‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 180 sur 258 · E.MI · texte numérisé non relu

E.MI

EMBELLISSEMENT, s. m. C'est une addition faite à un objet quelconque pour le rendre plus beau. Tout ce que l'architecture comporte (Y embellis sèment se trouve compris dans les mots, consacrés par l'usage , décoction et ornement, (/'«/«ces mots.)

EMBLEME, s. m. Espèce de figure symbolique ordinairement accompagnée de devises ou de quel-

( Voyez

EMBOITER, v. a. Enchâsser une une autre. On dit emboîter une porte, une table.

EMBOITLRE, s. f. (terme de charpenterie). C'est , dans l'assemblage d'une porte collée et emboîtée, une traverse qu'on met à chaque bout pour retenir en mortaise les ais à tenon , collés et chevillés. Les emboitures doivent toujours être de bois de chêne, même aux ouvrages de sapin.

EMBORDURER, v. a. Mettre une bordure a un tableau , à un bas-relief.

EMBRANCHEMENT, s. m. Pièce de lenrayure assemblée de niveau, avec le coyer et les eiupanons, dans la croupe d'un comble.

EMBRASEMENT, s. m. Est l'élargissement qu'on fait intérieurement aux jambages d'une porte ou d'une croisée par une ligne oblique a la face du mur, depuis la feuillure jusqu'au parement. On devrait dire ébrasement.

EMBRASER, v. a. On (forez Emmasehent.)

EMBRASURE, s. f. Est un .

de chevrons a queue d'hironde, qui sert à retenir les languettes du pourtour d'une souche de cheminée.

EMBRÈVEMENT. (Voyez Assesuiuse.)

ÉMERAUDE, s. f. Pierre précieuse transparente, de couleur verte.

« Théophraste rapporte qu'on trouvoit dans les annales des Eg> ptiens , qu'un roi de Babylonc avoit envoyé en présent a un de leurs rois une émeraiule de quatre coudées de hauteur sur trois de largeur ; qu'en outre il y avoit en Egypte, dans le temple de Jupiter, un obélisque composé de quatre émeraudes seulement, dont la longueur étoil de quarante coudées, et la largeur en partie de quatre, en partie de deux coudées Le même auteur ajoute que de son temps, et lorsqu'il écrivoit son ouvrage, il y avoit a Tyr, dans le temple d'Hercule, un pilier debout, d'une seule émeraude, à moins que ce n'ait été du pseudo-smaragdus; car il existe aussi une pierre de ce genre ; et en Chypre on en trouve qui est a moitié émeraiule et à moitié jaspe.

« Appion , surnommé Plistonice , a écrit depuis peu qu'il y avoit encore à présent dans le labyrinthe d'Egypte un sérapis colossal en imeraude, de la proportion de neuf coudées. ( Pline , Hist. natur. liv. xxvii , ch v.)

ÉMERI , s. m. Pierre métal poudre , sert à polir les marbres.

ÉMINENCE , s. f. C'est une expression géné-

ique qui , réduite en

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rique <jui sert à designer toute élévation de terrain au-dessus du niveau du sol. Chaque espèce dVmt— nence, selon son caractère particulier, prend un nom qui lui est propre, comme colline, butte, montagne , etc.

EMISSARILM, ÉMISSAIRE. On a traduit ainsi, depuis quelques années, ce mot latin, quoique le mot français qui lui correspond ait une autre signification. L'usage seul décidera si ce nom restera à ces grands ouvrages exécutes par les Romains {tour la décharge de plusieurs lacs. Vrmitsarium est à proprement parler un canal de décharge.

de l'exissarium du lac d'alsane.

L'an de Rome 355, étant tribuns militaires avec la puissance consulaire, L. Valent» Potitus, pour la cinquième fois; L. Furius Medullinus, pour la troisième; M. Valerius Maximus, M. Furius Catnillus pour la seconde fois; et Q. Sulpicius Camerinus, pour la seconde , les Romains étoient occupés au siège de Véies. Le récit d'an grand nombre de prodiges se répandit dans le camp. Toutefois, dit Titc— Live, ces nouvelles alarmèrent peu les esprits. La plupart furent révoquées en doute. Ou se mit peu en peine d'en détourner les présages, surtout vu le manque d'aruspices occasioné par la guerre que l'on soutenoit contre les Etrusques. Mais un prodige vint fixer l'attention universelle ; ses effets frappèreut d'autant plus qu'ils étoient voisins, et qu'on n'en vovoit pas la cause. Ce prodige fut l'accroissement extraordinaire du lac d'Albe. Son débordement n étoit motivé par rien de sensible; il n'étoit point tombé de pluie.

