CONSIDÉRÉ A SES DIVERSES EPOQUES
En définissant d'une manière aussi positive l'effet et le résultat critique du style et de la pratique de l'arabesque, Vitruvc , dans la censure qu'il eu a faite, nous indique assez clairement que c'étoit une nouveauté de son temps, et qu'il n'avoit pas encore pris l'extension qu'on lui vit prendre depuis ; d'où il faut conclure que , considéré dans l'rnsemhle des détails qui les constituent , le goût et la pratique de l'arabesque auroient pris naissance à Rome , au temjis d'Auguste.
On conçoit effectivement qu'étant une combinaison, nu , pour mieux dire, une confusion des élémens, des idées, des résultats , des effets et des licences de ce qu'on ap|iellc , en architecture , ornement et déc o~ ration, il dut prendre naissance chez un peuple qui, n'ayant rien créé ou inventé, en fait d'arts d'imitation, les avoit reçus tous formés, et déjà même dans l'état d'une plus nu moins grande dégénération. Il ne faut pas perdre de vue que , bien qu'on trouve presque partout quelques traces du goût que nous avons analysé, il ne paroît avoir été connu ni avant le siècle d'Auguste , ni ailleurs qu'à Rome. Ce genre est trop compliqué pour avoir pu être la production ou la propriété d'un seul peuple.
D devoit se former assez naturellement dans un pavs devenu le point central de tous les autres, qui durent lui apporter leurs coutumes , leurs rites , leurs mœurs, leurs pratiques d'arts. Là dévoient se trouver réunis tous les élémens dont nous avons trouvé le mélange dans Y arabesque, et tels que Vitruvc les a définis.
Ce fut alors effectivement, comme Pline l'Ancien le reproche à ceux de son temps, que le principal prix de la peinture consista dans la variété et l'éclat des substances colorantes ; et que , peu sensibles aux beautés de l'imitation et au mérite de la vérité, des yeux ignorant attachèrent la principale valeur de l'art de peindre , soit à la singularité des inventions , soit anx effets brillans des couleurs et des enduits. Pline, en déplorant à plusieurs reprises la chute de la peinture ( hartemu dictum lit de dignitate artis morientis) , nous fait en même temps connoître les causes matérielles de sa décadence ; c'est que le goût de l'arabesque, avec celui des revêtemens en marbres précieux, s'étoient emparés de tous les intérieurs. Les Thermes de Titus, dont les peintures décoratives sont parvenues jusqu'à nos jours, en justifiant les plaintes et les opinious de Pline, nous montrent encore aujourd'hui quel était le goût du genre arabesque de son temps. Pline, contemporain de Titus, a\oit pu connaître les intérieurs de ses Thermes . comme il avoit dû apprécier dans les villes d'Herciilanuiii et de Pompéî le goût uni avoit moti\é la i sure de Vitru\c.
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Ce goût , où nous trouvons aujourd'hui , malgré la bizarrerie de détails d'architecture snrtout, des combinaisons ingénieuses , des idées légères , des empruuts faits sans doute à de meilleurs ouvrages de l'art, se |>erpétiia dans les re\ètemens des intérieurs, non-seulement des maisons, mais même des tombeaux et des sépultures importantes. Or, rien ne démontre mieux combien il serait oiseux de chercher dans toutes ces combinaisons autre chose que des jeux du pinceau, et des mélanges de formes, de dessins, de couleurs, n'ayant d'autre but que celui de charmer les yeux, d'autre raison que le caprice. Aon qu'on veuille eu exclure toutefois un véritable charaie, même pour l'esprit, lorsqu'un art ingénieux sut y ordonner, sans trop d'exagération ou d'arbitraire, une sorte de désordre pittoresque, qui semblerait tenir de la {larodie et des plaisanteries scéniques.
On peut croire que ce goût, au talent prés de l'exécution, à la légèreté prés du pinceau, et d'un riche emploi de couleurs, continua de régner dans l'empire romain; et de fait on en trouve des vestiges, en peinture et en sculpture , jusque dans les derniers roi >n unions du bas-âge.
