CONSIDÉRATIONS THÉORIQUES
STR U FERFECT1 RlUTE RELATIVE DES SCIENCES ET DES BEAUX-ARTS.
Sans entrer ici dans la théorie spéculative de la nature drs facultés de l'esprit humain , dont la vraie philosophie nous montre à la fois l'étendue et les bornes, nous croyons pouvoir avancer que l'erreur sur l'objet de la discussion actuelle tient à l'équivoque où l'on tombe, lorsqu'on prétend appliquer aux teuvtvs du génie et de l'invention dans les beaux-arts , ce que l'on voit arriver dans les recherches et les travaux propres des sciences naturelles.
Les progrès que l'on voit faire d'une manière qui semblemit devoir être indéfinie dans ces sciences , sont un effet, on pourroit dire, nécessaire de leur nature. Oui , pour ce qui regarde l'étude et la connoissance du monde matériel , tout peut être plus ou moins progressif , parce qu'il est volontiers dans la nature d'une découverte d'être l'effet d'une verte précédente , et de pouvoir devenir la d'une suivante. Le root découverte i signe les conquêtes que l'homme fait sur les de la nature , et il en exprime avec justesse l'idée. L'homme effectivement parvient peu à peu à soulever son voile , et , à force d'expérience , il la force de lui découvrir ce qu'elle avoit jusqu'alors caché. Or, on doit le dire , cet effet est plus encore l'ouvrage du temps que celui d'un homme en particulier. Jusqu'à quel point ira cette progression ? C'est ce qu'il importe peu , dans la discussion actuelle de pénétrer. Nom» ne raisonnons ici que sur la nature de ce i
est l'objet des
physiques ,
moyens" que l'homme emploie dans ces sortes de recherches , et sur les routes qui le conduisent aux découvertes. Or, ces moyens sont le temps et l'expérience ; ces routes sont les connoissances de tout ce
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nhle que les moyens et les routes dont on parle ne «e perdent pas nécessairement avec celui qui en a fait usage. D'autres après lui, héritiers de ses efforts on de .ses succès, non-seulement jouiront de cet héritage, mai» pourront l'accroître. Ainsi , une route une lois ouverte dans des espaces jusqu'alors impraticables , invite à la poursuivre , et ce qu'on a fait facilite les moyen» d'aller plus loin. C'est l'image des découvertes , qu'en tout genre de sciences positives , les générations se transmettent, chacune léguant a celle qui la suit et le résultat de ses travaux , et l'ambition d'enrichir encore ses héritiers.
Nous avons comparé la succession des découvertes, dans le domaine des sciences , aux travaux progressifs d'une route qui peut toujours se prolonger. Nous verrons que la marche de l'invention dans les espaces du génie et du monde immatériel , sont d'une autre nature.
Mais, d'abord, observons qu'on ne donne plus aux résultats de ces sortes de travaux le nom de découvertes, mais bien celui A' invention. Or, il y a entre les idée» qu'expriment ces deux mots une différence assez sensible. On découvre ce qui est caché, ce qu'on sait l'être et ce qu'on cherche. Ce qu'on invente, est de la nature des choses qu'on rencontre, mais souvent sans savoir où , et que souvent on trouve d'autant moins qu'on les cherche plus; et de là le mot inventer, invenire; c'est-à-dire rencontrer, plutôt que trouver; et telle est la différence , non pas seulement de mot , mais de fait , entre les procédés et les résultats du travail des sciences, sur le terrain des réalités , et celui des beaux-arts, dans les espaces du monde idéal , qui est celui du sentiment et de l'ima-
timilmi.
Oui, tel est le monde des arts, et telle est la nature de leur modèle. Quelles que soient les règles que la théorie s'efforce d'y établir, à quelques types et a quelques principes d'imitation qu'on ramène les études de l'artiste, on voit que les théories et leurs principes, les modèles et leurs règles , que rien de tout cela , enfin , ne sauroit reposer, comme dans les sciences , sur des faits matériels et incontestables par le sens physique. Il faudra toujours que ces arts restent tributaires de l'organe de l'intelligence et du sentiment moral. Or, on sait que les aperçu* de la vue morale et ses résultats intellectuels éprouvent assex de variétés, selon les individus, pour que jamais ils ne cessent de pouvoir être contestables ; ils seront
s, que le plus grand aura , dans certains temps et en vertu d'une certaine éducation , été porté de préférence vers les connoissances matérielles, ou, autrement dit, que le sens physique aura gagné plus d'empire sur le sens moral.
Il est donc indubitable que , dans le domaine des travaux du génie , il ne sauroit y avoir ni succession de faits on de vérités d'une génération à l'autre , ni
tal, en vertu de laquelle le di-i n a ides connoissances de ses prédécesseur*, encore pour ses successeurs la facilité d'en de nouvelles.
