DE L'ARABESQUE
CONSIDÉRÉ DANS SON PRINCIPE ABSTRAIT ET DANS LES ÉLÉMENS TECHNIQUES QUI CONSTITUENT LA NATURE DE SON GENRE.
U y a deux manières de dans la nature propre de son genre ; l'une purement abstraite et simplement dans les rapport* que son goût , quelque irrégulier et bizarre qu'il soit , ne laisse pas d'avoir avec notre instinct et les caprices de notre esprit; l'antre, purement analytique, et qui consiste à décomposer ses élémens, à faire connoitre les matériaux et les objets qui entrent dan» se» ouvrages, enfin à indiquer les sources où ce goût a puisé le» type» technique» de ses compositions.
Quant au premier point, i hommes se sont plu , soit à créer, soit a ces birarreriesdu dessin , et ce» amalg hors de la nature physique , qni sont le caractère propre de ce genre, c'est demander pourquoi le» hommes aiment le merveilleux. Répondre à cette
de «lui qui , ayant scruté les intelligentes, et les priocipet notre use , tut rendre raison de l'action de tous ces ressorts, et par conséquent des effets nécessaires qu'ils produisent. Quant à nous , ici , nous ne disons que reconnaître le bit , et nous n'avons pas besoin d'en discuter le comment ni le pourquoi .
Or c'est un (ait universellement reconnu, et prouvé par tous les hommes de tous les pays et de tous les i le merveilleux, c'est-à-dire, s nous aimons ce qui nous enlève au monde pcf, et nous transporte dans un monde imaginaire,
; ou les images de notre sphère matérielle ; - tellement découpés, transformés et décomposés, qu'ils nous semblent des créations nouvelles. Tel est le merveilleux. Il ne saurait créer de nouveaux êtres, il en forme de nouveaux assemblages.
L'état de rêve dont il arrive souvent à notre imagination de trouver après coup du plaisir à se souvenir,
nous révèle en partie, et comme point de comparaison , pourquoi nous trouvons du plaisir dans cer-
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combinaisons d'objets , que notre raison touteest que l'activité de notre esprit est tel , qu'il se trouve trop à l'étroit dans la sphère du monde des réalités. Eh ! que n'auraient pas i nous dire sur ce point le métapbtsicien ou le moraliste , et tous ceux qui ont tenté d'expliquer cette tendance universelle de notre esprit à se créer de nouveaux espaces qu'il peuple d'êtres fantastiques ! Mais qu'est-il besoin d'appeler en preuve de ce besoin universel les spéculations de tout genre de la philosophie, et tous ces systèmes propres a expliquer ce
^'avons-nous pas, c, iwiut les genres de poésie de tous les peuples? De quoi vit dans le monde entier le Bénie poétique, si ce n'est de créations arbitraires? Il suffit de parcourir les littératures les plus anciennes et les plus éloignées, pour se convaincre de la passion universelle des hommes pour le monde des fictions. Toutes les mylhologics ue sont que des créations de l'instinct humain, réalisées par les langues ellesmêmes , par les écrivains qui leur firent prendre un corps, dans l'imagination des peuples. Mais les poètes " i obtenu de tels succès , s'il n'y avoit chez : et partout le monde le besoin de se repaître de récits merveilleux, d'aventures bicarrés, d'actions invraisemblables, de descriptions fabuleuses ? à quel autre principe attribuer, dans tous les degrés de civilisation, le goût des romans, des allégories, des contes et des fables , et , en dépit de la raison , ces abus de mélangea entre les différens genres, et cette pour set choses nouvelles , pour let I les fantasmagorie* , les illusions , etc.?
Il faut donc reconnoître, toit dans l'instinct hu- : génie des langues , dans le
a de plaire, un ressort naturel, et dès-lors invincible , qui nous porte d'une part a créer , d'autre part a goûter des imitation! fantastiques, produits plus ou moins diversifiés, et détournés des trpes originaux de la nature. Pourquoi n'en auroit-il pas été de même dans la région de la peinture et des arts du destin ?
