DES BASILIQUES MODERNES
Nous donnons ce nom, avec Palladio, à des édifices civils qu'on trouve dans beaucoup de ville» d'Italie, et dont la destination est entièrement semblable à celle des basiliques antiques.
A l'iinitMinn des anciens, dit ce célèbre architecte, les villes d'Italie construisent de grandes salles publiques qu'on doit appeler basiliques, puisque, outre la grande conformité de leurs usages, elles font partie du palais où les magistrats rendent la justice. Nos basiliques modernes , continue- 1- il , diffèrent de celles des anciens, en ce que celles-ci étoient à rezde-chaussée, tandis que les nôtres sont élevée* «ur de» voûtes, dont le dessous est occupé par des boutiques, des prisons , et autres pièces destinée* aux besoins publics. Une autre différence, c'est que le* anciennes
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n'avoient de portiques que dan* leur intérieur : le* modernes, au contraire, ou n'en ont point, ou les ont à l'extérieur et sur la place ; on en voit de ce genre une à Padouc, et une autre à iirescia , remarquable par sa grandeur et se* ornetnens.
Mais U plus fameuse est la basilique de Vicencr, dont La jiarlie extérieure est de Palladio, et qui fut tellement ragréée par cet architecte, qu'elle peut passer pour être entièrement son ouvrage. Le corps principal, ou la carcasse de l'édifice, est d'une époque beaucoup plus ancienne. Les sa vans ne s'accordent ni sur sa date, ni sur l'architecte qui en fut l'inventeur. Vincent Scamozxi, on ne sait sur quel fondement , croit que c'est un de ces majestueux édifices qui furent élevés sou* le règne et par ordre de Théodoric, roidcsGoths.
Le temps et plusieurs incendies successifs avoient réduit cette basilique k un tel état, qu'il fallut penser sérieusement à en prévenir La ruine totale. On n'épargna pour cela ni soins ni dépenses ; on invita le* plus célèbres architectes du temps à chercher et indiquer les moyens les plus convenable* pour rétablir ce monument. Jules Romain fut un de ceux qui concoururent à ce projet; il n'en est resté aucun dessin. Le comte Arnaldi nous assure que l'idée de ce grand architecte ■ toit magnifique ; cependant, quelque bien entendu que pût être ce projet, quand on en vint à l'examen et qu'on le compara à celui de Palladio, ce dernier eut pour lui U pluralité des suffrages, et on résolut de l'exécuter.
Palladio avoit iugé qu'il falloit abattre les loges extérieure», que leur caducité et leur construction vicieuse dans l'origine ne permettoient point de pouvoir réparer; il pensa qu'il falloit y substituer une nouvelle construction. Il n'épargna rien pour rendre
H ce nom cl ouvrage aussi parfait qu'il fut possible;
] aussi eut-il pour lui une prédilection toute particulière. Tout modeste qu'il éloit , et quoique éloigné de tout sentiment de vanité , il en parle dan* ses ouvrages avec nne sorte de complaisance. Voici ses propres termes : « I.** portique* dont cette basilique » est entourée «ont de mon invention. Je ne doute » pas que cet édifice ne soit comparable à ceux de » l'antiquité , et qu'il ne soit mis au nombre des plus ■ grands et des plus beaux qui aient jamais été con- • struits depuis les anciens jusqu'à nous. »
Cette célèbre basilique» i5o pieds de long, sur 5<) pieds 2 pouces environ de Large. Le comble est
j de bois , en dôme , et couvert de Lames de plomb. Le plan de La salle est élevé au-dessus du rei-de-c haussée d'environ a5 pieds 10 pouces. Il est formé de voûtes , soutenue» par «les piliers placé* de tous côtés en ligne droite, de façon qu'ils répondent le* uns aux autres; ce qui auroit donné une place couverte, •i l'on n'eût pas muré les espaces vides pour y ménager des boutiques et des magasin*. Ce bâtiment n'est décoré de loges extérieure* que de trois côtés. Le quatrième tient au plais du gouverneur. Cepcn-
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> , dans ses dessins , le représente comme isole , et entouré de portiques de toutes parts.
