‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 239 sur 258 · GRI · texte numérisé non relu

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plus : comme ai la beauté en ce genre eût consiste dan* la difficulté ! A moins de frais sans doute une grille peut plaire à l'oeil , comme à la raison. La raison dit que des lignes droites conviennent à des barres de fer; aussi etnploie-t-on assez convenablement dans les barreaux l'idée de faisceaux , de piques, de lances , de thvrses. L'architecture fournit encore à la serrurerie des motifs assez nombreux d'onvemens, avoues dans les grilles par le goût et par le raisonnement. Il est des entrelas qui y jouent fort agréablement leur rôle. De ce nombre est celui qu'on appelle grecque. On peut y disposer, dans les frises ou les pilastres montans, diverses sortes de conipartimens , en observant de ne guère sortir des formes simples , c'est-à-dire de la forme carrée ou circulaire.

Une des plus belles grille* qu'on puisse citer à Paris, est celle qui ferme la cour du Palais-i Injustice.

On appelle grilles de croiiie celles qui sont faites de barreaux de fer entretenus par des traverses, et qu'on met aux croisées des rez-dc— chaussées pour la sûreté. — Grilles à mi-mur, celles qui sont scellées dans les tableaux des fenêtres. — Grilles en saillie, celles qui avancent en dehors , et dont la saillie est réglée par les ordonnances de police. — Grilles redoublées, celles qui sont doubles, c'est-à-dire placées l'une en avant de l'autre , comme dans les oouvens et dans les prisons.

GRILLAGE, s. m. (Voytx l'article suivant.)

GRILLE, GRILLAGE. On nomme grille ou grillage , en terme de charpente , un assemblage de pièces de bois que l'on pose sur un terrain marécageux ou glaiseux , pour y établir avec plus de solidité les fondemens d'uu édifice.

Les grilles sont formées de pièces de bois qui se croisent carrément, tant plein que vide; elles s'assemblent à mis-bas , ou se recouvrent simplement de manière à former deux épaisseurs. Les assemblages des extrémités des pièces , avec celles qui forment le châssis extérieur , doivent être à queue d'hironde.

On établit les grilles de deux manières. Ou on les pose sur les têtes des pieux d'un pilotage pour les réunir tous ensemble , ou , ce qui est préférable , on les pose immédiatement sur le sol même, sans qu'il y ait de pilotis. Dans ce dernier cas , avant de poser le grillage , il faut avoir soin de battre fortement le sol , afin de lui donner plus de consistance ei ae lermeie, ci u éviter un tassement incgai ou trop considérable.

En Hollande, c'est sur grillage qu'on établit la plus grande partie des fondations.

Lest aussi d'après ce procédé qu'a été fondée la corderie de Rochefort. Ce bâtiment, construit par le célèbre Blondcl , se compose de deux étages; il a 4 toises de largueur dans oeuvre, et 216 toises de longueur. Ses fondations ont été établies sur un grillage formé par des pièces de bois de 1 o à 1 1 pouces

de grosseur, assemblées tant plein que vide. Sur ce grillage, enfoncé de toute son épaisseur dans la glaise, on forma un plancher, de niveau dans toute son étendue, avec des madriers jointifs de 3 a 4 pouces d'épaisseur, chevillés sur les pièces de bois du grillage. C'est sur ce plancher qu'a été posée lapremière assise des libages qui font 1a fondation des murs.

GRIS, [rares Grisaille.)

GRISAILLE, s. f. Sorte de peinture qui est souvent employée dans la décoration des intérieurs. Ce mot réiiond à ce que les Italiens nomment chial»— scuro , manière de peindre qui opère avec une seule couleur grise, c'est-à-dire dans laquelle les couleur* véritables ne sont |us indiquées.

La grisaille s'emploie volontiers dans les frises, dans les panneaux , dans les soubassemens des ordres d'architecture.

On voit de fort belle* grisailles au Vatican, peintes pour la plupart par Polydorc de Caravage. Ce sont des tableaux de couleur grise, imitant plus ou moins les lias-reliefs, soit en pierre, soit en marbre.

La peinture égratiguée, que les Italiens appellent ■O raj/ito , est une es]>cce de gnsatlle.

GRISA1LLER , v. a. Peindre en grisaille. {Voy. Grisaille.)

