BUC
chaussée sont , il est vrai , remplies par de trea-beaux chambranles dont on admire le» profils et la pureté. On désirerait qu'une ainsi grande masse eût reçu un couronnement digne d'elle ; mais Brunetescki n'en conduisit l'élévation que jusqu'au second étage. Ce fut Ammanati qui l'acheva , ainsi que l'intérieur de la mur , dont les dessius originaux s'étoient perdus. {forez Ammanati.)
Brunrlctilii forma plusieurs élè\cs, parmi lesquels ou compte plus d'un homme habile qui se contenta d'exécuter les projets du maître et de travailler sous ses ordres. Tel fut Uuca Fancelli , employé à la construction du palais Pitti. Mais le plus célèbre de ses disciples fut Micheloxzo, qui marcha sur ses traces et continua sa manière. On cite encore Antoine Manetti , et Bugiano, qui fit le buste en marbre qu'où voit aujourd'hui placé sur le tombeau de son maitre.
Bruneleschi mourut âgé de soixante-neuf ans , le l(i avril l444- Quoique la sépulture de sa famille fût dans l'église de Saint-Mire, son corps fut inhumé dans celle de Sainte-Maric-dcs-Flcurs, où on lit sur sa tombe les iuscriptious suivantes :
Quantum Philippin arabîtrcliu «rte UMh Talnerit Cl Ql bujua celebcrnmi lempti mira traludo, tum plnrea aliasdivino ingtnioabeoau'invenla nacbinadocumcDlo inc potiuat. QuapropUr ab nimiu Mi anitni dnlca ain;ularraqw nrlolciXA kal.maiu anna X.tcoc. Ilir cjnt B. N. corpua in bac humo labpoaiU graU patrU arprliri joaail.
PH1LIPP0 BRI NELESCO
»3mW0M ABCMITECTIII.*. INSTAIBATORI
S. P. Q. F. cm slo ■K.I&MEBEKTt.
Jean-Baptiste Stioîzi y grava le quatrain suivant :
Tal aotirà aajao i»*o Di giro in giro tteinanrnit 10 utrirai
Cbe CCI |w»»o p«»»o Alto giramlu al ci«l roi rioomluoi.
BRUT, adj. Nom général qu'on donne à toute matière qui n'est point dégrossie , comme à la pierre et au marbre quand ils sortent de la carrière.
BUAN DERIE , s. f. C'est un local placé au re*dc-chausséc dans une maison de communauté ou de campagne, avec un fourneau et des cuvient pour faire la lessive. On donne aussi ce nom a un bâtiment construit pour cet emploi , et qui doit réunir en plus grand uombre tout ce qui est nécessaire pour faire la lessive. ( Voyez Lavoir.)
BUCHER , s. m. Local obscur d'un étage souterrain ou d'un rex-de-chauasée, qu'on destine, dans les maisons, à renfermer les provisions de bois. On donne aussi ce nom aux hangars qui servent au même usage. 1-es bûchers, dans les palais des princes, s'appellent
BUC a45
Boche*. C'était, che* les anciens, un espace entouré de murs, servant à brûler les corps des personnes trop pauvres pour qu'on pût leur faire la dispense d'uu bûeher particulier. On en a découvert un dans les fouilles de Pompeï. Ce lieu s'appeloit ustrinum , du verbe urere , brûler. [Voyez l STBixrM.)
Bltcnta. Monument de décoration ou d'architecture temporaire , qui doit avoir servi de modèle ou de Hpe aux grands tombeaux construits ou mausolées des Grecs et des Romains. ( Voytz Mausolée.)
BUCRANE. {Bucranium, t**p~.) Signifie tète de bœuf.
On a , depuis quelques années , donné ce nom à des létes décharnées de bœuf, ou d'autre animal, dont la sculpture a singulièrement multiplié les imitations dans l'antiquité, surtout comme ornemens des frises et d'autres parties des édifices, des autels, etc.
L'origine de cet ornement n'a liesoin d'aucune recherche, et son emploi n'exige de la critique du goût que fort peu d'observations. Sans aucuu doute, on
sacrés, les restes des victimes immolées; et les crânes des victimes, après avoir été disséqués, furent attachés anx mure, aux portes et à d'autres objets relatifs aux sacrifices.
C'est encore là (comme on le verra aa mot ornement) une de ces pratiques originaires de l'instinct iniitatîf qui ciéa l'architecture grecque.
Les bucranrs , et sous ce nom nous comprenons les tètes d'autres animaux qu'on sacrifioit , se retrouvent sur un nombre infini de monumens antiques. On les voit dans les frises des temples, comme à celui de la Fortune virile à Rome ; on les voit dans les frises des tombeaux, comme au monument de Cccilia Metella , qui a pris de cet ornement le nom vulgaire de Capodi Bove; on les voit autour des autels, comme a celui de Cora, et a une multitude d'autres qu'il serait inutile de citer.
Le bucrane reçoit de la diversité des frises où on l'introduit la variété des ornemens qui l'accompagnent. Dans la frise dorique , où il occupe l'étroit espace de la métope , ses seuls accessoires sont les bandelettes ou infulœ dont on omoit les tètes des victimes à immoler. Elles sont ajustées par l'art, de la même manière qu'on le pratiquoit en réalité sur la téte des animaux. Ainsi les voyons-nous dans un beau bas-relief du recueil de Pietro Santi Bartoli, où deux virtiniaircs conduisent un taureau au sacrifice; on v voit que Vinfula forme sur le crâne de l'animal une espèce de guirlande dont les deux l>outs, passant par derrière les cornes, tombent de chaque coté de la tète, qu'ils accompaguent.
Dans les frises continues, telles que celles de l'ordre ionique, de l'ordre corinthien, Les bucranes sont accompagnés de guirlandes de (leurs ou de fruits, attachées par des rubans ou bandelettes aux cornes de I l'animal. Le temple de la Fortune virile, a Rome
a46 BIF
nous fait voir dans sa frise le* guirlandes dont on parle, soutenue* alternativement par un bucrane et par un génie ailé , en sorte que c haque génie occupe le milieu de la colonne, et chaque bucrane le point milieu de l'entre— colounemcnt. Quelquefois ce sont des pnteres qui entreut dans cet ordre alternatif; d'autres fois, les palrres n'occupent que l'espace produit par la courbure de la guirlande, comme a la frise du tomheau de Mctclla.
Pareille composition et pareils accessoires s'appliquèrent à l'ornement des autels, où le bucrane figura très-souvent. Les seules variétés qu'on y remarque consistèrent dans le plus ou le moins de saillie que la sculpture donna à ces ohjets : tantôt le bucrane y est figuré extrêmement aplati ; tantôt l'artiste lui a donné toute sa saillie naturelle, avec l'évidement que l'original comporte.
On voit que , de tous les détails qui entrèrent dans le système d'ornement de l'antique architecture, il n'en est point dont l'allusion soit plus claire, dont l'emploi soit plus significatif. Quelque hideux et repoussant que puisse proitre l'original d'un se mblable stinhole, il lui est arrive de se perpétuer dans ses imitations , grâce d'abord au souvenir religieux , qui détourna les esprits du signe matériel en les portant vers l'idée morale de l'objet ; grâce ensuite au privilège qu'a l'imitation, en sculpture surtout, de corriger ce que la réalité de beaucoup d'objets au naturel peut avoir de rebutant.
Il doit toutefois résulter de cette courte théorie, que ce genre d'ornement ne saurait , comme il est arrivé ï beaucoup d'autres, être employé indifféremment par les modernes, et encore à toutes sortes d'edilici s.
Si jamais on pnuvoit parvenir a rendre un compte vrai de la signification de tous les détail* d'ornement chez les anciens, et a donner quelques règles de convenance aux emplois que les modernes |ieuvcut en faire , en les regardant comme les signes hiéroglyphiques d'idées et d'usages qui, en parlant aux yeux, doivent aussi s'adresser a l'esprit , il est probable que le bucrane ne trouveroit que bien rarement place dans les édifices modernes ; il est plus vraisemblable encore qu'on ne le verroit plus figurer dans les triglvphes de la frise dorique d'un palais, comme l'a fait de Brosse à celui du Luxembourg.
BUFFET, s. m. C'est, dans les usage» domestiques, ou une pièce séparée près d'une salle a manger, et qui sert à renfermer toutes les choses utiles au service de la table ; ou encore une espèce d'armoire placée tantôt dans la salle à manger, tantôt dans le vestibule qui la précède, et qui sert au même usage.
Les cendres du Vésuve ont conservé dans la ville de Pompei une espèr. i, buffet qui fut trouvé- garni encore de plusieurs des ustensiles qu'on y plaçoit II étoit adosté a un pan de mur, et il avoit deux tablettes l'une au-dessus de l'autre , destinée* à rece-
voir des plats, des vases, etc. Son pied étoit fait d'une espèce de peperino, et supportait une table de marbre ayant ses bords en vert antique ; les tablettes étaient aussi recouvertes de marbre.
ISur un grand bas -relief de la villa Alhani, à Bouc, et qni a été détaché d'un tombeau antique, ï on voit un ouffet , si ce n'est pas plutôt un gardemanger, renfermant des animaux éventres et pendus à des crochets , avec plusieurs autres provisions de bouche. Le recueil des peintures d'Hcrculauum nous offre l'image d'un semblable buffet.
Dans les usages modernes et che* les grands, le buffet consiste en une grande table a gradins, en manière de crédence, où l'on dresse les vases, le* bassins, les cristaux, autant pour le service de la table que comme objets de parade et de magnificence. Le buffet , que les Italiens nomment crédence, est ordinairement chez eux dans le grand salon, et renfermé dans une balustrade d'appui.
BUFFET D'OBGIE. (fàr« Ohoce.)
Bl LLAIST (Jus) vivoit en i5$a et i573. L'histoire de cet artiste ne peut être que celle de ses ouvrages. Ou cherclieroit en vain quelques renseignemeus relatifs à sa vie et à sa personne; ce n'est que par les dates de ses monumens qu'on peut évaluer approximativement l'espace de temps qui put séparer l'époque de sa naissance de celle de sa mort. I ne sorte de fatalité a fait disparaître encore le plus grand nombre des ouvrages sur lesquels aurait dù se fonder de plus en plus sa réputation.
Nous ne trouvons plusqu'un seul témoin du grand palais que BullantwoA bâti |»ur Catherine de Médicis : c'est cette colonne monumentale si malheureusement engagée dans le mur circulaire de la nouvelle halle au bled de Paris, et dont on fera plus bas une nouvelle mention. Tout le reste du palais, connu d'abord sous le nom d'hôtel de la Beinc, et puis d'hôtel Soissons, a disparu pour faire place aux constructions de la halle et des maisons environnantes. A ]M-ine subsiste-t-il quelque souvenir de cette grande production de notre architecte, qui offrait un vaste assemblage de bâtimens et de jardins , et le plus grand palais de cette ville après celui du Louvre.
L'architecture, comme les faits le prouvent , n'est point l'art le moins propre à |ierpétucr la gloire des nations et la mémoire de leur génie; mais les peuples ne devront cet cffetqu'aux soins qu'ils prendront et de la construction et de la consei"vation de leurs monumens. Il y a des temps où les hommes sont entraînés par un cours tout différent d'idées et d'usages. Lorsqu'un certain esprit de commerce, qui ne vit que de changemens dans les choses usuelles de la vie, vient à s'appliquer aux ouvrages des beaux-arts, il n'y a plus d'estime que pour le nouveau, et le mépris devient le partage de tout ce qui est ancien. J'ai été conduit à ces réflexions en voulant parler de la colonne prétendue astrologique de B allant , épar-
gnée dans la faitoit au des Lue
e l'hôtel Soissont , et qui imiicus de ce palais qui n'est plus, populaire veut qu'où la considère unent de la superstition de Catherine de Médicis , qui l'auroit fait construire après la mort de Henri 11 pour satisfaire son penchant à l'astrologie. Quoi qu'il en soit , le monument, sous le rapport de l'architecture, ne fut en plus petit, et à la sculpture près, qu'une imitation assez régulière des grandes colonnes monumentales de l'antiquité.
Sa hauteur est de 1 2 toises , en y comprenant le piédestal et le chapiteau. Son diamètre inférieur est de 8 pieds (j pouces et demi , et le supérieur a 8 pieds 2 pouces, t-n escalier en spirale conduit à son sommet, c'est-à-dire sur le tailloir du chapiteau, que nous regardons comme dorique. Son fût est orné de dixhuit cannelures remplies d'espace en espace par des couronnes, des fleurs de lis, des cornes d'aboudanec , etc. Le chiffre qui se conqiose d'un 11 et d'un D, avec un croissant symbole de Diane, est là comme l'emblème de Diane de Poitiers, maîtresse de Henri II, et que oc roi fit graver sur tous les monumens élevés sous sou règue. Engagée aujourd'hui dans l'enceinte extérieure et circulaire de la halle au bled , la tète seule de la colonne reçoit les regards du soleil. On y a ajusté un cadran solaire, et son pié-
celle qui donne sur le jardin. Aussi est-ce là que l'œil du connoisseur croit reconnoitre plus de traces et de
De plus notables changement attendoient un autre monument de Buttant : je veux parler du château des Tuileries , dont il jeta les premiers fondemens de concert avec Philibert Delormc. Il règne quelque coulusiou daus la part que chacun d'eux peut prétendre séparément à ce grand ouvrage. Ce qu'on sait, c'est que ces architectes, protégés tous deux par Catherine de IMédicis qui les y employa, avuieut conçu le projet d'un palais bien plus étendu que n'est celui qu'on voit aujourd'hui , malgré les augmentations qu'il a reçues par la suite des temps. D'anciens plans que Ducerccau nous a conservés font voir qu'il étoit accompagné de cours latérales, de vastes écuries, et d'antres corps accessoires fort nombreux. Le travail de Buttant et de ton associé s'étoit borné au gros pavillon du milieu , aux deux ailes contigués et aux pavillons qui viennent ensuite chacun de chaque coté. On sait que les deux lougs corps de bâtiment qui suivent , et qui toujours sur la même ligne sont flanqués chacun d'un grand pavillon qui termine à chaque extrémité la grande façade actuelle, on sait, dis-je, qu'ils furent l'ouvrage de Ducerccau. Mais la reiuc avoit précédemment abandonné cette construction , pour bâtir le palais dont on a parlé.
L'histoire du château des Tuileries et de tous les changement qu'il a éprouvés seroit aujourd'hui fort difficile à faire, et ne sauroit trouver place ici. 11 suffit à l'objet qui nous occupe de pouyoir y faire encore saisir quelques traditions et des restes authentiques de l'architecture de Buttant. La façade sur la I a subi moins de modifications que
tères distinctifs du goût qui fut celui de l'âge où Buttant. H n'en reste au grand pavillon du milieu , sur le jardin , que l'ordre inférieur. Ou croit devoir attribuer à notre architecte l'ordonnance ionique des deux pavillons conqxMés de deux rangs, l'un sur l'autre, de colonnes ioniques et corin-
thiennes.