Il ne faut plus, par conséquent, demander quelle est 1 "origine abstraite du genre de V arabesque , ou quel est le principe de son goût. Son origine est la même que celle de toutes les fictions de la poésie , de toutes les créations fabuleuses des poètes. Son principe repose de même sur cet instinct humain, qui voudrait conquérir de nouveaux mondes, s'associer de nouvelles créatures, et qui , enchaîné dans l'ordre indestructible des êtres créés , livrés à ton imitation , n'a d'autres ressources que d'en décomposer , désassembler let parties , pour let mêler avec d'autres , et faire sortir de ces associations ce qu'il appellera de nouvelles inventions.
Nous en anrons assez dit pour montrer que le principe abstrait de l'arabesque est le même que celui auquel doivent leur naissance toutes les prétendues créations de l'imagination des poètes : plus de détails et de rapprochement , a cet égard , entre la poésie et la peinture , ne porteroient pas plus de \ cet objet.
Après avoir fait apercevoir le principe . de ce goût , dans la nature même de l'esprit humain, il nous reste à faire voir , et en quelque sorte k inventorier les matériaux que le caprice de cet esprit s'est plu a réunir dant les objets de la nature et de l'art , pour en former ce qu'on appelle le genre arabesque. Il y aurait toutefois une manière d'abréger cette sorte d'inventaire ; ce serait de comprendre la notion de l'arabesque dant celles de l'ornement et de la décoration , et de faire voir, k l'un et a l'autre de ces deux articles , que l'arabesque, en est i
Trois ordres de choses effectivement , assez indépendans l'un de l'autre, composent ce qu'on pourroit appeler le fond des matériaux du genre arabesque , et se présentent très-distinctement à l'observateur qui prend la peine de s'en rendre compte.
l° Les représentations et compositions d'architecture, dont les formes , les proportions et let détails , hors de toute règle , furent empruntés , ou aux caprices des scènes de théâtre, ou aux traditions des pratiques orientales, qui s'étoient, lors de la naissance de l'arabesque , fort répandues à Rome.
2° Les figures de tout genre , les animaux fantastiques , assemblages de différentes espèces, toit que cet réunions bizarres aient été jadit, en certains paya, let signes convenus d'une écriture ou d'une langue symbolique, toit que dans b suite le génie du caprice y ait ajouté tes exagération!.
3" Let rinceaux, festont, enroulement, imitations de plantes , et de toutes sortes d'objets
v. ARA
aux édifices, aux meuble*, a divers ustensile* usuels, ouvrage» Je tout genre d'art».
Quant au premier ordre de choses , on trouve les exemple» les plus évidens et le» plus nombreux de décoration» architecturale» , aux Thermes de Titus, dan» les intérieur» des maisons d'Hcrculanum et de Pompéï , qui , dan» la vérité , n'offrent que des compositions dont on ne sauroit rendre aucune raison , si l'on ne sa voit que depuis long-tenips les tentures de la Perse, comme nous le prouve Aristophane, •voient introduit en Grèce une multitude d'idée» et de fantaisie» monstrueuses. A plus forte raison , tous ces caprices chimériques d'animaux fabuleux avoient du s'introduire à Rome au temps d'Auguste , et avec eux toute» le» bizarreries de forme» dans les conception» de l'architecture.
Déjà, comme l'on sait, le goût de décoration architecturale avoil reçu dans l'Asie, et principalement dans l'Orient, l'influence de l'imagination sans règle de tous ce» peuples. Ce goût n'influa point sur l'architecture réelle de la Grèce et de Rome ; mais il fut assez naturel, que dans ces peintures, qu'un piuceau indépendant de tout principe se plaisoit à improviser sur le» mur» intérieurs en remplacement de tapisseries, on ait suivi les erremens des compositions étrangères de l'Asie, comme on a vu , de nos jours, le gout chiii- i - exercer quelque influence sur le goût de nos décorateurs.