Il serait difficile , même à l'écrivain qui prendrait à fiche de faire complètement I Histoire de Yarabesque, d'en suivre les vicissitudes au milieu de temps, et
jiays ou les fils de toutes les traditions furent rompus. On a déjà dit au commencement de cet article comment le nom emprunté aux Arabes, pour exprimer le goût dont il s'agit, ne fut qu'une impropriété, bien qu'il soit vrai que ce peuple en ait paru propager quelques élétncns. Car les objets qui constituèrent la parure de leurs édifices ne firent qu'une des parties sur lesquelles se fonde le de Yarabesque , et cette |»artic qu'on désigne,
, et forma eu tout pa\s, suit comme luxe , soit comme accessoire allégorique, une de tous les arts de bâtir.
moins la peine d'interroger les siècles de la bâtisse gothique; car il peine y retrouve— t-on, dans ses sculptures , les rudimeas , soit de la composition, soit de l'exécution des orneniens de l'antiquité romaine. Tout ce qui pourroit y faire naître le soupçon d'une tradition en grande partie effacée, n'y parait plus que sous des formes abâtardies, et jamais le vrai style de l'ornement, encore moins de Yarabtsqut anliep . n'aurait pu rcnailre au milieu du chaos de toutes les pratiques routinières, de toutes les romcutiou* autorisées par l'ignorance. Tout aurait donc contribue à faire disparaître pour toujours l'arabesque, si La découverte de quelques ruines de Rome antique, ou ses modèles , qui étaient , depuis bien des siècles, restés ensevelis, ne fût venue en ressusciter le goût, avec celui des autres arts.
Un sort, il faut le dire, plus heureux pour lui dans la nouvelle Rome que dans l'ancienne, lui sembla reservé dès sa renaissance aux t5« et 1 0e siècles. Nous
avons ru qu'à l'origine de l'An tnr.sQCE chez les anciens, la peinture expirait, selon l'expression de Pline («r/w marientis). Au contraire, il reparaît chez les modernes en même temps que les chefsd'<euvre des plus grands peintres ; il exerce leur génie, et s'empare en quelque sorte de leur pinceau. Il est vrai qu'il eut l'avantage de reparaître accompagné des plus beaux ouvrages de la sculpture antique. Enfin la destinée de Yarabesque fut de uaitre dans l'a quité au déclin, et, chez les modernes, ; vellemeut droits.
Si d'ailleurs, f.nvint abstraction d'une doctrine peut-être trop austère, ou veut bieu mettre en com|)te, dans le jugenieut de V arabesque antique et de ses u-uvres , les rttarmans détails qu'il renferme , les idées heureuses dont il a conservé quelques souvenirs , les analogies précieuses qu'où eu peut tirer, on comprendra pourquoi tant d'habiles gens en éprouvèrent la séduction, et pourquoi le plus grand homme de la peinture moderne n'en jugea pas avec la sévérité de \ ilruve.
l.i sort voulut que Raphaël assistât à la découverte des tieiutures des i hernies de 1 ite . 1 a ut— il s'é— tonner de l'impression que ces décorations encore brillantes de leur éclat primitif dûrent faire sur lui?
ceptions de l'art antique. Ne devoit-il pas y voir ce qu'il y vit en effet, un moyen de ressusciter et d'améliorer le goût de décoration et tous les détails de l'ornement , condamné» jusqu'alors à une pauvreté d'idées qu'accomjtagnoit la sécheresse d'exécution? Le secret des stucs fut retrouve. Les procédés des anciens reparurent. Toutes les parties qui constituent l'ensemble des travaux de l'antiquité en ce genre furent distribuées entre les plus habile* élèves de Raphaël.
Conduit et animé par le goût exquis de ce prince des peintres modernes , et applique dans le Vatican aux plus grande* entreprises, ce genre ne pouvoit que jeter un nouvel éclat chez les modernes.
Indépendamment de la perfection graphique à laquelle fut portée , dans les loges du \ atican , l'exécution de tous les détails confiés aux Jean de l dînes, aux Perrino del ^ago, aux Francesco Penni , etc., on peut croire que le succès de ce genre tint aussi alors à un système de composition , dont Raphaël a donné le premier exemple dans queldc cette galerie, et dont il est à regretter qu'on n'ait pas , depuis lui , suivi les inspirations. C'est par l'allégorie qu'il trouva l'art de rendre intéressant, et de faire parler à l'esprit, un genre qui ne semble destiné qu'à s'adresser aux yeux. Rien de plus ingénieux que la manière avec laquelle il sut vivifier ses compositions, par les attributs des sciences et des arts, et faire ainsi fie Y arabesque une sorte d'écriture symbolique, dont les signes donnent an spectateur le plaisir d'en deviner le sens. Ce sont , tantôt les vertus , tantôt les saisons , tantôt les âges de la vie , dont les emblèmes se mêlent au
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taisiesde son pinceau. Ailleurs les attributs des sens, le* ejemetis personnifiés viennent animer ses conceptions, et répandre sur ces caprices un intérêt qui force l'austère raison à sourire , en se reoonnoissant
C'est par de semblables moyen* , combinés avec les procédés de l'antique arabesque , que Haphaël par— Tint à donner, dans quelques-unes de ses compositions, une vie nouvelle a un genre de décoration dont la raison ne devrait pas abandonner au caprice l'empire eiclusif . Du reste , la perfection des moyens «l'exécution se trouva, dans cette galerie, au niveau des pensées. La réunion des stucs, pris ou imités de l'antique, leur mélange beurem avec les peintures, la perfection des fleurs peintes , des plantes et des fruits de tout genre, l'immense multiplicité de détails précieusement traités, tout dut concourir a faire des loges du Vatican l'enscmHe le plus diversifié que l'«ril puisse embrasser. Nous parlons de cet effet au passé. Effectivement, toutes sortes de causes ont concouru à en atténuer considérablement l'agrément pour les yeux. Mais la gloire de Raphaël n'en sauroil souffrir, grâce aux belles copies qne les gravures de Yolpato ont multipliées de ce monument de son génie.
