‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 36 sur 169 · RAISONNEMENT. II · texte numérisé non relu

RAISONNEMENT. II

« voire cuisinitT, lui dit Zénon , vous sorvoit un nids « trop salé , vous lui en feriez des rcffroches ; niais s'il « vous disoit : Monsieur, j'ai une bonne provision de « sel, il faut bien l'employer 5 que répondriez-vous ? »

4. ^/^<z/«o«<iare,lepliiS])uissantdesroissarasinssujets de la Perse,s’étoit fait instruire des principes du christianisme, et ayant tiouvé celte reli^s'ion plus raisomiable que celle de ses pères, ilavoit reçu le baptême. ^eVère, que la faction A’Eutichhs avoit placé sur le siéf^e d'Antiotdie, se lit im po'mt d'honneur d’entraîner dans l'hérésie un guerrier dont le nom faisoit trembler la Syrie et la Phénicie. Il lui envoya deux évêques pour lui inspirer les erreuis à’ Eutichès,àon\. la principale consistoit à ne recoanoUre en Jésus-Christ qu'une seule nature, la nature divine, à laquelle dévoient s’attribuer la naissimce , les soutfrances et la mort de Dieu. Le Sarasin , après les avoir écoutés , leur promit de se décider le lendemain. Pendant la seconde entrevue , un de ses officiers étant venu lui dire un mot à l’oreille, il feignit de tomber tout-à-coup dans une profonde tristesse; et comme les prélats lui en demandoient respectueusement la cause : « Hélas ! Iciu dit-il , j’apprends que H. l’archange Michel vient de mourir. » Les prélats lui représentant, pour le consoler, qu’on le trompoit, et qu'un ange étoit immortel de sa nature : « Eli quoi ! « leur répliqua-t-il , vous voulez bien me persuader « que la nature divine à subi la mort! » Cette brusque réfutation, appuyée d’un regard et d’un ton militaire , déconcerta les deux converlissenrs. Ils prirent snr-lechamp congéd'un prince aussi expéditil’dans Icsdiscussions ihéologiques, que dans ses incursions guerrières.

5. CJn vendeurde pots de terre se présenta kSchaliroch, un des fils de Tamerlaiiy et lui demanda s’il ne tenoi tpas pour véritable la doctrine de la religion mahométane , qui enseigne que tous les musulnians’sontfrères.'' « Oui, « sans doute. — Or, s’il est vrai que nous sommes Ions « frères, n’est-ce pas une injustice que vous ayez un si « grand trésor, tandis que moi, votre frère, je suis dans K le besoin d’une pauvre maille ? Donnez-moi au moins « la portion qui me louche, en qualité de frère. » Le

prince lui fit donner une pièce de monnaie d’argent de la valeurd’environ trois sous. Mais il n’en fut pas content, et il dit: «Quoi Id’iui si grand Irésorilnenie revientque « cette petite portion ? » Schahroch le renvoya , et lui « dit . Retire-toi, et ne parle a personne de ce que je « t’ai donné ; ma portion ne seroit pas si considérahle, «4 tous nos autres frères me demandoient la leur. » <ô. Socrate voyant q\x’ Alcibiade, son disciple, n’osoit se produire en publie , et que sa timidité l’empêchoit

deparlerdcvantlepeuple, l’encouragea parcetle induction : « Vous ne trouvez pas qu’un cordonnier soit un

« homme Lien propre à imposer du respect? Non.

« Un crieur public , un charpentier , ne sont pas des « gens bien redoutables ? — Non. — Un boucher, un « maçon , enfin , tous ces artisans sans lettres qui se « trouvent dans les assemblées, ne sontguère capables « de nous déconcerter ? — Non. — Eh bien ! voilà les « gens qui composent le peuple d’Athènes. Vous les « mépiisez chacun en particulier ; pourquoi donc les « craignez-vous quand ils sont rassemblés ? »

Un homme se plaignoit de la fatigue d’un long voyage qu’il avoit fait à pied. Socrate lui demanda ; « Votre « esclave a-t-il pu vous suivre? — Oui. — Portoit-il « quelque chose ? — Il etoit charge d’iui gros paquet. « — Se plaint-il de la fatigue ? — Non ; je l’ai en- « vové , en arrivant , faire une commission dans la « ville. — Vous avez sur votre esclave les avantages « de la fortune : il a sur vous ceux de la nature ; vous « êtes riche et libre, mais foible, mou et languissant: « il est pauvre et esclave, mais sain, robuste et vi"ou- « ceux. Décidez lequel est le plus heureux. » ^

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1. SvT.osoN , frère de Polycrate , tyran de Samos , avoit fait aiiüefois présent à Darius, fils A'Uystaspes, d un habit de couleur rouge, dont celui-ci témoignoit avoir beaucoup d’envie , et ii’avoit jamais voulu recevoirle x>rix. Darius étoil pour loz-s unsimple paiticuiier.

