PHILOSOPHIE
lassc la nuit à talile , s’en rctonrnadans son logis , après e lever du soleil. Dans sa roule , il vil la porte du pliiosophe Xénocrate ouverte. Charge du vin , frollé de parfums , la tête couronnée de fleurs , paré d’une robe très-fine , il entre dans l’école de ce sage, et se inet au nombre de scs disciples , pour tourner en ridicule son éloquence et ses sublimes préceptes. Toute l’assemblée en concut.une juste indignation. Xénocrate seul n’en parut point ému. Seulement, interrompant le fil de la matière qu’il traitoit , il se jeta sur la tempérance et sur la modestie. Polénion , forcé de revenir à son bon sens par l’énergie victorieuse des discours du philosophe , airacha d’abord de sa tête la couronne de fleurs qu’il portoit : un insUmt après il remit son manteau sur son bras nu , quitta la gaieté de son visage, et déposa enfin par degrés toutes les marques de sa dissolution. Guéii pai- l’impression salutaire d’une seule leçon , il devint toul-à-coup l’amateur le plus zélé de la philosophie , qui rendit bientôt son nom célèbre.
• 5. « Pourquoi , seigneur , vous livrez-vous avec tant « d’ardeur à l’étude de la philosophie?»disoit quelqu’un au roi Hiëron. « A quoi peut-elle vous servir? — Elle « m’apprend, répondit le monarque , à faire volontiers « et avec plaisir ce que les auties hommes font par la « craipte de lois. »
6. Alexandre-le-Grand ayant pris une forte place, ordonna qu’on la saccageât; maisquelques grands de sa cour lui dirent qu’il y avoit dans cette ville %n philosophe célèbre qui méritoit bien d’être écouté. Le conquérant se le fit amener; et l’ayant trouvé de fort mauvaise mine , il dit à ceux qui le lui avoient présenté : « Voilà une étrange figure d'homme! » Le philosophe, indigne de ce mépris, récita hardiment à ce prince des vers qu’il composa sur-le-champ, et dont voici le sens î « Monarque dédaigneux, vousavez tort de me mépriser « surmamauvalsemine;lecoipsdel'hommen’estqu’un « fourreau dans lequel l’ameesl mise, comme une épée : « c’estelleqii’il lautestimer, etnon pas le fourreau. » A ces vers il ajouta celte instruction dont le vainqueur de jPar/wj avoit alors besoin : « On peut dire d’un homme
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qui n’est donc d’aucune vertu, qtie son corps n’est pour lui qu’une alTreuse prison où mille ùoiirreaux le foiirinentenl.il ne faut ni prévôt, ni archers pour le mettre aux fers , ni pour lui donner la tort ure : s(;s vices le poursuivent sans cesse ;et la peau qui couvreson corps est pour lui un cachot perpétuel. » Ces réflexions plu- • rent tellement au roi de Macédoine, qu’il pria le philosophe de continuer d’en faire ;et le sage , charmé d’instruire un grand roi , ajouta : « Il n’est pas raisonnable d’envier aux autres les biens que Dieu et la nature leur ont donnés ; l’envieux n’est jamais content: il quei’clle, pour ainsi dire, sans cesse le Créateur; il trouve mauvais tout ce qu’il donne aux autres , et voudroit toujours avoir ce qui n’est pas fait pour lui. II résiste perpétuellement aux ordres suprêmes de celui qui gouverne le monde avec tant de sagesse ; et sa bouche criminelle murmure à cljaque instant contre la divine Providence.» Puis , entrant plus avant dans ce <pii le regardoiljdus particuliérement, illui ditr^d^es railleries et lesinjuresque lesgrands fontauxpclils ternissent le lustre de leur grandeur , diminuent le respect quel on a pour eux , et leur attirent eniin le mépris. Si vous vous divertussez aux dépens d’uu pauvre misérable,je crains bien que cet orgueil ne vous fasseperdre quelque chosede la grandeur que vous atlectcz.Nevousmpquéz jamais d'un homme de basse fort une; car, en lefaisant, vous perdrez toujours quelque chose du respect qui vous es t^ii.»( jette excellente morale frappa singulièrement Alexandre : et , la philosophie triomphant de la colère , le conquérant pardonna à la ville qu’il vouloit ruiner , en considération du philosophe , qu'il renvoya cond>lé de faveurs et de très-riches présens.
•J. Solon y l’un des sept sages de la Grèce , après avoir établi de sages lois :i Athènes ,crut devoir s’en absenter pendant quelques années , et proiilcr de ce temps pour faire difl’érens voyages. 11 vint à Sardes, capitale de L3"die, où régnoit Crésus, le plus opulent des monarques de sonsiècle.llyfutreçu avec tous les honneurs dûs à sa haute réputation. Le prince , accompagné d’une «OUI’ nombreuse , parut dans tout l’éclat de la royauté >
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et avec les haliils les pins magnifiques , où l’or et les pierreries brilloient de toutes parts. Quelque nouveau que fût ce spectacle pour Solon , on ne s’aperçut point qu’il en fût ému ; et il ne proféra pas la moindre parole qui seulit la surprise ou l’admiration ; mais il laissa entrevoir aux gens de bons sens , qu’il regardoit toute cette pompe comme im vain éclat , capable de frapper des regards vulgaires , mais indifférent pour des yeux accoutumés h juger des choses par les lumières de la philosophie. Un abord si froid et si tranquille ne pi-évint pas Crésus en faveur de son hôte.
Ce prince commanda qu’on lui montrât tousses trésors , et qu’on lui fit voir la somptuosité et la magnificence de ses appartenions et de ses meubles , comme pour vaincre , par cette multitude de vases précieux , de pierreries, de statues, de peintures , l’indifférence du philosophe. Mais tout cela n’étoit point le roi , et c’étoit lui que^oZon venoit visiter , non les murs ni les chambres de son palais ; et il croyoit devoir juger de lui , et l’estimer , non par tout cet appareil extérieur qui lui étoit étranger , mais par lui-méme et par ses qualités personnelles. Ce seroit réduire bien des grands à une affreqse solitude , que d’en user ainsi.