Les deux grands côtés de la basilique donnent sur deux places. L'une des deux a son aire de (» pieds i) pouces plus basse que l'autre; et de ce côté— la, l'édilice pose sur un soubassement ou socle de composition rustique : de l'autre , il n'est élevé au-dessus du rei-de-chausséc que de trois marches ou degrés, encore en couvrit -on deux lorsqu'on répara cette place.
Palladio orna les loges inférieures d'un ordre dorique avec des colonnes de demi-relief, adossées à des pilastres : elles ont leur entablement proportionné. Les espaces compris entre ces colonnes sont partagés par d'autres colonnes , d'un ordre dorique moins élevé : elles ont leurs entre-colonnes adossées aux pilastres. Le plus petit ordre soutient l'arc formé au milieu des grands entre-colonnemens.
Les loges de dessus soul décorées d'un ordre ionique avec son piédestal , qui , régnant le long du pourtour, forme l'appui de ces mêmes loges. Entre les entre-colonnes de ce grand ionique s'élèvent des colonnes d'un plus petit ordre , sur lesquelles porte l'arc de la même manière que dans les loges inférieures. Au-dessus est une belle balustrade, ornée de statues que soutiennent des piédestaux placés entre les travées de la balustrade même ; ce qui forme tout autour de l'édifice un ornement d'un goût trèsnoble. Le corps du bâtiment est terminé par un dôme surbaissé, oui porte sur un attique de construction gothique. Ces deux parties sont telles qu'elles étoient avant la restauration.
Palladio eut de grandes difficultés à vaincre pour le raccordement de cet édifice. Le plan de la grande salle portoit sur de gros piliers qui , dans la longueur, soutenoient sept arcs , et trois dans la largeur. Le vide de ces arcs a 18 pieds et demi de large. I-e but principal et le devoir de l'architecte étoientdonc de faire en sorte que le milieu des arcs qu'il falloit
qui existoient déjà. Or, supposons que Palladio n'eût formé l'extérieur de ses loges que d'arcs seuls; en ce cas, il auroit dû placer leurs pilastres vis-^a— vis de ceux qui soutiennent la salle , et alors le vide des nouveaux arcs eût été d'une largeur qui ne lui auroit pas permis de leur donner une hauteur proportionnée. Si, au contraire, ilavoit fait ses aresd'une largeur relative à la hauteur qu'il pouvoit leur donner, les pilastres auraient été démesurément larges à proportion de leurs arcs. Enfin , s'il n'eût voulu employer que des colonnes , de quelque ordre qu'elles eussent été, en s'en tenant anx règles des entre-colonnemens, il étoit d'une impossibilité absolue de construire un extérieur convenable et adapté au corps qui existoit.
Mais Palladio trouva le moven de surmonter tous ces obstacles : il sut mettre eu œuvre cl les arcs et les entre-colonnemens, de manière que leur assemblage forme un tout qui s'i
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avec le corps de l'édifice. Il y règne une réunion d'élégance et de solidité qui peut le faire regarder comme un modèle parfait de ce genre de bâtiment , et comparable en tout aux ouvragesqu'a produits la magnificence romaine.
Ce monument s'appelle, à Vicence, il paltum
BAS-RELIEF, s. m. On appelle de ce nom, quoique assez improprement, tout ouvrage de scul|>turc dont les objets, au lieu d'élre isolés de toute part, sont adhérens a. un fond, soit qu'ils y soicut appliqués et attachés , soit qu'ils fassent partie de la matière dans laquelle a été pris ou taillé leur relief.
Relief signifie naturellement saillie. Il y a donc nécessairement beanroup de degrés de saillie ou de relief dat\» les ouvrages de ce geurc. Cependant on en distingue généralement de, trois espèces. On doone le nom de haut-relief aux ouvrages ou aux corps qui paraissent comme saillir entièrement hors du fond qui les reçoit. Le mot de demi-relief s'applique aux figures dont les corps ne saillent qu'à moitié de lenr épaisseur sur leur fond. Le bas-relief désigne le degré d'éminenec qui fait voir les ligures dans un état où elles out perdu la plus grande partie de leur saillieréel le.
Nous avons défini ces trois degrés de relief selon ce que l'emploi de ces mois auroit dû comporter si l'usage n'avoit fait prévaloir la dernière locution pour exprimer tous les ouvrages de sculpture adhérens a un foed , quelle que soit leur saillie.