Il nous semble qu'on distingue fort clairement la manie , plutôt que le goût de cette sorte «le singerie, dans le» arabesque* d'IIcrculanuni et de Pompéi. Que l'on consulte le» 3* et 4* tomes des Anùchita di Ercolano ; on y verra , dans presque toutes les décorations architecturales , les plus frappante» aualogie» avec le style oriental , avec le» détails des mouumcns de Persépolis. De cette source sont év idemment émanée» ces formes de toit» recourbés en manière de pavillons, ce» figures ailée» en place de chapiteaux. De là ce» caprices de colonnes torses, et même de ces fût» évidés en spirale , abus exagéré de l'aLus déjà trop sensible , des colonnes torses, ces exliaussemen» de toutes les proportions.
Une preuve de ce» emprunts faits par l'arabesque aux goûU d'architecture» étrangère» à Rome, se trouve, avec une plu» grande évidence encore, à une de ce» décorations de mur» dont on parle, qui consiste dan» une représentation d'architecture égyptienne. On ne saurait en méconnoitre le style , aux contour» de» profil» , aux forme» des chapiteaux , aux hiéroglyphe» figurés dans la frise , et à une portion d'obélisque qu'on y remarque.
Le second ordre d'objets , dont nous avons dit que s'étoit formée la compilation de» élémens du genre arabesque, paroit avoir été également emprunté aux caprices de l'Asie et aux allégorie* orientales. C'est à cette partie de» compositions arabesques que la raison a le plus de peine à pardonner. On croit pouvoir cependant avancer qu'il y eut
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raisonnable à ces alliage* plus ou moin» bizarres de
figures tronquées, à ctpi mélanges de sexes, de natures, d'espèce», que l'Egypte avoit autrefois compilé* dans La formation de son écriture hiéroglyphique. Si ce» figure» furent réellement de» caractère», comme on est tenu de le croire, ce n'est donc point à elle», en particulier, que s'adressera le reproche de bizarrerie , mais bien à ceux qui en ont contours, sans prétendre leur faire < sens.
A cet égard , il faut dire qu'une foi* déchus de leur emploi primitif, et tombé» dans le domaine de l'ornement , il n'y aurait plus à leur demander que d'offrir aux yeux des motif» agréable», de» contours et de» agrémens gracieux. Or, il faut considérer qu'un assez grand nombre de ces assemblage» «'était introduit déjà très-anciennement chez le» Grecs, dan» le* détails et les ornemen* de leur architecture , et y avoient reçu une sorte de droit de naturalisation. Tels sont les sphinx, le» quadrupèdes ailés, les syrène», les griffons, les hippogriffes, les tritons, les satyres, les centaures, etc. .Malgré l'envie que quelques-uns ont eu de retrouver dans l'emploi fait par les architecte» anciens, de» représentations de ces auimaux tronqué», quelques rapports d'un sens métaphorique avec lès édifice», on est forcé de reconnoitre qu'elle» n'y figuraient que pour le plaisir de* yeux.
A plus forte raison devra-t-on le penser de l'emploi qu'en firent les peintres de décor dans le* intérieurs des nuisons. On doit pourtaut reconnoitre que la peinture s'étant emparée de tous les éléiucn.- employé» par l'architecture, comme ornemen» de» édifices, elle eut et beaucoup plus de facilité pour en multiplier et en exagérer le* caprices, et aussi beaucoup plus de liberté d'enchérir sur le» inventions chimérique* du sculirtcur. C'est sans doute à cette enchère d'extravagance, qu'aux yeux de la raison le peintre de décor se permit sur le sculpteur d'orneincns, que fut due la censure de Vitruve, dont nous rapporterons plus ha» les propres parole*.
Il y a effectivement , et autant pour la raison que pour le goût , une grande distance à établir dan» l'arabesque, entre le» objets dont ou vient de traiter, et ceux qu'il nous reste à passer en revue.