L'n monument moins considéraLlc de cet architecte n'a pas éprouvé de moindres vicissitudes. Je veux parler de l'hùlcl de Carnavalet, dont la ornée des sculptures {le Jean Goujon, offre le caractère du style précieux quoique un peu maigre qui fut celui de cette époque de l'art. Le reste du palais , ouvrage d'un autre temps , ne nous présentant rien que Builant puisse réclamer, nous allons passer à uu grand édifice dont il ne partagea l'honneur avec aucuu autre, et que le temps nous a transmis dans presque toute son intégrité.
C'est à Ecoucn qu'on peut bien apprécier le talent et le mérite de Buttant, surtout si l'on considère l'état de l'architecture en France à l'époque où il construisit ce vaste château. On y voit effectivement que le goût appelé gothique ne s'étoit pas encore tout-à-fait retiré des habitudes de l'art de bâtir.
Le gothique s'y fait remarquer d'abord au genre de la construction , formée, eu dedans comme au dehors , de ces petites pierres dont se compose presque toujours l'appareil des bâtimens du moyen âge. On doit l'y reconnoitre à la grandeur des fenêtres, à la hauteur des combles, deux caractères dont l'empreinte s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans plusieurs de nos édifices. Ou l'y reconnoît encore à ces tourelles qui accompagnent les pavillons dont se trouvent flanqués les quatre corps de Intiment qui composent la cour. On l'y reconnoît , enfin , à certains détails d'ornement plus que capricieux, dont les fenêtres du second étage sont chargées, et à un certain goût de maigreur et de sécheresse répandu dans l'exécution de cette architecture.
D'autre part, le genre antique s'y fait aisément discerner, à la régularité d'ordonnance et de proportions que présente l'extérieur, et surtout l'intérieur du château ; à l'emploi des ordres appliqués tantôt en pilastres aux chambranles des feuètres, tantôt en colonnes isolées aux différent avant-corps dont on parlera plus bas; au bon goût et à la pureté de leurs profils, à l'élégance enfin de beaucoup de parties d'ornement distribués avec choix et exécutés avec finesse, tur des portes, autour des niches, et dans In membres de l'architecture.
C'est surtout à la partie intérieure ou à la grande cour du château que l'architecte attache ses regards.
Son élévation se compose d'uu rez-de-chaussée . d'un premier étage et d'un second , qui , pris aux dépens du comble , fait voir combien est ancienne en France la pratique de ces fenêtres qui n'ont de i
deroe que le nom de mansarde. Le» deux principaux étages sont percé» de grandes fenêtres dont le» chambranle» sont découpés par des refcuds, sur lesquels se détachent des pilastres d'une forme assez bâtarde , et qui régnent ainsi avec beaucoup d'uniformité dans tout l'étage. Celui du comble a ses croisées ornées de la même manière.
Mais ce qui , dans l'élévation de cette cour, mérite uue distinction toute particulière, se rapporte aux ordres qui décorent le» avant-cor|»s dont on a déjà fait mention. Celui de l'entrée, composé de quatre colonnes doriques élevées sur des piédestaux isolé» qui ont un soubassement commun et continu , et surmontées d'un second ordre «le colonnes ioniques, ne manque ni d élégance, ni de correction dans son style et ses détails.
Mais on admire davantage les deux avant-corps qui servent de milieu aux deux grands cotés de la cour. Le premier est formé de deux ordres l'un audessus de l'antre, qui sont le dorique cl le corinthien ; le second , plus grandiose , n'offre qu'un seul ordre de quatre grandes colonnes corinthienne* dont la hauteur est égale à celle du bâtiment , et qui font un fort beau péristyle. L'entre-colonnement du milieu, plus large que les deux autres, s'ouvre ainsi
rir iutioduire à l'escalier qui abouti! .1 cet endroit, dessous de ce péristyle a des pilastre» correspondant aux colonnes. Chacun des entre-pilastres latéraux est occiqié par une niche , où l'on vovoit autrefois deux statues de Michel-Auge, qui, originairement destinées au tombeau de Jules II , ont successivement |»**é du château d'LYuuen à l'hôtel de Richelieu, et de là au Musée royal. L'entablement de cet ordre est riche ; sa frise est ornée de trophées et d'autres objets allégoriques relatifs à la famille de MonUnorenci.
Le second avant-corps, qui correspond au précédent, présente simplement une arcade ornée de deux colonnes doriques avec d«s piédestaux, supportant un fort bel entablement avec triglyphrs, dont les métopes sont ornées d'armures, de couronnes et de symboles. Les archivoltes sont décorées de Victoires ailées tenant des couronnes.
Il a sans doute été fait en France , depuis BttUant, des édifices plus grandement conçus selon le génie de l'art antique; il s'y est élevé de beaucoup plus beaux ]>alais que celui d'Ecouen ; mais on n'y a point exécuté de détails d'architecture plus classiques et plus purs que ceux dont on vient de donner l'idée. Il serait difficile de trouver chez aucun des successeurs de Buttant des profils plus corrects , une plus grande finesse d'exécution, un plus juste sentiment des proportions et du véritable caractère de chacun des trois ordres, enfin une meilleure imitation en ce genre désœuvrés de l'antiquité. Ballant, au reste, en avoit fait une «rieuse étude, et il en avoit dépose par écrit les résultats dans un traité de sa composition qui n'existe plus.
Mais te qui nous reste du château d'Ecouen peut ij
réparer cette perte. C'est là que l'on pourra , selon Chambrai , recueillir avec plus de certitude encore la théorie de Buttant. Ce monument , suivant l'écrivain qu'on vient de citer, coutieiit les modèles les plus réguliers des trois oiilres grecs. L'architecte qui le construisit, dit-il, fut un des premiers qui aient tenté de réduit en pratique la doctrine de Vitruvc, dont il se inoutra le plus zélé sectateur.
Ce n'est pas un petit honneur pour Buttant d'avoir été mis par Chambrai au nombre des auteurs classiques dont il a formé son célèbre Parallèle de farclittecture ; c'est donc à cet ouvrage que nous renverrons ceux qui , n'ayant pas vu les monnmens de cet architecte, pourroient douter des obligations que lui eut l'architecture en France.
BI LLET ( PttttK). Il règne sur l'enseignement des école» et des maîtres, en fait d'art, deux préjugés également faux et dangereux ; l'un consiste à trop présumer de leur action pour former des hommes de génie , l'autre à la dépriser trop, parce qu'elle ne produit point d'hommes de génie. Mais les écoles n'ont pour but que de transmettre aux élève» le» principes du beau , les maximes du goût, et de préserver l'étudiant des erreurs d'une indépendance isolée. Quant au génie, il ne s'enseigne, ni ne peut se I transmettre. Il est vrai toutefois que des causes qui peuvent le plus retarder l'e«sor de l'originalité, la plus puissante sera l'habitude de se traîner sur les traces d'un maître. Le judicieux Vasari a depuis long-temps signale ce dauger. Ilarement, dit-il, on voit |Kisser devant celui qui s'est habitué à marcher à la suite. Rare vnlte passa inanii chi camina sempre ttutro.
C'est ce qu'on peut appliquer à Pierre Bullet , disciple médiocre d'un grand homme qui n'eut point de maître.
Cet architecte , qui ne laissa pas d'occuper un rang assez distingué parmi les artistes du dix-septième siècle , fut élève, dessinateur et ap|tareilleur de François Bloudcl. On ne sait rien en détail de sa vie , si ce n'est qu'il acquit beaucoup d'expérience en dirigeant les travaux de son maître , que ses progrès dans l'architecture lui ouvrirent les porte» de l'académie , et lui méritèrent, à Faris, la place «l'architecte de la ville.
Il paraît qu'un de ses premiers ouvrage» fut la porte d'ordre ionique qui jadis avoit servi d'entrée à la pompe Notre-Dame. Elle fut abattue avec le» maisons qu'on rayait autrefois sur ce pont.
La porte Saint-Martin , élevée en i('>7 { , fut une entreprise beaucoup plus importante. Cette production, la plus remarquable du talent de Bullet, est, comme la porte Saint-Denis, un véritable arc de triomphe. Le »eul avantage qu'on puisse lui trouver sur le monument de François Blondcl , c'est de se rapprocher davantage, par sa forme et sa proportion, des arcs antiques. Toutefois on croirait , à voir le*
BUO
bossages vermicnlés et le style rustique mis eu iruvre par l'architecte, que son intention aurait été d'y mêler le caractère d'arc de triomphe avec celui d'une porte de ville. On doute que ce mélange soit heureux. Mais on ne doute pas qu'en admettant le double emploi , il n'eût mieux valu faire prédominer davantage le style le plus noble.
Au reste, on y admire, et avec raison, le grand entablement du genre dorique qui termine l'arc et le sépare de son attique : Bullet l'a emprunté à Vignolâ, et l'a exécuté fort habilement. Sa composition , sa richesse, et les détails d'ornement dont il se
peintre , *cul|>mort en 1 564-
renvoyons, sur tout le
linliet eut bientôt occasion de faire preuve de son savoir dans la construction. Il s'agissoit d'élever snr les ruines de quelques maisons de tanneurs le quai Pelletier, dont on admire encore aujourd'hui la hardiesse. Quoiqu'il ne porte en partie que sur une voussure, coupée dans son ceintre en quart de cercle, il retient un trottoir large d'une toise, et un quai de 2.4 pieds de large. Une entreprise en apparence trop hardie excita contre lui la jalousie, qui se servit du prétexte de la sûreté publique pour la décrier; mais Colbert lui imposa silence, et s'empressa d'employer les talens de Bullet. En définitive, on n'abattit point de maisons , on laissa toute sa largeur au lit de la rivière , et l'ouvrage de Bullet continua de déposer de son habileté.
On cite, dans quelques biographies, un assez bon nombre d'ouvrages de Bullet dont on ne trouve plus de traces , tant les chaugemens continuels qui se succèdent à Paris teudent rapidement a tout effacer pour tout renouveler.
Il faut toutefois faire mention de l'église des Dominicains, aujourd'hui Saint-Thomas-d'Aquin, construite à la moderue , en arcades ou portiques , et a laquelle il ne lui fut pas donné d'ajouter le portail qu'on y voit aujourd'hui.
Nous avons de cet habile et savant architecte un ouvrage imprimé en 160I, et dont on a fait depuis plusieurs éditions. Il est intitulé Architecture pratique, qui comprend la construction générale et particulière des bàtimens , le détail, les toisés et les devis de chaaue partie. . . avec une explication et une conférence des trente-six articles de la coutume de Paris, sur le titre des servitudes et rapports qui concernent les bàtimens , et l'ordonnance de 1 6o3 ; in-S".
Les éditions multipliées de cet ouvrage en prouvent l'utilité : la manière de construire les bàtimens y est jointe à celle de les toiser. Il traite aussi des matériaux nécessaires à leur construction , ainsi que des moyens de réunir dans les ouvrages la solidité avec l'agrément. C'est un de ces traités classiques dont les ar *
compose, le rendent très-propre au monument. Nous :de*»<
Art de triomphe.
description, au mot
BUO
BUONAROTI (MicHr^AxcE), tcur, architecte et poète, né en l47-{
Nous diviserons cet article en deux parties. L comprendra les notions abrégées de sa vie, l'autre traitera de ses ouvrages, surtout en architecture.
PREMIÈRE IMRTO.
Michel-Ange Buonaroti descendoit de l'ancienne et illustre maison des comtes de Canossa. Son pire , Louis-Léonard Buonaroti Simoni, podestat de Caprèse et de Chiusi, ne voy oit dans ce fils que le soutien d'une famille distinguée. Une éducation conforme i ces nies atteudoit le jeune Michel-Ange ; mais le» dispositions extraordinaires de celui-ci pour le dessin ne tardèrent pas a contrarier les projets de sa famille. François Granacci, élève de Ghirlandaio, frappé de» talens dont il apercevoit le germe, se faisoil un de contribuer a leur développement ; il goût naissant par la communication des dessins de son maître, que l'enfant copioit en secret.
Le père et l'oncle de Michel-Ange regardoient alors la pratique des arts comme peu honorable jiour leur famille, et ils traitoient assez rudement l'enfant qui s'y livrait sans leur aveu. Effectivement, ses progrès en ce genre nuiaoient a ceux qu'on aurait désire qu'il fit dans l'étude des lettres. Il surmonta enfin toutes les résistances; une habileté déjà prodigieuse pour son igc, conquérait l'admiration de tout ce qu'il y avoit de juges éclairés. Ce concert de suffrages convainquit enfin le père de l'inutilité des efforts qu'il opposerait à une vocation tellement impérieuse : le jeune Michel-Ange fut placé chez Dominique et David Ghirlandaio, les plus célèbres peintres d'alors, pour y demeurer trois années.
L'école des Ghirlandaio ne suffit bientôt plus à son talent ; il lui aurait fallu des maîtres qui eussent réellement quelque chose à lui apprendre. Toutefois, à cette époque de l'art , quelles leçons pouvoit-il attendre d'hommes qui n'auraient pu le conduire que dans les étroits sentiers de la routine d'alors ? Le jeune Michel-Ange en avoit de lui-même franchi les limites : il lui fallut donc marcher seul , et puiser ses ressources en lui seul. Ne seroit-ce point à ce genre de début , à cette indépendance de ses |>remiers pas dans la carrière de l'imitation , que Michel- An te aurait dû ce caractère d'originalité qui a marque toutes ses reuvres, et qui lui dicta dans la suite son axiome favori : Chi va dietro ad altri, mai non gli passa avanti?
Laurent, surnommé le Magnifique, ayant conçu le projet de former une école de sculpture, jeta les yeux sur Michel-Ange. Ce choix contribua sans doute à déterminer chez le jeune artiste le goût qui déjà le portoit vers l'art de sculpter, pour lecpiel il eut toujours de la prédilection. Ses premiers essais dans cet art ne furent pas inférieurs à ses études en dessin et en peinture.
apprit bientôt à discerner, dans quelques
25o BUO
jeux de «on ciseau ', ce qu'on pouroit attendre d'une rapacité qui en tout genre devançoit le cour» de» année». Il voulut l'avoir daus ton palai», où il lui assigna un logement particulier, le traitant connue son liU. Le palai» de Médieis etoit le rendez-vous des «avans et des artistes. La résidence de Michel— Ange en ce lieu , les instructions qu'il y reçut d'Ange l'oliticn, le premier littérateur de cette époque, logé aussi dans ce palais; les encouragement que lui prodigua la libéralité de son protecteur, la vue de quelques fragment d'antiquité réunis par Médici»: tout cela doit être mi» au rang de» cause» premières qui influèrent sur le goût et la diversité de» talent de ce grand artiste.