Quand le sage observateur eut tout vu , on le ramena. Crésus alorsluidemanda qui , dans les différons voyages qu’il avoit faits, lui avoit paru jouir d’un véritalile bonheur. «C’est, répondit ^’oZon, un bourgeois d’Athènes, « nommé Tellus , forthomme de bien , qui , après avoir « élç toute sa vie à couvert de la nécessité, et avoir vu « sa patrie toujours florissante , a laissé après lui de.s « enfans généralement estimés de tout le monde , a « eu la joie de voir les enfans de ses enfans , et enfin est « mort en comliattant glorieusement pour sa patrie. »
Une telle réponse , où l’on comptoit pour rien l'or et l’argent, parutà Crésusd’xmo grossièreté eld’une stupi-
^ditépeucommuncs.Ccpendant,commeilnedésospéroit
“pas d’avoir le secondrangdans lafélicité,il luidemanda qui, après Tellus, il avoit vu de plus heu roux. 6’oZon répondit que c’étoienl Cléohis et Biton d’Argos , deux hères qui avoienlétéun parfait modèle de l’amitié fraternelle,etdurcspectquiesldù aux parcns. Un jour de
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fêle solennelle , où la prêtresse , leur inêre , devoit aller au temple de Jiinon , ses Lœufs tardant trop venir, ils se mirent eux-mêmes au jou^, et tiaùièrent le char de leur mère jusqu’au temple, pendant près de deux lieues. Toutes les mères, ravies en admiration , félicitèrent celle-ci d’avoir mis au monde de tels enfans. Pénétrée des plus vifs sentimens de joie et de reconnoisssanoe, elle pria instamment la déessede vouloir accorder .àses deux fils, pour récompense, ce qu’il y avoil de meilleur pour les hommes. Elle fut exaucée. Après le sacrilice, ils s’endormirent dans le temple même d’un doux sommeil, et terminèrent leurvie ]>ar une mort tranquille.Pour honorer leur piété, ceux d’Argos consacrèrent leurs statues dans le temple deDelphes.
« Vous ne me mette/ donc point du nombre des « gens heureux ?» dit L'résus d’uii tou qui marquoit son mécontentement? Solon, qui ne voiiloitni le flatter , ni l’aigrir davantage , lui dit avec douceur ; « Roi ^ de Lydie, Dieu nous a donné , nous autres Grecs, « outre plusie<irs autres avantages, un esprit de modé- « ration et de retenue , qui a formé parmi nous une sorte de philosophie simple et populaire , accompa- « gnée d'une noble liardiesse , .sq,ns faste et sans os- ^ tenlion , peu propre la cour des rois, et qui , nous « apprenant que la vie des hommes est sujette à mille « vicissitudes , ne nous permet ni de nous glorifier des « biens dontnous jouissons nous-mêmes, ni d’admirer « dans les autres une félicité qui peut n’êlre que pas- « sagère , et n’avoir rien de réel.» A celle occasion , il lui représenta que la vie de l'homme est ordinairement composée de soixante et dix années , qui font en tout vingt-six mille deux cent cinquante joui’s , dont aucun ne ressemble à l’autre. '< Ainsi , l’avenir est pour chaque homme un tissu d’accidens tout divers , qui ne peuvent cire prévus; celui-là donc nous paroît très-heureux , de qui Dieu a continué ta félicité jusqu’au dernier moment de sa vie : pour les autres qui se trouvent exposés à mille dangeis , leur bonheur nous paroîlaussi incertain que la c ouronne j'our celui qui combat encore , et qui n’a pas encore vaincu. »
Solon
Di , •
PHlLOâOPHlC. 4*)
Solon se relira après oes paroles , qui ne firent qu'afilif'er Crésus , sans le corrif^‘r.
^.Pythagore , citoyen de Sainos, après avoir parcouru beaucoup de pays, et s’être enrichi l’esprit d’un fjiand nombre de rares connoissances , revint dans sa patrie , où ilne fit pas unlong séjour, àcatxsedu gouvemeinent tyrannique qu’il y trouva ét:iblipar Po/j'cm/e, qui avoit néanmoins pour lui tons les égards possibles, etquifaisoit de son mérite tout le cas qu’il devoit. Mais l’étude des sciences, etsur-tout de la philosopliie,ne peut guère s’accorder avec la servitude , même la plus douce et la plus honoi’able. 11 passa donc en Italie; et bientôt cette contrée se ressentit de la présence decegravephilosophe<Legoilt de l’étude et l’amour de la sagesse s’y répandirent généralement en fort peu de temps. On accouroit de toutes lesvilles voisines pour son- Pythagore, pour l’entendre, et pour profiter de ses salutaires avis. Tous les princes du pays se faisoient un plaisir et un honneur de l’avoir chez eux , de s’entretenir avec lui , et de prendre ses leçons sur la manière de gouverner sagement les peu pies. Son école devint la plus célèbre quieùtencore été. Il n’avoit pas moins dequatre ou cinq cents disciples. Avant que de les admettre dans ce rang, il les éprouvoit par une espèce de noviciat qxii duroit cinq ans ; et pendant tout ce temps-là il les condamnoit à un rigoureux silence, pareequ’il voiUoitqu’ils fussent instruits avant que de parler. Ses disciples avoient un grand respect pour tout ce qui sortoit de sa bouche ; et, sans antre examen , il suffisoit qu’il eût parlé pour se faire croire ; et pour assurer que quelque chose ctoit STai, ils avoient coutumedes’exprimerainsi: «Lemaître l’a dit.»C’étoit sans doute porter trop loin la déférence et la docilité, que défaire le sacrifice absolu de .saraisonetde seslumière. Ilsorlit del’écoledePyiAag^ore un grand nombre d’illustres disciples , qui firent un honneur infini à leur maître ; de sages législateurs, de
Î;rands politiques , des personnes habiles dans toutes es sciences, des hommes capablesde gouverner les Etats, et d'être les ministres des plus grands prinoes. Long-temps après sa mort , cettte par tie de T Italie Tome IlL * D
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qn’il avoit cultivée et instruite par scs leçons, étoit encore rcifardée comme la pépinière et le séjour des savaus en tout genre ; et elle se maintint, pendant plusieurs siècles , dans cette glorieuse position. Il falloit qu’à Rome on eût une grande idée du mérite et de l.-t vertu de puisque I oracle de 13clphes ayant
ordonné aux Romains, pendant la guerre des Samnites, d’ériger deux statues dans l’endroit le plus célèhrede la ville” l’une au plus sage , l’autre au plus courageux des Grecs , ils les érigèrent , dans le lieu des Comi ces , à et a 'J'hérnistocle.
