PARTIE PREMIÈRE
NOTION* THÉOBIQTES 1)1 L*ARCHlTEGTt*RE GRECQUE.
\S architecture ne commence à être un art (dans le sens plus ou moins relevé qu'on vient de définir) , chez les peuples où elle peut s'introduire, que lorssociété sera parvenue à un certain degré de ! et de culture morale. Avant ce temps , il n'y i doit appeler de U titiste, c'cftHa-dire i aux besoins de la vie phy-
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sique. Or, comme à cette éjioque ces besoins euxmêmes sont très-bornés, l'emploi de ce métier se réduit à faire un abri qui mette l'homme à injures du temps et de l'intempérie des
C'est pourtant à cette époque plus ou moins prolongée de son enfance, que l'art de bâtir commence a prendre , dans les diverses contrées , ces formes et ces pratiques usuelles qui lui imprimeront de si remarquables différences. Ces différences originaires, entre beaucoup d'autres sujétions qui auront pu contribuer à les produire, nous paraissent avoir dû tenir a deux causes principales. L'une est le genre de vie commandé à chaque société primitive par la nature elle-même, l'autre le genre des matériaux qui auront dû s'offrir aux premiers essais de la construction.
Il est indubitable que, selon l'un ou l'autre des genres de vie principaux (celui de chasseur, celui de pasteur ou celui d'agriculteur) , offert selon les pays et les climats aux premiers âges des sociétés, tontes sortes de conditions differeulcs auront familiarisé les hommes avec des formes d'habitations, et par conséquent de constructions fort diverse*. Or, nul doute qu'entre ces états primitifs des sociétés, le de vie agricole ne soit celui qui doive porter 1' à se fabriquer les abris les plus solides, lis habitations les plus étendues. L'agriculture exige une vie active et sédentaire en même temps. Le cultivateur vivant sur son champ , jouissant des fruits de son travail , a des provisions à serrer et à défendre, soit contre les intempéries de l'air, soit contre les violations de sa propriété. Il lui faut donc une habitation conforme à ses besoins, c'est-à-dire, solide, saine, commode, sûre et spacieuse. Il demandera donc a la nature les moyens à la fois économiques et d'un travail facile a mettre en œuvre, c'est-à-dire, les matériaux appropriés aux nécessités de sa condition.
Si la nature offre et peut offrir, selon les propriétés de quelques pays, des abris tout formés dans quelques creux de rochers, dans des antres souterrains, ou quelques facilités, selon le genre de certains terrains, d'y creuser des retraites, il faut avouer aussi que ce sont là des exceptions sur lesquelles ou ne peut établir que d« rares déviations aux lois générales de la formation des premières sociétés , arrivées à un mencement de civilisation. A ce point où l'bi par son travail, demande à la terre le moyen de voir aux besoins du présent et à ceux de Ptw non-seulement pour lui seul , mais pour sa famille , il lui faut construire une habitation en rapport avec ces conditions.
Mais de quels matériaux usera-t-il ? La nature ne lui en présente et ne peut lui en présenter pour la construction que de trois genres : la pierre , là terre et le bois.
§■ I1*. Causes originaires, ou système emprunté à ta construction primitive en bois, ou à la cabane.
La pierre., à laquelle l'architecture i
i grands ouvrage», dans le* sociétés , dan* l'enfance de l'état dont il est
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• de ses plus
, est,
ici question, la aux moyens, aux inst rumens et aux combinaisons «le l'homme dont nous parlons. La pierre veut une exploitation laborieuse, des transports coûteux, des moyens d'élévation et de pose qui exigent des machines ou de nombreux et pénibles effort*.
Nul doute que la terre ne présente un emploi plus simple, plus facile, et beaucoup plus économique; mais avant que l'industrie perfectionnée soit arrivée, par des préparation* diverses et par la cuisson, à donner à cette matière la facilité d'emploi et la dureté comporte, il faut recounoitre que , dans son i purement naturel, la terre toute seule ne forpeu d'étrndue.