Bien que cette sorte d'ouvrage , comme chacun le sait, soit particulièrement du ressort de la sculpture, néanmoins l'usage si fréquent et si varié que l'architecture est obligée d'en faire ne saurait nous permettre de regarder ce mot comme étranger à la nomenclature de notre Dictionnaire. L'architecte, sans doute, amoinsbesoinque le sculpteurdeconnoitrepar ta pratique les détails de goût et d'exécution de cette partie de l'art, mais leur théorie ne saurait lui être indifférente : il eu a besoin pour diriger l'emploi qu'il en fera, et pour guider le sculpteur dans l'accord et les convenances de ses compositions avec la nature des lieux et le style de l'édifice qui doivent les recevoir.
SBCrMM I". — Du bas-relief antique.
Nous n'entrerons pas ici dans les dévelnppemens de l'origine^du bat-relief. Né très-probablement de la délinéation . il reçut Pêtrc du besoin que l'on rut de tracer plus profondément et d'une manière plus durable, sur la pierre des édifices, les trait» de l'écriture symliotique des premiers temps.
Sous ce rapport, les monumens de l'Egvpte nous imliquent ce qu'il y a de plus probable à l'égard de* degrés qu'aurait pu parcourir l'art de tracer sur la pierre les figures, selon qu'elles se rapproelioient plu* de la simple écriture ou du relief de la sculpture. On V voit que ce qu'on appelle hiéroglyphe* sYxécu-
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toit tur la | àcrro des monument , de trois manières. La première consistoit dan» le contour des objets simplement creusés, sans aucune superficie relevée ou saillante. La secoude nous fait voir un commencement de bat-relief; la figure s'y relève en bosse dans son contour; mais cette saillie intérieure est I moindre que celle du contour. On en voit beaucoup j de ce genre sur les obélisques. La sans doute est bien l'avant-coureur du has-relief. On ne dira point ici quelles furent les raisons qui en multiplièrent les exemples, (fojez Hiéroglyphes.) Mais la troisième mauière devoit bientôt naître des deux précédentes. C'est , comme on le voit sans qu'il soit nécessaire de s'y arrêter, celle où le relief de la figure se trouve tout-à-fait dégagé de la pierre qui environnoit son contour. Voilà le bas -relief tel que nous l'en te n— dons et tel que l'ont pratiqué tous les |>euples.
Ainsi, quoique presque tous aient méconnu l'écriture hiéroglyphique proprement dite, cependant presque tous ceux qui ont appliqué la sculpture aux édifices et à beaucoup d'autres objets , l'ont véritablement envisagée, dans le bas-relief, plutôt comme inscription que comme urcoralion , ou loul an moins comme devant en remplir la double condition.
Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire que les Grecs des premiers temps aient eu besoin d'apprendre des Lgvptiens et de leur emprunter un mode d'écrit n; i' figurative , que partout un instinct commun à tous les peuples a fait apjiliqucr anx premiers ouvrages de l'art de bâtir. Le bas-relief en Grec* ne fut donc pas une tradition des hiéroglyphes égyptiens. Ceux-ci étoient véritablement des lettres , des caractère* tenant lieu des lettresalphabétiques, qui rerevoient un sens de leur assemblage. Les bas-reliefs «voient une signification bien autrement restreinte. Ils parloicut aux yeux plus qu'à l'esprit, et leur* images ne pouvoient que ra|>peler un petit nombre d'klees , ou retracer la mémoire de quelques faits.
C'est donc uniquement dans un sens plus ou moins métaphorique qu'il est permis et que nous nous "permettons d'appeler le bas- relief de» Grec*, de* Etrusques, des Romains, une éerilure figuratif.
Sait» nous livrer ici à plus de recherches , notre objet unique étant de déterminer l'origine et la nature essentielle de l'art du bas-relief dans «es rapports avec les édifices, nous ne pouvons nous empêcher d'en discerner deux âges très-distincts, et qui constituent deux styles de ce genre de sculpture chez les Grecs.