q.’ llicron //,roi de Syracuse, honora singulièrement la philosophie et ses amateui-s ; et c’est au bon goût de ce prince que Svracuse fut redevable de ces étonnantes machines de guerre dont elle fit un si grand usage lorsqu’elle fut a.ssiégée par les Romains. 11 sut profiter de l’avantagequ’il avoit de posséder dans ses Etats le plus savant géomètre qui fut dans 1 univers . le fameux chimède. Ce sage étoit célèbre , non-seulement par la vaste étendue de.ses connoissanes, mais par sa noblesse, puisqu’il étoit parent du monarque. Uniquement sensible aux ülaisirs de l’esprit, et plein de dégoût pour le tumulte des affaires du gouvernement , il s etoit livre tout entier à l’étude d’une science dont es spéculations sublimes sur des vérités purement intelligibles et spirituelles , et tout-à-fàit séparées de la matière , ont un attrait pour les savaus du premier ordre , qui ne leur laisse presquepasla libertéde s appliquera aucunautre objet. V//d/-on eut pourtant assez de pouvoir sur Jrefumr>de,nonv l’engager à descendre de ceshautes spéculations à l’exercice de cette mécanique qui dépend de la main, mais qui est conduite pari esprit. Il le pressoit »aiis cesse de ne pas toujours donner 1 essor a son ait vers des objets immatériels et abstraits ; de le rabaisser sur les choses sensil.les et corporel es, et de rendre ses raisonnemens en quelque sorte plus evidens et p us palp.ables au commun des hommes , eu les mêlant , par l’ex périeuce , avec les choses d u.sage- ^ Jrrhimhde entretenoit souvent le roi , qui 1 ecoutoit toujours avec uu nouveau plaisir. Un ,ourqii «nvu expliquüit les merveilleux effets des choses mouvantes , il
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s’appliqua à lui démoiilrer « qu’avec uneforce donnée» «onjKmvüitreiuueruuf'ardeauqueicoiique. » S'applair dissant ensuite de la force de sa déinonslration , il osa se vanter ques’ilavoil une autre terre que celle que nous lialutons, il remueroit celle-ci à sa fantaisie, en passant dans l’autre. Le roi , étonné et ravi , le pria d’exécuter ^ lui-niéine sa proposition, en remuant quelque grandfardeau avec une petite foree.Lephilosophe.se met en de- A oir de satisfaire la juste et louable curiosité de son parent et de sou ami. Il choisit une galère qui étoitdans le port, la fait tirer à terre avec beaucoup de travail et à force d hommes, y fait mellie sa charge ordinaire , et par-dessus autant d’hommes qu’elle en peut contenir. Lnsuite, se plaçant à quelque distance, assis à son aise, sans travail , sans le moindre effort , en remuant seulement de la main le bout d’une machine à plusieurs cordes et poulies qu’il avoit préparée , il ramena la galère à lui, par tene, aussi doucement et aussi uniment que si elle n’eùt fait que fendre les Ilots. A la vue d’un si prodigieux effet des forces mouvantes , le prince étoit tout hors de lui; et jugeant pai' cet essai de la puissance de cet art, il pria instamment Archimède à! en. réitérer les merveilles. Le géomèti'e répondit à ses désirs ; et Athénée parle d’une galère construite sous sa direction , dont la description pourra plaire et insU uire.
C’étoil un navire à vingt rangs de rames. Cette masse énorme fut affermie de tous côtés avec de gros clous de cuivre qui pesoienl dix livres cl plus. L’intérieur avoit trois corridors , dont le plus bas coudiiisoit au fond de cale, où l’on descendoil pardegrés. Un autre coudiiisoit aux apparlemens. Le ipemier, et le plus haut, menoit au logemerff des soldats. Aii corridor du milieu ou trouvoit, à droite et à gauche, des apparlemens au nombre de trenle,dans chacun desquels ily avoitqualrelitspour des hommes. L’appartement des patrons et des matelot» avoit quinze lits et trois salles à manger , dans la dernière desquelles , qui étoit la poupe, on faisoit la euisiiie.Tous les pavés de ces appartemeiisétoieiitcomposés de petites piècesrap[X)rlées de dilli^entes couleurs, •Il étoit représentée l’Iliade d’Homère. Les planchers,
les fenêtres , et tout le reste, étoient travaillés avec un art merveilleux, et embellis de toutes sortes d’ornemen». Au plus haut corridor il y avoit un f^yumase et des promenades proportionnées à la f^randeur du navire. On vovoit là des jardins et des plantesde toute espèce, dhm arrangement mcrveilleux.Des tiiyaux, les uns de terre cuitej les autres de plomb, porloient Peau tout autour . pour les arroser. On y voyoit" outre cela, des berceaux de lierre blanc et de vigne, dont les racines étoien t dans de ‘^rands tonneaux pleins de lerre.Ces lonneauxéloient arrosés de la même manière que les jardins. Les berceaux faisoient ombre aux promenades. Ensuite on Irouvoit l'appailcment de Vénus, à trois liLs, dont le pavé étoit composé d’agates et d’autres pierres précieuses,les plus belles qu’on avoit pu trouver dans l’ile. Les murailleset le toit étoient de bois de cyprès. Les fenêtres étoient ornées d ivo re, de peintures et de petites slatues.Daus un autre appartement il y avoit une bibliothèque , au haut de laquelle, en dehors, on avoit placé un cadran solaire. 11 y avoit aussi un appartement à trois li^ pour le bain, où se voyoienttrois grandeschaudièresd’airain, et Tuie i)aignoirê faite d’une seule pierre de différentes couleurs, lia baignoire conlenoit deux cent cinquante pintes. A. la proue étoit un grand réservoir d’eau qui contenoit cent mille pintes. Tout autour du navire on vovoit, en dehors, des Atlas de neuf pieds de haut, qui so'ulcnoient les hauts boi-ds. Ils étoient à une égale distance les uns des autres. Le navire étoit encore orné de peintures magnifiques. On y voyoit huit tours proportionnées à sa grosseur ^ deux a la poupe , deux d égalé grandeuràlaproue,et quatre aiMmilicu duj^aisseau.Sur ces tours étoient îles parapets par lesquels on pouyoit jeter des pierres sur les vaisseaux ennemis qui auroient ti op approché.Chaque tour étoit gardée par quatre jeunes hommes armés de pied en cap , et par deux archers.Tout le dedans des tourséloit plein de pien-es et de traits. Sur le bord du vaisseau, bien plancbéyé, étoit
uncespècederempartsurleipielon avoit dressé U ne machine à jeter de* pierres, faite par Elle je-
toit une pierre du jioids detrois cents livres et une llèche d« dix-huit pieds, à la distance de cent vingt-cinq pas.
