‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 148 sur 258 · PARAGRAPHE SECOND · texte numérisé non relu

PARAGRAPHE SECOND

La accoude source où nom avons dit que l'architecture puisoit ses moyens de décoration est l'imitation, que nous appelons analogique.

Il est dans la nature des (acuités humaines de ne pouvoir créer qu'en combinant des choses créées , de ne pouvoir inventer qu'en imitant. L'invention de l'architecture nous en donne la preuve et l'exemple. Nous avons montré ailleurs comment cet art a su puiser dans les emprunts faits aux constructions primitives du besoin , les types de sa constitution , et

sonnées les élémeos plus ou moins fortuits d'une grossière industrie.

Eh bien , c'est de la même manière qu'une partie importante de la décoration architecturale résulta de cette imitation par analogie, que l'art fit des formes primitives de la construction. Il n'est en effet aucune architecture dont le système imitatif et décoratif soit plus visiblement écrit dans ta nature primitive des choses, que celai de l'architecture grecque.

Les Grecs firent deux choses qui ont rendu leurs combinaisons les plus excellentes de toutes celles qu'on connoît. Ils se donnèrent d'abord un modèle pris , sinon dans la nature , qui ne produit point de Iwtiiuens, du moins dans l'oeuvre formé par l'inspiration et comme sous la dictée des besoins île la nature. Ils firent ensuite, pour satisfaire aux besoins du

Cisir, que toute partie nécessaire, c'est-à-dire vou- : par lès lois de la solidité, pût se convertir en un embellissement sous lequel le besoin parût plutôt déguisé que caché.

De la est résulté dans celte architecture un genre d'imitation de la nature, en vertu de laquelle le plaisir non-seulemeut se trouve à côté du besoin , mais en est réellement le produit. De là encore cette autre sorte de plaisir qui fait que les princijtaux ornemens étant nés des formes mêmes de la construction, il s'y trouve peu d'objets de décoration dont le goût ne puisse rendre compte à la raison.

Ces objets de décoration puisés dans l'analogie des objets nécessaires de la construction n'ont besoin que d'être indiqués. Chacun sait que c'est aux parties constitutives du modèle primitif que sont dus le» principaux élémens , les formes , les détails , les rapporta qui composent la vraie richesse cl la magnificence des édifices. Telle est devenue l'autorité «le cette imitation, qu'elle s'est identifiée avec le plaisir de la décoration au point qu'on en jouit comme de la nature elle-même et comme par instinct. Cicéron exprimoit cet effet avec beaucoup de sens et de goût , lorsque, admirant la beauté décorative du fronton dans un édifice , et reconnoissant son origine dans la formation du toit qu'on élève contre la pluie , il dit que si l'on bâlissoit dans l'Olympe , où il ne pleut

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pas, il faudrait encore couronner l'édifice d'un fronton .

C'est donc a respecter toutes les analogies initiative» de l'architecture que le décorateur doit apporter dans ses compositions une scrupuleuse attention. Il doit se persuader que les membres auxquels il veut ajouter des ornemens sont déjà eux-mêmes des ornemens, que les profils, les bases, les chapiteaux, les parties de l'entablement, les frontons, et tant d'autres objets qui sont devenus la décoration essentielle de l'architecture, ne sauraient être ni détournés de leur sens originaire par des accessoires étrangers , ni dénaturés par une surcharge de détails parasites , ou par une recherche de contours ou de configurations dans lesquels la fantaisie décorative s'est plu pendant un temps à se substituer au génie de l'architecture.

On entrevoit comment l'esprit de l'ornement et de la décoration, fait pour être l'auxiliaire de cet art, avoil pu arriver jusqu'à prétendre décomposer et recomposer ses formes. Il faut avouer effectivement , comme on l'a dit plus haut, que plus d'un détail de l'ornement proprement dit, plus d'un accessoire des formes principales, s'y est trouvé introduit par le seul instinct de la variété, sans pouvoir rendre d'autre raison de son emploi. De là l'esprit paradoxal et novateur a conclu que tout devoit être arbitraire dans la décoration, parce que tout n'y étoit pas fondé sur la nécessité de la raison , ou la raison de la nécessite.

Une fausse idée que les décorateurs s'étoient faite de l'invention paroit avoir encore influé sur le mau- ! vais goût de leurs ouvrages. Ils prirent pour manque de génie dans l'architecture antique l'exacte obser- I vance de formes toujours les mêmes ; ce qui étoit régularité, ils l'appelèrent monotonie. Ils prirent la modération des effets |iour l'indigence de moyens, la pureté de» formes pour de la timidité , et à une sage et intelligente économie ils substituèrent les excès du luxe, et la prodigalité des contrastes de la diversité aux simples ménageuens d'une harmonieuse et sage variété.

Cependant les exemples des deux styles opposés ont fini par prouver que la plus scrupuleuse observance des types ou des formes constitutives de l'architecture peut s'allier avec toute la variété que requiert le goût de la décoration lorsqu'il sait puiser ses motifs dans l'imitation par analogie des oeuvres de la nature.

Le système général de l'architecture grecque et sa division en trois modes nous montrent comment l'expression pins ou moins ressentie on adoucie des formes primitives du besoin donne heu d'introduire dans la décoration des édifices, selon leur destination et leur caractère, des degrés tr-ès-mullipliés de richesse ou d'économie , d'uniformité ou de variété , d'agrément ou de simplicité. Ce sont ces degrés et c'est la diversité de leur emploi qui constituent dans la décoration une sorte de langage très-intelligible, lorsque d'une part l'artiste a l'habileté de le parler, et que de l'autre le spectateur tait le comprendre.

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