‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 120 sur 258 · PAU «APPORT A SO« CS AGE · texte numérisé non relu

PAU «APPORT A SO« CS AGE

Colonne astronomique. Espèce d'observatoire en forme de tour fort élevée, où l'on monte par une vis a une plate-forme pour observer le cours des astres. Telle fut la colonne érigée par Catherine de Médicis à l'hôtel Soissons pour les observations d'Ornoce Fine, célèbre astronome. {Paya Bullant.)

Colonne bellique. C'étoit, chei les Romains, une colonne élevée devant le temple de Janus, au bas de laquelle le consul venoit déclarer la guerre en jetant un javelot du côte de la nation ennemie. Ou pouproit donner ce nom aux colonnes de proportion do-

COL

rique, en forme de canon , dont on décore quelquefois les portes d'une place de guerre ou d'un arsenal, comme on le voit a celui de Paris.

Colonne chronologique. Co/onnequiportequelque inscription historique selon l'ordre des temps, comme selon les lustres, olympiades, fastes, époques, ères, annales, etc. On voyoit de ces colonnes cher les anciens peuples.

Colonne creuse. Ce nom convient à toute colonne qui a dans son intérieur un escalier a vis pour parvenir sur la plate-forme. De ce nombre est la colonne Trajane , dont l'escalier à noyau a cent quatrevingt-cinq marches , et est éclairé par quarante-cinq petites fenêtres. La colonne Automne a un escalier de cent quatre-vingt-dix-huit marches avec cinquantesix fenêtres. Ces deux escaliers sont tailles dans les tambours de marbre blanc. La colonne de Londu, ou le monument, a aussi un escalier à vis , mais qui est suspendu. Ces sortes de colonnes sont appelées en latin co/umnte cochltdes, de eochlidium, escalier en limaçon ; on appelle aussi colonne creuse toute colonne de métal.

Colonne crucifère. Nom qu'on donne à toute colonne de quelque figure ou de quelque ordre que ce soit qui porte une croix, et qui piédestal ou sur des degrés , ment de piété dans les cimetières, dans les publiques, devant les église* , sur les mins et quelquefois ailleurs, neroent singulier.

Colonne gnomonique. Cylindre où sont marquées les heures par l'ombre d'un style. Il y en a de deux sortes ; l'une où le style est fixe, et où les lignes horaires ne sont qu'une projection du cadran vertical sur une surface cylindrique , l'autre dont le style est mobile , et dont les lignes horaires sont tracées sur les différentes hauteurs du soleil dans les diverses parues de l'année. On couronne fort bien ces colonnes avec un autre cadran, tel qu'un globe ou un dodécaèdre gnomonique élevé sur un piédestal.

Colonne historique. Colonne dont le fût est orné

de

pei

tonin à noplc

Colonne itinéraire. Colonne qui , étant a pl faces et posée dans le carrefour d'un grand chemin , sert à enseigner les différentes routes par des inscriptions gravées sur chacun de ses pans.

Colonne limitrophe. Colonne qui marque les limites d'un royaume ou d'un pays conquis, comme les colonnes que Alexandre- le -Grand , au rapport de t élever aux extrémités de l'Inde. Quant a

:fs qui contiennent l'histoire d'un grand , comme les colonnes de Trajan et d'An- >me, et celle de Tbéodow a Constanti-

d'Hercule, il est

Pline, lit

celles vulgairement appelées probable qu'elles ne furent [ deux montagnes escarpées au détroit de Gadès, aujourd'hui de Gibraltar.

COL

Colonne mantibiaire. Cette épithète, dérivée du latin manubia, caractérise une colonne ornée de trophées et élevée à l'imitation des arbres, où l'on les ciepouiiies nei ennemis.

