner les radicaux en s'attaquant aux patriciens. L'association de ces derniers fut dissoute par une loi d'exception, le 8 mars 1837. Dans l'aifaire du trésor sauvé en 1798, des attaques injustifiées de détournement avaient été lancées, mais Zeerleder fut acquitté. L'aifaire de la dotation de la commune bourgeoise fut une attaque du parti du gouvernement contre la fortune de la bourgeoisie ; elle échoua, le Grand Conseil ayant refusé de suivre les Schnell. Ceux-ci atteignirent en 1838 l'apogée de leur pouvoir : Karl était conseiller d'État et directeur de la police centrale, Hans, landammann. Les radicaux saisirent l'occasion de l'affaire Napoléon. Les Schnell demandèrent au Grand Conseil le 24 novembre 1838 de faire droit à la demande française d'expulser de Suisse le prince Louis-Napoléon. Les radicaux, avec Neuhaus à leur tête, s'y opposaient et l'emportèrent par 106 voix contre 104.11s étaient secrètement informés de Thurgovie que le prince s'en irait volontairement. Le jour suivant, les Schnell déposaient leurs mandats. Leur successeur fut Karl Neuhaus, de Bienne, qui devint avoyer en 1839 ; c'était la première fois que cette charge n'était pas confiée à un bourgeois de Berne. Il entra- bientôt en lutte avec Stockmar qui soutenait l'agitation dans le Jura. Le 24 juillet 1839, le gouvernement demanda au Grand Conseil d'exclure Stockmar du Conseil d'État pour haute trahison. La proposition fut acceptée et provoqua dans le Jura Nord une extrême agitation qui dut être calmée par des mesures de rigueur. Stockmar s'enfuit en France. Neuhaus était le chef et le protecteur du radicalisme suisse qu'il soutint en toute occasion et particulièrement dans l'affaire des couvents d'Argovie. Il retint ainsi à Berne la nouvelle de la suppression des couvents et ne la communiqua aux cantons que lorsque ces établissements eurent été évacués. Il s'attira par là l'inimitié de Lucerne. Quand ce canton, devenu vorort, ordonna en mai 1844 une levée de troupes à l'occasion des troubles valaisans, Neuhaus refusa et interdit le passage sur territoire bernois aux troupes des petits cantons. A cette époque fut fondé le Parti conservateur par l'union de l'opposition campagnarde avec le patriciat ; son chef était le landammann Blosch. Berne se réserva d'abord dans l'affaire des Jésuites, puis elle prit parti pour les expéditions des corps francs. Après l'insuccès de la première, le gouvernement refusa de punir les participants ; la seconde fut préparée sous ses yeux. Elle eut une issue tragique et le gouvernement se désintéressa dès lors de ces entreprises ; il employa cependant 70 000 francs, ancienne valeur, au rachat de 200 prisonniers bernois. Plusieurs fonctionnaires furent punis et le professeur W. Schnell, accusé d'avoir poussé à l'expédition, fut révoqué et expulsé. Ces mesures provoquèrent la rupture avec le nouveau parti des Jeunes radicaux (ou parti de l'Ours, parce qu'il se réunissait au restaurant de l'hôtel Bàren à Berne). Ce parti, fondé par W. Schnell, entama en même temps la lutte contre Neuhaus et contre la constitution dont il mit en relief l'insuffisance. Une association populaire pour la revision étendit des ramifications dans tout le canton. Le gouvernement voulait une revision partielle, le parti de l'Ours la réclamait totale. Ce parti l'emporta au renouvellement du tiers du Grand Conseil en octobre 1845. Les assemblées populaires et les pétitions en faveur de la revision se multiplièrent. Le Grand Conseil décida en février 1846 de faire élire par le peuple la constituante de 140 membres

demandée par les Jeunes radicaux ; dans ces élections, qui eurent lieu en mars, 120 Jeunes radicaux et 20 conservateurs furent nommés. Une commission de 27 membres, tous Jeunes radicaux, fut élue au sein de la constituante. Ses chefs étaient U. Ochsenbein, Jakob Stàmpili et Stockmar. Des divergences de vues éclatèrent au cours des débats ; elles brouillèrent Ochsenbein et Stàmpili. La commune bourgeoise craignit pour ses biens que la constitution lui reconnut pourtant. Celleci fut acceptée par le peuple, le 31 juillet 1846, par 34 079 oui contre 1257 non.