Dans le premier de ces styles, les ligures y ont à la vérité aussi peu d'action et de mouvement que les signes hiéroglyphiques. La raideur de leur position, la monotonie de leurs attitudes, le manque d'expression dans leur ensemble : tout porte à croire que ces ligures n'étoient généralement que des signes consacré* par les opinions religieuses , plus encore que par des motifs politiques. Ou doit certainement ranger dans cette classe un fort grand nombre de bas-reliefs antérieurs à tout principe et à toute vérité d'imiU-
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lion , qu'on a trop souvent et avec trop peu de raipies assez connus de ce style le* figures en terre cuite de la frise d'un 'difice dont on a retrouvé les fondemens près de f^eliternum (\elletri }. La sculpture en est très-grossière. Chaque figure y est isolée , et sans aucun rapport d'action ou d'intention avec celle qui la précède ou qui la suit.
Cependant le bas-relief devoit éprouver en Grèce un sort différent des hiéroglyphes de l'Egypte. Dans ce dernier pays , les figure* étant , à proprement parler, de* caractères d'écriture, l'art n'eut pas la liberté d'en modifier les formes et le* contour». Chez les Grec* , le* figures du bas-relief pouvoient toujours redire aux yeux et à l'esprit ou les mêmes faits, ou les mêmes souvenirs, et répéter les images des mêmes actions , de* mêmes personnage* , quoique avec de meilleures proportions et un style de dessin plu* approchant de la nature.
Ajoutons à ceci que le* choses de la religion et tout ce qui se rapporte à se* croyances, à «es emblèmes, à ses institutions, à ses personnages mystiques, ne se trouva point en Grèce soumis i l'empire d'une surveillance sacerdotale chargée de veiller à la conservation de types consacrés, et dont le moindre changement aurait pu altérer on même détruire le culte. Dès -lors nous vovons comment ce que non* avons appelé l'écriture figurative des Grecs, ou sa sculpture primitive en bas-relief, put sortir par degrés des entraves d'un instinct grossier ; mais ce changement dépendoit aussi des causes qui dévoient émanciper l'imitation dans tous les genres.
Effectivement, U méthode de représenter dan» le bas- relief le* personnage* isolés, se conserva trèslong-temps. Un grand nombre d'objets, teks que vases , autels , piédestaux , frises , q u'on oruoit de figures, dut [ier(ietucr cette manière opposée à l'esprit de la composition , manière que les moderne* appellent style île procession. On diroil que l'art de réunir le* figures ensemble ou de le* grouper auroit été une découverte lente et pcuiblc ; on le diroit , a voir une multitude d'ouvrage* où la connoissanec de* bellca formes et de* belle» proportions est portée trèsloin, et où les ligures qui devraient coopérer par leur réunion à une même action sout toutefois placées à la file les unes des autres , et assujetties . comme les lettres ou les phrases du discours , à un ordre successif, c'est-à-dire l'opposé de ce qu'au appelle composition. Nous ne citerons pas d'exemple de ce genre, taut ils sont nombreux et connus ; nous nous contenterons d'en donner deux taisons fort simple*. L'une se tire évidemment de l'usage qu'on faisoit exclusivement des bas-reliefs dans les travaux de rarchitecture , où dans la vérité ils ne figuraient qu'a la manière des autres ornemens, bien loin d'avoir, comme l'ont pratiqué les modernes, des emplois isolés à la façon de* tableaux. La seconde raison, sur laquelle on reviendra, est que la sculpture ayant
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précédé la peinture (surtout dans l«s édifices), loin qu'elle eût alors reçu de sa rivale des leçons de composition , dut peraévérer dans le strie qui rappcloit l'idée simple d'inscription figurative.
Le second style de l'art du bas-relief en Grèce est celui où les figures, liées entre elles par un ensemble
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de composition et par uu concourent à exprimer une action , un sujet où chaque personnage est censé prendre part. Le sculpteur y parvint en multipliant ce qu'on appelle les plans, ou les différences de saillie que l'art permet de donner aux figures , dont les unes se détachent sur les autres. Il est sensible que ce perfectionnement du bas-relief 'aura été dû aux ouvrages de la peinture. Mais celle-ci , loin d'avoir précédé la sculpture en Grèce , parait être restée long -temps en arrière , et les documens de l'histoire nous font voir que les pre-
des procédés de la sculpture en bas- relief, plutôt que lui servir de modèle et de leçon. La sculpture, dit Winckelmann, comme étant la sœur aînée, amena et introduisit sa cadette dans le moede.