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Lenavîrc avoil trois mâts, .^‘'haf'un desquels etoienldeu^ rnacliines chargées de pierres.Là éloient aussi des crocs et des niasses de piomli pour jeter sur ceux qui appi o-
eheroient.Toullebàliinenlétoitcnvironnéd’un rem part de fer, pour empccher ceux cpii A’ondroicnlvenira 1 aliordage. Tout autour du navire éloient disposés dos corbeaux de fer, qui , étant lancés par des machines, accrochoienl les vaisseaux des ennemis , et les approchoient du navire, d’où on les ponvoit accabler facilement.Sur chacun des bords se lenoicnt soixante jeunes liommes armés de pied en cap; un pareil nombre défendoit les mâts et les pierriers. Quoique la sentine fut cxtrènienient profonde , un seul homme la vidoil avec une machineà vis, inventée par Le prince,
ayant appris qu'il n’y avoil point de port en Sicile qui put contenir «*el énorme vaisseau , résolut d'eu faire présent à Ptolémée ,ro\ d'Ef'ypte. 11 le ht cinf,der vers Alexandrie, chari'é de soixante mille muids de blés, de dix mille i^rands vases de terre pleins de poisson salé, de vini,ù mille quintaux pesant de chair salée , et de vingt mille grands fardeaux de différentes hardes, sans comprendre les vivres pour tout l'équipage.
Après la mort d’i/ieVt»«, les Syracuisains, excités par des magistrats séditieux, prirent les armes <-onlrc les Romains, et rompirent le traité d’alliance conchi parce prince avec larépublique.LeconsulMarce//M.v, qui étoit
pour lors en Sicile avec une forte armée de terre et de mer, s’avança contre Syracuse,et sedisposa .à l'attaquer. La consternation des rebelles étoit grande. On craignoit de succomber sous l’effort des Romains;mais la mei-veilleuseindusU’ieduseul.4rc/«'/nè£?efitpourSyraciiseceque n’auroientpu faire lestroupes lesplus nombrcusesetles pins aguerries ; et l’on vit alors combien la ])hilosophie peutfojirnirderessourcesauxElatsquisaventhonoreret ménager ceux qui la cultivent. Le génie du célèbre géomètre arrêta tout-â-coupcesformidableslégions,devant qui la ptiissancedeCarthage et des peuples d’italies’étoit humiliée. 11 avoit conslniit une infinité de machines d’une invention nouvelle, quilancoientà quelque distance que ce fût, des traits de toute espèce, et des pierres
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d’nnc pesanteur énorme. Tantôt il faisoillomhersiir les ^Mlèrcs de grosses poutres ehargées au bout d’un poids immense , qui les ahîinoient dans les flots : tantôt d faisoil partir une main de fer attachée à uné chaîne, et par laquelle celui qui la gouvernoit saisissoit les vaisseaux, les élevoit en Pair par le moyen d’un contre-poids, les cîressoit sur la pouppe; puis, les lâchant loiit-à-coup, les suhmcrgeoit, oji les Imisoit entièrement. Le général romain ht dresser, à grands frais, une grande machine appelée samhvque.W la fit approcher de la ville surplusieurs galères fortement attachées ensemhle;etdpjà l’on aliattoit le pont qui la composoit, pour passer sur le mur des assiégés, lorsqu’il partit de dessus les renjpartsunc pierre du poids de dix quintaux; et coup sur coup une se«-oude, une troisième plus énorme encore, qui, donnant sur cette machine avec, un silllement et un tonnerre
épouvantal)Ies,en frac.cassèrentia hase, et détruisirent en immomentl’ouwagc de plusieurs jours. il/nrceZ/i/.v, a toutes ces attaques , avoit perdu un nombre prodigieux de soldats. L’épouvante s’étoil mise parmi les Romains. De quelque côté que ce fiit, on n’osoit plus approcher de la ville. Dès qu’on apercevoit le bout d’une corde , ou quelques pièces de bois sur les murailles , chacun fuyoit, eu criant Archimède alloit tout foudroyer. Ce qui les désespéroit, c’est qu’ils ne pouvoient se venger sur les ennemis. Il n’enparoissoitaucun. Les machinesétoieut derrière les forlificalions,et le service s’en faisoil à couvert. MarceUus prit donc le parti de convertir le siège en blocus.Il avoit ménage une intelligence avec quelques citoyens ; et c’éloit-là le fondement de ses espérances. Mais la conjuration fut découverte, et les coupables furent punis. Le généralromaiu ne voyoit plus d’antre parti à prendre , que celui do lever le siège. Mais qu’elle honte ! quel affront jmur la république ! Taudis qu’il s’occupoit de ces chagrinantes pensées , un soldat vint lui dire qu’il avoit remarq.ué un côté du mur beaucoup plus l>as qu’on ne le crovoit, et qu’avec de médiocres échelles on poutroit facilement monter. Le général s’en assure de ses proures yeux, fait prépan rdes échelles;et pendant la nuit, lorsque les assiégés, qui avoientfaitla débauche, étoient
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plongés dans le sommeil , un coi-jis de mille soldats d’élile se rend maître de la muraille, enfonce la porte, et s'empare de ])lnsieurs quartiers sans presque livrer de combat. Bientôt toute la ville est emportée , et les soldats la mettent au pillage. Marcçllus, dit-on , pleura sur le sort de celte cité fameuse et opulente , qu'il se voyoil forcé de détruire en la dépouillant de tous ses oriiemens. Un accident funeste vint encore augmenter sa douleur. Archivttde. ignoroit la victoire des Romains. Appliqué danssoncabinelàtracerdesfiguresjclà préparer peut-être encore de nouveaux foudres conti e les assiégeans,ilu avoilentenduniletumulte des vainqueurs, ni les cris des vaincus. A l'inslaiit un soldat se présent* lui, l’épée à la main ; et , d’un ton terrible, lui ordonne de le suivre dans la lente du général. Legéouiclie le prie d’attendre un moment, ju.squ'li ce qu’il côl trouvé la solution de son problème , et se remet au Iravaü. Le Romain, irrité de ce délai, cts’embarrassanl j)cu de scs problèmes et deses figures, lui plonge sonéjiée dans le sein, et le \.\\c.Marcellus,(\\\ i avoil recommandé sur ton l qii 'on épargnât .*^rc/u'/7/crZe, fut vivement aflligé decelle mort. Il fit a cet illustre savant de magnifiques obsèfpics , et gratifia tous ceux de sa famille qui éloient d.ins la ville. On parle d’un miroir ardent , uar le moyen duquel Archimède lirûla uiic partie do la flotte romaine. Ce fait ne .se trouve dans aucun écrivain de l'antiquité ; c’est sans doute une liadilion moderne et sans fondement.