. On donne quelquefois ce nom à une colonne élevée pour quelque événement mémorable. On peut appeler ainsi la colonne élevée à Londres, en mémoire de l'incendie de cette ville, arrivé en 1666. (Payez WaEN.) Il s'en trouve plusieurs de celte sorte en Angleterre. On en remarque une autre en forme d'obélisque sur le bord du Rhin, dans le Palatinat, en mémoire du fameux passage de de ce fleuve, par Gustave, roi de Suède , avec son

Nom général qu'on donne a '■ qui porte en saillie un balcon ou mi— (Voyez ces mots.) Colonne militaire. On en élevoit chez les anciens, sur lesquelles étoit gravé le dénombrement des troupes, ou pour conserver la mémoire du nombre des soldats et de l'ordre qui avoit été suivi a quelque expé-

Colonne militaire. C'était

1, d'où l'on

liairts, espacées de mille en mille sur les grands chemins, la distance des villes de l'empire. Cette colonne de marbre blanc est la même que celle que l'on voit aujourd'hui sur la balustrade du péron du Capitolc à Rome. Elle est de proportion massive , en manière d'un cylindre court avec la base , le chapiteau toscan et une boule de bronze pour amortissement , symbole dn Globe. On l'appcloit milliarium aureum, parce que Auguste l'avoit fait dorer, ou du moins sa boule. Elle a été restaurée par les empereurs Vespasien, Trajan et Adrien. (Voyez Miluaiee.)

Colonne t rosirait t. C'éloient des colonnes où l'on attachent les éperons des vaisseaux pris sur l'ennemi. La première fut élevée à l'occasion de la victoire navale de C. Duillius sur les Carthaginois. On la voit au Capitolc. Auguste en a voit lait construire quatre, avec les éperons des navires pris sur Cléo pitre.

Colonne sépulcrale. C'étoit anciennement une colonne élevée sur un sépulcre ou tombeau , avec une épitaphe gravée sur son fût. Il y en a voit de grandes, et la t ilonnc Trajane , destinée à porter les cendres de l'empereur Trajan , peut se mettre an rang des colonnes sépulcrales. Le plus grand nombre est de celles que les Romains appeloient cippus.

(Voyez ClPPE.)

On donne aujourd'hui ce nom de colonnes sépulcrales a toutes les colonnes qui portent des croix dans les cimetières, ou qui servent d'ornemens anx mau- (V iy et ce mot, Sépulcbe , Tombeau , etc.) triomphale. Colonne qui étoit élevée chez 1 en I honneur d'un triomphateur. Les joints de la colonne étaient cachés par autant de

COL 4,3

qu'il avoit fait d'expéditions militaires; et il y avoit , comme l'on sait , des genres de couronnes pour tous les genres d'action glorieuse. Au reste, les colonnes de Trajan et d'Antooin, qu'elles aient pu avoir une destination particu n'en sont pas moins des colonnes triomphales.

line belle colonne moderne de ce genre est celle qne le parlement d'Angleterre a fait élever devant le château de Blenheim à l'honneur de Marlhorough : les quatre laces du piédestal sont chargées du récit des victoires de ce grand général; sa statue est dans le haut portée par des figures de captifs, et environnée de trophées. Cette colonne a i3o pieds anglais d'élévation.

COLOSSAL, adj. m. Epithète qu'on < les arts du dessin , a tout ouvrage dont la cède les dimensions ordinaires de la natui

Cette épithète convient spécialement i de la peinture et de la sculpture, et peut-être" la donne-t-on improprement a ceux de l'architecture. Ce dernier art n'ayant point dans la nature de modèle sensible auquel on puisse comparer matériellement ses oeuvres , leurs dimensions n'ont d'autre régulateur que celui de l'intelligence qui leur donne l'être , d'autres mesures que celles dont le génie seul fixe les rapports avec les effets qu'il veut produire.

On peut donc avancer que l'application du mot colossal aux oeuvres de l'architecture est ou impropre

par aucune loi 1 deur linéaire , en (ait de construction , ne peut être que relative , soit en plus , soit en moins, a des constructions plus petites ou plus grandes, dont on se sert comme point de comparaison.