Le bois dut se présenter le plus naturellement , le plus universellement aux sociétés dont on parle , et à celles qui eurent besoin de se procurer, a peu de frai», des asiles durable-». Il suffit , en effet , de se rapp-ler en quel état furent trouvées, dans tout l'univers, par les voyageurs, ces premières réunions d'hommes, qu'on appelle sauvages, et dans quel état les pays qu'elles habitoient ou habitent encore se sont offerts à leurs recherches. Que lit-on dans toutes les relations ? Partout on voit la terre couverte de forêts ; partout on voit les premières sociétés, d'abord habitantes de ces forêts, sortant |»eu a peu de leurs asiles rustiques, s'établir en état de famille, et se réunissant dans des huttes formée* aux dépens des forêts ; en > qne, plus ce» sociétés s'augmentent, plu» les bois
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l'ont fait quelques écrivain» spéculatifs, qui, abusant
Ce fut donc d'abord de branches d'arbres que se formèrent les premiers asiles. Bientôt on coupa les troncs d'arbre»; on en fit de» support* et des solives. La propriété du bois étoit de se prêter, en plus ou en moins, avec plus ou moins de peine, aux constructions primitives. Le bois n'a point cessé encore d'être, chei les peuples les plus opulens et les plus industrieux, une des matières qui entrent le plus abondamment i constructions des plus grandes cités. Il y a eni Europe d'immenses contrée» dont
le» villes sont bâties uuiquement en bois.
Comment cette matière ne seroit-dle pas entrée comme élément nécessaire dans les primitives construction» d'une société agricole.' On conçoit difficilement qu'on y ait pu s'en passer, et plus difficilement, comme on l'a vu, qu'on y ait employé la pierre taillée : car on n'entend pas exclure toute matière qui , comme des cailloux ou des débris épars, pouvoient, mêlés à la terre, former îles murs, des cloison* , etc. Mais rien ne se |>rèla plu» naturellement que l'arbre
geoient d'hommes sans art et saus science.
Quand nous parlons de l'arbre, comme de la matière première des habitations, il faut se garder de
de cette théorie , ont voulu que la colonne ait été , dans le sens simple, la copie d'un arbre. L'arbre dont nous parlons est synonyme de bois. Il ne s'agit pas, dans cette théorie, de donner à Y architecture des modèles à imiter dans un sens rigoureux. Ou verra que tout ce qui concerne son imitation repose sur des analogies, de» inductions, des assimilations libres.
L'emploi de l'arbre et du bois, dans les constructions des temps dont nous parlons, ne fut autre chose que l'emploi encore peu raffiné des procédés de la charpente, et cette cabane symbolique, dont on fait (•type de l'architecture en'Crèee, ne signifie rien autre chose que l'ébauche ou l'essai de la chariienterie, c'est-à-dire, de l'art mécanique qui consiste a donner à des pièces de bois la forme, la disposition et les assemblages convenables }M>ur former uu ouvrage solide et régulier, (forez Cabaxe, Dois.)
Sans doute des arbres ont pu entrer plus ou moius dégrossis dan* les constructions rustiques de» premiers temps, et peut-être aussi des souvenirs de cet emploi grossier ont- ils pu transmettre aux siècles suivans quelques motifs d'omemens qui en rappeUèrent l'idée; nuis là n'est pas l'élément du système matériel de l'architecture grecque. Il se trouve dans un emploi du bois déjà façonné, de manière a former les assemblages, qui devinrent le prototype des combinaisons de Y architecture perfectionnée.
Que voyons-nous effectivemeut dan* cette ébauche ? de* bois équarris ou arrondis posés perpendiculairement ou horizontalement, façonnés de manière à recevoir la sur-imposition d'autres pièces de bois, à su coordonner entre eux dans de» intervalles réglés.
Ce que nous allons rapporter n'est ni une histoire imaginée après coup, ni un système d'imagination. La chose déjà indubitable, comme résultat nécessaire des causes naturelles , se trouve démontrée dans le* résultats évidens qui sont sous nos yeux.
Ainsi donc les arbres ou les poutres qu'on enfonça en terre devinrent les premières colonnes. Comme les arbres vont ordinairement en diminuant d'épaisseur de 1ms en haut, ainsi lirent les colonnes , surtout celles de l'ordre primitif (le dorique), où cette diminution est la plus seusible. Ces poutres ainsi plantée* en terre, sans aucun support apparent, sont encore représentées par le même ordre dorique sans bise. Lorsqu'on se fut aperçu que cette méthode exposoit les bois à pourrir, ou établit sous chaque poutre des massifs ou plateaux de bois, plus ou moins épais, qui servoient en même temps à lui donner une assiette et une plus grande solidité. De ces plateaux ou massifs, plus ou moins continus, plus ou moins élevés , sont nés les soubasseiuens, les plinthes, les dés, les tores et profils qui accompagnent le la» des colonnes.