\o. Thaïes, ayant entendu dire .à quelques personnes que les philosophes éloient pauvres, jdu tôt j ar nécessité que par choix, ce grand homme voulutvengerrhonncur de la philosophie, et prouver à ses détracteurs la futilité de leur reproche. Dans ce temps-l.\ les olives ne comniencoient encore qu’.-i fleurir: par laconnoissanccqu il avoit de la physique , il prévit cfue la récolte de ce fruit .seroil cette année très-abondante;il .sellât a d'ai hcler tous les plants d’oliviers du territoire deMilct, sa patrie. Il loua tous les pressoirs ; de sorte que la saison des olives étant venue, il relira seul tout le prjplil de ce commerce, et prouva que si les philosophes ne sont point riches , c’est que l’élude de la sagesse leur aji^end à mépriser
des ])iens fragiles , que la fortune donne et, relire à son
grc , et qui n’ajoutent rien au vrai honlicnrde l’iioniinc.
1 1 . « Quel fruit avez-vous donc retiré de l’étude de « la, philosophie ? deniandoit-on à Craths. ~ De me « contenter d un plaf de fèves , répondit-il , et de « vivre sans souri. » Ce fameux cynique disoil qu^m philosophe n avoit besoin de rien ;’et il agissoit suivant son système. Il déposa chez un banquier tout l’argent - qu’il possédoit , à condition qu’il le remctüoit à ses enfans , s’ils embrassoient le genre de vie commun J mais qu’il le distribneroit an peuple , si ses enfans étoient philosophes. 11 s’imaginoit que l’argent n’é toit nécessaire qu’aux ignorans. Voyez Sagesse.
’homme pieux est capable de tout, dès qu’il a pu se mettre, par sa vertu, au-dessus dë tout. Cette pensée dupère Massillon est confirmée parce beau trait de M. Radnmn, Y>remier pasteur de l’église suédoise, érigée en Pensylyanie. Ce pasteur étoit un homme savant,etfidèle àremplirses devoirs. Les quakers etceuxdesautres communions s’empressoient également de l’entendre prêcher : ils proposèrent 4es souscriptions pour bâtir son
église.Lorsqu’ellesfurenlouvertes,M.iîû<£/r/q«souscri-
vit pourunc somme considérable, qu’il ne futpas en état de payer dans le temj)S ; mais , pour ne point manquer à ses engagemens , il s’obligea envers l’entrepreneur à porter du mortier , à tant par jour, jusqu’à ce qu ü eût rempli la somme pour lequelle il avoit souscrit.
2. y/hmed, fils à’Iahia, natif de Damas, lisant un jour à son père et à sa mère l’histoire du sacrifice qu’ Abraham voululfaire de son fils à Dieu, ces religieux musulmans, pénélrésde la piété du saint palriarchu, dirent aussitôt a leur fils unique : «Lève-toi , etva-t-en; nous te don-» « nous , nous 1 e consacrons à Dieu . » Ahmed, après ces paroles, se leva, et dit à Dieu: «Seigneur, je n’ai plus « d aulie père ni d’rfutre nièr^ que vous; » et prenant aussitôt le chemin de laMecque, il se dédia entièrement au servicedu tempIe.Après vingt-quatre ans d’absence.
il Hii prit envie de voir ses parens ; il vint à Damas , et frappa à la porte de la maison paternelle. Sa mère lui demanda son nom. « Je suis Ahmed votre fils » , lui répondit-il ; et en meme temps il se mit en devoir de Teiuhrasser ; mais cette généreuse femme le repoussant : « Il est vrai, lui dit-elle, nous avions « autrefois un fils de ce nom ; mais nous le donnâmes « à Dieu ; et maintenant nous ne eonnoissons plus « pour fils ni Ahmed , ni aucun autre. »
3. Le brave CrilLon , Tun de plus grands capitaines de Ilenriiy, entendoit prêcher la passion ; et le prédicateur faisant une description pathétique de la flagellation du Sauveur, le gueiTier, attendri jusqu'aux Jarmes , se lève en portant la main sur son épée , et s'écrie : « Où étois-tu , Crillon , où étois-tu ? » ^.Clovis, écoutantS.7îe/7?yquilisoitlaPassion, s’écria:
« Que n’étojs-je là avee-mes Francs, pour le venger! »
5. Le grand Constantin ayant embrassé le christianisme , résolut d honorer Jérusalem d'un monument * digne de son respect pour cette terr^sacrée. liélhne , sa mère , remplie de ce noble dessein, partit de Rome pour l'exécuter, et pour trouver quelque consolation sur les vestiges du Sauveur. Agée de soixante et dixneuf ans, elle’ ne se rebuta pas des fatigues d’un si long voyage, A son arrivée , sa piété fut attendrie de l’état déplorable où elle trou voit le Calvaire.- Les païens , pour étouffer le christianisme dans son berceau même, avoientpris àtâche de défigurer ce lieu: ils avoient élevé sur la colline quantité de terre , et après avoir couvert le Sol de grandes pierres , ils l’avoient environné d’une muraille. C’étoit depuis long-temps un temple consacré à Venus, où la statue de cette impudique déesse reeevoit un encens profane , et éloiguoit les chrétiens , qui n’osoient approcher de ce lieu d'horreur. Ils avoient ptrdu jusqu'à la mémoire du sépulcre de Jésus-Christ. Hélène, sur les indices d'un Hébreu plus instruit que les autyes , fit abattre les statues et le temple , enlever les terres qui furent jetées loin de la ville , et découvrit le sépnliu’c. En fouillant aux environs , on trouva trois croix , les clous dont le Sauveur avoit été attaché, etsé-
f)arément l'inscription telle qu’elle est rapportée par es évangélistes. Un miracle fit distinguer la croix de Jésus-Christ; et ce précieux instrument de notre rédemption , àprès avoir été enseveli pendant près de trois cents ans , reparut , à la honte de l’idolâtrie, pour s’élever à son tour sur ses ruines.