Nous n'appelons donc colossal, en fait de construction , de plan ou d'élévation de bàtimens , que le genre de bâtisse qui emploie d'énormes matériaux pour produire d'énormes points d'appui, que les vastes espaces et l'extrême pmcérité des masses d'un

édifice quelconque ; tontes ces choses comparées à ce qui a heu ordinairement dans le plus grand nombre des ouvrages du même genre.

Il résulte de ceci que l'idée du colossal et l'emploi qu'on peut en faire appartenant spécialement a l'imitation des objets naturels et des corps, surtout a celle qui entre dans le domaine de la sculpture , l'architecture ne participe a la théorie de cette région de l'art, qu'en raison des rapports que les statues , les bas-reliefs et autres objets d'ornement, doivent avoir avec l'ensemble et les détails d'un édifice , ou encore avec les points de vue d'où certains objets doivent être considérés.

Sans doute l'architecte doit faire agrandir la di mension des figures en proportion de la mesure qu'aura l'édifice destiné à les recevoir, line juste corrélation en ce genre n'est pas une des moins difficiles a obte-

COL

d'une décoration , surtout «"il cela n'nt que trop fréquemment ardonnateurs se succèdent dans d'un monument. L'église de Saint- Pierre nou» offre pins d'un eumplc de cette sorte de dissonance.

On connoit le juste rapport que quelques objets de sculpture ont dans ce vaste intérieur avec son ensemble, rapport tel que l'œil n'avoue leur mesure réelle qu'après les avoir vériliées de près. Ces sortes d'illusions sont le plus sûr témoignage de l'harmonie des parties avec le tout. Les archivoltes de la même église n'offrent pas dans leur décoration la même coitclligcure.

Il n'v a personne qui n'ait remarqué que les figures placées" sur les archivoltes des deux arcades voisines de l'entrée sortent beaucoup trop de la mesure prescrite par le champ qu'elles occupent, et par l'effet qu'elles produisent. De cette exagération de dimension résultent deux effets qui seront communs à toutes figures dans le même cas. Le premier est que leur dimension démesurée rapetisse l'architecture , dont la grandenr ne se peut bien évaluer que par la comparaison des objets environnans; et cela est une grande maladresse. Le second est que ces-ligures péchant par excès de dimension , avertissent le spectateur de se méfier d'une apparence ambitieuse qui perd son effet par son abus.

Il nous semble donc que les figures qui entrent dans la décoration des édifices doivent y suivre, à leur manière, l'échelle de proportion à laquelle sont soumis les oves, les modUlons, les triglvphes et tout ce qui entre dans le détail des ornement de l'architecture. Si ce module est bien suivi à l'égard des figures, celles qui seront coiosialrs (comparées à la -.fa turc humaine) cesseront de le paroitre, comparées aux dimensions de l'édifice. Si au contraire à la première vue , et sans le secours de la réflexion , l'œil les juge colossales , c'est qu'il y aura exagération dans leur dimension, et dès-lors manque d'harmonie.

Nous savons qu'où |ieut oppu&rr à cette théorie l'exemple des statues colassaUi de divinités dans les intérieurs des temples de la Grèce. Mais d'abord nous dirons qu'il faut distinguer ici 1rs figures isolées ou les statues d'avec les figures en bas-relief faisant corps avec l'architecture , placées dans ses esjtaces , et renfermées comme par des cadres , entre les profils ou les membres et les détails de la modéuature. Nous dirons ensuite d'un assex grand nombre de statues qui entrent dans l'ensemble de la décoration d'un édifice , soit qu'elles soient placées dans des i , soit même qu'elles soient isolées, mais daus nuque d'ordonnance , que l'bari générale commande d'éviter , dans leurs di-

dir aux depeus du monument , ou a rapetisser, par une opposition trop forte, la dimension d'un intérieur d'é«" "

COL

Sans doute, et nous devons le reconnoitre, ce dernier effet dut se faire sentir dans les naos ies phis célèbres de la Grèce, où des intérieurs d'nne centaine de pieds reofermoient des colosses de 4» »

5o pieds.