La conséquence naturelle des additions faites aux extrémités inférieures des poutres , fut d'en couronner l'extrémité supérieure par un ou plusieurs pla-
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«du poutres transversales. De là le chapiteau, d'abord timplc tailloir, puis avec tore dans le dorique.
Qui ne voit dans la dénomination même de l'architrave ( tpUtylium) que l'emploi du bois et le travail de la charpenterie en furent encore les principes générateurs ? Nécessairement les solives du plancher vinrent se placer sur l'architrave , et voila que les bouts appareils de ces solives, et les intervalles qui les séparent, donnent naissance aux triglyphes et aux métopes, dont le nom signifie entre-trou, (f^oilà la frise dorique.)
En continuant l'énuméralion de toutes les parties
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a ce qu'on a
la cabane , ou l'ha-
i faisons l'inventaire, voyons les solives inclinées du comble , reposant sur les bouts des solives du plancher, produire cette avance qui composa la corniche saillante hors de l'édifiée, pour mettre les murs a couvert des eaux de la pluie.
Le toit ou le comble donna nécessairement la forme du fronton, qui , dans son plus ou moins d'inclinaisou , dut suivre la pente des toits, selon les pays et les climats.
«es a la fois conrtihîhves , et du travail primitif de la charpente ou du bois dans les premières habitations, et du st sterne d'imitation propre de l'architecture grecque, dans l'application qu'elle en fit aux plus grands édifice*. Nous ne nous étendrons pas sur toutes les conséquences de ce système imitant , appliquées a un grand nombre d'autres parties de détail, telles que les arcades, les voûtes et beaucoup d'ornemens.
Qu'il nous suffise ici d'avoir prouvé, d'une manière qu'on peut appeler démonstrative, l'identité réelle qui existe entre le modèle et son imitation. Cette identité est telle, que, comme oo l'a vu, on -un h pu faire servir la description de la copie, à celle de son original, c'est-à-dire, donner une idée exacte de la cabane grecque, par l'analyse d'un temple grec.
Après avoir montré que la charpente, ou le travail d'assemblage en bois fut dans l'ordre d'une
grecque , devenue depuis universelle, il faut faire voir qu'aucun autre élément de construction ne jionvoit procurer à l'art de bâtir un modèle plus complet, plus un, et tout ensemble plus varié.
Ce modèle, en elfet, il faut le che relier d'abord dans une matière quelconque, ensuite dans les modifications dont elle est susceptible. Mais nous avons vu que la nature n'offre à l'art de bâtir, que le bois , la terre et ht pierre. La terre , comme on l'a dit, n'a
véritablement d'emploi , que lorsqu'elle est séchées au soleil, ou
en briques, ou
alors elle prend rang parmi les pierres.
Reste donc le concours de la pierre taillée et du bois. On a vu que l'emploi de la pierre de taille n'avoit pu se présenter à l'industrie naissante des pre- j
mières sociétés; que dès-lors il n'avoit pi les habitudes et les goûts , ni trouver les ressources de puissance, de dépenses et de moyens qui ne purent appartenir qu'à des siècles très-postérieurs. Mais, en admettant que l'emploi de la pierre de taille eût été alors ce qu'il est devenu depuis, comparons ce que cette matière, réduite à elle seule et à ses seules propriétés, auroit pu produire. Vainement, et faussement conclueroit-t-ondc son emploi actuel, à ce qu'ilauroit été, s'il n'eût dû puiser qu'en lui seul les formes , les membres, les détails de l'architecture. Aujourd'hui on voit cette matière s'adapter à toutes les variétés de formes, de détails, de saillies, de plans et d'élévai qu'on lui fait produire. Mais c'est qu'on l'emà devenir la copie et la répétition de types, de les et de combinaisons nés hors de sa pratique , et dont jamais son travail , sans un modèle qui lui est étranger, n'aurait pu ni suggérer, ni réaliser les combinaisons.