Ce progrès tardif de l'art du bas-relief parait donc devoir être attribué a la lenteur du développement de la peinture. Dès que le peintre, usant des ressources de la perspective et de la dégradation des teintes , eut fait voir des figures les unes sur les autres et placées en profondeur, c'est-à-dire sur des plans distincts, la sculpture comprit qu'elle pouvoit faire, jusqu'à un certain point, en réalité, sur les fonds de ses figures, ce que la peinture faisoit en apparence. Dès- lors les bas-reliefs acquirent la multiplicité des plans , et rivalisèrent sur ce point avec le* tableaux; ils acquirent, par l'effet de la composition et par des dégradations de saillie en raison de IVloigneinent du plan , la faculté de grouper les personnages et de les faire participer à une action commune.
Toutefois, si le bas-relief sut profiter de ces nouvelles ressources, il sut aussi connoitre le point auquel il devoit s'arrêter ; il sut agrandir son domaine et étendre son pouvoir sans usurper ce qui ne devoit pas lui appartenir ; il sut enfin réaliser des compositions et développer des actions en imitant la peinture, mais sans tomber dans le pittoresque. Un ne voit pas en effet que jamais la sculpture antique , dans les compositions dout on parle , ait multiplié ses plans au-delà de trois, et visé à une illusion qui, pour être portée trop loin, détruirait sa matérielle ucuon.
On citerait ici plus d'une preuve de cette retenue, dans les plus beaux bas- reliefs antiques, tels que ceux de la frise du Parthénon, ceux de l'arc de Titus , ceux de l'arc de T rai an , transportés à l'arc de Constantin. C'est là, et dans de semblables morceaux de* beaux temps de l'art, qu'il faut se faire une juste idée du système des anciens dans le basrelief; c'est là qu'on le voit subordonné au rôle qu'il doit jouer dans son application aux édifices, et à beau-
coupd'autres objets dont le simple bon sens veut que le sculpteur respecte le fond ; c'est là qu'on voit l'artiste développer ses compositions en se gardant d'établir sur ce fond ou une surabondance de figures qui le dérolieroit à la vue , ou une multiplicité de plans et
Ici nous crayons devoir traiter la question, si I temps et si mal soutenue, de l'emploi de la tive dans le* bas-relirft de l'architecture, et i faut reproché sur ce point aux anciens.
On doit commencer par avouer que l'on ne reconnoit, dans presque aucun des bas-reliefs au tiques parvenus, et en très-grand nombre , j usqu'a nous, aucnn témoignage qui puisse y dé|ioser, soit d'une application régulière de la perspective , soit de la connoissance pratique de ses règles. Ce n'est pas qu'on doive conclure du manque de perspective dans les fonds de* bas-reliefs, ou dans quelques badinagesde l'arabesque en peinture, qu'une science dont très-anciennement Agatarchus avoit fait un traité, ait été inconnue aux anciens. {Voyez Perspective.) Encore moin* pourrai t-Mu se persuader que les élémens si simples de cette science, dans leur application aux arts du dessin, aient été étrangers à un des pins grands architectes de l'antiquité, au célèbre Apollodore, l'auleur de la colonne Trajane, monument le plus magnifique qui nous soit parvenu de* anciens , et que nous prendrons pour sujet de cette discussion , parce qu'U a toujours été le principal point d'attaque des censeurs modernes de l'art antique en ce genre. Comment se persuader, en effet, que le manqnede perspective dans l'exécution des bas-reliefs de cette colonne doue s'imputer à l'ignorance de celui qui la dirigea , lorsque le tout ensemble de l'ouvrage dénote la plus grande intelligence d'effet et d'harmonie dans les parties de sa composition et de son exécution.