Ce lac , connu aujourd'hui sons le nom de lac d'Albane, est situé à la distance de treize milles de Rome, dans un bassin extrêmement profond, qui forme un vaste entonnoir, dont les bords fort rapides sont couverts de bois, de vignes, et de maisons de campagne. Son circuit peut être d'environ huit milles. Il est très-inégal dans ses profondeurs : en quelques endroits on ne saoroit avec la sonde parvenir à trouver le fond; mais diverses expériences ont apprit qu'il y avoit des rourans très— rapides qui entraînent la sonde et en empêchent l'effet. Cela peut servir à expliquer les crue* et les débordemens qui donnèrent lieu au grand travail de Vemissarium.

Le prodigieux accroissement de ce lac «ers la fin d'un été où toutes les sources et tous les ruisseaux étoient a sec, effraya tellement les Romains, qu'ils envoyèrent consulter sur ce phénomène l'oracle de Delphes. Sa réponse se trouva conforme a celle d'un aruspice étrusque fait prisonnier pendant cet te guerre, et qui prédisoil aux Romains la prise de \ éies après qu'ils aurvient donné un écoulement aux eaux du lac. L'on entreprit aussitôt le grand ouvrage dont nous allons parler ; il subsiste encore aujourd'hui , et sert au même emploi , qui est de décharger le trop

EMI 5;5 plein des eaux du lac d'Albane , et de les porter de l'autre côté de la montagne dans les champs qu'elles fertilisent.

Ce canal de décharge , ou Vemissarium d'Albane, fut donc creusé daus le sein même rte la montagne d'Albane, 3oo pieds au-dessus du village actuel de C<istcl-Gandolfo, dans la longueur d'un mille et demi.

Trois choses rendirent cette entreprise admirable: la difficulté du travail, la promptitude avec laquelle il fut terminé, et sa solidité, attestée par sa longue durée.

Quant à la difficulté, elle étoit telle que, selon toutes les apparences , l'aruspicc étrusque n'altachoit dans sa prédiction La prise de Véies à l'exécution de cet ouvrage que parce qu'il la jugeoit impossible. Mais les Romains l'entreprirent avec celte hardiesse qui caractérise tous leurs ouvrages. Toutefois ils n'avoient pu prévoir les nombreuses difficultés qu'ils y rencontrèrent.

Le P. Kircher et Piranesi ont examiné avec soin cet ouvrage. Ce dernier surtout a recherché par quels moyens, en si peu de temps, et dans un espace si étroit qu'il ne pouvoit contenir qu'uu très-petit nombre de travailleurs, on avoit pu mettre à fin cette entreprise. Le temps et différentes causes avoient détruit les indices qui pouvoient conduire à cette connoissance. Mais un travail du même genre, en- | trepris par l'empereur Claude au lac Fucinum, et dans lequel on observe et on voit encore à découvert les procédés employés pour l'excavation , a jeté le plus grand jour sur la manière dont fut percé l'émissaire d'Albane.

Le travail de cette excavation consista en plusieurs puits pratiqués perpendiculairement et par intervalles, de la superficie de la montagne au nivean du canal , ainsi qu'en différentes galeries obliquement percées qui aboutissoient à ces puits.

De tous ceux qui furent percés, un seul existe visible encore aujourd'hui et à découvert. La trace des autres est totalement effacée, et il n'en reste plus que des traditions. Il paraît qu'ils ont tous été bouchés , comme celui qu'on raconte avoir été découvert au commencement de ce siècle dans le jardin des jé— . suites, et depuis recouvert de terre.

L'existence de ces puits bien reconnue et par les exemples que nous venons de citer, et par l'analogie des travaux du Lac Fttcin , où l'on en voit encore un grand nombre , on conçoit et l'on explique comment les travailleurs furent distribués et employés ensemble dans le même temps, des deux cotés de la montagne, à en poursuivre l'excavation. Parvenus chacun de leur côte au plan du canal tiar le moyeu des puits et des galeries obliques , ils pouvoient sans se gêner pousser leur travail ; les uns creusoient le milieu , tandis que d'autres attaquoient les extrémités. Les puits, au moyen des machines, servoient au déblaiement des matières; les galeries obliques ser-

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voieut de passage et de conduit ans travailleur». Il De s'agissoit pour multiplier ceux-ci que de multiplier les conduits. Ainsi aura pu s'exécuter dans l'espace d'une année un travail qui sans ce genre de procédé eût exigé un temps prodigieux.