Prêtons-nous donc, s'il le faat, à l'idée de cette poétique anomalie. Disons que ce fut une savante errenr d'avoir fait la statue de Jupiter si hors de mesure avec son temple , que sa tète , s'il se fût levé , en auroit enlevé la couverture. Avouons que cette allégorique dispro|x>rtiou vouloit dire qu'il ne peut exister de rapport entre la Divinité et les choses créées , et que les efforts de l'entendement qui prétend la mesurer sont aussi vains que les calculs de l'art qui veut l'assujettir à son compas. Mais recoonoissons aussi que ce sont là de ces exceptions plus faites pour confirmer les règles ordinaires que pour les combattre, et que, de vaines imitations de ce genre ne trouvant aucun appui daus l'imagination des peuples , courraient le risque de tomlier dans ce ridicule qui devient si souvent le revers du sublime.

La proportion des statues, surtout de celles qui entrent dans le système d'ordonnance < doit donc être déterminée par ces < raies qui sont à la portée de tous I les esprits, c'est-à-dire de celles qui accord, dont l'effet le plus sensi" ' ne semble frappé de cet effet.

En rapportant uniquement à l'harmonie de l'art et à la corrélation naturelle des |nrties dont se [terne, un édifice, la mesure des statues et des I en bas-relief qui entrent dans sa décoration , on auroit tort île se flatter qu'il puisse exister nne règle tellement fixe en ce genre, que le goût n'eût plus de part dans cet accord. Si les membres mêmes de l'architecture sont soumis à une variété de mesures et ne proportions , que le mode et le caractère de chaque édifice laissent à l'arbitraire du sentiment , on doit sentir combien la rapport de grandeur entre l'édifice et les objets de décoration est moins encore susceptible de pouvoir s'assnjétir à on calcul rigoureux. C'est à l'artiste seul qu'il appartient de bien entendre ce principe d'harmonie et d'en déduire les conséquences.

Ilest tout aussi difficile de fixer les dimensions des statues colossales qu'on élève au milieu des places publiques. Les seuls rapports à consulter sur ce point fort arbitraire sont ceux de la grandeur de la place, des édifices qui l'environnent et de la dimension de la statue. Ce qui rend toutes les déterminations de ce genre vagues, et souvent sans effet ponr le grand nombre des spectateurs , c'est la difficulté de leur faire cotinoitre et observer le point de distance d'où l'ensemble de la statue doit être considéré. Tout monument a , soit un aspect particulier, «oit un point de vue d'où l'œil peut l'embrasser en entier, i — fort ni contraction, {foret Ajicle viscfl.) "

COL

rcuaetnent, après avoir donne des règles aux artistes, il eu faudrait «uisi faire pour ceux qui les jugent.

Colonne colossale. Nous avons dit que l'idée de colossale ne pouvoit qu'être improprement appliquée à l'architecture , parce qu'aucun modèle pris ilaus la nature ne pouvoit donner à cet art de mesures |>ositiveroent appliquâmes à ses ouvrages. Cependant l'usage permet d'appliquer et l'idée et le mot de colossal à ces colonnes isolées et monumentales, dont la prodigieuse élévation surpasse d'une manière si" évidente la dimension des plus grandes mêmes qu'on puisse supposer admissibles dans les plus considérables édifices. De ce genre sont, par exemple, les colonnes triomphales des Romains, qu'on admire encore dans toute leur iutégrilé a Home, et qui peut-être ont dû leur conservation à l'admiration même des barbares de différeus âges. On peut en voir la description aux articles Antonine , T«A-

JANE , CtC.

La colonne la plus colossale des temps modernes est celle de la cité de Londres, qu'on appelle le Monument. Elle fut érigée à l'endroit où cessa le grand incendie qui ravagea cette ville. Elle est cannelée et d'ordre dorique. Elle a depuis le pavé SOO pieds anglais, et son piédestal eu a {fafrzrcn la description à l'article Win , céliùre architecte anglais qui l'a élevée.)

COLOSSE, s. m. Ce terme est volontiers employé dans le langage ordinaire de l'art, pour signifier tout ouvrage qui se fait remarquer par une grandeur hors des mesures ordinaires. Toutefois c'est par analogie avec l'emploi naturel qu'on en fait à l'égard des représentations du corjis humain, dans lesquelles la sculpture exagère à son gré les dimensions naturelles de l'homme et des autres corps.