GROTESQUES, adj. pl. Ce root est généralement synonvme d'arabesques. ' f''> oyez ce mot.) Nous avons déjà, à cet article, parlé de 1 étymologie du mot grotesque , étymologie , du reste , fort peu relative au sens qu'on y attache aujourd'hui. Personne ne se souvient que les Italiens appelant gratta tout lien souterrain, on donnoit aussi ce nom à tous ces restes de bâtimens antiques que ht terre avoit recouverte, et qpe ce fut dans ces ruines qu'on retrouva , vers le seizième siècle , des peintures de décoration qui , ayant quelque rapport avec celles que les Arabes pratiquoient , furent nommées par les ans arabesques , par les autres grotesques.

Le genre de décoration dont on parle étoit déjà lui-même un abus dénoncé et combattu par \ itruve, et que la raison aurait banni si le goût et l'élégance de plusieurs de ces caprices n'eussent de tout temps plaidé en leur faveur. Mais lorsqu'on en vient à abuser de ce qui est déjà un abus , alors l'excès devient ou vice ou ridicule. C'est ce qui a dû arriver eu oc genre , où l'on a introduit uue quantité de choses extravagantes et difformes. De là est résulté sans doute qu'on a appelé grotesques les défauts mêmes qui se rencontrent dans la nature, et dans celles de ses créatures auxquelles elle a départi des difformités choquantes. Ainsi grotesque peut se prendre sous une acception critique ou satirique.

L'on pourrait, en cherchant à établir des variétés dans le genre de la décoration capricieuse dont il s'agit , trouver une nuance entre les arabesques et le»

grotesques. <v)u< Jques-uns ont voulu mèuic la faire résulter de la différence des noms , dans ce sens que l'arabesque indiquant le goût d'orneroens employés par les Arabes, qui, selon la religion de Mahomet, ue |iouvant y faire figurer aucune espèce d'animaux, n'y cmployoient que des rinceaux en feuillages, Heurs et cnroulcmens de ce genre. Les grotesques , .m contraire , constitueroient particulièrement le ;;enre où des figures bizarres d'auiniaux et des compositions fantastiques de monstres multiformes, deviennent les principaux objets d'ornement.

De telles distinctions sont pent-ètre aussi capricieuses que le genre de théorie auquel on prétend les appliquer.

Grotesque est devenu une épithète de censure et d'ironie qu'on applique a certains ouvrages où toutes les lois du goût sont violées de façon a exciter le rire. Le grotesque seroit encore une nuance du bizarre, car le bizarre est ordinairement sérieux ; il révolte, il excite un sentiment pénible, et provoque la critique. Le grotesque est dans les arts du dessin ce que la Ixmffonnerie est à l'art dramatique.

GROTTE, s. f. de l'italien grotta, cavrrne, lieu snulerrain créé par la nature ou pratiqué par l'art.

Les grottes naturelles ayant été dans plus d'une contrée les habitations primitives de l'homme , ont pu nou-sculemcnt y servir de type a un système imitatif de l'art de bâtir, mais suggérer encore plus d'une imitation de détail au génie de l'architecte, dans l'embellissement, soit des palais, soit des jardins.

La nature semble s'être plu quelquefois aussi à produire dans certaines grottes des dispositions et des ordonnances qui paroissent être des imitations des ouvrages de l'art. Telle est en Ecosse la grotte qu'on apgielle Je Fin gai , dans la petite île de Staffa. L'ne des extrémités de celte île repose sur de* rangées de piliers naturels de basalte, ayant au-delà de 5o pieds de hauteur la plupart, et formant comme des colonnades artificielles qui posent sur une base de roc solide. La longueur totale de cette grotte est de 3^1 pieds , et au même endroit son élévation a 117 pieds.

D'autres grottes naturelles se font remarquer par les jeux bizarret que produisent sur leurs parois et dans leurs plafonds les infiltrations et les cristallisations plus ou moins imparfaites que la nature opère, et dont l'art imite les caprices dans les fontaines et •lans les édifices aquatiques. La plus célèbre et la mieux décrite de toutes ces grottes est celle d'Anliparosfdans l'Archipel)-, elle est à une profondeur au-dessous du sol d'à peu près 2 "mi pieds, et l'on y pénètre par une ouverture peu spacieuse et des conduits fort irréguliers. Son intérieur est tout rempli de masses de cristallisation , qui varient selon le plus ou le moius d'espace des ouvertures par où les eaux ont filtre. Semblables à ces glaçons qui |>endent durant l'hiver, et s'augmentent insensiblement, les stalactite* t'accroissent et prolongent sans cesse la figure