Le troisième ordre de choses, avons-nous dit, qu'on doit discerner pour compléter l'analyse technique de l'arabesque, consiste dan» l'emploi qu'il emprunte a l'architecture , des ornement en rinceaux , feuillages, festons , enroulemen» divers , dont il nous semble que personue ne blâme l'usage appliqué à toute* le» parties des édifices. Ce goût , effectivement , qui tient à l'instinct général de l'imitation , n'a rien qui puisse éveiller une critique sévère. On en trouve des modèles dans la sculpture qui orne Ira plu* beaux monumens de tous les pays. Le seul reproche qu'on puisse faire *ur cet objet à l'arabesque, c'est d'avoir trop souvent mêlé, dans l'emploi de ce» détail» d'ornemens, le vrai au faux, le possible à l'impossible,
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d'avoir, par exemple, représente des corps solides, portes sur les frêles supports d'un rameau flexible, d'avoir entassé et compilé trop d'objets inconciliables entre eux , de ne s'être contenté ni du vrai , ni du vraisemblable , d'avoir enfin porté à un degré excessif, non pas seulement les exceptions et les concessions que le naturel peut faire au fictif, mais d'avoir encore , en abusant même des abus, argumenté de certaines licences, pour en exagérer les emplois. Ile là ce faux général répandu sur un ensemble, qui ne produit qu une cumulation de détails unis sans liaison , rapproches sans contact et mêlés entre eux , sans antre dessin que celui de l'extraordinaire et de la confusion.
C'est donc cette compilation indigeste d'objets étrangers à toute convention vraisemblable queVitruve, non encore habitué à ces écarts du goût, nous semble avoir le plus blâmée. On «a voir que le vice de l'arabesque consisloit , selon loi , dans cette aggrégalion d'objets qui n'ont pour liaison entre eux que l'impossibilité de leur coexistence. Après avoir parlé dn goût de décoration des anciens, qui, en toutes sortes de peintures, représeuloient les choses telles qu'elles sont naturellement :
« Je ne sais (dit-il) par quel caprice on ne suit plus » cette règle que les anciens s'étoient prescrite, de ■• prendre toujours pour modèles de leurs peintures » les choses comme elles sont daus la vérité. Car on
ne peint actuellement sur les murs que îles monstres » extravagant, au lieu de choses véritables et régu— ■> lières. On met pour colonnes des roseaux qui sou— » tienneut un entortillement de tiges, de plantes can- » nelées avec leurs feuillages refendus et tournés eu » manière de volutes. On fait porter de petits temples » I des candélabres d'où , comme s'ils avoient des ra-
cincs , on fait élever des rinceaux , sur lesquels sont » assises des figures. En d'autres eudroits , l'on voit ■'d'une fleur sortir des demi-figures, les unes avec -des visages d'hommes, les autres avec des têtes » d'animaux , toutes choses qui ne sont pas , ne peu- » Vent être et n'ont point été. Telle est la force de la » mode que, soit indolence, soit faute de jugement, i on semble fermer les veux aux vrais principes des » arts. Car, comment supposer que des roseaux sour tiennent un toit , que dus candélabres supportent un » édifice , que de faibles branches portent des figures,
- et qn*ïï sorte de leurs, tiges, de leurs racines ou de
- leurs fleurs des moitiés de figures? Cependant per- » sonne lie reprend ces imjM?ilineiices ; on les aime au ■ Contraire , sans prendre garde si ces choses sont |ios- • siUes nu non . tant les esprits sont peu capables de
- connortré ce qui mérite d'être approuvé et auto- » risé. Pour moi , je crois qu'on ne doit estimer la » peinture qu'autant qu'elle représente la vérité; que » ce n'est pas assez que les choses soient bien pciutes ,
- S a,"8i wc Ie de*".° ril
- et qu il a v ait lien qui choque le bon sens. [ rttru.e.trcui dePerra\,lt.)