Le* exemples de ce goût pour les figures colossales furent aussi multipliés chez les peuples de l'antiquité qu'ils sont devenus rares chez les modernes. Quelques philosophes ont cru avoir trouvé le principe de cet usage dans l'orgueil de certains personnages, et dans un genre d'adulation qui correspondroit en sculpture aux hyperboles du langage poétique. Que la flatterie en certains temps et à l'égard de certains personnages ait pu favoriser l'emploi des images colossales, c'est bien certainement ce qu'on ne pourrait nier. Ce qu'il faut contester, c'est que ce soit là qu'aurait pris naissance ta pratique du genre colossal.

Il est une autre raison de son origine beaucoup plus certaine, mais peul-«tre moins généralement aperçue, parce qu'elle tient à des causes éloignées dépendantes de l'histoire primitive des arts de l'imitation. Lorsque ces arts n'ont pu encore acquérir, par les ressources du goût et de J'étnde perfectionnée des formes du corps , des qualités physiques et de leur beauté idéale, cettcéchelle morale de proportions dont l'esprit sait calculer tous les degrés, il leur est néces-

COL 4,5

taira de parler au sent phy sique par des signes matériels que l'oeil ne saurait méconnoitre. A l'iuttardu langage , qui donne l'épithète de grand à l'homme , quoique petit de ttature , qui s'est distingué par des faits mémorables , l'art de la sculpture des premiers temps ne put trouver rien de mieux pour distinguer les simulacres des dieux , que de leur donner une stature au-dessus de celle des simples mortels. De là ces images sans art , niais plus ou moins gigantesques des divinités dont l'Egypte et l'Asie avoient rempli leurs temples.

§ I. Des colosses antiques. — La description du palais et du temple de Dabylone , attribuée à Sémiraniis, nous en pré-sente plusieurs, et entre autres un de 4o pieds de hauteur. On lit dans Daniel , qu'en effet les temples et les |ialais des Babyloniens étoient remplis de statues d'une grandeur énorme. La Chine, l'Inde et le Japon sont prodigues de ces représentations colossales, qu'on peut toutefois regarder comme étant étrangères au travail de la sculpture monumentale, le plus grand nombre consistant en mannequins reutus de draperies et d'étofTcs réelles.

Mais les Egyptiens tiennent, sous ce point de vue, une place dans l'histoire de l'art qu'on ne saurait leur refuser, bien que, comme on le dira à l'article de leur architecture BoTOTIUMI ABCHlTttTl RE),

on ne puisse regarder ni leurs statues ni leurs peintures comme des œuvres de la véritable imilatiou.

Ce ne fut jamais que par l'effet purement mécanique d'un procédé de calcul multiplicateur, qu'ils élevèrent à de très-hautes dimensions les simulacres dont quelques restes témoignent encore aujourd'hui, daus le pay s même, de la véracité des descriptions et de la patience de travail qu'exigèrent ces entreprises.

Scsostris semblerait, selon l'histoire, avoir été le premier à élever de ces masses colossales. Il aurait fait donner 3o coudées de hautenr à sa statue et à celles de sa femme placées devant le temple de V ul-

I cain : celles de ses quatre enfaos qui les accompagnaient auraient eu 20 coudées. Ses successeurs imitèrent cet exemple. La statue colossale dont on voit encore les morceaux renversés dans les ruiucs de Thèbes , est , dit-on , celle de ce célèbre Metnnon dont on a raconte tant de merveilles. Quelles qu'aient pu être les exagérations de dimension qu'on trouve dans les récits de l'antiquité à l'égard des colosses égyptiens, ce qui en subsiste encore aujourd'hui et ce qu'on en a transporté en Europe coufinne surabondamment les témoignages historiques. Ce qui , à notre avis, est fait pour mettre une grande distance entre les travaux des Egyptiens et ceux des nations de l'Asie, non sous le rapport de la beauté imitative , mais sous celui de la difficulté exécutive, c'est que l'on

j voit eu Egypte, non plus les bois , les pierres ordi-

et polies avec un soin extrême , transformées en ro-

COL

haut une tète casquée et deux lance dans une main , et un arc dans

losses de 3o à 4o pieds, et dont on peut dire à l'inverse de l'hémistiche latin , que la matière surpasse Fourrage .