Il s'est rencontré cependant certains critiques qui ont trouvé mauvais que la pierre dût devenir dans les édifices représentative d'une autre matière, ou du moins des formes et des assemblages qui lui appartiennent. Ces critiques voudraient que les marbres ne fassent point assujettis, dans un rôle subalterne, à nous rendre des formes, dont l'origine provient de pauvres et misérables cabanes , ou bâtisses en bois. Ils voudraient que chaque matière puisât en elle-même , et dans ses propres moyens, soit la nature de se* formes, soit les diversités de son goût. Mais on se demande ce que la pierre, ou considérée dan» les carrières, ou déjà exploitée sur le chantier, peut trouver à feindre , peut présenter à imiter ou à contrefaire. La pierre imitera-t-elle les antres , ou les cavernes , ou les montagnes et les rochers dont elle est tirée? C'est le cas de dire ex nikilo nihil. La pierre en se copiant elle - même ne copie rien , n'offre aucune forme à l'art, aucune variété à l'œil, aucun moyen de rapports à comparer pour l'esprit. C'est à peu près le cas de l'architecture égyptienne, {l'oyei ce mot.) La pierre n'ayant qu'elle-même à imiter, ou pour mieux dire ne devant feindre aucune représentation de combinaisons , de saillies , de pleins ou de vides , de rapporte ou de proportions, dans les masses et lenrs parties, n'auroit à faire autre chose que des superficies, et à exprimer que de la massivité.
La pierre ne saurait donc offrir à l'art, ni original , ni modèle, ni copie ; elle ne pourrait être la représentation que de l'uniformité.
La matière de la charpente au contraire , tout à la fois solide et légère , satisfera à toutes les conditions du besoin, à toutes les exigeantes de tous les goûts. Le bois, comme l'observe Algarolti , fut la matière la plus propre à fournir à l'art le plus grand nombre de modmaturej , de modifications et d'ornemens de tout genre. Lorsque la pierre n'offre que des surf.it es et ne suggère aucune idée de variété, le bois ou la charpente procure partout des saillies, des renfoncemens,
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des corps avances ou en retraite , «les distributions de parties, diversement en rapport les unes avec les autres.
L'espèce d'emprunt imitatif dont nous venons de développer les élémens et le* preuves n'est sans doute, dans l'esprit du système de l'architecture, qu'une sorte de fiction, puisqu'aucune espèce d'imitation, qu'on puisse appeler matérielle ou positive, ne peut entrer dans les prétentions, ni les moyens de cet art ; et c'est précisément ce qu'il y a de fictif dans la transposition du travail du bois à celui de la pierre, qui en fait le prix et l'agrément.
Nous verrons bientôt que ce n'est pas là-dessus que repose la propriété moralement initiative de l'architecture, que ce n'est pas a cela qu'elle doit d'avoir pris rang parmi les arts imitateurs de la nature, et que c'est en vertu d'un ordre d'imitation très-supérieur. Cependant ce modèle fictif dont on voudroit contester l'authenticité , s'il n'est pas dans la nature , n'en est pas moins dû a ses inspirations; s'il n'est pas directement son ouvrage, il en est la contrefaçon. La nature ne l'a point produit, mais elle l'a suggéré, et y renoncer, c'est se jeter dans les voies de l'arbitraire et du hasard, qui i/ont ni terme ni issue, et ne conduisent qu'au néant du caprice.
Qu'on refuse, si l'on veut, à celle théorie ce qu'on pourroit appeler la vérilé physique de fait, puisque le fait dont on argumente n'a pour preuves que les conséquences du fait même , écrites dans l'art qui est en question , le modèle fictif de la cabane n'en existera pas moins dans l'ordre moral de la chose , comme un élément heureux de convenance, d'ordre, de syroctrie et d'autres qualités, dont il sera devenu pour l'art le prototype allégorique.
§ II. Du système emprunté à F organisation du corps humain et à l'ordre général de la nature.
A ne prendre l'imitation que fit l'architecture «le la construction en bois , ou de ce qu'on appelle la cabane , que comme une fiction à laquelle une théorie postérieure auroit donné de la consistance , comme il est impossible de ne pas en reconnoître les effets dans l'architecture , nous dirons que c'est à cette heureuse invention que l'art a dù toutes les autres propriétés qui l'ont constitué art d'imitation.
Effectivement , l'assimilation au modèle matériel qu'ona«lé(ini «laus le paragraphe précédent, n'auroit pu élever l'architecture au rana des arts véritablement imitateurs de la nature. 11 lui fal parvenir, un genre d'ébauche, si l'on p«
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ut dire, d«
préparé , et disposé à recevoir des formes et des combinaisons d'un ordre supérieur. L'espèce de squelette en bois, provenu d'une imitation matérielle, attendoit d'un autre genre de modèle une autre sorte de revêtement , dù à un autre principe de vie. C'étoit «lu perfectionnement des arts imitateurs du corps humain que devoil lui venir ce nouveau développement.