conique qu'elles tiennent du mécanisme de leur formation. Si l'infiltration est plusabondaote, les gouttes d'eau tombent de la stalactite sur le sol de la grotte, et y forment des productions semblables, mais daus uu sens contraire. Celles-ci, appelées stalagmites , I croissent et s'élèvent eu même temps que les autres s'abaissent : elles se rejoignent enfin, et leur réunion compose une colonne d'abord imparfaite, mais qui s'achève et se |>erfeclioune par les mêmes causes qui l'ont produite. C'est ainsi que se sont formées les colonnes de la grotte d'Aulijiaros. Plusieurs masses de cette substance , étendues en longs rideaux , tienueut de leur peu d'épaisseur une transparence dont on jouit 1 l'aide de quelques flambeaux adroitement placés. Cependant celte transparence est moindre que De l'ont donué à entendre certains toyageurs, ou que ue l'ont fait croire ces psjftk enchantés dont La féerie a pris les modèles dans ces laboratoires souterrains de la nature.

La poésie s'étoit déjà auparavant emparée de ces beux pour eu faire les habitations des divinités champêtres, ou des nymphes des fontaines et des rivières. Telle étoït près d'Athènes la grotte de Pan. ]Wai» comme ces sortes d'excavations sont souvent des réservoirs perpétuels ou accidentels , rieu ne fut plus naturel que d'y placer la demeure des nymphes , et on leur donnoit le nom de nympheeum.

La grotte pratiquée (selou Chaudler j par Arcludanius, et par lui consacrée aux nymphe*, comme le porte eucore aujourd'hui l'inscription qu'on ) ht , éloil due en partie à l'art , en partie à U nature ; un escalier étroit , taillé dans le roc , conduit à un petit espace où sont des niches et des restes d'inscriptions : de là d'autres degrés mènent , par une étroite allée , à la grotte, laquelle , ainsi que le conduit dont 00 vient de parler , est un assemblage de pétrifications fort pittoresques. Tout en bas est une source d'ean très-froide et très-limpide.

L'abbé Mouticelli a fait connoilre, prnii les grottes très-variées qui sont près de la ville de Castro, à la pointe de l'Italie, une des plus heureuses combinaisons du travail de l'art et de celui de la nature dans la grotte appelée elclla Zinzanusa. On la nomme ainsi parce que son entrée, du côté de la mer, présente uu aspect de divisions et de déchirement qui la fait ressembler à des lambeaux d'étoffe usée. L ne masse de ruchers heureusement disposée forment comme une sorte d'escalier naturel aboutissant a une galerie qu'on n'aperçoit |x>int de la mer , et qui est ornée et soutenue par des colonnes de pierre dure régulièrement rangées. De là un petit corridor fort étroit mène à une grotte fort spacieuse, de forme carrée, divisée par quatre rangées de colonnes, savoir, deux de demi-colonnes adhérentes aux parois de la grotte, et deux de colonnes, tantôt isolées, tantôt accouplées, qui forment trois nefs dans ce vaste intérieur. Ou y voit de toute part des restes d'idoles , de petites statues, des figures d'animaux, surtout de

chouettes , de traits et de fleurs , d'arabesques , en pierre dure et d'un bon travail. Les murs étoient ornés de figures hermétiques et d'inscriptions qui jusqu'alors n'avoient pu être lues. Dans l'une des trois nefs est une large table, supportée à chaque tant par deux petites colonnes : du sommet du rocher qui forme la couverture de lout ce local , descend, comme attaché par l'art, uue sorte de baldaquin suspendu , qui semble agréablement orné de draperiers, de fruits, de fleurs, de globes, et de figures coniques d'un cristal trans}«arent , que les infiltrations se sont plu a disposer en ce lieu, et & multiplier, au gré d'une multitude de caprices, sur les murs et sur les colonnes de cet intérieur. De chaque coté de cette grotte il s'en trouve une plus petite, également ornée de colonnes qui ont trois palmes de diamètre , lorsque celles de la pièce la plus grande n'ont que deux palmes d'épaisseur sur dix de haut. On a conjecturé (mais sans aucune autorité) , que tous ces souterrains avoient été l'ancien temple de Minerve.

Les grottes, leurs singularités , les exhalaisons diverses qui sortoient de quelques-unes, servirent souvent d'occasion ou de prétexte à la fondation , soit de quelques oracles célèbres , soit de temples que ces phénomènes accréditoient. Ainsi l'oracle et le temple de Delphes durent leur vogue à l'effet d'un air souterrain qui s'échappoit par l'ouverture, où l'on plaça le siège de la Pythie. L'oracle de Trophonius ne devint fameux que par une grotte souterraine, à laquelle un passage extrêmement étroit introduisoit ceux qui vouloient consulter le devin.