Le goût pour le» statues colossale», identifié chez les peuple» dont on Tient de parler avec le culte de» dieux et les opinions religieuses, dut très-naturellement se communiquer au» Grec» avec plusicui* autres pratiques. Or, il nous paroît que ce genre de langage hyperbolique de l'imitation des corps, qui tantôt , comme on l'a vu , supplée a l'impuissance d'expression de la grandeur morale , par l'effet de la dimension matérielle, et tantôt peut devenir par la hardiesse du génie, et l'effort de la science, le résultat idéal d'une articulation surnaturelle, s'éloit produit et développé en Grèce k toutes le» époques , et dès les plus anciennes.

Pour ne citer qu'un exemple , mais incontestable , de celte ancienneté , puisque Pausanias nous en est le sûr garant, il existoit de son temps dans deux villes de la Laconie, aThornax et dans la ville d'Amyclée , un coA>//e de trente coudées en brome , image symbolique d'Apollon. Le corps n'étoit autre chose qu'une colonne d'où sortoient par le bas deux bouts de pied : p»

bras avec une l'autre.

C'est cette idole colossale d'Amyclée que bien de» siècles après, et moins d'un siècle avant Phidias, Bathyclès de Magnésie accompagna d'un trône embelli de toute» sortes de bu-reliefs, et qui put servir de modèle au trône du colosse de Jupiter Olympien.

Le seul nom de ce chef-d'œuvre de l'art de» colosses en Grèce, ainsi que celui de la Minerve d'Athène» en or et ivoire par Phidias, nous apprend que le goût des colosses s'étoit depuis long -temps naturalisé chez les Grecs , et nous nous contenterons de renvoyer le lecteur qui voudrait en parcourir a notre ouvrage Au. Jupiter Olrtnpien.

le» grands monumens dont cet ouïe développement, appartenant plus it à l'art de la statuaire en or et en ire, nous devons dire qu'il appartint a une autre catégorie de l'art, (la staluaria in are) de porter au plus haut point d'élévation la dimen»ion de» colosses en bronze. C*e»t ce que fit Charè» , disciple de Lysippe dan» le colosse de Rhode». Apollon , ou le Soleil , étoil représenté sous les traits de cette figure gigantesque, à laquelle il paroît qu'on ne peut donnrr , d'après tous les rapprochemen* , moins de 138 pieds de proportion. Rhodes comptoit encore une centaine de colosses inférieur», toutefois, à celui dont on vient de parler. Trois étoient de la main de de Briaxis, statuaire d'une grande réputation.

Le» plus illustres artistes de la Grèce hutoient

Tarente , haut de coudée», avoit eu pour auteur le célèbre Lysippe. La difficulté de son transport,

COL

plus que la modération du vainqueur, empêchèrent Fabius de le transporter à Rome avec l'Hercule de la

même ville.

Le» statue» colossales avoient été déjà multip en Italie , même avant que Rome eût contracté l'habitude de dépouiller les peuples vaincu» en même temps de leur liberté et de leurs monumens. Ainsi l'Apollon de bois transporté d'Etrurie, et place dans la bibliothèque d'Auguste, étoit un colosse de 5o pied».

Le premier colosse qui paroit avoir été fabriqué à Rome fut la statue de Jupiter Olympien, que Sp. Carvilius plaça dans lcCapitole, après sa victoire sur les Samnites. Mais Rome vit dans la suite augmenter au-delà de tout calcul le nombre de ses colosses. On y en remarquoit cinq des plus notables; savoir, deux d'Apollon , deux de Jupiter et un du Soleil.