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Tout progrès dans l'imitation exige la connaissance, le choix et la comparaison de plusieurs modifies. L'art de bâtir, jusque-là , n'avoit pu recevoir l'idée d'une semblable amélioration. Restreint aux formes de la nécessité commandées par le besoin physique , il auroit pu rester à ce point , qui est celui de la routine chez presque tous les peuples , où l'imitation du corps humain s'est perpétuée dans l'état d'une éternelle enfance. Or il y a une sym| entre la sculpture, par exemple, et Tous les ouvrages de tous les pays nous montrent que là où l'art du dessin , autrement dit l'expression des formes dans l'imitation des corps, n'a pu atteindre « la vérité , l'art «le bâtir u'a pu sortir aussi des ternies d'une pratique ignorante.
Biais le sol heureux de la Gri-ce ne pouvoit rester infructueux pour aucun art. Di-s que la sculpture se fut élevée par degrés de l'indication des signes les plus informes, à la distinction «les principaux rapports de dimension cl de proportion dans les hermès , dans les idoles , dans les ligures des hommes et des dieux , il fut tout-à-fait naturel que le contact habituel «les ouvrages du sculpteur avec ceux «le l'architecte fit apercevoir à celui-ci , sinon un nouveau modèle effectif , au moins une analogie nouvelle de marche, d idée et de procédé , dont il pouvoil faire à ses ouvrages une application d'un genre jusqu'alors inconnu.
L'architecte n'avoit encore connu que de simples rapports de dimension prescrits par la nécessité, et il n'avoit pas soupçonné qu'il pût se présenter à lui un m«>dèle indirect à la vérité, mais dont il fût facile de transporter à son icuvrc et l'esprit, et même la réalité. Ce mtxlèlc devoil être un système de proportions, imité de celui doui la nature a placé l'exemple el déterminé les lois écrites dans la «xmformation du corps humain. Or, qui dit proportion dans un corps , dans uu être quelconque , «ht une disposition de pallies, mises «buis uu tel rapport entre elles, et entre elles et le lout , que le tout détermine et fasse coniHHtre la mesure précise de chacune des parties, cl que cha«|uc partie en fasse autant à l'égard du tout.
l/architecture, déjà constituée et fondée sur les types de la charpente, composée de rapports fixes et nécessaires , offroit à l'application du système des proportions qu'on vient de delinir, le champ le plu* favorable. On vit que l'art, «'appropriant le plan , les données , les combinaisons que suit la nature dans l'organisation du corps humain, rivaliscroit ment avec elle. On comprit qu'un édifia dans le même esprit et sur les même» principes que ceux de la nature , participerait au même genre de perfection , et produirait un plaisir du même genre que celui qu'elle nous fait éprouver. On observa que la nature a tellement disposé le corps humain , «pu'il n'y a rien d'inutdc, rien dont on ne puiaso reconnoitre le but et la raison. Di-s-lors on ne voulut admettre dans le système de l'architecture que ce dont ou pourroit , comme dans la nature , justifier
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un emploi nécessaire et dépendant d'un ordre général.
Ce fut sur ce nouveau plan que furent disposées et régularisées les formes dictées par le besoin et par l'imitation de la charpente , mais dont l'emploi n'axoit pas encore été épuré par la raison et le sentiment de l'harmonie. C'est ainsi , par exemple , que la di- Msion ternaire , dont le premier modèle avoit inspiré l'emploi dans l'ordonnance des parties principales, va se fonder dorénavant sur la nature même, qui l'a consacrée dans ses ouvrages, et devenir un principe de proportions applicable a l'ensemble déjà composé de trois parties, la colonne , l'entablement et le fronton. Bientôt le même principe va faire subdiviser encore en trois chacune de ces trois parties. Or, la raison de l'emploi de cette division, est qu'elle seule peut donner le plus grand nombre de rapports que l'œil puisse bien saisir tout a la fois et observer avec attention sans trop de fatigue.