La mort de son illustre protecteur le priva bientôt de ces ressources. Pierre de Médieis, en succédant à son père , n'avoit hérité ni de tes qualités, ni de ton estime pour les art» et pour Michel-Ange. Le prieur de l'église du Saint-E»prit vint bientôt seconder tes dispositions : il lui commanda un crucifix en bois, lui donna nn logement dans le couvent, et lui fournit les moyens d'apprendre à fond l'anatoinic en lui procurant des cadavres humains. Michel- Ange te livra à ce travail avec une ardeur incroyable, disséquant luimême les sujets qu'on lui fournissoit. Ln profonde connoissance qu'il acquit , par cette étude , de la structure du corps humain, lui ouvrit une route inconnue à tes contemporains, et qui devoit le conduire à être le plut profondément savant de tous les dessinateurs.
La famille des Médieis fut chassée de Florence. Avant joui de leur faveur, Michel- Ange craignit d'être enveloppé dans leur disgrâce ; il se retira à Venise. Le calme étant rétabli à Florence, il y retourna, et fut bientôt conduit à Rome. Son premier séjour en cette ville ne fut infructueux ni pour le» arts ni pour (a gloire : il y fit le célèbre Barrhu* qui depuis fut transporté à Florence; le cardinal de Saint-Denis lai procura aussi l'occasion de sculpter une Notre- Dame de Pitié , groupe qu'on voit à Saint-Pierre sm l'autel de la chapelle du Crucilix.
Les affaires domestiques de Michel- Ange l'obligèrent de retourner à Florence , où , d'un bloc colossal de marbre depuis cent an» délaisse par les »«ites de l'incapacité d'un ciseau mal habile, il eut l'art de tirer, en peu de temps, la statue du David qui est placée devant le Palais Vieux.
Ce fut à cette époque que , entre autres ouvrages île peinture, Michel-Ange exécuta le célèbre carton I de la Guerre de Pise, qui lui acquit la réputation du premier de tous les dessinateurs. (]e savant ouvrage, qui. sons le rapport du dessin, sembla mettre entre lui it ses prédécesseurs une distance de quelque» siècles, devint pendant long-temps une école de dessin pour ton» les artistes.
Jules H , étant monté sur le trône de saint Pierre, i oncut le projet de perpétuer sa mémoire daus le monument de sa sépulture ; il appela Michel- Ange, *l
BLO
alors âgé de vingt-neuf ans, pour lui confier le soin de sa gloire. Michel-Ange répondit promptement à son attente , et lui présenta le modèle du mausolée le plus maguilique et sans comparaison le plus considérable de tous ceux dont l'histoire de l'art moderne peut offrir l'idée. Cette grande conception étant un mélange d'architecture et de sculpture , nous nous réservons d'en parler plus en détail dans la seconde partie de cet article, qui traitera plus spécialement des travaux de Michel-Ange comme architecte.
Ce grand tombeau avoit été projeté et entrepris sans qu'on eut arrêté la place qu'il devoit occuper; mais il fut cause que, en lui en cherchant une, on se souvint d'un commencement de construction faite au chevet de l'ancien Saint-Pierre, par Bernard Rossellini, sous le pape Nicolas V, qui avoit eu déjà l'idée de rebâtir la basilique du \ atican : Michel -Ange pmjjosoil de faire servir cette construction abandonnée à devenir la chapelle sépulcrale et dépositaire du mausolée de Jules IL Le pape sentit s'éveiller en lui une autre ambition , celle d'être le fondateur de la nouvelle basilique. Bramante, architecte et favori du pontife, n'eut garde de laisser se refroidir cette nouvelle passion : eu courtisan habile, il avoit soin d'insinuer que le projet d'élever son tombeau de son vivant sembleroit être un mauvais augure. Ces insinuations I . i .. 1 1 1 peu à peu leur effet ; le pape eu vint au point de négliger l'entreprise du mausolée, et par contre— coup celui qu'il en avoit chargé : il cessa de donner à l'artiste les secours d'argeut et les audiences qu'il avoit l'usage de lui accordera
Michel- Ange s'étoil aperçu de ce refroidissement; ' mais il crut en avoir la preuve clans une occasion où l'entrée de la chambre du pape lui fut refusée. Quand Sa Sainteté, dit-il au camérier, m'enverra chercher, vous lui direz que je n'y suit pat. De retour chez lui , il donne ordre à ses domestiques de vendre ses effets, et de venir le rejoindre à Florence. Il part a l'instant. A peine arrivé sur les terres de la Toscane, il est joint par cinq courriers du pape , chargés de lettres les plus pressantes, et même d'ordres qui lui enjoignoient de retourner à Rome sons peine d'encourir sa disgrâce. Prières et menaces, tout fut inutile. On n'en put rien obtenir, sinon qu'il écriroit au ppe que, avant été traité d'une façon pen convenable, il prioit Sa Sainteté de faire choix d'un antre sculpteur. Pendant un séjour de trois mois que Michel-Ange lit à Florence, Jules II adressa au sénat trois brefs pleins de menaces, pour en obtenir qu'on forçât le fugitif à revenir. Le sénateur Soderini, qui étoit gonfalonier, intervint dans cette petite négociation ; et ce ne fut qu'après le» plus vives instances , qu'il décida Michel- Ange à retourner vert le pontife, qui étoit alors à Bologne.
Pour lui donner plus d'assurance, on l'envoya comme homme public, avec qualité d'ambassadeur. Le cardinal Soderini fut charge* lui-même de le présenter au pape. Jules le regardant d'un air irrité,
BUO
Enfin, lui dit- il, au lieu de venir nous trouver, vous avez attendu que nous tir on j été nous-méme vous chercher; voulant dire que Bologne est plut près de Florence que de Home. Michel-Ange témoigna dea regret* de sa conduite passée , et il fut bientôt rétabli dans les bonnes grâce* de Jules II , qui le chargea de faire sa statue en bronze , pour être placée an frontispice de San-Pctronto. Cette ligure fut brisée lorsque les Bentiroglio rentrèrent dans Bologne.
Le pape reTint a Borne , où Michel-Ange retrouva Bramante de plus en plus puissant, par la faveur qu'avoient obtenue ses projet* d'architecture sur cent de la sculpture du mausolée. Ce fut par suite de ce même crédit, qu'il proposa et Kt agréer au pape le projet de charger Michel-Ange de la décoration de la eba— pelle Sixline. Celui-ci, peu expérimenté dans les travaux de la fresque, se défendit long-temps d'accepter l'entreprise, mais il fut enlin obligé de céder.
Il fit venir de Florence plusieurs des meilleurs peintres a fresque , pour apprendre d'eux la pratique do ce procédé de peinture. Après avoir reçu les renseignement) nécessaires, il les congédia, détruisit leur ouvrage, s'enferma dans la chapelle, et ne permit à I qui «pie ce fût d'y entrer. Ce mystère augmentait la curiosité publique, et surtout l'impatience du pape, qui , lorsque la moitié de la voûte étoit à peine terminée , lit enlever les éebafauds malgré les instances de Michel-Ange. Quant à l'exécution de l'autre moitié, il paroitroit que lorsqu'il fut question de l'entreprendre , Bramante anroit agi pour la (aire confier a Baphaël , et mettre ainsi les deux talent en parallèle. Mai» h pape ne voulut entendre a aucun partage , et Michel-Ange eut ordre de terminer l'entreprise qu'il avoit commencée. L'applaudissement universel qu'obtint ce grand ouvrage , le rendit de plut en plus cher an pape, qui le combla de faveurs et de richesses. Cependant , il ne put en obtenir la permission d'aller à Florence ponr y faire la statue de saiut Jean-Baptiste , et il fut obligé de se remettre au travail du mausolée.
La mort de Jules II vint en interrompre encore l'achèvement. Léon X , ton successeur, voulant bisser quelque témoignage de sa munificence dans ta ville natale , avoit demandé aux plut célèbre* artistes des projeta pour le frontitpice de l'église de Saint- Laurent à Florence. Celui de Michel-Ange ayant obtenu la préférence, il eut ordre d'en faire en boit le modèle , que l'on conserve encore dans la bibliothèque de Médicis, et de se rendre à Carrare, pour y faire exploiter les marbres nécessaires. Mais l>on X apprit qn'on tronvoit à Scravt zza , en Toscane , de» marbres de la même qualité que ceux de Carrare. Il voulut qu'on leur donnât la préférence , et Michel- Ange perdit plnsieurt années aux soins de cette exploitation. On ne fit que les fondations du portail de Saint-I .auront, et le tont est reste sans exécution. La mort de Léon X en fut toutefois la cause principale.
Quelques légers ouvrages d'architecture, et les
BUO a5i
travaux du mausolée de Jules II , occupèrent , dans la vie du Michel-Ange, tout le temps du court pontificat d'Adrien VI, qu'il passa en Toscane. Clément VII, un autre Médicis, venoit de succéder à Adrien VI. Déjà il avoit employé Michel-Ange à la bibliothèque de Saint-Laurent et à la nouvelle sacristie du même nom , qui devoit recevoir les mausolée* de tes ancêtres. Mais il désirait mettre aussi en œuvre set talent à Borne : Michel-Ange y revint pour arranger Ict comptes du mausolée de Jules II avec le duc d'I rbin, neveu de ce pape. Cependant il reprit birulot la route de Florence , et il y termina la coupole de cette sacristie , devenue la chapelle sépulcrale de Laurent et de Julien de Médicis. Vers le même temps, il fit placer à Borne, dans l'église de la Minerve , la statue du Christ embrassant la croix , ouvrage qu'on peut regarder comme un des - .: us achevés entre ceux qu'a produits son ciseau.
Ici commence, et dans l'histoire de l'Italie, rt dans celle de Michel-Ange, une période de troubles et de désastres. On veut prier du tac de Borne et de l'expulsion de* Médicit à Florence. Michel-Ange va encore être enlevé à tes travaux. On a recours à lui pour fortifier l'enceinte de la ville : devenu ingénieur militaire, il défend Florence, et y soutient un siège pendant le cours d'une année. On cite comme dignes de remarque les moyens qu'il employa pour préserver de l'artillerie ennemie le célèbre campanile de San-Miniato. Des soins aussi divers ne l'empêchèrent point de donner quelque* niomens, soit à la peinture, soit à la sculpture.
Ce fut alors qu'il peignit cette Léda, vantée par le* écrivains du temps, et dont il ne reste que le souvenir. Il se partageoit entre ce travail et celui des mansolées de la chapelle des Médicit.
Florence fut prise. I-es Médicis y rentrèrent victorieux. Clément VII fit avant tout rechercher Michel-Ange : ce\ni-c\ avoit cru devoir pour ta sûreté te retirer a Venise. De retour à Florence, il y vivoit caché dans ta maison d'un ami, d'autre* disent dans le clocher de Saint-Nicolas. Le pape noo-*eulrment lui promit l'oubli du passé, mais lui oidonna de terminer le* monumens des Médicis. La chapelle devoit originairement recevoir un plu* grand nombre de statues, et les mausolée» dévoient être au nombre de quatre. Le projet fut insensiblement réduit aux deux seul* mausolées qui furent alors achevés tels qu'on les voit aujourd'hui.
Cependant les agent du duc d'Crhin pressoient Michel- Ange de terminer à Borne le mausolée de Jules H. D'autre part Clément VII avoit formé le projet de lui faire peindre à fresque les deux murs qui forment les petits cotés de h chapelle Sixtine. Pour lui donner lieu de développer toute la science de son dessin dm* deux sujett où elle serait naturellement bien placée, il étoit question de lui faire exécuter d'une part la Chute des anget rebelles, de l'autre le Jugement dernier.
25a BUO
De son côte Michel-Ange avoit d'aotant plus i c.rur do se livrer au travail du mausolée, qu'il y avoit entre lui et les héritier* de Jules II des contestations |tour les sommes déjà reçue». Il étoit donc occupé de cet ouvrage tant de fois repris et abandonné, lorsque Paul III moula sur le trùne pontifical. Son désir etoit aussi de faire achever à Michel-Ange la décoration de la chapelle Staline ; mais lartistes'excusoit toujours sur sou engagement avec le duc d'I. rhin. Enfin le pa(>c se rendit un jour à sou atelier, l'assura qu'il détermineroit le duc à se contenter de six statues; trois de la main île Michel-Ange, du nombre desquelles devroit être le célèbre Moïse, et trois autres faite* par d'habiles sculpteurs. Il fut (tassé en conséquence un nouveau marche avec Michel-Ange, l^c duc le ratifia , et en moins d'uue année le mausolée de Jules II fut achevé, tel qu'on le voit aujourd'hui dans l'église de San-Pielro-in-vincoli .
On compte à Home les régnes des pontifes par les iiioihi mens d'art qui les ont illustrés. Celui de Paul III tut célèbre |iar la peinture du Jugement dernier, dont Michel-Ange décora la chapelle Sixtiuc. Nous ue dirons rien de cette peinture, la plus vaste certainement qui existe , et où , selon le point de vue d'où le critique la considère, et des beautés ou des inconvenances hors de mesure qui s'y trouvent , on peut s'en former une opinion fort différente. Toutes les censures au reste qu'elle pourrait coni|K>rter furent faites au moment qu'elle parut. Cependant Michel-Ange y a tellement prodigué et porte si loiu les qualités de la science et les puissances du dessin , que sa réputation en reçut un accroissement prodigieux. Paul III eu jngea comme il convenoit : il n'écouta point les critiques; et ayant construit au Vatican la chapelle Pauline, il en confia la décoration à Michel-Ange.
La basilique nouvelle de Saint-Pierre , depuis la mort de Drainante , n'avoit fias cessé d'être un objet de contestation, et la matière de nouveaux projets se succédant et s'cnlre-détruisanl l'un l'autre. San-Gallo étant mort, Michel-Ange fut fora1 par le pape d'accepter la place d'architecte en chef de Nainl- Pierre. ^ous dirons dans la seconde partie de cet article quelles améliorations l'édifice lui dut, et combien il étoit temps qu'un esprit aussi juste et aussi élevé s'emparât de toute l'entreprise, pour lui reudre cette grandeur d'unité sans laquelle la grandeur de la masse n'offre qu'un mérite matériel. On eut cette obligation au choix que Paul III fit de Michel-Ange et au bref qu'il lui fil expédier en l'J.jt», etqui, l'autorisant à réformer l'ouvrage de ses prédécesseurs, défendit , sous des |icines très- graves , de rien changer à son modèle. Le pape lui assigna en même temps six cents écus romains de traitement. Michel- Ange les rerusa, et, pendant dix-sept années, il travailla sans aucun émolument à une entreprise qui avoit curiehi ses premiers architectes.
Le reste de la vie de Michel-Ange fut presque entièrement occiq* par des travaux d'architecture.
BUO
II Bramante, BalthacarPeruzzi, San-Gallo étant morts, il n'y avoit i Rome aucune réputation qui pût se mesurer avec la sienne. Aussi le sénat s'empressa-t-il de lui confier la conduite du Capitole. Ce qu'on nomme le Palais des Conservateurs , et qui fait une
! des ailes de cet ensemble , fut entièrement construit sur ses dessins. L'autre aile en est la répétition. Mais, quant au corps de bâtiment qui fait face à la montée, il n'y a de lui que le soubassement et le grand escalier à deux rampes , orné des statues du Nil et du Tibre.