Disons-le, ces erreurs tant reprochées à la série en spirale des bas-reliefs de la colonne Trajane, loin de porter le caractère d'une faute d'ignorance , dénotent au contraire l'effet de ce qu'il faudrait appeler une faute savante. Cette observance de plans renfoncés et de lignes fuyantr* , que l'on peut appliquer à des ouvrages places sous les yeux du spectateur, fût devenue une méprise, et l'on peut dire un contresens, dans des compositions placées à une si grande distance de la vue. C'est, au contraire, à ce | défaut de diminution de saillie, et à ce i fuyant dans les lignes des batimens et de ■ meut dans les arrière-plans , que l'on doit de pouvoir suivre fort distinctement jusque dans les cieux, si l'on peut dire, où la main de l'art parvint à les rendre encore luibles, les exploits de l'empereur Trajan. les figure* des bas-reliefs dans cette colonne augmentent de saillie et de grandeur à mesure qu'elles s'élèvent en hauteur, ponr que le spectateur puisse et en jouir; si la dégradation dans les et dans leur saillie n'y est qu'il
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(alternent exprimée , soit pour ne pas effacer a la vue celles du fond, soit pour ne pas altérer par l'inégalité des fonds le galbe de la colonne ; si les accessoires et les lignes des édilices représentés dans ces compositions n'y suivent point les errelncns de la perspective qui les eût rendus invisibles, qu'en doit- on conclure? Ou qu'il seroit heureux que l'ignorance eût produit d'aussi utiles erreurs, ou , plus probablement, que l'architecte, tout en connoissant les lois de la perspective, en auroit jugé l'observation non-seulement inutile, mais encore nuisible au but principal de ce grand ouvrage.
Généralement, pour apprécier l'esprit et le système de la sculpture antique dans le bas -relief, il faut se rendre compte de l'emploi qu'elle en fit , et surtout discerner à quels objets on l'appliqua.
Nous ne voyons pas que jamais le bas-relief, rival de la peinture, ail joue chez les anciens, comme on l'a vu chez les modernes, un rôle indépendant des sujétions de l'architecture , ou qu'il ait jamais aspiré à simuler une apparence de tableaux. Toujours lié aux conceptions d'un autre art , ce n'est que dans les monumens de cet art qu'il faut le considérer, et par rapport a eux qu'on doit le juger. Soit que sur de grands édilices il déploie à leur gré toutes ses ressources, comme dans les frontons des temples ou les couronnemens des arcs de triomphe; soit qu'il orne l'étroite superlîcie d'une frise, ou qu'il se resserre \ l'espace d'une métope ; soit que, admis sur les i, les tombeaux, les autels, les piédestaux , il en les contours ou en eiplique l'emploi : toujours on le voit se subordouuer comme accessoire à la (orme principale qu'il doit orner, sans jamais la dénaturer On voit dès-lors comment la première sujétion qui lui est im|iosée est de laisser toujours apparente et sensible la superficie «lu fond qui doit serv ir en quelque sorte de page à son écriture.
Le sculpteur étant soumis daus le relief de ses compositions, d'une part à l'épaisseur du bossage qui lui éloit laissé par la pierre, de l'autre au niveau d'un fond qu'il lui étoit défendu d'outrepasser, on voit comment, obligé d'ailleurs de faire ses figures assez relevées pour les rendre visibles d'une assez grande distance, jamais il ne dut éprouver le besoin des dégradations commandées par la peispective entre les differens plans. Dès-lors on comprend comment l'artiste en lias-relief , non-seulement n'usa point des procédés de l'optique, mais même n'eut, en quelque sorte, aucun lu-soin de 1rs connoitre. '
Le comble du ridicule auroit été, pour revenir à Trajane , d'y admettre , si cela eût été
r, .«--» i-»™ de renfoncement qui auroient détruit , sinon dans la réalité «lu fait, au moins pour la vne, l'idée de continuité, d'intégrité, que doit présenter le fût d'une colonne. On doit en dire autant des antres parties des édifices, de tous leurs membres, des murs même, dans lesquels il est essentiel dq ne pas affoibur l'idée de solidité par des per-
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ces illusoires si l'on veut , mai qu'ils paroissent réels.
Mais le système du bas-relief chez les anciens et l'absence des effets de la perspective tinrent encore aux rapports sous lesquels, comme on l'a déjà donné à entendre, ib envisagèrent le plus souvent ce genre de sculpture dans leurs édilices.
Quoique jamais , ainsi qu'on l'a dit , les figures des bas-reliefs dans l'architecture grecque n'aient été, comme en Egypte, les caractères conventionnels d'une écriture figurée, cependant on ne peut pas y méconnoitre la propriété qu'ils eurent d'être les dépositaires de toutes sortes d'opinions religieuses , de tradition» chronologiques et de faits historiques. Si dès les premiers temps le bas-relief, sans être de l'hiéroglyphe , fut destiné à rappeler par des figures isolées les souvenirs soit d'idées mystiques , soit de personnages mythologiques, soit d'é tiques, et si, dans cet état, on a pu œuvres aux caractères de récriture, il est qu'au point où nous venons de le voir parvenu, on fut tenu d'agrandir et ses emplois, et l'opinion qu'on en conçut.