Par exemple encore, la nature avoit donné à l'imitation du corps humain une mesure déterminée de rapports , une échelle de proportions , qui , prise soit dans le pied de l'homme, soit dans sa tète , pût servir de module à la figure imitée , en établissant un accord constant entre les parties, et un régulateur de son ensemble , indépendamment des variations de l'individu et des erreurs de la vue. \.'ar, hitectun , à son instar, s'en créa un semblable, qui, par exemple, dans l'ordre doriqne, fut le triglyphe de la frise, dans les autres ordre* , le diamètre de la colonne.
L'effet des conséquences de cette imitation fut qu'un édifice devint , pour l'esprit et la raison , une espèce d'être ou de corps organisé, subordonné à des lois d'autant plus constantes, que ces lois trouvoient en loi-même leur principe. Il se lit un code de proportions, dans lequel chaque partie trouva sa mesure et son rapport, en raison des modifications prescrites par le caractère de l'ensemble. Le tout et cliaque, partie se trouvèrent dans une dépendance réciproque, d'où résulta leur accord inviolable.
Mais l'étude approfondie des variétés de la nature
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qui formèrent les modes divers de formes que Polyclète avoit fixés dans son traité des Symétries , et dont les statues antiques nous ont conservé les exemples. Y? architecture encore ici reçut de l'imitation des corps , par l'art du dessin , une nouvelle et plus heureuse impulsion. Elle lui dut la fixation de ces divers, dont les caractères, rendus sensibles i les trois ordres , sont devenus pour l'oeil , comme l'esprit , rexpression a la fois matérielle et ini qualités plus ou moins prononcées de -. , de force , de grâce, d'agrément , de légèreté , de richesse , de luxe et de magnificence.
Telle fut donc la marche de l'architecture. Ce fut en assimilant son œuvre et ses procédés à un exem- ■ a son premier modèle ,
parvint à se mettre sur la ligne des arts imitateurs directs des corps et des êtres organisés. Nous croyons, en parcourant les degrés par lesquels cet art s'éleva , n'avoir pas besoin de faire remarquer que l'imitation dont il s'agit n'est point celle qui devient la répétition de ce qu'il y a de matériel dans son modèle , mais est uniquement celle qui transporte dans son oeuvre les règles et les lois de l'objet qui lui sert d'exemple. Ce n'est jamais le matériel de la forme , mais ce qu'il y a d'intellectuel, qu'elle s'approprie ; ce n'est pas la chose qu'elle copie , mais les raisons de cette chose.
Aussi , lorsque Vitruve nous dit que l'ordre dorique fut fait à l'imitation du corps de l'homme , et l'ionique à celle du corps de la femme, il faut entendre (et le seul lion sens l'indique) que c'est une imitation d'analogie morale, et non de ressemblance physique. C'est bien aussi ce qu'il donne à entendre, lorsqu'il ajoute qu'on imita , dans le premier de ces ordres, la simplicité nue et négligée du corps de l'homme , et dans l'ionique la délicatesse et la parure du corps de la femme. Mais lorsque, poussant plus loin cette comparaison, il veut trouver de la similitude entre la colonne sans base et le pied nu de l'homme, comme entre la base ornée de l'ionique et l'élégante chaussure des femmes, entre les plis de leurs robes , leurs coiffures, leurs bracelets, et les volutes ou les cannelures, que doit-on penser de cette théorie? Que c'est un abus de raisonnement, qui en banniroit la raison , ou bien une allégorie imaginée pour voiler la vérité , mais qui peut aussi tendre a la cacher en la dénaturant.
D'autres ont encore été pins loin. Par suite de rapprochemens factices , et de l'interprétation abusive d'uuc imitation prise et entendue à contre-sens, ils ont voulu voir dans le chapiteau de la colonne la tête de l'homme, son corps dans le fût, etc. On peut juger de toutes les conséquences absurdes et puériles de ce parallèle. Ainsi l'on jette du ridicule sur le système qu'on parodie , et l'on détruit le vrai par l'exagération ; car la vérité perd plus a être mal défeuduc , qu'à ne l'être point.