Jules III, successeur de Paul III, renouvela â Michel-Ange la commission d'architecte de Saint- Pierre, et avec les mêmes pouvoirs, malgré les intrigues du parti de San-Gallo. Tout échoua contre la haute réputation de celui qui ]ossoit généralement pour avoir, selon l 'expression de Vasari, donné enfin la vie à ce grand corps.
Florence et Home ne cessoient point de se disputer le talent et la personne de Michel- Ange, lie grand-duc vouloit l'attirer, dans la vue de lui faire terminer la sacristie de Saiut-Laurent et la célèbre bibliothèque de ce nom. Le pape le retenoit à Home, par le désir qu'il avoit d'achever Saint-Pierre, ou du moins d'en pousser la construction assez loin pour qu'il ne fut plus possible d'y rien changer. Michel- Ange s'excusa auprès du grand-duc sur son grand I âge , et sur les infirmités qui l'empèchoient de revoir sa patrie.
Le p ipe étoit impatieut de voir la fin des travaux de Saint-Pierre. Ils furent en effet suivis avec tant d'activité, qu'en 1 557 ,c* Rran<h,s voûtes des nefs étoient achevées, ainsi que le tambour et la tour du dôme , avec tous ses détails et accompagnemens. Michel-Ange alors arrêta, dans un modèle en bois, tout ce qui restoit à faire, et les moindres mesures y furent marquées avec la plus grande exactitude. Ce modèle i obtint un applaudissement universel, et fut ponctuclj lement suivi , surtout dans tous les détails de la cou- I pôle ; et c'est peut-être la seule partie de ce grand monument où l'on n'ait rien innové depuis lui.
Cependant Michel- Ange , touchant au terme de la plus longue vie , sentoit le besoin d'avoir un suppléant dans les travaux de Saint-Pierre , et d'en avoir un «pii fût à son gré. L'intrigue recommença ; on s'agita auprès du pape. Les commissaires de la fabrique, parmi lesquels la faction de San-Gallo avoit encore des partisans, agirent si bien, qu'ils firent nommer un certain IVanni di Uaccio Uigio, qui dans plus d'une entreprise avoit donné des preuves de son incapacité. Il ne tarda pas à en fournir de nouvelles jiar plus d'une bévue. Michel-Ange alla trouver le |»pe, qui, mieux informé, renvoya Nanni et préposa Vignola et Pirro Ligorio à l'exécution du projet , en leur enjoignant de n'y rien changer. Pie Y employa même son autorité pour condamner au silence les détracteurs de Michel-Ange.
| Depuis quelque tempson prévoyoil la fin prochaine
BUO
de ce grand homme. Accablé ions le poids des années , il ne vivoit plus que dans l'espérance et les contemplations de la vie future. I ne lièvre lente lui annonça cpie son dernier moment approclioit. Il fa venir son neveu Léonard Buonaroti , auquel il dicta son testament en ce peu de mots : Je laisse mon ame à Dieu, mon corps à la terre , mon bien à mes plus proches parens. 11 mourut le 1 7 février 1 âti^ > *ge de quatrevingt-dix ans.
On le porta dans l'église des Saints- Apôtres , où le pape avoit arrêté que son tombeau seroit placé en attendant qu'on pût lui en élever un dans la nouvelle basilique de Saint-Pierre. Florence , qui avoit toujours envié a Rome la |>osscsaion de Michel-Ange pendant sa vie , réclama sa dé|iouille mortelle comme une sorte de patrimoine auquel elle avoit droit. Le grand-duc le lit déterrer secrètement et transporter a rlorcncc, où son corps fut reçu et inhumé avec des honneurs que la flatterie prodigua quelquefois à la puissance, et que celte fois l'admiration décerna au génie. I n pompeux catafalque fut dressé dans l'église de Saint - Laurent , sépulture des grands-dnes. Le choix du lieu étoit à lui seul un hommage rendu à la mémoire de Michel-Ange. Quel temple d'ailleurs convenoit mieux à sa pompe funèbre, que celui où les œuvres de son génie qui y sont renfermées, dévoient parler en son honneur plus éloquemmeut encore que ne put le (aire Benoit \ archi , poète célèbre de ce temps, chargé de prononcer l'éloge du mort.
L'histoire nous a conservé la description très-détaillée de ce catafalque , a la décoration duquel contribuèrent a l'envi tous les arts cultivés par Michel- Ange. Un monument plus durable devoit remplacer cette fragile représentation. On choisit dans la grande église de Sainte-Croix une place distinguée. Le grand-duc fournit à Léonard Buonaroti tous les marl>res nécessaires à l'exécution du monument projeté |nr Y asari , qui y plaça le buste de son maître. Les figures en ronde bosse des trois arts du dessin furent confiées, pour être placées autour du sarcophage , a trois sculpteurs florentins : savoir, la Peinture à Balista Lorenzi , la Sculpture à Valerio Cioli , l'Architecture I Giorani dell' opéra.
Le palais Buonaroti offre encore de nos jours , a Florence , un monument peut-être plus honorable a la mémoire de Michrl-Ange. C'est une belle galerie ornée de tableaux des meilleurs peintres florentins, et qui représentent chacun un trait particulier de b rie du grand homme.
Michel-Ange n'avoit connu dans sa jeunesse d'autre besoin que celui d'exercer son esprit, d'autre plaisir que celui de la culture des arts. Devenu riche, et dans un âge plus avancé, il méprisa toute espèce de superfluité et méconnut même les commodités de la vie. Dormir tout habillé , ne vivre souvent que de pin et d'eau, passer les nuits au travail ou eu promenades solitaires, ce sont là les moindres traits qui caractérisèrent ses habitudes. Economie, frugalité, désinté-
BUO *53 ressèment , mépris de la fortune et même de la gloire, sévérité de mœurs, austérité chrétienne; telles furent les vertus qu'il professa constamment. Toutes ses lettres, toutes ses impartit», portent l'empreinte d'un
SECOXDE PARTIE.
On dcm.mdoit à Michel- Ange son avis sur le mérite d'un sculpteur qui avoit passé beaucoup de temps a copier des statues antiques : Celui, ré|K)ndit-il , qui s' habitue à suivre n'ira jamais devant; et qui ne sait pas faire bien de soi-mfme ne sauroit bien projeter de fourrage des autres.
Quand Vasari ne nousauroit pas conservé cet axiome de Michel- Ange , où son génie se peint si bien, on en Irouveroit le principe et l'application dans tous ses ouvrages. Effectivement , l'histoire de sa vie nous l'a montre , et toutes ses productions le prouvent encore mieux, Michel- Ange n'eut, moralement parlant , de Huître en aucun genre. Dans la vérité , en peinture et pour tout ce qui est surtout de la science du dessin, il n'aurait pu eu trouver. Les statues et les ouvrages de l'antiquité , fort rares à b fin du quinzième siècle , n'avount pu encore exercer aucune influence sur le goût do son époque. De la sagesse, de la pureté, de I élégance, s'éloicnt sans doute mon- | trees dans les tcuvres de Donalello et de Lorenzo Glu'bci'ti; mais le grand principe des proportions, mais celle rare harmonie des formes qui brilla dans les teuvres de la Grèce, ce mouvement et cette vie que seule peut donner à la matière la profonde étude de l'auatomie: rien de tout cela n'étoit entre dans le goût , la manière de voir ou de remire la nature , qui appartiennent aux ouvrages du quinzième siècle. Ceux de Michel-Ange se font remarquer par une originalité et un style à lui particulier, qui ne permettent d'y i-econnoitre ni les modèles de l'antiquité , ni les traditions du quinzième siècle.
Sur cet objet , il convient de s'expliquer en présence des j m. s iits de comparaison , autant que le comportent |»r écrit les éléinens de cette critique.
Prenons pour objets de parallèle les plus célèbres statues de Michel- Ange, son Bacchus de la galerie de Florence, ses tombeaux des Médicis, son Christ a la croix de l'église de b Minerve, à Borne; son groupe delà Pitié, à Saint-Pierre; son Moïse, à San-Piclio- I in-viucoli : et qu'on opjiose a ces ouvrages des statues antiques correspondantes par le gcure de nature, l'âge, ou le caractère; que l'on veuille bien les comparer sous les rapports, soit «le forme et de proportion , toit de correction dans les détails, soit de caractère , d'expression ou de beauté, soit de noblesse dans les poses, soit de style idéal , soit de manière dans les draperies, les ajustement, les coiirures, que voit-on?
Dans le Bacchus, l'idée, l'altitude cl l'expression d'un homme voisin de l'ivresse , une assez grande mollesse de formes, mais rien qui tienne le moins du
MO
BLO
monde de» caractères de tous les Raccbus antiques ,
connue a retle époque.
Dans le» quatre taures allégorique»
de Saint-Laurent, <jue trouve-t-oo? Aux i me» beaucoup de mouvement , de la bardie»»e dan» le dessin et l'exécution, qu'on dirait improvisée , un sentiment de vérité mêlé d'incorrections, et quelque chose de gracieux dans les poses des deux femmes ; nuis ui beauté, ni noblesse, ni intention iugeuicusc qui serve a expliquer les allégories. Du reste, aucune influence de l'antique ne s'y laisse apercevoir.
Dans le Christ à la croix de la Minerve, on trouve exécution plu» régulière , plus terminée, et un plus achevé j mais rien n'y rappelle encore le caractère des forme», le principe ni la noblesse du ciseau antique. Là encore aucun sentiment d'expression , ni du;- la composition , ui dans l'action, ni dans la tète du Christ ; là toutefois l'antique u'auroit pu rien inspirer à l'artiste.
Quant au groupe de la Pitié à Saint-Pierre, il est jxir trop évident que Michel- Ange n'eut aucune idée du st> le de draperie des anciens.
On doit en dire autant du Moïse, qui certainement est son chef-dViivre , soit pour la belle exécution des bras et des mains , soit pour la fierté et la grantliosité du caractère de la tète ; mais où rien , ni dans, la composition de l'ensemble , ui pour rajustement, la propriété et le style de l'habillement , ne )M-rrnctdc supposer la moindre inspiration des statues antiques.
On peut, ce nous semble , trouver les mêmes résultats en appliquant le même genre de critique à toutes le» ligure» que la savante hardiesse de son pinceau a tracée» dan» le» voûte» et sur le» superficies de la chapelle Sixtine ; ce sont tous personnages , toutes ligures, toute» physionomies dont on ne saurait citer les anlécédens et les modèles nulle part. Lorsque le séjour de Michel-Ange a Rome l'eut mis à même de connoître certains chefs-d'œuvre de l'antiquité , dont les découvertes récentes avoient reproduit les précieux restes, on avone, on reconnoit et qu'il les vit , et même qu'il contribua à la restauration de quelques-uns; niais s'il Je» étudia, ce fut uniquement «ou» le rapport de la science , jamais du goût , du style , ou du caractère de noblesse , de grâce et de beauté.
Je n'ai point entendu , par cette analyse, rabaisser le mérite de Michel-Ange; peut-être même n'ai-jc fait que le rehausser en montrant qu'il fut original , dans la plus grande étendue de ce mot , c'est-à-dire qu'il ne dut rien à autrui, ni parmi ses prédécesseurs du quinzième siècle , qu'il connut trop bien pour se faire leur suivant, ni parmi le» maîtres de l'antiquité, dont les ouvrages n 'avoient point encore acquis, au temps de sa jeunesse, cette influence que de» découvertes toujours plus active.
décou-
J'ai cru ce préliminaire indispensable pour juger aussi, par rapport à l'architecture, de la valeur et du genre de mérite propre à Michel-Ange, lequel, bieu certainement encore , ne recul dans cet art les leçons d'aucun maître.
On sait assez que, à cette époque surtout, l'étude et la profession de» trois arts se trouvoient réunies dans la pratique sous l'idée générale de dessin. Mtchel- Ange fut donc architecte, et réputé tel par cela qu'il étoit grand dessinateur, de la manière dont alors on entendoit ce mot. Quant au goût qu'il devoit appliquer à l'architecture, il semble qu'il n'aurait guère pu être inspiré , avant son séjour à Rome , que par les ouvrages de Druuelescbi. Arrivé à Rome, il trouva dans les Rr.i mante, le» Sau-Gallo et quelques autres, des rivaux plutôt que des maîtres; et les raonuntens antiques qu'il étudia sans doute , et surtout dans le principe de leur grandeur, ne purent assujettir aux erremens de leur stjle et de leur goût l'indépendance de son génie.
Le premier ouvrage qu'on doit citer de lui comme appartenant au moins par moitié , dans sa composition, à l'art de l'architecture, fut le modèle du grand tombeau de Jules II , dont un dessin, bien que assez léger, nousji conservé^ l'idée générale^Tensemble de
juger que l'idée de l'antique n'y étoit entrée pour rien , et que c'eût été proies tiui maire errata.
Ce devoit être un grand massif isolé de toute part, loug de 3t> pieds H iiouces, sur > \ pieds de large. Il se composoit , quant à l'architecture , d'un soubassement avec des piédestaux en saillie, au nombre de quatre sur la grande face , et de deux dan» chacun des deux petits cotes. Ces piédestaux dévoient servir de »upport à des statues allégoriques, qui auraient été probablement les emblèmes des passions et des vice» enchaînés. En arrière de chacune de ces statues on voit s'élever, en guise de pilastres, des termes auxquels des captifs semblent être liés. Deux grandes niches auraient reçu , à chacuue des grandes faces, une Victoire avec une figure terrassée à ses pieds : c' et nient , dit-on , les symboles des villes que Jules H avoit fait rentrer sous son obéissance. Au-dessus du corps principal de ce massif, couronné par un entablement, on voit s'élever en retraite une seconde masse, destinée à recevoir le sarcophage du pontife , accompagné de deux grandes ligures représentant , l'une le Ciel, l'autre la Terre. Sur la retraite qui devoit séparer les deux masses, trouvoient place huit groupes de statues colossales, du nombre desquelles devoit être la statue du Moïse, qui , destinée à faire partie d'un tel ensemble, aurait sans doute produit un tout autre effet qu'à la place qu'elle occupe aujourd'hui, et peut faire juger île ce qu'aurait été une semblable composition si elle avoit reçu son exécution.