Mais comment parrint-on a déboucher ce canal du côté du lac, si le niveau de l'eau, ainsi qu'on doit le présumer d'après l'histoire et d'après le récit de l'accroissement qui nécessita ce travail , se trouvoil élevé beaucoup au-dessus du plan qu'on donnoit au canal ? Plus on avançoit vers le lac , plus les travaux devenoient dangereux; on risquoit de perdre à la fois et les ouvriers employés a l'ouvrage, et le fruit de tant de peine. Piranesi donne l'explication la plus sensible et la plus vraisemblable des moyens qu'on dut employer pour éviter ce danger, et il ne semble pas qu'on ait pu en employer d'autres.

On peut regarder comme certain que , pour éviter le danger dont l'approche de l'eau devoit menacer les travailleurs et l'ouvrage, on pratiqua un puits sur le penchant du cratère, un peu au-dessus du niveau de l'accroissement où l'eau du lac étoit parvenue. Ce puits dut être creusé jusqu'au niveau du canal de l'émissaire. Par ce moyen , on put reconnoitre si, en poussant le travail du côté de l'eau, on trouveroit un terrain solide ou caverneux. Le tcmiiu s'étant trouvé solide, Y émissaire fut creusé jusqu'à la rencontre du puits dont on vient de parler, et arrête li. On rompit peu à peu l'orifice du puits du côté du lac, et l'on y fit insensiblement entier l'eau, qui diminna d'autant. On continua ce procédé jusqu'à ce qu'on fût arrivé à une certaine mesure. Plus le terrain restant entre le conduit de l'émissaire et l'eau diminuoit, plus l'excavation horizontale devenoit dangereuse. Aussi s'arrèU-t-on à un certain point. On répéta le travail d'un second puits, encore une fois au-dessus du niveau de l'eau jusqu'au niveau de l'émissaire, qui fut encore conduit et arrêté là. Les mêmes opérations, propres à l'écoulement graduel des eaux par la destruction de ces puits furent aussi répétées, et l'on amena ainsi peu à peu l'eau du lac au niveau du conduit de l'émissaire.

Il paroit constant que l'excavation de ce dernier puits est l'espace qui forma depuis l'espèce de salle qui décore l'entrée de l'emissarium, et où l'on voit encore des restes de ciment qui indiquent qu'il fut revêtu et orné avec soin. On croit que cette entrée a pu être un nviuphccum ou temple consacré aux nymphes de ces l.eux.

Le premier puits qui dut servir ainsi à la première décharge des eaux existe encore aujourd'hui. Un pêclieur qu'on fit entrer dans le conduit , et qui y pénétra aussi avant qu'il lui fut possible , rapporta que la voûte étoit percée dans un endroit par un trou perpendiculaire extrêmement large. On l'y lit rentrer avec une ficelle , et on trouva entre ce puits et celui de la bouche de l'émissaire une distance d'à

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peu près 3oo palmes romains , un peu plus de 200

pieds de France.

Il ne restait plus qu'à pourvoir à la conservation de l'ouvrage. Le premier soin fut de tailler la montagne au-dessus de la bouche de 1 imissaire, cl d'empêcher par li l'éboulemcut des pierre» et des autres matières qui, à la longue , seroient parvenues à en obstruer l'entrée.

Le second moyen , qui devoit assurer à jamais un libre passage aux eaux du lac, fut d'appuyer l'ouverture et la tranchée par l'édifice même qui orne l'entrée du canal en même temps qu'il contribue à la solidité du travail.

Cet édifice, quoique ruiné en quelques parties, subsiste encore aujourd'hui. Il est bâti de grands quartiers de pierre manquement taillés, et forme une assez grande grotte voûtée avec une porte dans le fond, qui donne passage à l'eau dans le conduit de l'émissaire. Viennent ensuite un espace carré, et voûté en quatre comparlimctis , et une espèce de vestibule dont la voûte est tombée par le défaut d'entretien que cet ouvrage a éprouvé pendant longtemps. On y a laissé croître des arbres qui rendent ce site extrêmement pittoresque , et qu'on a respectes lors de la restauration qui en a été laite dans le siècle dernier.

Lc^caractèrc de cet édifice est beau ; le genre rustique qu'on y a employé convient bien au sujet. Ce serait là le modèle du goût et du stvlc applicables à la construction d'un château d'eau. Les accessoires de l'ouvrage n'etoient pas munis considérables.