La découverte d’un si riche trésor combla de joie le pieux empereur. 11 ne ponvoitse lasser de louer la Providence qui , ayant si long-temps consei’vé un bois de bii-même corruptible , le manilesloit enfin au ciel et à la terre, lorsque les chrétiens , devenus lilyes , pouvoient marc.her sanscrainte sous leur étendard général. Il fit aussitôt bâtir une superbe basilique dans ce saint lien ; et il ordonna à l’éveque Macalre de ne rien épargnerpour en faire le plus bel édifice de runivers. Il chargeaZ>/-flc/7/e« , vicaire des préfets, et gouverneiirde Palestine , de fournir tous le» ouvriers et matériaux que demanderoit le prélat. 11 envoya lui-même les, * pierreries , l’or et les plus beaux marbres. Voici la description que %pt Eusehe de ce temple magnilique- J^a façade s<iperbement ornée, s’élevoit sur nnlarge parvis , et donnoit entrée dans une vaste coiir bordée de portiques à droite et à gauche. On entroit dans le temple par trois portes dn côté de l’Occident. Le bâtiment se divisoit en trois corps. Celui du milieu , que nous appelons la nef, et qu’on nommoit proprement la basilique , éloit très-étendu dans ses dimensions , et fort exhaussé. L’intérieur étoit incrusté des marbres les plus précieux : au dehors , les pierres étoient si bien liées et d’un si beau poli , qu’elles rendoienll’éclat dn marbre. Le plafond, formé de planches exactement jointes, décoré desculpture,el revêtu entièrement d’nu or très-pur et très-éclatant , seinbloit un océan de lumière , suspendu sur toute la basilique. Le toit étoit couvert de plomb. Vers l’extrémité, s’élevoit un dôme en plein ceinlre , son tenu sur douze colonnes, dont le nombre représentoit celui dcs apôtres ; sur les cliapiteaux , étoient placés autant de grands vases d’argent : de chaque côté de la basilique s’étendoil un portique, dont la voiite étoit enrichie d’or. Les colonnes , qui lui étoient communes avec la basilique, avoient beaucoup
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d'élévation ; Pantrc partie portoil sur des pilasires trèsoinés.On avoit fraliqné sons terre un anire portique qui répondoil an supérieur dans tontes ses dimensions. De l’église on passoit dans une seconde cour ^lavée de Lelles pierres polies, autour de laquelle régnoient, des trois cÂtés, de longs jiorliques. Au })Oul de celte cour, et au chef de tout l'édifice , étoit la chapelle du saint sépulcre , eu fempereur s’étoit efforcé d'imiter , par l’éclat de l'or et des pierres précieuses , la splendeur dont avoit Iirillé ce saint lien , au moment de la résurrection. Cet édifice, commencé sous les yeux Hélène, ne fut achevé et dédié que huit ans après. Il n’en reste plus de vestiges , parce qu’il a été plusieurs fois ruiné. Dès ce lemps-là commencèrent les pèlerinages et les offrandes des cluétiens , que la dévotion appeloit de toutes les parties du monde dans cette heureuse contrée sanctifiée par la présence cl par le sang d'un Dieu.
La jiiélé de Constantin , animée de plus en plus par celle de sa nièrC', ne se horna point ii celte preuve éclatante. La religieuse princesse, pour remplir ses intentions , bâtit encore deux autres é^iis^js: l’une à Bethléem, dans le lieu où étoit né le iSauveur; l’autre sur le mont des Oliviers , d’où il s’étoit élevé au ciel. La pompe des édifices ne fut pas sqii seul objet. Sa magnificence se fit encore bien mieux connoître par les bienfeits qu’elle aimoit à répandre sur les hommes. Dans le cours de scs voyages, elle versoit sur le public et sur les particuliers les trésors de l'empereur, qui fournissoit sans mesure à toutes ses libéralités : elle'embellissoit les églises et les oratoires des moindi rs villes ; elle faisoit de sa propre main des l’argessesaux soldats? elle nourrissoit et hahilloit les pauvres ; elle délivroit les prisonniers ; faisoit grâce à ceux qui étoient condamnés aux mines ; tiroit d’oppression ceux qui gémissoient sous la tyrannie des grands ; rappeloit les exilés ; en un mot , dans ce pays , autrefois habité par le &inveur du monde , elle retracoit son image , faé sant pour les corps ce qu’il avoit fait pour les ames. Ce qui la rapproclioit encore davantage de celte divine ressemblance, c’ étoit la sunplicilé de son extérieur, et les pratiques d’humihté qui voilcàent la majesté impériale
Sans l’avilir. On la voyoit prosternée dans les épflise.s , au milieu des autres femmes, dont file ne se dislinguoit que par sa ferveur. Elle assembla plusictirs fois toutes les filles de Jérusalem qui faisoient profession de virginité ; elle les servit .à table , et ordonna qu’elles fussent nourries aux dépens du public. Hélène ne vécut pas long-temps après cettoopieuse conquête. Elle ■vint rejoindre son fils , et mourut dans ses l)ras , après l’avoir fortifié dans la foi par ses dernières paroles, et après l’avoir comblé de bénédictions.