D'après le ilessin qui nous a conservé de l'architecture de ce monument une trop légère idée, il n'y a guère d'autre jugement à en porter, i
BLO
Tut une conception iuui-.i-l.tit nouvelle, nu ensemble d'idées et de rapports tout-o-fait inusité» , mais dans lequel très- probablement l'architecture ne devoit jouer qu'un rôle très-subordonné à celui de la sculpturc. Lorsqu'on se rappelle les type» alors et depuis long-temps consacrés des tombeaux et des mausolées chrétiens, il faut reconnoltre que Michtl-jénge, sortant entièrement des routes alors battues , avoit imaginé un genre de monument dont le modèle ou l'idée n 'avoit existé nulle part. L'on doit dire encore que, s'il avoit pu être réalisé, il sumit ouvert à la sculpture moderne un champ tout-a-fait nouveau , et fécond en ressources ou en inventions de toute espèce
Michel- Ange avoit à peu près quarante ans lorsqu'il fut contrai ut de faire, pour la première fois , ce qu'il faut appeler de l'architecture. Je veux (aller de la sacristie de Saint-Laurent , monument qui , destiné à recevoir les mausolée* des Médicis et a devenir chapelle sépulcrale, devoit entièrement remplacer h» sacristie précédente , ouvrage de Brunelcschi .
Cet édifice offre en plan un carré parfait sur lequel s'eJève une coupole circulaire dont la hauteur, sous la lanterne qui sert d'amortissement a toute la masse , est de 80 pieds. L'ordonnance intérieure du vaisseau se compose de deux étages de pilastres corinthiens; ceux des angles sont ployés. On remarque dans les pilastres du second étage une grande justesse de proportions , et aux niches dont cet élage est orné beaucoup de sagesse et de pureté , au coutraire de l'étage inférieur, où l'on trouve aux pilastres trop allongés une grande maigreur, des détails d'ornemens capri-
aouvelle.
Nous ne pouvons nous empêcher de faire observer ce qu'en a dit Yasari, disciple et grand admirateur de Michel- Ange. Après avoir loué ces nouveautés, comme avant en quelque sorte émancipe l'architecture en la délivrant des entraves et des sujétions de l'usage, il ne laisse pas de remarquer que ces licences ont jeté les imitateurs de Michel- Ange dans toutes sortes d'écarts et de fantaisies qui tiennent du grotesque, et ont privé l'ornement de goût et de raison: AWe jantasie aile grvtcsche pià toslo che a ragione a regola conformi.
C'est aussi à quoi nous bornerons nos observation* sur la sacristie de Saint-I^aurent. Mais cela nous parait suffire pour prouver que, dés ses premiers pas, Michel- Ange porta dans l'architecture cet esprit d'indépendance et d'originalité qui forma son caractère.
Nous retrouvons sinon les mêmes caprices d'ornement, au moins le même caractère de maigreur, dans l'ordonnance du vestibule de la bibliothèque de Saint- Laurent , soit dans l'ajustement des niches, soit tlaus la pro|iorlion des colonnes. C'est le même goût jiour de petites innovations de formes dont on ne saurait découvrir l'avantage ni deviner la raison.
Ce célèbre vaisseau, en y comprenant sou vestibule
BUO a55
de 26 pieds sur 3o. a l€\\ pieds de longueur sur 3ode largeur. Le sol du vestibule est de 7 pieds plus lias que celui de la grande salle. Michel-Ange avoit été obligé de se conformer dans cet ensemble à plusieurs sujétions et a des inégalités de terrain. On voit trop bien, dit Ignazio Rosti dans sa IJbreria Afeiiicca LcturtRziana , que resserre dans l'es[>ace donné des anciens murs, l'architecte n'eut presque d'autre tâche que de leur affecter une décoration nouvelle , et que c'est à ces servitudes qu'il faut attribuer principalement l'incohérence du terrain de ce vestibule dont on a prié , et probablement aussi la longueur des deux ordres l'un sur l'autre qui en forment l'élévation décorative.
L'intérieur du vaisseau est orné avec beaucoup plus de régularité, de sagesse et de goût, l u seul ordre de pilastres règne tout à l'entour et pose sur un soubassement continu , dont la hauteur semble avoir été déterminée par celle des armoires en pupitres où sont renfermés les livres, de manière que rien n'interrompe [ ordonnance. Le caractère de l'ordre est le même que relui du vestibule , c'est-àdire une espèce de ce que les modernes ont appelé toscan. Chaque entre-pilastre est occupe par deux rang* de fenêtres l'une au-dessus de l'autre, Celles d'en haut ne sont que des fenêtres d'attique. !'.!!< s ne sont que figurée*, et ne donnent point de jour. Il n'y a d'ouverture qu'à celles du rang inférieur. L'architecte a voulu que le jour vînt plutôt d'en bas, pour que la lumière se trouvât plus à la portée des lianes et des pupitres où se placent les livres et les précieux manuscrits de cette bibliothèque. Telle est du moins l'intention que Ignazio Rossi prête à Michel-Ange dans le parti qu'il a pris d'éclairer ainsi ce local. Le plafond est en compartimens d'ornemens, qu'on dit être de son invention , et qui , effectivement , sont assez dans son goût et sa manière. On lui attribue aussi les dessins de la menuiserie de cette pièce et des arabesques dont elle est ornée.
Les premiers ouvrages de Michel-Ange, en architecture , furent a Florence ceux qu'on vient de décrire, et quelques autres détails qu'on lui attribue. La suite des évènemens politiques Tayaut transporté à Rome, où il devoit terminer sa longue carrière, c'est dans cette ville que nous allons parcourir les autres monumens qne l'architecture doit à son génie.
Les conservateurs du peuple défraient «"donner au moderne Capitule une forme qui , par quelque noblesse de composition architecturale , répondit un peu à la célébrité de son ancien nom. Michel-Ange, chargé de satisfaire à cette intention , conçut un projet aussi riche que varié, tant pour la dis|K>!iition des corps de bâtiment et leurs abords, que dans l'emploi des statues antiques qu'il y distribua. On lui doit
I cette belle rampe de la montée principale, ornée de divers morceaux d'antiquité. On lui doit, au milieu de la place, l'érection de la statue équestre en bronze de Marc-Aurèlc , sur une base d'une bonne propor-
25t> BUO
lion , c'est-à-dire propre à lalnH briller et admirer de pré» l'ouvrage du sculpteur. On lui doit le soubassement du Palais du Sénateur, et par conséquent ce beau perron à deux rampes, avec tous ses accessoires.
Les deux corps tout-à-fait symétriques de bâtiment qui font les deux ailes de la place furent entièrement construits sur les dessins de Michel- Ange. Leur façade »c com|>o*e d'un rez-de-chaussée en galeries ouvertes du coté de la place, et d'un seul étage, percé île fenêtres, dont les chambranles sont à frontons sup|x>rtés par des colonnes. l/es piédroit* de la galerie du rez-dc-chaussée reçoivent les piédestaux L des grands pilastres corinthiens, qui montent dans toute la hauteur de l'édifice dont ils portent l'entablement, lequel règne sans interruption et est couronné par une balustrade ornée de statues. C'est aux portiques de la galerie dont on a parlé que Miehrl- Ange fit l'emploi de ce chapiteau ionique qui porte son nom , et dont il fut réputé l'inventeur. Mais cette opinion a été réfutée depuis long-tem]». Il y a en effet, dans l'antiquité, plus d'un exemple de chapiteaux ioniques dont les volutes sont retournées en dehors, et Michel- Ange put de «on temps en trouver des exemples à Rome.
Le plus magnilique des palais de cette ville , le palais l'arnèse , devoit recevoir son couronnement de la main de Michel-Ange. Son projet rein|>orta sur ceux d'un assez grand nombre de concurrens. Mais il ne voulut pas s'en rapporter seulement au projet. Rien de plus trompeur que le calcul du petit au grand , surtout appliqué à des niasses considérables. Il y a , en effet , de ces rapports d'harmonie que le \ goût seul ne saurait préjuger, et que la seule expérience peut déterminer. Michel-Ange jugea donc nécessaire de faire sur place l'essai d'une partie de son couronnement, au moyen d'un modèle en bois de la grandeur que l'ouvrage devoit avoir, et il en éleva un morceau sur l'un de* angles de l'édifice. Cet essai obtint l'applaudissement universel. L'entablement fut exécute d'après le modèle ainsi éprouvé , et il passe pour le meilleur des ouvrages de ce genre, toutefois après celui du palais Strozzi , a Florence, |«r Pnllaiuolo, dit le Cronaca.
Le pape Pie IV chargea Michel- Ange de faire des projets de portes pour les différentes entrées de Rome. La seule toutefois qu'il ait construite fut celle qu'on appelle porta Pin. I*c monument, quoiqu'il n'ait pas été entièrement achevé, n'en est pas moins propre à prouver ce que nous avons annoncé dès le commencement , savoir que Michel- Ange , élève de lui seul , non-seulement ne se régla sur le goût et la manière de qui que ce fût , ni d'aucun pays, ni d'aucun Age, mais semble avoir souvent affecté de ne s'assujettir à aucun principe établi sur un svstème. L'est ce qu'on |>ourroit inférer, dans la porta Via, du mélange de formes consacrées par les types de l'art des Grec» et de forme* qu'on pourroit appeler extra-
BLO
architettoniqties . Que ce mélange, qui n'est que l'absence de tout système, ait été, de la part de Michel-Ange, comme il arriva par la suite, la négation de tonte vérité dans les combinaisons de l'art , c'est ce qu'il seroit difficile d'affirmer. Toutefois, cet exemple devint une autorité pour les novateurs qui suivirent. Aussi l'on a pu dire, avec quelque raison, que par la jiorte Pie ont passe et se sont introduites toutes les bizarreries qui plus tard dévoient ruiner l'architecture.
Si Michel-Ange , en quelques parties, et surtout dans de légers détails d'architerturc , se laissa entraîner à la manie d'innover, il ne faudrait pas conclure de ces minuties qu'il aurait eu le défaut de sentir et de voir en petit. La coupole de Saint-Pierre, sur laquelle se fonde sa réputation comme architecte , va nous montrer qu'il fut de tous ses contemporains celui qui, parla hauteur de sa manière «le voir, se trouva le plus de niveau avec la plus grande de toutes les entreprise* connue*, et on va voir que c'est à lui qu'on doit qu'une aussi vaste conception ait été réalisée dans le* formes, dans les proportions et avec le goût qu'elle exigeoit.
Depuis l.i mort de Rramante, c'est-à-dire depuis l'an i 5 ; > jusqu'à l'année 1 5^0 que mourut Antoine San-Gallo, la construction de Saint-Pierre n'avoit offert qu'une succession plus ou moins rapide d'architectes, de projets et d'essais. L'idée première de Bramante fut grande et hardie, mais les moyens d'exécution n'y répondirent pas. Après lui, on fut effrayé, non de la grandeur du projet, mais de la
E'tit'esse des moyens d'exécution. Julieu de Sanallo, Joconde, Raphaël, travaillèrent à en raffermir et consolider les points d'appui , et toujours sur le même plan. Ces trois nouveaux architectes manquèrent bientôt. En i Î20, lialthazar Peruzzi prit la place de Raphaël, et Antoine San-Gallo celle de Julien, son oncle. Le premier réduisit la croix latine du plan de Bramante en croix grecque; il éleva l'hémicycle du fond , et vit languir entre ses mains toute l'entreprise, sou» le règne inerte, pour les arts, d'Adrien VI, et an milieu des catastrophes de celui <le Clément VII. Il mourut en i53fi, et laissa Antoine San-Gallo seul chef des travaux.
Paul III, déjà pape depuis deux ans, étoit le protecteur de San-Gallo , et aimoit le» grandes entreprises. Il voulut enfin fixer la destinée de Saint- Pierre; mai* une multitude d'abus s'étoient enfarinés dans la direction des travaux. Chacun en faisoit un objet de trafic et de spéculation particulière ; chacun ne teniloit qu'à se perpétuer dans son emploi : on ne visoit qu'a rendre l'entreprise interminable. Quoique Antoine San-Gallo ne semble pas avoir eu une semblable intention , il faut dire que le modèle définitif qu'il fit alors, et qui s'est conservé jusqu'à nos jours, aurait, jar l'infinie multiplicité de ses détails, singulièrement serv i les vues intéressées dont on a parlé. ( Pûya Sa*-Gallo Antoine ) En un mot,
BUO
du goût , une grande pensée perdre au milieu de l'exubéi
le monument et pour l'art , San-Gallo mourut, et plut heureusement encore Paul III eut le bon esprit de l'adresser à Michel- Ange.
Une distinction aussi flatteuse, et que tant d'autres auroient briguée, n'éprouva de sa part que refus et résistance. Il mit tout en œuvre pour fuir la faveur dont il prévoyoit le fardeau. Dieu (dit-il en écrivant à Vasari ) m est témoin qtte c'est contre mon gré, et uniquement par force, que j'ai accepté l'entreprise de Saint-Pierre. Dan* une lettre a A m maria ti, il disoit, en parlant de son modèle , S'il l'emporte, je ne puis qu'y perdre beaucoup. C'est ce que je vous prie de faire en tendre au pape ; car je ne me sens pas bien portant. Michel- Ange avoit alors soixante- douze ans.
Ce modèle dont il prie , et sur lequel Saint-Pierre fut hiti , devint la critique la plus sévère et la plus juste de celui de San-Gallo. Il ne mit que quinze jour* à le faire, et n'y dépensa que a5 écus. Sou projet, disoit-il, économisoit cinquante années de travail , et 3oo mille écus : calcul certainement fort modéré. Mais ce que les gens de goût virent alors, et ce qu'ils peuvent voir encore aujourd'hui , c'est que cette économie de détails dispendieux et superflus tournoit aussi au profit de la vraie grandeur du t, et que chaque suppression de dépense de beauté. En adoptant le grecque, Michel-Ange degageoit toutes les minuties dont San-Gallo avoit rempli le sien; il faisoit servir le même ordre corinthien , et dans la même proportion , au dedans comme au dehors ; il n'nsoit ainsi a l'extérieur que d'une seule ordonnance, au lieu de trois qu'eroployoit son prédécesseur ; il élevoit une coupole bien plus majestueuse, environnée d'un seul rang de colonnes; il donnoit enfin à tout de l'unité, de la simplicité, par conséquent de la vraie grandeur.
Michel- Ange eut le malheur qu'il redoutoit. Son modèle enchanta le pape, qui ne s'en tint plus visà-vis de lui aux invitations. Il employa son autorité le forcer à devenir architecte de Saint-Pierre.
proprio, qui lui conférait cet ssi les pouvoirs les plus illimi-
tés. 11 avoit le droit de disposer de tout, hommes et choses, avec une autorité sans bornes. Le pape, en lui accordant la liberté de tout changer a son gré , ôtoit à ceux qui pourraient lui succéder celle de s'écarter des plans et du modèle arrêtés.
Il ne falloit rien moins que le haut crédit d'une grande réputation pour parvenir à couper enfin le nœud de toutes les difficultés et de toutes les contrai il falloit aussi un caractère capable de tous les obstacles et d'il
<l»eMich<
BUO
parti de San-Gallo. Le [
Ange fit de son pouvoir, fut d'expulser tous lesagens et employés de la fabrique, et de les remplacer. Pour mieux réformer les abus , dont Uni de gens s'étoicot engraissés au détriment du public , il donna la meilleure leçon de désintéressement , l'exemple , en refusant le traitement annuel de six cents écus attaché à la place d'architecte en chef, qu'il occupa gratuitement pendant dix-sept ans. L'acte qui le nomma fait mention de son refus d'accepter la moindre indemnité, et ce fut lui-même qui sollicita l'insertion de cet article.