Pour régler l'écoulement de l'eau , ou avoit pratiqué sur le rivage du lac un bassin bordé de pierres égales en grandeur à celles de l'émissaire. Des écluses dont on ne voit plus que les vestiges , et auxquelles on eu a substitue de modernes , s'élevoient et se baissoient pour le passage des eaux. Un pont soutenu par quatre piliers carrés réunissait les deux côtés de ce bassin.

Le canal de l'émissaire est bâti et voûté dans toute son étendue en pierres de taille. Sa longueur est de 1 260 toises ; il a 3 pieds et demi de large , et environ (i pieds de hauteur au-dessus cla fond. Ses deux extré- ] mités étaient ornéesd'un château d'eau; l'un a l'entrée 1 du côté du lac, l'autre a son issue du côté de la plaine. { Il y a actuellement deux mille deux cents ans et I plus que ce grand ouvrage a été commencé et fini , et que , sans avoir eu besoin de réparation , il sert au même usage. Il n'en commandèrent pas moins l'admiration quand il eût été l'ouvrage des siècles où Rome avoit acquis le plus haut point de sa puissance. Mais ce qui l'augmente, c'est la pensée qu'à l'époque où l'ouvrage fut fait, Rome ne possédoit qu'une petite partie du Lalium.

vt l'emiss.vsicm du l\c rtcis.

Au lac Fucin, appelé aujourd'hui fagv Celano, il existe un canal encore plus considérable que eelni

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do lac d'Albane. Il consiste dans une ouverture d'environ *o pieds de haut sur to de largeur, qui occupe toute l'épaisseur d'une grande montagne située entre le Lyris, dans lequel le conduit devoit se décharger; et le lac où l'on voit encore son orifice a une espèce de petit port qui subsiste entre Arrizano et fjtco.

Il paraît que le conduit de ce canal de décharge n'en fut que le moindre ouvrage. Les travaux qu'exigea l'excavation Turent au-dessus de toute expression. Selon Pline, trente mille hommes furent employés pendant dix années à vaincre tous les obstacles que la nature peut opposer au succès d'une telle entreprise. On eut des rochers à percer , des eaux a détourner et à élever. Aussi Ut montagne est-elle encore remplie en tous sens de galeries souterraines. On v découvre une suite considérable de cavités verticales en forme de puits profonds, au bas desquels on peut se rendre par des conduits qui sont pratiqués en plan incliné. La plupart n'ont aucune communication , ni avec la tranchée qui forme l'émissaire , ni avec les voies pratiquées pour en parcourir les cotés.

L'abbé Chaupy observe, au sujet de cet émissaire, qn'il paraît avoir manqué de la qnalité essentielle & de si grands ouvrages; savoir, la nécessité. Le lac Fucin, dit-il, croit et décroît, sans doute; mais on ne se souvient point dans le pays que son accroissement produise d'autre effet que de découvrir uu peu plus ou un peu moins ses bonis dans 1rs endroits où ils sont le plus bas. 1 'émissaire destiné à le tenir tonjours a un niveau lixe n'auroit donc tout au plus été qu'utile, ce qu'on ne saurait dire de celui d'Albane.

Plus d'une raison toutefois nous semble avoir pu déterminer à entreprendre de semblables travaux. Nous sommes peut-être trop loin des temps, des lieux et des circonstances, pour deviner les motifs prépondéransqui sollicitèrent leur exécution. Le seul besoin de puiser quelque part une masse d'eau capable d'alimenter la navigation intérieure par des canaux ou l'accroissement d'une ririère, fut suffisant pour rendre ces entreprises plausible» et avantageuses. Nous sa- I vons que celle du lac Fucin éloit au nombre des projets de César, et que Auguste fut vivement sollicité I par leshabilans du pays d'y mettre la main. L'objet du dégorgement d'un lac peut bien n'avoir été qu'un motif secondaire. En effet, dans son traité de In Divination, Cicéron donne a entendre que, lors du percemeut de {'émissaire du lac d'Albane, le sénat avoit été beaucoup moins induit a cette entreprise par superstition , que par la perspective de l'avantage qui résulterait pour l'agriculture de cette conduite d'eau par les campagnes qu'elle fertiliserait.

Il paroit qu'un travail de même genre avoit été commencé au lac d'Avcrne , et que ce conduit que l'on montre aujourd'hui comme menant au prétendu antre de la Sibylle, ne fut qu'une tranchée ouverte à un canal qui aurait reçu les eaux de l'Avernc. Ou sait que Néron avoit entrepris de tirer de ce lac

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