Constantin fiitfidelleàsessaintes instructions : il s’efforça de suivre les grands exemples qu’elle lui laissoit pour liéritage , et d'imiter sa religieuse ferveur. Il la fit éclater sur-tout au dernier inoment de sa vie. Sentant sa fin approcher , il demanda le baptême, afin de laver d.ans les eaux salutaires de la grâce toutes les taches de ses années passées. Rempli de sentimens de pénitence , humblement prosterné en terre , il demanda pardon à Djeu , confessa ses fautes , et reçut l’imposition des mains. Puis , ayant fait assembler les évêques : « Le voici donc^arrivé , leur dit-il , ce jour heureux ,* après lequel j’ai soupiré avec tant d’ardeur! Je vais recevoir le sceau de l’immortalité. J’avois dessein de laver mes péchés dans les eaux du Jourdain, que notre Sauveur a rendues si salutaires , en daignant s’y baigner lui-même. Dieu , qui sait mieux que nous ce qui nous est avantageux , me retient ici , il veut me faire ici cette faveur. Ne tardons plus. Si le souverain arbitre de la vie et de la mort juge à propos de me laisser vivre , s’il me permet encore de me joindre atix Fidelles pour participcr.à leurs prières dans leurs sainte.s assemblées, je suis résolu de me prescrire des règles de vie qui soient dignes d’un enfant de Dieu.» Quand il eut achevé ces paroles, les évêques lui conférèrent le baptême , selon les cérémonies de l’Eglise , et le rendirent participant des saints mystères. Le prince reçut ce sacrement avec joie et rcconnoissance ; il se sentit commcrenouvelc et éclairé d’une lumière divine. On le revêtit d’habits blancs; .son lit fut couvert d’étoffes de même couleur ; etdès ce moment il ne voulut plus toucher à la pourpre. 11 remercia Dieu à haute
P I É T lé. fil
Tuix de la grâce quMl venoit de recevoir, et ajouta: « C^est maintenant que je siiis vraiment heureux , «.vraiment digne d’une vie immortelle. Quel éclat de « Jumière luit à mes yeux ! Que je plains ceux qui sont « privés de ces hiens!» Comme les principaux officiers de ses troupes venoient, fondant en larmes, lui témoigner leur douleur de ce qu’il les laissoit orphelins , et qu’ils prioient le Ciel de lui prolonger la vie: «Mes amis, « leur dit-il , la vie où je vais entrer est la véritable vie. « Je connois les Liens que je viens d'acquérir , et ceux « qui m’attendent encore. Je me h.âte d’aller à Dieu.» Jamais prince ne fut plus regretté. Dès qu’il eut rendu les derniers soupirs, ses gardes donnèrent des marques de la douleur la plus vive : ilsdéchiroient leurs hahits, se jetoient .à terre , et se frappoient la tête. Au milieu de leurs sanglots et de leurs cris lamentahles , ils l’appeloient leur maître , leur empereur, leur père. Les tribuns , les centurions , les soldats , si souvent témoins de sa valeur dans les batailles, sembloienf vouloir encore le suivre au tombeau. Cette perte leur éloit plus sensible que la plus sanglante défaite. Les habitans de Nicomédie , où éloit alors Constantin , couroient tous confusément par les rues , mêlant leur»
f[émissemens et leurs larmes. C’étoit un deuil particuier pour ♦•haque famille ; et chacun , pleurant son prince , pleriroit son propre malheur.
fi.L’empereur ThéodoselhwoiX. parcœurtoute l’écriture-sainte;il en recueillit avec soin tous les interprètes. 11 jeûnoitsouvent, sur-tout lesmercredisel les vendredis , selon l’ancien usage del’Eglise.ll se levoit au point, du jour,etchantoit l’office divin avec ses sœurs: son palais avoit l’extérieur d’un monastère.^ir«ùam, évêque deCarrhes, ayant détruit dans cette ville le fameux leni- |fle à\\d\ewLunus,'rhéodose le fit venir <àla cour: le saint prélat y mourut, etl’empereur conserva sa tunique, dont il se revcloiten certains jours. I jorsqu’on enleva le corps d’y^/>mù<ï//ipourletransporteienOricnf,7'ùéo«foj-<'voulut marcher à latête duconvoi:il le conduisit jusqu’au
Î)ort: aprèslecorpsmarchoienl les impératrices et toute acour.Dansiin temps de disette causée par l’intempérie dijs saisou.s,remperciu‘assistantavec lepeuple auxjeux
ducirq’ne,il survint imgrrmd orage. Aussitôt i’a'sant retirersesrliars.ordonneau peuple d’adresser à Dieu ses})rières: il entonne le premier un psaiune,-lojis le.sspoctateurschanlentavecluijet le<'irqne semldeêtre devenu un temple. L’air reprit aussitôt sa sérénité , et l’on dit que ce fut le dernier orage de cette année, qui, après avoir menacé d'imc funeste stérilité, donna des moissons abondantes. Dans les guerres, il imploroitla protection du Ciel par de ferventes prières, comme David; mais il n'eut pas lecourageet la science miliUiire de ce saint roi.Le respectcpi’il portoit aux personnes consacrées à Dieu,allüit à un j)oint qu’on pourroit taxer de foiblesse.ün moine insolent et téméraire, irrilécontre le prince qui lui refusoit une grâce, se retira en lui disant: « Je vous retranche de la communion de l'Eglise. » L’heure du repas étant venue , l’empereur , abatt\i du co<ip lancé d’une main si foible, protesta qu'il ne inaiigeroit point que l’excommunication ne fût levée, et il envova prier un évêque «l’obtenir celte faveur de celui qui l’avoil excommunié. En vain le prélat essaya de dissiper scs scrupules, en lui représentant qu’une pareille ceusurcéloilsans effet. Théodosenc consenlilàprendre de la nourriture , qu’après avoir reçu l'absolution de ce moine , qui ne méritoit lui-même aucun pardon.