Fort de ces divers moyens, Michel-Ange attaqua, tout a la fois, toutes les parties de son monument. Après avoir détruit l'ouvrage de San-Gallo, il fit monter également la construction sur tous les points. Son but étoit d'avancer les choses de manière qu'il n'v eût plus lieu à retour ni à changement. En trois années, il banda les quatre nefs, éleva le revêtissement extérieur en pierre, termina les deux grands escaliers qui, d'un côté et de l'autre, conduisent au sommet des voûtes , fortifia d'un nouveau ceintre en briques les arcs du dùmc, et renforça leurs pilier»: de pieds d'épaisseur sur un sens, et de 21 sur l'autre , que leur avoit donné Bramante , il les porta à 58 pieds et à 2g. Bientôt on vit exécuté en pierre le soubassement extérieur de la coupole, et aussi achevé en travertin le grand entablement de l'intérieur du dôme. De toutes parts , et à vue d'icil , grandissoit l'édifice. Son ordonnance de pilastres , au dedans comme en dehors, fut irrévocablement fixée. Les hémicycles des deux croisées furent voûtés en pierre, et l'on vit achevés les compartimens de leurs voûtes , les chapelles et les fenêtres qui les éclairent. Enfin avant sa mort, qui arriva en 1 ■ j , Paul 111 put voir la forme de la grande basilique invariablement déterminée.
Sous Jules III, son successeur, l'intrigue renouvela ses elTorts contre Michel-Ange . On lui reprochent de ne pas donner assez de lumière à l'intérieur du temple, et d'avoir bouleversé ce qu'on avoit fait avant lui. Ce n'étoient là que les sifllemens de l'envie. Le ppe fit examiner le sujet de ces plaintes. Le résultat de l'examen fat un nouveau diplôme confirmalif de celui de Paul III. Enfin, malgré tous les changemens de pontifes , et au milieu de toutes le* inquiétudes que ces variations ne cessèrent de causer a l'architecte , la tour du dôme fut élevée ; et si les fonds n'eussent pas diminué , sous les règnes de Paul IV et de Pie IV , l'édifice eût été bientôt porté à sa fin.
Quelques dégoûts qne ses envieux lui fissent éprouver à Rome, de quelques tentatives qu'on usa d'autre part pour le ramener a Florence, Michel-Ange resta inébranlable. Il sentoit que la destinée de Saint-Pierre étoit attachée à la sienne. Si je quittois, écrivoit-il a Vasari, j'occasionerois la ruine de ce grand monument; ce sentit pour moi une honte éternelle et une
BUO
faute impardonnable. Lorsque je r au rai mis au point qu'on n'y pourra plus rien changer, j'espère alors, etc. Il disuit dan* une autre lettre , en réponse aux instances qu'on lui faisoit de la part du grandduc qui l'appcloit auprès de lai : Obtenez de SaSeigneurie que, avec sa permission, je puisse suivre la construction de Saint-Pierre jusqu'à ce que je l'aie conduite au point qu'on ne puisse plus lui donner une autre forme. Si je parfois auparavant, je serais cause d'une grande ruine , d'une grande honte et d'un grand péché. Je. vous en prie pour f amour de Dieu et de saint Pierre, etc.
Michel-Ange put se llatter d'avoir obtenu l'olijct de ses voriix. Il poussa, en effet, l'ouvrage à un tel degré , qu'il ne restait plus à élever que ce qu'on appelle la calotte du dôme . opération qui ne pouvoit plus donner lieu à un changeaient bien sensible. Il avoit alors quatre-vingt-sept ans, et les élétuens de ce reste de construction n'étoient encore que dans sa tète. On l'engagea donc a en arrêter tous les détails. Il fit faire en bots le modèle de cette belle structure, qui présente deux voûtes inscrites l'une dans l'autre.
Jusqu'à 26 pieds au-dessus de l'attique qui surmonte extérieurement les colonnes ou la tour du dôme , la coupole ne forme qu'un seul corps ou massif de construction, dont le diamètre intérieur est de l3o pieds. A cette naissance de la courbure de la voûte , l'épaisseur de la construction est de i) pieds , sans y comprendre la saillie des cotes. Comme le ceiutre des deux voûtes n'est pas formé par des courbes exactement concentriques , l'intervalle qui les sépare augmente à mesure qu'elles s'élèvent. A l'endroit où elles rencontrent la lanterne, leur distance est de 10 pieds.
Après la mort de Michel- Ange , cette double et immense voûte fut, avec la lanterne qui la couronna, religieusement exécutée sur son modèle, et telle qu'il l'avoit conçue , par Jacques délia Porta et Dominique Fontana. Le respect pour ses intentions fut
porté, pendant long-temps, jusqu'au scrupule, et Pie IV destitua Pirro Ligorio pour avoir tenté de
1/église de Saint-Pierre, il faut le dire, doit donc son existence a Michel-Ange, si l'on considère ce qu'il y a fait, ce qui en est véritablement l'essentiel. Or, c'est bien ainsi qu'il faut appeler la coupole eu son entier, avec son -couronnement , la croisée, l'hémicycle du fond , l'ordonnance intérieure et extérieure des pilastres corinthiens, et les détails de tous les profils. Il est bieu vrai que, depuis lui, le plan de croix grecque ou'il avoit adopté fut allongé en croix latine {voyez Maderne] par l'addition de trois nouvelles arcades , maison ne lit que continuer eu dedans, comme au dehors , l'architecture et l'ordonnance corinthienne de Michel-Ange.
C'est, quant à l'intérieur du vaisseau, et ce sera long-temps une question indécise de savoir si Saint- Pierre, ainsi prolongé dans sa uef d'entrée, a perdu
BUO
ou gagné à ce changement. A décider la question sous le rapport d'uuilé , de conception et d'effet, sans aucun doute le système de Michel-Ange a l'avantage. Selon son intention , le temple devoit consister dans la coupole , et les quatre bras de sa croix n'étoient que des appendices subordonnés qui ne dévoient rien disputer, mais dévoient au contraire ajouter à l'effet de la grandeur de leur point de réunion. A considérer la question sous un autre rapport, celui de la grandeur de dimension réelle, l'édilice, augmenté comme Bramante l'avoit projeté, a acquis une telle immensité d'espace , qu'on seroit j>eut-ètre aujourd'hui fort en peine de la condamner. Ce qu'on peut dire , c'est que le monument renferme deux grandeurs voisines sans être rivales.
Rien de plus rare que de voir d'aussi grandes entreprises couçues et achevées selon le même projet , par le même architecte. Elles excèdent ordinairement les bornes de la vie d'un homme. Saint-Pierre fut l'ouvrage d'un siècle et demi. Aux cliangemens d'architectes et de projets s'en est joint uu autre , contre lequel il y avoit eucore moins de remède : je veux parler des révolutions de style, de manière et de goût, qu'on vit arriver durant cette période. Il auroit pu se faire que, commencé par Bramante dans toute la pureté de l'architecture, le temple, du Vatican,
trouvât terminé par Borromini , c'est-à-dire avec tous les contrastes du goût le plus dissolu. Combien donc furent heureuses les prévisions de Michel-Ange et la persévérance qu'il mit à lixer les points principaux de l'architecture de Saint-Pierre et à tcrnùncr la coupole dans tous ses détails.
C'est eu effet la qu'il se montre , et tout seul , et tout entier, sans que la moindre modification ait altéré sa grande et belle conception. Si l'on en doit à Bramante la première idée, il faut avouer qu'elle n'est pas sortie de sa tète. B n'arrêta rieu à cet égard ; il est même permis de douter qu'il eût été capable de réaliser cette imposition allégorique du Panthéon sur tes voiltrs du temple de lu Paix, selon l'expression qu'on lui a prêtée.
Disons encore que l'effort de la science et du génie ne consistèrent même point alors «buis ce qu'on est le plus porté à y admirer, c'est— à-dire la pensée d'une conpole aussi étendue. Après Brunrleschi , ce n'étoit plus une chose nouvelle que l'idée de porter dans les airs une telle roustruclion. Ici le mérite devoit être de surpasser Sainte-.Maric-des-Fleurs, dans tous les points que l'architecte llorenûn avoit légués au siècle qui devoit le suivre.
Ce que la coupole de Michel-Ange devoit avoir de neuf et d'original, c'est-à-dire sans exemple cbei les anciens et les modernes , c'étoil d'être la plus haute , la plus vaste de toutes les constructions, joignant à la plus grande jiortee de dimension la plut grande beauté de proportion. Ce qui lui etoit réservé, c'était de à la simplicité de contour, à l'unité de la
BUO
forme , la magnifl i nci et la richesse de U décora- Il lion ; c'était de présenter une justesse de rapport* j qai en rend l'ensemble harmonieux quand on le considère en lui-niéme , et non moins harmonieux quand on le compare à toute la nue» dont il est le couronnement ; c'était enfin de briller par un accord parfait entre ton intérieur et son extérieur, accord tel qu'U ne laiiae rien à ajouter, rien à retrancher, rien qu'on puisse y vouloir ni en plus, ni en moins , ni autrement.
On pourra penser diversement sur le goût de Mi- j ehel- Angf dan» ses autres ouvrages d'architecture. [ Il n'est point permis d'avoir le moindre doute ni j d'user de la moindre restriction sur le génie de l'homme qui a produit la coupole de Saint-Pierre. Si tout ce qui avoit été pensé, projeté, exécuté avant lui en ce genre ne peut lui dispuler le prix de l'invention et de l'originalité, et ne peut servir qu'à marquer la hauteur de son génie , il nous semble que les nombreuses coupoles élevées dans toutes les contrées de l'Europe depuis lui, et d'après lui, ne doivent se considérer encore que comme autant d'échelons propres à faire mieux sentir et mesurer sa
BUONO. Cet artiste , tout à la fois architecte et sculpteur, et des plus renommes de son temps , fut employé en 1 1 54 par Dominique Morusini, doge de \ rniac , versé lui-même dans l'architecture , pour construire la fameuse tour de Saint-Marc.
Cet édifice se fait remarquer surtout par la grande solidité de sa construction. Ses fondations, assises sur des pilotis , ont été jetées avec un tel soin , qu'il ne s'y dérouvre aucune fente , tandis qu'on en voit à presque tons les autres campaniles de Venise. La hauteur de la tour de Saint-Marc est de 33o pieds.
On manque de détails sur cet architecte , et l'on ignore jusqu'au lieu de sa naissance; mais il paroit que sa réputation le fit appeler dans plus d'nne ville de l'Italie. A Naples, il construisit le château <'■<- MM | qu'on appelle aujourd'hui la ficaria, et le château de l'OEnf.— A Pistoia, on lui attribue l'église de Saint-André. — A Florence, il donna le projet d'agrandir l'église de Sainte-Marie-Majeure , dout cm voit encore les principaux murs et les voûtes. — A Aretxo, il éleva le bâtiment de l'boteWe-ville, avec son clocher on beffroi. Crénéralcmcnt, tous ses ouvrages sont empreints de ce goût appelé, on ne sait pourquoi, demi-gothique, mais qui se perpétua plus ou moins jusqu 'au quatorzième siècle.
BUOÎNTALENTI (Bmxa,,do). Architecte florentin , né à Florence en i535, mort en 1608.
Florence dut cet artiste, qu'elle met au nombre I desesmeilleursarrhitectes.ànn funeste accident. Lne inondation de l'Arno , l'an 1284, avoit tellement I miné le terrain d'un certain quartier de U ville , que toutes les maisons qui le couvroient s'écroulèrent en ||
BUO a59
un instant. La précipitation des Florentins à réparer cet accident, fut aussi grande que leur imprudence. Un second éboulenient ne les avoit pas rendus plus sages; il fallut qu'un troisième malheur le* désabusât des tentative* toujours infructueuses qu'ils auraient pu faire pour la reconstruction de ce quartier : un nouveau débordement du lleuve, survenu l'an i5.|7, en Ht pour la troisième fois écrouler les maisons. Un grand nombre de personnes fut ensctrli sous ces ruines. I-a maison du jeune Buontalenti fut le tombeau de toute sa famille. Une sorte de miracle le sauva des ruines sous lesquelles il devoit être englouti : seul de toute la maison il échappa à la mort, à la faveur d'une voûte sous laquelle il se trouva par hasard. L'enfant, ainsi garanti de la chute des décombres, pouvoit se voir réservé à une fin peut-être plus cruelle , si fort heureusement une fente produite par l'atterissement dans un des murs ne lui eût permis de faire parvenir ses cris au dehors. Bs furent entendus: la pitié la plus active lui porta les secours le* plus pressé* par la fente dont on a parlé , en attendant le déblaiement des décombres qni 1. -tardaient sa délivrance. Un officier de Corne de Médicïs , témoin de ce fait , en porta la nouvelle â son maître ; le duc prit sur-le-champ un vif intérêt au sort du malbcurrux enfant : il recommanda les plus grandes précautions dans le déblaiement des matériaux, et après avoir recueilli dans son palais le jeune Buontalenti , il s'en déclara le protecteur et le père.
Les soins que Médicis prit de son éducation furent bientôt récompensés, et de la manière la plus conforme à ses désirs. B vit éclore en lui plus d'un talent. Le dessin et la [teinture fixèrent les premières études de Buontalenti , qui en apprit les élément à l'école de Salviati , de» Bronzino et de Vatari. La sculpture et l'architecture parurent ensuite se disputer son goût et son génie. Il est ronutant que ses progrès dans tous ors arts avoient de beaucoup devancé son âge. Ils étonnèrent son illustre protecteur, qui n'hésita point de donner pour maître à I" rançpis de Médicis , son fils , un jeune homme de quinze ans.
A cet âge, Buontalenti avoit déjà produit quelques morceaux de sculpture assez remarquables, entre lesquels on diatinguoit un crucifix de grandeur naturelle , pour l'église des religieuses des Anges à Borgo San-Friano. Il avoit aussi fait connoitre son talent dans quelques inventions de petits spectacles destinés à l'amusement du jeune prince.
Mais ce fut surtout aux mathématiques qu'on le vil de bonne heure donner son application , et c'est k leur profonde étude qu'il dut sa haute réputation. La mécanique et l'hydraulique fixèrent plus particulièrement son choix. Tout ce qu'il fit dans les jardins, dans la conduite des eaux, dans la direction de* fêtes et de* machines de théâtre, prouve qu'il avoit joint aux plu* lieu rruscs dispositions de U nature les connaissance* le* mieux acquises.
