CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES
SUR LESC.tlSES DE L» rERrECTIOX DECEQll'oN a I I I 1.1 L L'»MH)tE OO LES *RTS DE La GRECE.
Après avoir développé l'effet de la cause la plus générale, qui nous a paru devoir assurer a Vantiqu*
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ou aux arts de la Grèce le privilège dont ils jouissent depuis tant de siècles, noua allons brièvement parcourir, d'après le» notions de l'histoire, les causes principales qui durent influer sur la perfection à laquelle ils ont porté tous les arts du dessin.
Une de ces causes nous paroît être l'avantage qu'eut ce peuple «le ne devoir véritablement a aucun autre, ni exemples réels ni leçons positives, d'avoir été ce qu'il faut appeler original, dans toute l'étendue de ce mot. Nous ne tiendront, dans le fait , ici aucun compte de l'espèce de ressemblance que l'on jwut trouver entre les essais primitifs de ses ails et ceux de quelques peuples qui , comme les Egyptiens, en restèrent toujours aux essais. Rien de plus insignifiant que les recherches qu'on fait sur ces premières ébauches de l'art des Grecs , si ce n'est les systèmes d'emprunt , que l'on fonde sur certaines similitudes. Tous les commencetnens, en effet , se ressemblent nécessairement partout , sans qu'il y ait eu de communication, comme les enfans partout, sans se copier, font les mêmes choses.
Dans le fait, l'histoire de la Grèce nous apprend que ce pays compta un grand nombre de siècles, où tout peut passer pour avoir été le long apprentissage de ce qu'il fit, lorsqu'il fut parvenu à sa virilité. Oui, ses arts furent un très-long temps avant d'y prendre leur essor; et, comme on ne saurait dire de qui ils avoient alors reçu des leçons, il est évident qu'ils ne durent qu'à lui seul leurs succès. Ses arts furent ce qu'il prétendoit être comme peuple, c'est-àdire autoethones : de là le vrai principe de leur vertu originale ; de là cette progression naturelle et lente qui seconda leur développement ; de là cette profondeur de racines que jeta l'arbre de l'imitation , et la longue durée d'un goût qui , lors même qu'il dut subir la loi générale de la décroissance, ne perdit jamais entièrement ce caractère de grandeur et de simplicité que l'on trouve encore jusque dans les dernières de leurs productions. Les Grecs durent donc la perfection de leurs arts à la nécessité , pour eux , d'être originaux.
On doit chercher une autre cause de la supériorité de l' antique ou de l'art en Grèce, dans la facilité qu'eurent les artistes d'étudier la nature , les lois île l'organisation des corps, et les principes de la beauté des formes. Le climat avoit favorisé, dans les masure, l'habitude de la nudité; mais elle se trouva plus particulièrement encouragée par les exercices du corps , d'où provinrent ces gymnases , ces stades qui offrirent des spectacles publics , où la force , l'agilité , la beauté, la justesse des proportions, étoient pour l'artiste des sujets d'étude journaliers. Les spectateurs aussi y appreuoient à bien juger et des modèles et des imitations de l'artiste. Ainsi l'étude de la nature dans l'imitation du corps humain , loin d'être l'étude de uelques-uns , au lieu d'être resserrée dans l'enceinte d"U T *°An ' Ct borDév à. , inliu,ion partielle de l'in-
sorte d'enseignement public, et le pins propre à généraliser la connoissanec et le goût du beau corporel, des belles formes et dc§ meilleures proportions.
Or voilà ce qui rendit et ce qui rend encore aujourd'hui les ouvrages grecs, dans l'imitation du corps humain, réellement propres a suppléer, sous plus d'un point de vue , a la nature même , pour tous les peuples que leur climat ou leurs mœurs privent des moyens de généraliser cette instruction , d'où dépend non-seulement l'imitation de la nature, selon la définition incomplète de l'art, mais La plus belle imitation de la plus belle nature.
Nous ne pouvons pas nous dispenser de toucher encore, quoique brièvement , surtout après tant d'écrits qui l'ont develop|>ée , la considération de la puissance exercée par la religion sur le perfectionnement des arts de la Grèce. Il est sensible que les Grecs, avant corporifié dans leur imagination tous leurs dieux, durent bientôt, non-seulement les re-
représeolations matérielles d'accord avec l'idée d'une perfection idéale , attribut nécessaire d'êtres surhumains. Or il y eut très-naturcllenient ici réciprocité d'action. L'idée morale de divinité devoit exiger de l'image physique la plus grande beauté, et il arriva que la perfection matérielle du dieu-statue donna une plus haute idée de son existence sur-humaine. Sans aucun doute encore , les divers moyens que l'art pouvoit employer dans les modifications des qualités physiques , durent contribuer a la multiplication des manières d'envisager une même divinité. De là l'incroyable variété des idoles, et le nombre infini des différences de caractères , des diversités d'âge, de nature, d'allégories, d'emblèmes auxquels l'artiste étoit tenu d'appliquer les ressources de son talent, pour satisfaire à toutes les créations fantastiques de l'imagination des peuples.
Comment et par quels procédés les Grecs parvinrent-ils à fixer les règles d'après lesquelles furent réalisées ces conceptions du génie? Ce seroit le sujet d'une théorie qui ne saurait trouver place ici. Nous devons nous contenter, dans cet article, de constater les faits qui prouvent et expliquent la supériorité de leurs arts. Or un de ces faits, constatés par leurs plus anciens monumens, est encore celte facilité qu'ils eurent dès les premiers temps à fixer des règles «le proportion , dout l'effet étoit , non de soumettre le génie à des calculs scrviles, mais d'empêcher les écarts où trop d'indépendance entraîne nécessairement , soit en deçà , soit au-delà , celui qui n'a |X>ur guides que la routine ou le hasard d'un sentiment isolé.