Des fragmens d'énormes statues en marbre conservés an Capitole déposent encore aujourd'hui de l'émulation qui régna entre les empereurs, à qui surpasserait se» prédécesseurs en fait de colosses. Néron voulut que son image l'emportât en t sur tontes les grandeurs passées et futures. Son losse qui, suivant l'expression d'un écrivain, sembloit être plutôt le dernier terme de la foUc que celui des efforts de l'art, dut avoir 100 pieds d'élévation. Ce fut aussi dans la même mesure qu'il demanda à l'art du peintre son image colossale, sorte d'anomalie monstrueuse en fait d'imitation graphique, dont nous parlerons plus bas. Domitien ambitionna l'honneur d'un semblable colosse, et sa tête devoit figurer celle d'Apollon. Près dn temple de la Paix, Vespasien avoit fait élever sa statue dans une hauteur de 3o coudée». Il est parlé d'une statue curule d'Adrien , placée dan* son mausolée (aujourd'hui le châtean Saint-Ange). Luciu» Vérus reçut l'honneur d'une statu» colossale non-seulement à Rome , mais dans d'autre» ville».

On sait que Alexandre Sévère érigea plusieurs colosses dans Rome ; des restes en subsistent encore dans quelques fragmens de mains , de bras et de pieds, que l'on contemple avec étonnement an Capitole. Comme si la vanité des empereur» se fût accrue en raison inverse de la prospérité de l'empire, Galicn avoit prétendu enchérir encore sur le» excè» de ses prédécesseurs ; mais son ambition trouva un terme dans les bornes de l'art. Il paroit que la dimension démesurée de l'ouvrage en fit avorter l'exécution.

Le goût des colosses s'étoit étendu dan» le» provinces de l'empire. Un ponce d'une grosseur prodigieuse , trouvé dans les ruines de la ville de Mîmes, semble y attester l'ancienne existence de quelque statue colossale. On sait que , avant d'être appelé à Rome pour y fondre le colosse de Néron, Zenodore, très-habile statuaire , avoit fondu dan» l'Auvergne (m Avernis) une statue colossale de Mercure d'une dimension prodigieuse.

Le colosse de Néron, de 1 00 pieds de haut, fondu

COL

par Zrnodore , nous ramène k une antre manie du méntc empereur, en fait de figure colossale, qui n'avoit point eu de modèle et n'eut probablement point d'imitation : Pline non» apprend que Néron avoit fait peindre son portrait sur toile (in linleo) de 100 pieds d'élévation , et il taxe cette entreprise d'excès de folie.

Pline ne nous dit pas quel fut le caractère de cette folie ; il est possible qu'il ne l'ait envisagée que dn côté moral ou politique. Nous crevons donc qu'on peut tronver a cette entreprise un côté non moins extravagant, en la considérant comme on empiétement tont-à-fait absurde des facultés d'un art sur les propriétés simplement matérielles d'un autre.

Or ce qu'il s'agit de bien déterminer ici, c'est l'extravagance de l'emploi donné à la peinture de produire , dans une figure gigantesque peinte isolée sur son fond , nn effet susceptible d'approcher de l'effet naturel d'un corps saillant de même grandeur. On n'entend pas contester ici à la peinture les moyens d'augmenter les proportions des ligures qu'elle destine à produire l'effet qu'on peut en attendre dans les parties élevées des édifices, comme pendentifs, dômes, coupoles, etr. ; mais d'abord on doit remarquer que le peintre les rend colossales, non pour qu'elles ]ia missent des colosses de loin , d'où on sera forcé de les voir, mais seulement pour les mettre , vu l'éloignement d on on les verra, vu la diminution produite par la distance et l'interposition de l'air, en état de paroître avoir la grandeur naturelle. Ajoutons qu'à la distance d'où l'on sera forcé de les voir, presque tous les détails disparoîlront ; et que s'il fal— loit le* voir de prés , l'exagération de ces mêmes détails, calculés pour une plus grande distance, empê— cberoit encore d'en jouir.