L'occasion de le» mettre en oeuvre ne tarda pas à
aio BUO
se présenter. Le grand-duc François de Médicis a voit acheté un terrain nommé Pralolino , situe à cinq milles de Florence; Buon tnlenti fut chargé d'y construire la maison de campagne qu'on y admire encore aujourd'hui. Le plan en est si ingénieux que, qu'on y ait ménagé de cours ni d'autres espaces I au moyen desquels on trouve facilement à éclairer les I intérieurs, l'édifice dont on parle jouit partout de la lumière la plus avantageuse. Les machines construites dans cette maison de plaisance pour y conduire et y élever des eaux, méritent l'attention des connoisseurs, ainsi que toutes sortes d'autres inventions hydrauliipjesqui se sont depuis répandues dans toute l'Europe. Cette maison de plaisance coûta sept cent quatretingt-deux mille écus romains, c'est- i-dire trois millions neuf cent dix mille livres de France.
Dans le même temps, le modèle du palais appelé il Casino, derrière Saint-Marc , lit juger du bon goût de Buontalenti dans l'architecture. Tous les architectes du temps convinrent qu'il étoit impossible de réunir à une plus grande simplicité plus de richesse et d'agrément à la fois. On y admira surtout legenre de la porte, et son caractère grandiose et varié. Toutes les parties, tous les membres et profils du palais méritent cet éloge. On peut excepter quelques petits détails capricieux , sacrifices faits à une certaine mode
qui , comme nous aurons occasion de le redire , n'altérèrent jamais dans ses productions les
La liste des ouvrages de Buontalenti est trop nombreuse pour que nous puissions donner de tous une notice même succincte ; on en trouvera l'énumération a la tin de cet article. Nous choisirons, pour en parler avec un peu de détail, quelques-uns des plus célèbres.
De ce nombre est ce qu'on appelle la Galerie de Florence ou le Muséum de cette ville. On sait qu'il est établi à l'étage au-dessus du bâtiment appelé des IJjJizi Auw/, construit par Vasari. Le mérite de Buontalenti dans cette entreprise consista particulièrement à disposer dans un grand et bel ordre toutes les pièces où dévoient se trouver classés , raugés et exposés favorablement les divers genres d'ouvrages et d'objets précieux qui composent cette riche collection. Il construisit à cet effet plus d'une pièce remarquable, entre autres la jolie rotonde qu'on appelle la Tribune, dont la voûte est ornée, en place de caissons, par de grandes coquilles qui sont des nacres de perle. C'est au milieu de celte salle qu'est placée la Vénus de Médicis.
Ce fut Buontalenti qui termina, d'après les des-
sins d'Ammanati , la distribution et la palais Pitti.
lu charmant ouvrage de lui fut la villa appelée Marignnla, que le grand-duc François de Médicis fit bâtir pour un certain D. Antonio, et qui a depuis ap|iartenu à la famille Capponi. C'est un petit palais a trois étage* bien distribués. On y voit une belle porte corinthienne, surmontée d'une balustrade Les
BUO
fenêtres de chaque étage sont espacées dans le* meilleures proportions. Leurs chambranles et leurs orncmens sont d'un goût sage, et les rapports de chaque partie avec le tout sont d'une parfaite harmonie. Un des deux palais Strozzi (celui qu'on c
Cr l'addition de Canto di Pazti) fut commencé sur i dessins de Buontalenti. Il n'y a de lui que b façade sur la rue Maggio, et le premier étage ou le soubassement du côté de Borgo drgli Alkivù. Le reste fut terminé par Scamoui et Cigoli. Quant au caractère du soubassement, qui comprend l'étage au rez-de-chaussée et la porte, on doit dire qu'il est aussi noble et imposant que bien entendu dans sa composition. Seulement on voudroit en faire disparoitre certains petits détails d'ornemens capricieux , dans les chambranles de la porte et de* fenêtres. Ces
uiuiu» wi» juiu, MU» UUUIC,
masses imposantes de l'architecture florentine de cette époque; mais on doit dire que, mêlés au style des ordonnances les plus graves et les plus régulières de l'art antique, ils contrarient involontairement par tour étrangeté l'uni! habitué à l'accord que les anciens nous font éprouver entre leurs plus grandes masses et leurs moindres détails d'ornement.
Buontalenti, nonobstant le grand caractère qu'il sut imprimer à l'ensemble de ses monumens, peut encourir le reproche d'avoir par trop autorisé ft u'on peut faire du caprice dans la
le premier d'introduire sur les corniches et les entablcmens certains frontons dont les chevrons sont contournés ou rompus. Mais, continue-t-tl, son attention fut de n'user d'un pareil couronnement que dans des intérieurs d'édifices, et il ne se les permit pas dans les parties exposées à la pluie , vu l'inconvénient auquel ces sortes de formes exposeraient les portes et les fenêtres. Quelque futile que nous paroisse cette distinction, nous devons dire que Buontalenti ne fut pas toujours aussi scrupuleux observateur de la convenance en ce genre, que Baldinucri veut le donner à entendre. Au casin deCorsini, ou voit des frontons de croisées extérieures dont le i met est tronqué. Or, cet ouvertures i supérieure sont ce qu'il y a de pli tune propre du fronton.
Cependant on doit convenir que ces détails abusifs, effets d'une complaisance peu réfléchie pour de* nouveautés contemporaine* ou pour des pratiques éphémères , n'ont pu enlever a la grandeur des i ceptions et de* masses où Buontalentt déploya IV gie de son art , l'estime et l'admiration de la postérité. On aime a reconnoitre qu'il n'en connut pas moins dans ses ensembles la pureté des formes essentielles , la sévérité des profils , et le bel accord des proportions. Sa porte rustique derrière le Palais \ ieux est un modèle à citer, de force , de grandeur, de simplicité. L'emploi du bossage y est prououcé sans excès, le style est énergique sans pesanteur.
BUO
Il non» faut aussi parler du mérite de Buonta- [I lenti dan* l'architecture militaire, où il eut plus d'une occasion de montrer sa capacité.
La forteresse dite du Belvédère , a Florence , est son outrage. On lui attribue l'invention de l'étonnante serrure qui ferme la porte du trésor placé dans I cette forteresse : un ressort meurtrier s'y trouve adapté, de manière a tuer celui qui, sans être instruit du secret invisible , tenterait de l'ouvrir.
Le duc d'Albe appela BuontaUnti à Naples , et l'employa aux fortifications de plusieurs villes ; il s'en servit aussi comme d'ingénieur dans plus d'une place forte. La forteresse de Porto -Ferrajo et les deux ports de l'île d'Elbe furent construits sur ses dessins. Livourne, Grosseto, Pistoia, Prato, furent fortifiés par lui. Les fossés de Livourne , les arsenaux de Pise , et d'autres travaux de ce genre , lui méritèrent la place d'ingénieur en chef de toule la Toscane. Il lit construire des ponts dans toute son étendue , y éleva des digues , et y inventa un grand nombre de machines de guerre. Il passe pour avoir perfectionné l'usage du canon et avoir donné la première idée des bombes et des mortiers.
Sou génie ne fut pas moins fécond en créations mécanique*, dont il enrichit les arts d'agrément. On ne finirait pas, à vouloir rapporter les descriptions des fêtes magnifiques dont il fut l'ordonnateur , de tous les genres de spectacles et de décorations scéniques dans lesquels il fit briller les inépuisables ressources de son génie. Nous n'avons pu qu'effleurer tous ces détails , que s'est plu à rassembler avec étendue Baldinucci dans la Vie de son contemporain.
BuontaUnti avoit ouvert dans sa propre maison , située rue Maggio , une école publique qui fut fa- j meuse dans toute l'Europe et devint le rendez-vous des étrangers, des seigneurs florentins, des amateurs et des artistes de tout genre. Elle étoit surtout ouverte , et gratuitement , à tons les jeunes gens. Il était le père de ses élèves, et il les aidoit de sa bourse. Toujours le premier a proclamer leurs talctis, il sollicitait pour eux des ouvrages et à son propre détriment. On auroit de la peine à déterminer le nombre des habiles gens sortis de cette école. Il s'y en forma dans la peinture , la sculpture , l'architecture , la perspective , la mécanique , les fortifications , le génie, etc. Les plus célèbres Florentins que l'on cite furent Jules Parigi , Augustin Migliorini qui lui succéda dans les décorations du théâtre, Gérard Salviani, Ludovic© Cigoli, et llcrnardino Pocctli.
Les nombreux ouvrages de BuontaUnti auraient dû lui procurer de grandes richesses ; mais son désintéressement s'op|Hisoit a sa fortune. L'amour de son talent la diminuoit de plus en plus. Il dépeusoit tout en modèles , en projets de tout genre pour le service du grand-duc. La vieillesse lui fit enfin apercevoir, arec quelques infirmités, la modicité de sa fortune, et éprouver le regret de laisser trop peu à sa fille unique, chargée d'une nombreuse famille. Ce triste
BUS 26
avenir abrégea sa vie. Il mourut âgé de soixantedouze ans. Le grand-duc, instruit de la position de ses affaires, paya ses dettes et fit une pension à sa fille, ainsi qu'à chacun de ses enfans.
Le détail de tous les édifices qu'éleva ce fécond architecte formerait un volume. Nous nous contenterons d'indiquer encore, d'après Iialdinucci, quelquesuns de ceux dont il n'a pas été fait mention dans cet article, et qu'on voit a Florence pour la plupart.
Le palais Piazza , bâti sur ses dessins , et dont U façade est décorée d'un ordre prétendu toscan, qui passe pour un des plus beaux que l'on connoisse.
La façade de l'église de la Trinité , qu'on admire pour la belle exécution de son architecture , malgré la qualité de la pierre dont elle est construite.
Le cloître et les augmentations du monastère qu'on appelle à Florence Perso Arna et ferso Parione.
La chapelle du Crucifix et celle de Ycllutti dans l'église du Saint-Esprit.
Le palais Acciauoli , qui a depuis appartenu à la famille Corsini.
La façade intérieure de l'église de Saii.te-Marie- Majeurc, avec l'orgue et plusieurs chapelles.
La restauration et la façade de la maison Kircardi, dans la rue Maggio.
La maison du chevalier Serquidi, habitée depuis par les Martelli, rue du Cocomcro.
Le palais ducal à Pise, la façade de l'église des Chevaliers de Saint-Etienne, et le palais de Sienne.
La restauration des maisons de plaisance du grandduc, appelées, l'une Cartrllo, et l'autre Pietraia.
Les fondations de la chapelle royale de Saint-Laurent a Florence , qu'il conduisit jusqu'à la hauteur du soubassement , et beaucoup d'autres dessins d'orncmens et de décoration pour un grand nombre d'édifices.
La belle porte appelée delU Suppliche, etc. etc.
BURLINGTON . S'est distingué parmi la noblesse anglaise par son goût exquis pour les beaux-arts, et surtout dans l'architecture.
Il voyagea long-temps en Italie, où il s'attacha surtout à étudier les ouvrages de Palladio , dont il recueillit plus de soixante dessins originaux qu'il a publiés. Il joignit à ces dessins plusieurs de sa propre composition dans l'édition qu'il donna des ouvrages de ce grand architecte.
Burlington fit bâtir, en 187.4, un palais pour le général ^ade. Le rez-<lc-chaussce est en bossages d'un 1" 1 effet. Au-dessus s'élève un étage décoré de pilastres doriques bien distribués, qui supportent une simple frise. Les fenêtres sont d'un goût peu orné, et qui répond au style de l'ordonnance générale. Ou trouve à cette construction nnité, simplicité, et beaucoup de correction.
Bl SCHETTO , architecte du onzième siècle. Dès le dixième siècle, Pise, grâce au génie de se»
aG2 BUS
citoyens, à l'activité .le son commerce et de u marine, étoit parvenue à un assez haut degré de puissance. Ses flottes victorieuses pareouroient toute la Méditerranée, et Iraiispurtoient ses armes aux lies Lipari, sur les cotes d'Afrique et dans la Sicile. Vers l'an to63, les Pisans assiégèrent Paleinie, forcèrent l'entrée de son port, et s'em|>arèrent , après avoir chassé leui-s ennemis, de six grands vaisseaux chargés d'nn immense butin.
De retour dans leur patrie, ils résolurent d'appliquer 1a valeur de ces riches dépouilles a l'érection d'un temple destiné à devenir un monument tout à la fois de gloire pour le pays et de rcconnoissancc envers le ciel, qui avoit favorisé le succès de leurs
Il a régné jusqu'à ce jour beaucoup d'incertitudes et de méprises, tant sur la date de l'époque où dut être commencée la basilique de Pise, que sur les sources d'où l'on tira les matériaux antiques dont elle est en partie formée, comme aussi sur l'origine ou le pavsde l'arrhitecte Busclictl» les mit aussi habilement en «-livre dans ce monument, le premier qui ait vu renaître le goût de Y architecture antique.
Dans son Histoire de la Sculpture, M. Cicognara paroit avoir dMpi ces obscurités en reproduisant toutes les inscriptions: qu'où lit sur les murs du monument même, et dont quelques-unes semblent n'avoir point été connues de Yasari. D'après une de ce» inscriptions, un ne sauroit douter que l'an ioG3 ne soit celui de la fondation de l'édilice.
Jusqu'ici encore on avoit cru et rc|>été que les colonnes et les restes d'antiquité dont la cathédrale de Pise offre une sorte de collection avoienl été recueillis par les Pisans dans leurs voyages de mer, et transportés de la Grèce pour embellir leur ville. M. Cicognara montre l'invraisemblance de cette opinion. Il paroit , en ellèt , beaucoup plus probable que Pise , dont l'ancienne église de Santa-Repnrata avoit , dès le quatrième siècle, été élevée sur les ruines des thermes ou du palais d'Adrien , |iossedoit , comme beaucoup d'autres villes d'Italie, un très-graud nombre de colonnes antiques de toutes proportions et en tous genres de marbres , qui devinrent les matériaux que l'architecte du nouvel édifice devoil mettre en univrc. Ajoutons que Pise encore, à cette époque, etoit maîtresse de l'île d'Elbe, où elle lit tailler un assez grand nombre de colonnes de granit.
Il est à croire que cette opinion sur l'importation de morceaux d'architecture grecque a pu s'accréditer a la faveur «le celle qui, jusqu'à nos jours, lit croire que l'architecte de la cathédrale de Pise, Busefiello , étoit lui-même Grec, et natif de La petite île de Dulirhiiiin, qui jadis lit pallie du royaume d'Ulysse. Cette méprise est résultée des deux premiers vers de l'epitaphe «le Btt*chetto, ou. |>oiir mieux «lire, des lacunes de «leux ou trois mots que <{uel«|ue aci ident a fait dispiroîlre des deux premiers vers de l'in-
BUS
•cription , tels qu'on lc« lit aujourd'hui , et «pe
IUsKET... JACÏ. .. HIC... \ \\, \ MOBCM DfUCHIO l'li.tv.iM IfcSl DBCI.