11 n'en est pas moins resté évident , que pour appliquer à la grossière ébauche de la charpente le mérite et le plaisir d'un ensemble de proportions, on ne peut trouver aucun modèle , ni mieux approprié , ni plus à la portée de l'intelligence ordinaire, que le corps humain. Cette analogie est tellement naturelle, que pour faire l'éloge d'un beau corps on le compare a un édifice bien ordonné ; et la comparaison a lieu réciproquement à l'égard de l'édifice rapproché du corps humain. C'est ce que Vitruve dit formelb . In bâtiment (selon lui) ne peut être bien » né , s'il n'a cette proportion, et ce rapport de toute» » les parties, les unes à l'égard des autres, qui se » trouvent dans celles d'un homme bien conformé. » Non potest adts uila sine sj-metriâ atque proportion rationem habere compositions, nisi , uti tut
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hominis kcni figurait mtmbrorum habitent exactam rationem.
AI ai» bientôt on remarqua que les proportions du corps humain , quoique fixes et immuables dans le genre, étaient, dans l'espèce, soumises à de nombreuses variations. La sculpture elle-même a voit regardé tes calculs de proportion, non comme des chaînes, mais comme des règles plus ou moins flexibles, selon les besoins de l'art. Il était bien plus encore dans l'esprit de l'architecture de s'affranchir d'une servitude qui de l'art eut bit une routine. Les Grecs comprirent que tous les erremens de b modenature étaient plus ou moins relatifs, et que ces règles de proportion, quoique empruntées à l'organisation physique des corps , pouvoient être aussi subordonnées a des maximes d'un ordre moral et intellect
C'est sur cette voie que l'art entreprit encore de suivre le grand modèle, et d'en obtenir la révélation des moyens qu'il emploie pour faire naître en nous l'idée du beau et les impressions du plaisir. Gc fut en généralisant de plus en plus les applications de ce modèle, que l'architecture parvint à étendre indéfiniment la sphère de ton imitation. €e n'est plus ni la charpente, ou la cabane en bois d'où elle tira son origine , ni le corps humain , sur les proportions duquel elle régularisa, ses rapports; c'est la nature
pour modèle. C'est l'ordre par excellence de la nature , qui devient son architvpe et son génie.
L'imitation de b charpente , par les rapports nécessaires de parties et de dimensions que l'art de bâtir y puisa, avoit constitué, si l'on peut dire, le squelette de l'architecture.
L'imitation analogique du corps humain , par l'heureuse application du système de proportions, vint revêtir, en quelque sorte , ce squelette de toutes les formes raisonnées de b nature animée, de ses propriétés et de son caractère.
L'imitation abstraite de b nature , étudiée et considérée dans ses lois générale» d'accord et d'harmonie, dans son principe d'ordre universel, dans les moyens qu'elle euqiloie |»ur nous affecter et pour nous plaire , en est venue jusqu'à donner à l'architecture un principe moral , et à b rendre rivale , en quelque sorte , de son modèle.
C'est ainsi que cet art , en apparence plus tributaire de b matière que les autres , a pu devenir, sous ce dernier rapport, plus idéal qu'eux , c'est-à-dire, plus propre i exercer b partie intelligente de notre àme. La nature , en effet , ne lui donne a reproduire, sous l'enveloppe de sa matière, que des analogies et des rapports intellectuels. Cet art imite moins son modèle dans ce qu'il a de matériel , que dans ce qu'il a d'abstrait. Il ne va point à sa suite, il se met à coté. 11 ne fait point ce qu'il voit, mais comme il
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voit faire. Ce n'est point aux effets qu'il s'attache, c'est à b cause qui les produit.
Emule de b nature , c'est à étudier ses moyens et a en reproduire en plus petit les effets, que tendent ses efforts. Ainsi, lorsque lès autres arts du dessin ont des modèles créés qu'ils imitent , l'architecte doit se créer le sien , sans pouvoir le saisir en réalité nulle part. Car, en définitive, son vrai modèle réside dans les principes d'ordre, d'intelligence, d'harmonie, d'oà ré-
* Si donc l'orchiteciure est un art d'imitation, ce n'est pas pour avoir conservé , en les embellissant, les formes grossières que le besoin avoit données aux premières demeures, dans l'enfance des sociétés, mais c'est parce qu'elle imite b nature dans les lois qu'elle s'est prescrite elle-même. C'est parce qu'elle agit par les mêmes moyens, et par les procédés dont elle lui a dérobé le secret, (-'est parce qu'elle s'est approprié les ressorts de ces causes mystérieuses qui nous font éprouver, à b vue de certains rapports ou de certaines combinaisons, des sensations ou agréables ou pénibles. De b sont dérivées les lois des proportions, toujours constantes dans leur principe et toujours variables dans leurs applications. {Koj-ez Proportion.)