7. S. Louis s’étanlembarqué pour retourner dans ses étals, obtint du légat, qui l’avoil accompagné dans son expédition de lal'crre-Sainte,lapermission de conserver dans son vaisseau lesainlsacrement pour communier les malades. (3n le mit à l’endroitdu navire le plus digne et le plus convenable, dans un tabernacle fort riche, couvert d’étoffes d’or eide soie, et placé sur un autel orné d'un grand nombre de reliques. Tous les jours on yrécitoil solennellement l’office divin : les prêtres même , revêtus d’habits sacerdotaux, y faisoient les céréiuoni«s et les prières de la messe, à la réserve de la consécration:le monarqueassistoitàtout.Ricn n’égaloitsa tendre sollicitude poiirlesmalades:il les visitoit souvent, leur procuroil tous les soulagemens qui dépendoient de lui , etprenoit soin de leur salut encore plus que de leur guérison. 11 y avoit sermon trois fois la semaine, sans pai’ler
dcsii)rtracl!onsparliculièieseltlescaté(]ijsniosf|ii’ilfaisoil faire aux matelots, quand les petits veîils réf^noient, ou le ealiue. Quelquefois il les interros'eoit lui-mêiiiesur les articles de foi , ne cessant de leur répéter qu’étant toujours entre lavieetla mort, entre le paradis et renfer, ils ne pouvoicnt trop se hâter de reconrir au sacrement de pénitence , pour appaiser la colère du Ciel. « Si le « vaisseau abesoin devous,leur disoit-il, ieprendraivotre «place avec joie, et mettrai la main à la manœuvre , «pendant que vous vous réconcilierez avec Dieu. » Tel fut l etfet et des soins etderexcmple du pieux monarque, qu’en peu de temps on vit un changement notable parmi les matelots: les ténèbres de leur esprit furent dissipées; la férocité de leur cœur s’adoucit, et la charité y prit la place de la brutalité. La honte de ne pqts faire quelquefois ce qu’un grand roi faisoit tous les jours, leur donna le courage de vouloir être chrétiens, et leur inspira des sentimens Lien au-dessusdeleurcondition. Durant la navigation, il sm-vint une horrible tempête : le vaisseau, jouet des vagues et des vents, étoit près de périr ; tout le monde étoit en alarme : la reine et trois jeunes princes , ses enfans , jetoient des cris affreux. Louis , pendant cette consternation , I.o«/.v, prosterne aux pieds des autels , altendoit son secours de celui qui dit ;i la mer i « T ais-toi , » et aux vents : « Calmez-vous.» Sa foi fut exaucée :1e temps devintcalme;etce nouveau bienfait duT out-Puissanlexcita de plusen plus la pieuse reconnoissancedu religieux monarque. « Regardez,sc- « chai , disoit-il à son conlidenl le sire de Joinville ; re- « garflez si Dieu ne nous a pas bien montré son grand «pouvoir y quand , par un seul des quatre vents dê «mer, le roi, la reine, ses enfans et tant d’autres per- « sonnages ont ])ensé abîmer. Ces dangers que nous «avons courus, sont des avestissemens et des menaces «de celui qui peut dire : Or , voyez-vous bien que je «vous eusse tous laissé noyer , si j’eusse voulu .^» Diagore le Mélien, disciple de Démocrite , étant venu s’établir .à Athènes , y ouvrit unç école d’atliéisme. Onliii intenta unprocèssursa doctrine pernicieuse. lise sauva par la fuite , et , par ce moyeu, évita le supplice
que mcrilc fanatique qui veut troubler l’éfat par des priiu ipos erronés ; mais il ne peut éviter la flétrissure de la sentence qui le condaninoit à mort. Les Athéniens eurent tant d’hoiTPur pour les maximes impies qu'il déhitoit , qu'ils allèrent iusqu^’à mettre sa tôle à prix , et à'promettre un talent de récompense pour celui qui le livreroit mort ou vif.
(Quelques années avant, on avoitdéj.à fait une affaire toute semblable .à P/’o^a^ore, ai itre disci pie de Z>e//tocr£te, pour avoir simplementtraitélamatièrede problématique.!! avoit dit au commencement d’un de ses livres:
« Y a-t-il des dieux? n’y en a-t-il point? C’est une ques- « tionoùjene sais si je dois affirmer ou nier.Pouréclair- « ru- cet te matière épineuse, noti’eentendemenlesttrop « foibie, trop avéuqle, et la vie humaine trop courte. » • Ces blasphèmes excitèrent l’indignation des Athéniens, alarmèrent leur piété : ils ne purent souffrir qu’on mit en doute une vérité aussi palpable. Us firent procla- » mer, par le crieur public, que tous ceux qui avoient des exemjilaires de cet ouvrage , les apportassent au magistrat. On les fit brûler comme infâmes, etl’au- * leur fut banni de l'état à perpétuité.
9. Lorsque Rome fut prise par les Gaulois, comme le prêtre deRomulus et les vestales emportoientlesirnagesdes dieux,pour les soustraire Ma fureur sacrilège des Barbares , un citoyen illustre , appelé Alhinus , les voyant .à pied , fit aussitôt descendre sa femme et ses enfans d’un charriot qu’il conduisoit, pour faire monter le prêtre avec les vestales; et préférant le bien de la religion au salut de sa famille , il quitta son chemin pour les conduire au bourg de Céré , dont le peuple le reçut avec beaucoup de respect et d’humanité. On peut remarquer , en passant , que les actes extérieurs de religion ont pris de ce bourg le nom de Cérémonies.
10. Les Gaulois, sous lacondiiite de Brennus, assiégeoient le Capitole, et veilloicnt exactement ô ce que personne n’en sortit et ne passât à travers les corps-degarde, lorsqu’unieuue Romain, par une action hardie, attira sur lui les yeux et l’admiration, tant des ennemis que des citoyens. Il y avoit un sacrifice attaché à la maison
by Goo^Ii
SKjn des Fabius, qui se devoit faire, un certain jonr, sur le mont Ouiriual. C. Fabius Dorso ,TQyv{\\ d'un habit convenal)le à celle cérémonie , descend du Capitole , portant enlre ses mains les choses sacrées, traverse les corps-de-garde des ennemis, sans se laisser épouvanter ])ar le bruit et les discours , et arrive au mont Qiiirinal. Apresyavoir accompli toutes les cérémonies prescrites, il retourna ]>ar le même chemin, avec une pareille gravité,etunepleineconfiancequela protection des dieux, dont il gai^^oil le culte au péril même de sa vie, ne lui inanqueroil point.ll arriva heureusement au Capitole, soit quelestiauloisfussentétonnésde sa généreuse audace,soit par respect pour la religion,;! laqu^le celte nation n'éloit pas insensible. Voyez Adoration, Religion.
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