Les principales dispositions de la Constitution de 1846 étaient les suivantes : droit de vote des citoyens dès l'âge de 20 ans, séparation des pouvoirs; un Grand Conseil nommé directement pour quatre ans dans laproportion d'un député pour 2000 hab.; un Conseil d'État de 9 membres élu pour quatre ans par le Grand Conseil, et de même un tribunal cantonal de 15 membres élu pour huit ans. Les redevances foncières étaient supprimées et devaient être rachetées contre paiement d'une somme égalant sept à huit fois le produit d'une année. Création d'une Caisse hypothécaire et d'amortissement pour tout le canton, introduction de nouveaux impôts directs sur la fortune, les revenus et les ressources, l'assistance publique enlevée aux communes, sauf dans le Jura. Celui-ci conservait également son système d'impôt foncier et son droit.

La caractéristique de cette constitution résidait dans la partie financière, qui constituait la première tentative de réforme sociale bernoise. Les élections au Grand Conseil donnèrent une énorme majorité aux Jeunes radicaux qui devinrent le parti gouvernemental, conduit par Stàmpfli et Ochsenbein. De nombreux renvois de fonctionnaires permirent de radicaliser l'administration.

En 1847 et 1848, Berne devint canton directeur, mais il fut accueilli avec défiance par l'étranger. Les ministres d'Autriche, de Prusse et de Bussie se retirèrent à Zurich. Le 1er juillet 1847, Ochsenbein devint chef du gouvernement et ainsi président de la Diète fédérale, à l'indignation d'un grand nombre. Le 5 juillet, il ouvrit la Diète par un grand discours dans l'église du Saint- Esprit. Lors du Sonderbund, deux divisions bernoises, dont l'une sous les ordres d'Ochsenbein, prirent part aux opérations contre Fribourg. Stàmpfli, directeur des finances, avait avancé à la Diète deux millions de francs, ancienne valeur, du trésor bernois pour soutenir la guerre. Ce fut lui qui proposa de mettre tous les frais à la charge des cantons du Sonderbund.

La révolution française de février 1848 fut saluée à Berne par des salves d'artillerie. Le nouveau canton de Neuchâtel, issu de la révolution du 1er mars, fut immédiatement reconnu par le vorort ; des troupes bernoises occupèrent les communes neuchâteloises royalistes. Le parti de l'Ours envoya des volontaires et des armes à la Lombardie qui se soulevait. Les fugitifs allemands furent favorisés officiellement. Ochsenbein, soutenu par l'opinion publique, s'opposa à cette politique extérieure de Stàmpfli. Il soutint aussi la nouvelle constitution fédérale, combattue par Stàmpfli et Stockmar : 10 900 oui contre 3500 non.

La première assemblée fédérale se réunit à Berne le 6 nov. 1848, le Conseil national au Casino, les États à l'hôtel de l'ancien État-extérieur. Le 16, Ochsenbein fut élu au Conseil fédéral. Le 20, le vorort Berne se dessaisit des affaires que le Conseil fédéral reprit le 21. Celui-ci siégea provisoirement à l'hôtel d'Erlach. Le 28, Berne fut désigné pour être le siège du gouvernement fédéral. Les conditions attachées à ce choix ne furent acceptées qu'avec peine par la bourgeoisie et la commune d'habitants. Cette dernière fit bâtir le premier palais fédéral, terminé en 1858, aile Ouest du bâtiment actuel. Les relations furent d'abord mauvaises entre le Conseil fédéral et le gouvernement bernois ; le premier observait une stricte neutralité, l'autre était favorable à la révolution européenne. Les journaux du parti de l'Ours injuriaient sans mesure le gouvernement fédéral. A l'intérieur, les difficultés financières grandissaient. En 1848 Stàmpfli annonça un déficit normal annuel de 450 000 francs, ancienne valeur. Les suites fâcheuses de

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La porte d'Aarberg à Berne avant sa démolition en 1S25. D'après un dessin de G. Yolmar.

La Collégiale de Berne en 1827. D'après une gravure coloriée de (t. Lory.

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