On ne sauroit dire jusqu'à quel point le travail de l'art s'étoit réuni à celui de la nature dans la plupart de ces grottes; mais il en est qui ne sont que des excavations artificielles, pratiquées autrefois, soit pour servir de conduit à l'écoulement des eaux, soit I m 1 1 r ouvrir des passages au travers d'une montagne , comme la grotte de Pausilippe a Naples, suit pour v puiser les matériaux nécessaires à la construction. Tels sont de nombreux souterrains autoor des grandes villes de l'antiquité et des temps modernes. Les anciens ayant souvent pratiqué leurs sépulcres dans des lieux souterrains, les Italiens ont donné le nom de grotta a la plupart de ces édifices, et c'est parce qu'on .1 trouvé dans leurs ruines des restes très-multipliés de ce goût d'ornement appelé arabesque dans des lemps plus modernes , qu'on a donné aussi à ces sujet* et à ce genre de décoration le nom de grotesques.

L'architecture, surtout dans l'art d'embellir les jardins , se plaît à imiter les grottes naturelles, et elle fait de ces sortes d'imitations un de ses principaux moyens d'agrément et de variété.

La construction des grottes demande des matériaux propices a l'imitation qu'on veut produire. On v emploie ordinairement soit des quartiers de rocs , «rit des pierres laissées brutes, ou auxquelles on donne

! cette apparente rusticité, soit des paremens de roj cailles ou de pierres de meulières. La brique uu tout | assemblage de matériaux réguliers en doivent être bannis, ou du moins ne doivent pas s'y montrer : on évitera aussi d'y faire entrer ces enduits avec lesquels on contrefait pour quelque tcm|>s les pierres et les | rochers, mais dont l'illusion ne tarde pas à se détruire par l'humidité du lirn. d'est surtout dans les \oûtes des grottes artificielles que l'architecte s'étudiera à dissimuler, par des saillies et des caprices bien ménagés , l'ordonnance de l'appareil et la régularité de la construction, sans toutefois manquer aux lois de la solidité.

On ne parlera ici de la décoration ou de l'ornement des grottes que pour blâmer l'abus qu'on y a souvent fait des ressources d'uu art évidemment trop factice. Sans doute on peut revêtir leurs parois de cristallisations ou des diverses congélations lapidifiquesque la nature fournit à l'artiste; mais ces objets y doivent être disposés de façon à faire croire qu'ils y sont des productions locales et non importées. Rien n'est plus propre a faire évanouir l'illusion dont on cherche l'effet , que ces assemblages symétriques pn I compartimens affectés, de coquillages, de coraux, de cristaux , de verres colorés , de minéraux , de scories . dont on tapisse l'intérieur d'une grotte. La sculpture et les statues ne doivent guère trouver place dans ces compositions , non qu'il soit interdit d'y admettre la figure d'une naïade, on de quelque autre objet en rapport avec les idées poétiques de la mythologie; mais ces statues figureront moins comme ornement banal , que comme attribut caractéristique de la grotte. C'est ainsi que quelque inscription , pourvu qu'elle semble placée au hasard , indiquera , par une allusion heureuse, l'intention et le motif allégorique 1 d'une grotte.

Ces observations pour la plupart ne sont point ap- ! plicables aux grottes que l'on pratique dans les jardins 1 du genre régulier, soit qu'elles fassent partie des bà- | timens isolés qu'on y introduit , soit qu'elles tiennent

■ aux souterrains mêmes des poids, des terrasses, et des lj corps des ba timens principaux. Les grottes dans le

système dont on parle ne sont pas selon le genre d'imitation qui vise à l'illusion ; elles sont , au contraire, un mélange d'architecture , de caprices décoratifs et de construction rustique. Les ordres mêmes y trouvent place , toutefois avec des modifications que comporte le genre. Une certaine symétrie n'y est pas interdite à |'art ; les compartinicns réguliers, les statues et les ornemens sculptés, entrent dans les dispositions j de l'artiste. Les jardius de l'Italie offrent les plus

■ beaux modèles de ce genre de grottes.

GROUPE, s. m. Mot dérivé de l'italien groppo, nœud. Il signifie un assemblage de plusieurs objets liés entre eux ; mais il est particulièrement en usage dans la peinture et la sculpture , où il exprime nn j ensemble de figures réunies entre elles par un motif

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