On dira peut-être que, dan» le domaine de l invention, il est des arts |>ius ou moins soumis aux conditions du monde immatériel , où résident et leur* modèles et leurs moyens imitatifs; que ce qui, par exemple, peut être avoué de la poésie, de la musique, dont les modèles et les moyens sont plus ou moins en dehors de la région matérielle des sens, ne sauroit se dire des arts du dessin , qui trouvent le» types et les objet» de leur imitation dans la région des corps ou des être» organisés de la nature matérielle. Sans entrer sur ce point dans une longue discussion , contentons-nous de répondre que, si quelques arts ont pour sujets sensibles de leur imitation les objets de la matière, c'est beaucoup moins la représentation du matériel de ces objets qui les constitue arts du génie, que les idées, les impressions morales, le» qualités abstraites de leur modtle , l'expression des sensations qu'ils produisent , le charme indéfinissable de la beauté et de l'harmonie dont ils dérobent le secret a la nature. C'est ainsi que l'architecture, q> paroit n'être que de la matière inerte, et ne présenter qu'un emi4oi de moyens matériels, est peut-tre, des arts du dessin , celui qui doit le plus son mérite aux causes immatérielles.
Il en sera donc des arts du dessin comme des autres. C'est-à-dire qu'étant, bien moins qu'on ne pense , tributaires du sens physique et de la matière , leur culture ou leurs progrès attendent on ne peut pas moins , de la succession des temps et de l'expérience des travaux antérieurs. Non, il n'y a point ici d'héritier» réels, ni de légataires naturels des richesses du passé. Le» progrès, ou ce qu'on appellera
ne bissent ni tra-
ies pas faits par les
>, ni termes, d'où les successeurs puissent partir. Si nous avons comparé le progrès successif des sciences dans le» recherches du monde matériel , à une route ouverte sur terre par les efforts de» premiers venu», et que les successeurs pourront toujours prolonger, on pourroit comparer la manière d'aller du génie, dan» l'imitation du monde immatériel , au vol de l'oiseau dans une route aérienne, " trace ne sauroit indiquer h) direction.
le génie est arrivé dans les arts d'invention, ne donne a d'autres aucun moyen certain d'y atteindre, mai» que souvent même il y met obstacle, en multipliant tantôt les co|>istes serviles, qui ne visent qu'a répéter, tantôt ces esprits bizarre» qui ne chercheront qu'à faire autrement , an lieu de faire plus ou mieux.
Nous avons cru ne pouvoir mieux placer cette courte théorie que dans un article qui , ayant pour but d'établir la supériorité, en fait d'arts ,'du génie de l'antique, et de ses productions, ne sauroit man-
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quer d'exciter la censure de ceux qui , confondant le» principes des chose* , veulent ou voudraient, de la supériorité des modenie» en fait de sciences , conduit" la nécessité d'une égale supériorité en fait d'art, c'est-à-dire, faire marcher d'un pas égal deux faculté» dont le moteur est si différent , pour ne pas dire si
rées peut suffire a montrer le faux de cette prétention , il faudra convenir que les Grecs ont peut-être été si avant dans la carrièredu génie et de l'invention, précisément parce que le goût des sciences , fruit «l'une observation généralisée et d'une longue expérience , n'avoit pu prendre chez eux l'ascendant qu'il a obtenu chez les peuples modernes.
Il raterait » montrer que les faits sont entièrement d'accord avec la théorie précédente. 11 reste roi t a faire voir et à pramrr, si le consentement de tous le» âges et de tous les |>cuple* ne dispensoit pas de preuves a cet égaid , qu'il n'est pas un seul des beaux-arts dans lequel la Gfèce n'ait produit des artistes et des ouvrages, que Je suffrage de tous les siècles et de tous les pays, n'a point cessé de reconnoitre comme occultant les premières places.
Qu'on dise doue comment il est arrivé qu'en fait d'astronomie , de physique, de géographie, de chimie , d'histoire naturelle , etc. , les Grecs le cèdent au moindre des élèves de nos écoles en chacun de ces genres; et comment il se fait qu'en tout genre de poésie , épique , lyrique , dramatique , dans toutes les parties de l'art d'écrire, de l'éloquence de l'histoire, dans la sphère si étendue et si variée de tous les arts du dessin , leurs ouvrages soient encore aujourd'hui les maîtres des modernes ? Gomment se fait-il que les fragmens de leurs statues , les débris de leurs édifices, soient restés et aient continué d'être, chex tons les peuples de l'Europe, des modèle* qu'on désespère même d'égaler, et qui , aux yeux de leurs imitateurs, ont acquis l'autorité de la nature? Comment se fait-il , enfin, que dans toutes ces parties, et pour l'évaluation des œuvres de nos artistes, le mot antique soit deveuu le superlatif de l'éloge ?
Nous laisserons chacun répondre a ces questions. Maintenant , après avoir établi dans cette courte théorie, que m qui est arrivé sur ce point devoit arriver, comme résultat de la nature seule des choses , nous allons essaver de montrer encore , en peu de mots, quelles furent les causes secondaires et particulières qui concoururent, en Grèce et cher les Anciens, a y porter si haut la perfection des arts du dessin.