Cependant Raphaël et ses habiles collaborateurs n'ont pas trouvé de continuateurs «le leur talent en Italie. L'arabesque y dégénéra bientôt autant pour le goût «le la conijusitinn que «la us l'exécution. Ou le vit peu à peu changer de système et de proiiortionsdan* les olijets dont il se compose ; on abandonna la multiplicité des petits détails; on vit les plafonds «liargés de grandes ligures en relief, de compartimens saillan», de statues colossales. (Payez Décoration.) Ainsi le goût moderne ta. t 11 souvent d'un extrême à l'autre.
Cependant , depuis un demi-siècle , le nouvel ascendant qu'ont pris sur tous les arts du dessin les «euvres et les principes de l'antiquité, oui remis en vogue, à Rome et daus le reste de l'Italie , le goût de l'arabesque. Nu] doute que les découvertes toujours croissantes qu'on en fait dans les ruines d'IIerculanum et de Pompéï ne dussent contiuuer à en reproduire des imitations, si des causes heureuses favorisoient en ce pays les entreprises de l'architecture.
En France, les Priniatice, les Roaso, et autres Italiens appelés par François 1", trouvèrent tes formes, les matériaux et les usages des intérieurs peu propres à recevoir l'ensemble des objets que comporte l 'arabesque. Ce qu'ils firent tient plutôt à !.. décoration en grand , c'est-a-dire , soit en grand* compartiluena , soit en grandes figures. Ce fut encore sous l'influence de ce goût , porté au plus haut point par l'école des Carrache , de* Pierre de Cortone et autres, qu'étudièrent les élèves que Louis XIV envoya en Italie, et qui en rapportèrent le génie de b grande décoration , tell* que nous la montrent les peinture* de Versailles. Il est douteux que l'arabesque eût pu
trouver palais.
On ne parlera point ici de ce goût quin, qui eut un instant de vogue au « du 1 8* siècle, sous le pinceau de* Gillot, des Vateau , etc. Il y eut depuis un moment où l'introduction des papiers de tenture avoil commencé de faire connoitre te vrai goût de l'arabesque antique. Mais la manie des change mens, toutes sortes de causes particulières à l'état de société, et qui tendent à l'économie «les ornemens dispendieux dans les intérieurs , la nature aussi des matériaux et des constructions, le peu d'espoir qu'il y auroit de voir ce genre de turc exercer le génie ou la main des p tisles, tout semble s'opposer à ce que le goût de l'arabesque puisse, ou s'introduire ici, on s'y acclimater, ou y atteindre le degré d'encouragement nécessaire à son «léveloppement.
Est-ce un mal , dira-t-on , et doit-on regretter qu'un genre condamné jadis par un goût trop sévère, si l'on veut, n'ait obtenu en France que si peu de succès ? A cela nous répondrons que cette indifférence pour l'arabesque, si elle avoit pour principes le dédain d'une raison sévère, et l'amour exclusif des beautés de la simple nature, pourrait honorer le juge* ment d'une nation. Mais l'esprit de* temps modernes ne |iouvant se prévaloir d'une telle autorité , nous croyons que la théorie du goût compromettrait aujourd'hui son autorité , en voulant proscrire du domaine de la décoration un genre «lont l'autorité de
Suelques écrivains ne put jadis réussir à désabuser les iouiains.
Ce n'est pas à bannir l'arabesque de la décoration des lieux qui en comportent l'emploi que doit viser, ce nous semble, aujourd'hui, une sévérité qui serait hors de mesure. Il vaut mieux , sans doute, chercher a diriger en ce genre l'esprit des artistes, en indiquant le judicieux emploi qn'il est possible d'en faire, selon le caractère de* lieux où on peut l'a