On ne sauroit dire par «pelle bizarre méprise le mot DulicUio, qui naturellement, comme le premier du second vers, se trouve au-dessous du nom de Buschetto , lit croire «|u'il étoit de Dulichiunt. M. Cicognara, en donnant toute l'inscription, montre que ce mot (DulieJuo) ne peut se rapporter qu'au mot duei; et s'appuvant de l'autorité de Ftaminio del Bar go , il restitue ainsi les lacunes des deux vers :
lacbrttu* j*cet ktc Qui princrM in I)QlKaiolciturrnrv.luiH«<lUci.
U fait voir que le mot Dulichio a souvent été employé comme sy nonym^u ïysso. Dans le
ScVnli^hE
tre l'artifice pernicieux du premier pour détruire les murs A'Ilium, et l'art utile «lu second, qui éleva ceux de la cathédrale de Pise. C'est dans le même esprit que les vers suivait* établissent encore une comparaison de même genre entre Dédale, auteur du /«.'.>rinthe de Crète , et l'architecte Biuchetlo.
De ceci resuite qu'on n'a aucune autorité pour croire «pic Buichelto fut Grec ; son nom même n'indique point cette origine, et tout porte à croire qu'il étoit Italien, ainsi que Hainaldo, qui rarheva son ouvrage.
Il est assez difficile d'apprécier au juste le talent d'un architecte appelé à mettre en «ruvre des matériaux auxquels il doit subordonner sa conception, mais qui , toutefois, lui fournissent «lans de» colonnes toutes faite» , par exemple , et d'une belle proportion, un type précieux auquel il sera tenu de coordonner les autres parties de son architecture. Toujours nous •emble-t-il que Butchrtto sut tirer de ses matériaux un parti et plus gniml et plus beau que ne le tirent , avec de semblables moyens , le» constructeurs de l'église de Saint-Marc à Venise. Le style de cette dernière nous paroit avoir été inspiré par l'architecture byzantine. Btuchrlta, fort heureusement selon nous, adopta la forme et la disposition de» première» basiliques chrétiennes, qui étoient une tradition de celles
à l'emploi des nomb.-euse.'colonDe» dont cet «Mince oft'rc l'étonnante collection,
On y en compte, dit M. Cicognara, tint à l'extérieur qu'a l'intérieur, ^5n. Il y en a 208 appliquée» a la décoration du dedans. Tout» ne sont ni de la même mesure, ni sans doute du même prix, et le plus i;ranrl nombre n'appartient pas à l'antiquité. A vrai «lire, il n'y a «le précieux et de remarquable , sous ce dernier rapport, que le» colonnes des nefs.
La grande nef en a , «lans sa longueur, s4 d'ordre corinthien, ta de chaque côté, dont la
BUS
d'environ 17 brasses (3o pieds 3 pouces). Les colonnes des quatre nef» collatérales n'ont que 1 3 brasses (a3 piedi 1 pouce). Les bas-côtes sont en route ; mais la grande nef a un plafond en bois, dont les compartiment sont de grands raissons dores.
Le plan de l'église étant celui d'une croix latine, les nefs de la croisée ont la même ordonnance de colonnes.
Ces colonnes ne sont point unies entre elles par un entablement, mais bien, selon la pratique des bas siècles de l'architecture romaine, înr des arcades audessus desquelles s'élève un second rang de portiques eu colonnes plus petites que les inférieures , et aussi plus nombreuses. Elles forment une galerie qui circule autour de l'église, et c'est encore là une de ses conformités avec les ancienne* basiliques. On comprend que ces galeries, outre la variété qu'elles produisent dans tout l'ensemble , font encore mieux jouir de tout l'espace que les jeux ont la liberté d'y parcourir.
La plus grande longueur dn temple, depuis la porte d'entrée jusqu'au mur de l'apside, est de ana pieds a pouces. I^a Largeur totale des ciuq nefs est de 97 pieds q pouces. La nef du milieu a de large 3q pieds 1 pouce. Sa hauteur est de 101 pieds ,'l pouces.
Tout l'extérieur du monument est , pour sa disposition, dans un rapport exact avec celle de l'intérieur. Deux ordres de colonnes , adossées aux murs , répètent les deux ordres de la grande nef, et s'élèvent jusqu'à la toiture des bas-cotés. L'ordre inférieur est surmonté par de* arcades ; le supérieur porte Tenta- Un rang de colonnes , également adossées , mais plus petites , avec arcades, s'élève au-dessus de la toiture des bas-cotés, et supporte celle de la grande nef.
Pareille disposition a été suivie dans le frontispice ou portail du temple par Rainaldo, collaborateur et successeur de Buschctto. 11 subordonna la décoration de la façade à celle des parties latérales, en se raccordant exactement aux deux niasses, inégales en hauteur, de la nef du milieu et des nefs collatérales. Cette façade se termine ainsi dans le faite par des colonnes adossées, toujours diminuant de hauteur, et pu un fronton qui arrive à la hauteur du pignon du toit de la grande nef.
On lit près la porte d'entrée, en l'honuenr de Rainaldo, l'inscription contemporaine que voici:
HOC OPCS EXIMILM , TAM MIRIM , TAM PRETIOSUM , RAINALnlS rnt DENS OPCRATOR ET IME KHHIU CONSTITXÏT VISE, SOLERTER ET INGESIOSE.
Nous n'avons point parlé de la petite coupole qui réunit les branches de la croix intérieure de la basilique de Pise. Nous n'en faisons ici mention que comme d'un accessoire de peu de valeur en soi , mais qui en acquiert pour l'histoire de fart moderne, comme constatant un des premiers pas dans la pra-
BL'S a63 tique de ces grandes constructions où le génie de» moderne» a depuis déployé tant de hardiesse et tant de magnificence.
Lne inscription, conservée dans la basilique de Pise, donne à entendre que Buschctto eut des talens supérieurs en mécanique. 11 paroit qu'il avoit inventé et rois eu ojuvre quelqu'une de ces machines ingénieuses qui, tout en économisant les efforts et les dépenses , augmentent la puissance de faire mouvoir, de transporter ou d'élever les masses les plus pesantes. IMx jeunes filles, par le moyen qu'il avoit imaginé, élevoient des fardeaux qu'un grand nombre de 1 neufs auroient à peine remués , et qu'avec peine un radeau avoit transportés par mer.
QLOD MX MILLE SOI 'M POSSENT JVCA JUSCTA MOV EUE ET QIOI1 MX POTUT PER MARE FERRE RAT1S
BtSkETTI Htm Ql'00 ES VT MIRABILE VISU »E*A PIELLARUM TtRBA LE V ABAT OPIS.
Celte inscription, quniqne en vers, ne saurait être accusée de ce vice d'hyperbole auquel l'imagination poétique se laisse souvent emporter. On faisoit alors tlif souvint en ver» latins les inscriptions, sous la surveillance de l'autorité civile, pour être placées dans les édifices publics. Celle-ci le fut dans le monument de Pise , et die eut pour objet de célébrer l'habileté de l'architecte Buschctto , en rapportant un fait qui dut être à la connoissauce de lou» les contemporains. Or, quel est ce fait? C'est que dix jeunes filles avoient élevé (ce qui ne put avoir lieu qu'au moyen d'une machine ) des fardeaux d'un poids considérable. Buschctto avoit donc été l'inventeur de ce nécanique. Il est certain, en effet, que ces de marbre d'un seul morceau , qui composent les nefs de la cathédrale de Pise , durent exiger, pour être ou transportées ou érigées en place, d'assez puissau» moteurs, dont on n'avoit eu, depuis la chute de l'empire romain , ni le besoiu , ni par conséquent l'idée. Sans aucun doute, celui qui les retrouva ou en inventa d'autres semblables, dut exciter l'admiration de son temps.
Le monument de Buschctto devoit donner, et donna réellement une inipulsiou sensible au renouvellement des arts et, de l'architecture. Le grand exemple qu'il présenta devint le premier moteur de la restauration dn lion goût. C'est ce que Yasari a reconnu en disant : Fu rarissimo Buschctto che diedr firincipio al mcgiioramcitto degli urti dcl dise g no in Toscana, e fu gran cosa mclter mono a un corpo di chiesa, coti /alto di cinque nat'ate. t quasi tutto di marmo dentro e fuori.
Effectivement, cet édifice en produisit peu à peu un grand nombre d'autres. Toutes les villes de la Toscane ne tardèrent point à se disputer, dans les mouumcns qu'elles életèrent à l'euvi , l'honneur de se surpisser en grandeur et en magnificence. On veut parler des églises d'Orvictto, de Sienne, du baptistère de Pise, de son Caropo Santo, etc.
,64 BUS
Mais un des" grands bienfaits pour l'art , et qu'on doit au monument de Busrhelto , fut d'avoir remis en honneur les ordre» de l'architecture grecque, d'avoir rendu a la lumière une multitude de fragroens d'antique sculpture , auparavant méconnu» dans les débris ou sous les ruiue* des édifices romains, et d'avoir en quelque sorte préparé, dans la collection de ces précieux restes, une espèce d'école où les rénovateurs du bon goût trouvèrent des leçons et des modèles, tant en architecture qu'en sculpture.
HLSTE, s. m. Mot tiré de l'italien busto, corsage.
C'est la partie supérieure d'une ligure sans bras, depuis la poitrine, posée sur une plinthe, sur un uiédourhe ou sur un socle. Les anciens l'appcloicnt herma , du mot Hermès , Mercure , parce que l'image de ce dieu étoit souvent représentée de cette manière chez les Athéniens.
La tète , cette partie principale du corps humain , que la nature, par une prédilection particulière, a choisie pour le siège de l'entendement ; qu'elle semble avoir enrichie d'une mauière privilégiée des organes de tous les sens; qui, dans la mobilité des traits du visage, présente le miroir fidèle de l'ame et une espèce d'abrégé de l'homme physique et moral, fut sans doute le premier objet qui fixa les regards de l'imitation naissante.
Quand la nature des choses ne nous indiquerait point la vraisemblance de ces premiers essais de l'imitation , les monumens de l'art nous empècheroient d'en douter. Quelles que puissent être les causes religieuses ou allégoriques qui ont concouru à perpétuer chez les Grecs l'usage des hermis ; quelle que soit la liaison très-apparente de forme qui rapproche les hermis grecs des gaines égyptiennes, dont les momies furent sans doute le type premier : toujours est-il certain que l'inexpérience et la timidité de l'art naissant contribuèrent à répandre ces représentations imparfaites du corps humain , et que , sur cet article comme sur beaucoup d'autres, la superstition devint l'appui de l'ignorance.
I-cs termes ou hermis qui nous sont restés des anciens ne nous ont conservé , au reste , que la tradition des premiers pas et des efforts impuissaii» d'un art au berceau. Tous ceux que l'on commit «ont les fruits d'un art perfectionné; mais les différentes espèces qui forment les distinctions que l'on fait en ce genre, nous indiquent tiop clairement tous les degrés par lesquels l'art a passé , pour qu'on puisse se refuser a voir dans ces représentations un développement successif des progrès de l'imitation. {Poj-cz Hermks et Termes.)
La première et la plus simple espèce à'hermis est celle qui se termine en pyramide renversée ou en gaîne par en bas. C'est en bloc la forme que présente un homme dont les bras pendans sont appliqués le long du corps , et dont les jambes sont serrées l'une contre l'autre. Une forme de tète placée sur cette
BUS
espèce de cône fut, dans les premiers temps , le signe plus que la représentation de l'homme. La sculpture parvint à apercevoir les dimensions principales du corps humain dans cette masse informe. Peu a peu elle les marqua ; la forme des épaules s'arrondit ; on distingua les hanches ; on vit sortir 1rs pieds , et Dédale enfin osa séparer les jambe*.
Mais c'est dans cette première ébauche , ou , pour mieux dire , dans cette ombre d'imitation du corps humain , que je crois retrouver l'origine des bustes. Le nom que les Grecs et les Latins donnèrent a ce genre de représentation le prouve encore moins que l'usage assez général où ils furent de placer leur* busles sur des gaine*, non point à la manière des modernes, qui n'en font qu'un support amovible, mai* de façon à ce que le buste fit partie de la gaine elle-même, soit qu'il fût du même bloc, soit qu'il se plaçât après coup sur elle.
Cet usage nous explique celui de ces deux barre* ou anses de métal qu'on voit à deux bustes de bronze a Portici , dont on retrouve l'indication dans les trous d'un grand nombre de bustes en marbre, qu'on ne peut supposer avoir servi en tenon pour l'insertion de» bras, qui ne purent jamais y être adaptés, et qui paroitroient également inutiles à la commodité du transport d'un buste amovible, sur un support qui en seroit indépendant. Ces tenons ou anses servoient et étoient nécessaires au transport des busles terminé* en gaine, ou qui en faisoieut partie. Aussi les retrouvons-nous à quelques hcnwès de la ville d'Albani , à un terme gravé pl . 36 du 3* vol . de* Peintures d'Herculanum , et à des bustes dont la forme nous indique qu'ils firent incontestablement partie d'un terme. Ces termes , qui n'étoient pas toujours de bronze on de marbre , se portoienl dans les cérémonies et les processions; et cette forme d'anses étoit la seule qui pût en rendre le transport commode et facile. Elle servoit encore à attacher le* guirlandes dont on oraoit et euvironnoit les terme*.
Tous les bustes n'étoient pas destinés à s'adapter *ur de* termes. Il nous en est parvenu qui n'ont, outre la tète , que le col et une portion de la poitrine. Il est vrai qu'un grand nombre de ce* têtes , dont on a An bustes , lit jadis partie de* statues dont on les a arrachées, et auxquelles on le* appliquoit à volonté. On ne sauroil deviner aujourd'hui de quelle façon précisément ces tètes étoient supportée*. On n'a rien trouvé qui ressemblât à la forme de no* piédouches. L'on croiroit que la plupart de» bustes antiques, qui ne peuvent se soutenir aujourd'hui qu'à l'aide d'un pied, se plaçaient autrefois dans des niches ronde* et ovales, où ils étoient incrusté* et scellés.
L'usage des bustes fut très en vogue chez les Grecs, sous la forme des hermis : le* Romains en firent venir de Grèce un très-grand nombre Cicéron avoit chargé Atticus^ son ami , de lui acheter à Athènes tout ce qu'il trouverait en ce genre : il vouloit en
BUS
: à l'infini ces sortes de i, dit le comte de Caylus, favorisèrent : multiplication à Rome.
La première de ces causes fut l'usage que les Romains avoient de placer dans les vestibules de leurs maisons, connus sous le nom d'atrium , les buttes de tous leurs parens défunts, avec une inscnptiuii renfermant leurs noms , surnoms et qualités, et de les représenter avec leur habillement ordinaire, ou avec celui de la plus grande dignité dont ils avoient été revêtus. Il faut convenir que ces attentions contribuoient essentiellement a faire étudier la ressemblance, en même temps qu'elles produisoicut une agréable variété pour la décoration. La vanité avoit autant de part que le sentiment a cette pratique des Romains, et la superstition servoit encore de prétexte à cette lé. Non- «eu