Mais le colossal des peintures, faisant partie des grands espaces intérieurs d'où elles doivent être vues, n'a aucun rapport avec le colossal d'une figure isolée peinte sur toile de 100 pieds de dimension. Or l'effet de ce genre colossal ne pourra jamais, pour la vision et la jouissance de l'oeil , soutenir aucuu parallèle avec l'effet de la statue.

La différence principale et insurmontable se trouve dans le matériel même employé par chacun de ces deux arts. En effet, la sculpture emploie dans son relief la matière elle - même , lorsque la peinture n'en peut représenter qu'une apparence purement fictive. La sculpture, lorsqu'elle amplifie ses mesures, augmente en proportion, pour la visibilité éloignée, la dimension de sa masse. Or rien ne peut faire qu'une niasse doublée, quadruplé» en volume, ne reste pas également visible dans toutes ses parties à des distances également doublée* ou quadruplees: ainsi le colosse conservera la même faculté d'être vu dans tes détails , selon la proportion des masses avec les distances.

Il ne saurait en être de même du colosse peint sur une toile isolée et de i oo pieds de hauteur. Le

COL 4,7

peintre , en décuplant les dimensions des traits de chaque partie, ne saurait donner aux teintes propre* à en faire ressortir les saillies ou les profondeurs ,

l'effet qu'il devrait produire, parce qu'il n'est |os en son pouvoir de faire des clairs plus clair» que le blanc, des noirs plus foncés que le noir ; il est un point qu'il ne |>eut pas dépasser.

Dans la sculpture colossale de 100 pieds, le tout s'il est bien proportionné , fera son effet du point le plus éloigné et du point le plus rapproché ; les moindres détails des doigts, des ongles, par exemple, seront vus et apprécies avec distinction et avec plaisir. Dans la peinture colossale de 1 00 pieds, les détails à la même distance que celle de la statue seront à peine saisissahles ; et plus on en approchera, plus ils disparoîtront, parce qu'ils n'ont point de réalité de forme, ou bien parce que celte forme ne résulte que d'une I convention et d'une sorte de fiction. En défiuitivc, le colosse isolé peint sur toile de 1 00 pieds de hauteur, ne saurait être vu ni de près ni de loin.

§ II. Des colosses modernes. — Les siècles modernes ont, en fait de colosses, fort peu d'ouvrages à opposer aux prodiges de l'antiquité. Comme nous u'atons pas mis au nombre «les colosses antiques un assez grand nombre de statues de 1 5 à 20 pieds de proportion en marbre, telles que les deux groupes de Moute-Cavallo, les Castor et Pollux de la montée du Capitale, certaines grandes statues de Rome ou de Minerve en marbre, peut-être devrions-nous nous abstenir de citer comme colosses modernes le David de Michel-Ange a Florence , le Neptune de Jean île Bologne à la fontaine de la même ville , celui de la fontaine de Trévi à Rome , les quatre Pères de l'Eglise à la chaire Saint-Pierre, de Bernin.

Si quelques ouvrages ont paru propres à lutter avec les figures gigantesques de l'antiquité, ce n'a été, on doit le dire, que comme des espèces de parodies ou de badinagea décoratifs; par exemple, à la villa de Pralolino prit Florence, l'énorme ligure de l'Océan, ornement, en matière peu durable, d'une grotte rustique, et dont il n'existe plut depuis long-temps que le souvenir.

Le seul ouvrage vraiment colossal des temps modernes qu'on puisse , pour la masse , la dimension et le travail , mettre en regard , au mérite près de l'imitation idéale, avec les colosses antiques , est la statue de saint Charles- Borroniée à Arona, dans l'Eut de Milan. Cette figure, de 60 pieds de haut, est faite en métal , ou en plaques de métal battu au marteau et rejointes ensemble ; daus son intérieur est pratiqué un escalier, où l'on peut monter assez facilement pour opérer les restaurations dont l'ouvrage serait susceptible. Dans la vérité ce colosse, par toutes sortes de raisons, est moins un bel ouvrage d'art qu'un monument d'industrie curieux en lui- même . et encore I par sa position .

Page 1