Le bas-relief, en cet état , pot assimiler ses ouvrages à ceux de l'histoire. Si dans son enfantée il dut se contenter de faire lire un sujet dans des signes abréf iatifs , arrivé à son développement , il le fit ' dans une image plus ou moins étendue, mais qui cessa pourtant jamais de tenir au principe orig de l'écriture.
lions ou les sujets de bas-relief retracés à l'esprit se ranger pour les yeux, comme dans les lignes paralli-les de l'écriture. On en citera comme exemple fort connu les bas-reliefs des parties latérale» du beau piédestal de Monte Citorio à Rome, et cet exemple uotts dit qu'on ne sauroit attribuer une semblable disixisition à l'ignorance, puisque la face principale de ce pirtfestal nous offre un des plus parfaits ouvrages de l'art antique.
Dans de pareils ouvrages, le sculpteur 1 I» liage entre ce qu'il devoit à son art et l'emploi historique en exigeoit , devoit regarder i compositions sous un double rapport. Il devoit songer à instruire , en parlant aux veux un langage qu'ils pussent comprendre, avant de chercher à leur plaire par des combinaisons qui auroient fait trop de diversion à l'objet essentiel.
Ce système, en vertu duqnel la composition de basrelief]^ être considérée comme l'abrégé d'un récit historique , fut incontestablement celui qu'une sorte
«l'instinct d'aliord, et par suite l'usage, I dans la décoration des monumens de l'architecturei On ne sauroit donc y regarder le manque de perspective comme l'imperfection d'une routine ignorante, mais comme le résultat raisonne d'un
1 systématique et invariable de l'art antique. De là dut arriver que les sculpteurs les pins ha-
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biles, n'éprouvant point le besoin d'appliquer à leurs compositions les lois de la perspective, traitèrent de la même manière , et les bas-reliefs auxquels ces lois etoient inapplicables, et ceux qui auroient pu y être soumis sans de grands inconvéniens. Le style dominant, et dans le plus grand nombre des ouvrages, et dans les plus considérables, lit la loi aux autres.
Toutefois , la critique du goût doit encore distinguer entre les ouvrages antiques ceux qui portent, par la nature de leur destination , le caractère évident d'un système nécessaire et raisonné , d'avec ceux où les bas siècles de la sculpture et l'ignorance de toute vérité iiuitative, ont multiplié tous les genres •le défaut et ont exagéré jusqu'au ridicule le mépris de toute convenance, dans l'accumulatiou de figures sans ordre et d'accessoires s'entre-détrui- ; par une confusion extravagante. On voit que je parler de ce grand nombre de devantures de sarcophages du bas -empire, monumens aldtardis sous la main ignorante ou mercenaire d'affranchis ou d'esclaves, qui s'approprièrent exclusivement cette espère de manufacture routinière de tombes sépulcrales.
Mous avons cherché a établir qne le bas-relief antique, appliqué exclusivement a faire partie intégrante des monumens, ou autres objets architcclolié intimement à leurs besoins et à leurs con- I, ne joua jamais, dans l'antiquité, le rôle ouvrage indépendant et isolé, de la manière dont on peut considérer, soit une statue, soit un tableau. Mous avons montré qu'il fut toujours considéré, tantôt dans ses signes, comme équivalent ou supplément d'inscriptions, tantôt dans ses emblèmes, comme interprète du langage de l'allégorie religieuse, tantôt dans ses compositions, comme historien, bien qu'en abrégé, d'évènemens, d'actions, de faits mé- " s; mais, dans tous ces emplois , toujours subau rôle que l'architecture lui |>ermit de
à faire voir que le ban-relief renaist , dans les temps modernes , avec les autres arts , des circonstances fort différentes, et émanant d'un principe opposé à celui des temps anciensi , devoit se produire avec un autre caractère, et plus indépeni sujétions de l'architecture , se constituer uu : à part , en se jetant dans des routes incou- I à l'antiquité.