HKCONNOISSANCE. 121

officier dans les gardes de C amhyse, qu’il avoit suivi à Memphis en Egypte. Quand il fut monté sur le trône, Syloson alla à Suze , se présenta la porte du palais , et se fît annoncer comme un Grec à qui le roi avoit o}>ligation.DflW?/j, surpris de celte annonce, et curieux d’en approfondir la vérité, le fit entrer. Le monarque reconnut en effet que c’étoitson liienfaiteur; et loin de rougir d’une aventure qui paroissoit ne lui etre pas fort honorable, il loua avec admiration une générosité qui n’avoit eu d’autre motif que celui de faire plaisir à un homme de qu’il n’avoit rien à attendre , et lui promit de lui donner heaucoup d’or et d'argent. Ce ii’étoit point »:e que Syloson désiroit ; l’amour de la patrie étoil sa passion. 11 supplia le roi de l’y rétablir, mais sans répandre le sang des citoyens, et en chassant seulement de Samos celui qui en avoit usurpé la domination depuis la mort de son frère. Darius chargea de cette expédition Otane, l’un de premiers seigneurs de sa cour, qui s’en acquitta avec joie et avec succès.

2. Athènes ayant recouvré sa liberté par la prudence et le courage d'IIarmodiuseiA’ Aristogiton, tous les citoyens s’cmprcssèrentde témoigner leur vive reconnoissance à ces généreux libérateurs. On leur érigea sur-lechamp des statues dans la place publique; honneur qui jusques-l.\ n’avoit encore été rendu àpersonne. Ayant appris, plusieurs années après, que la petite-fille A'Aristogiton étoit à Lemnos , où elle vivoit dans un état malheureux, sans pouvoir se marier,à cause de son exl renie misère, ils la firentvenir à Athènes; et lui donnant pour époux un des plus riches citoyens de la ville, ils lui assignèrent pour dot une terre dans le bourg de Potamos.

3. La gloire qu’on a donnée aux Egyptiens d’être les plus reconnoissans de tous les hommes, fait voir qu’ils étoient les plus sociables. Les bienfaits sont le lien de la concorde publique et particulière. Qui reconnoît les grâces, aime à en faire ; et enbannissantl’ingralitude, le plaisir de faire du bien demeure si pur, qu’il n’y a plus moyen d’y être insensible. C’étoit sur-tout à l’égard de leurs rois que les Egyptiens se piquoient de retour. Us les honoroient, pendant Iciu' vie, contme les images vivantes

RECONNOl!«f«ANrE

de la diviuilé ; ils les plcuroierit , après leur mort , comme les pères communs des peuples. Le deuil ctoit général; et chaque citoveji ressentoil la perle publique aussi vivement que si elle n’eût louché que lui seul.

4. Les Cartiiagiiiois éloieut une colonie de T3'riens. Jamais iis n’üul»!ièrent leur origine; et leur reconuoissancepour leur ancienne patrie ftit toujours M’epreuve des «•aprices de la fortune. Tous les ans , ils envovoient régulièrement à Tyr un vaisseau chargé de presens. C’étoit comme un tribut de gratitude qu’ils payoient ?i leurs compatriotes : ils faisoient ofl’rir un sacrifice annuel aux dieux tutélaires du pays , qu’ils regardoient aussi comme leurs protecteurs. Ils ne manquoient jamais d’y porter les prémices de leurs revenus , aussi-bien que la dime des dépouilles et du butin qu’ils faisoient sur les ennemis, pour les offrir à Hercule , une des principales divinités de Tyr et de Carthage. LorsqueTyrfut assiégée çîir Alexandre ,\es Tyriens , pour mettre en sûreté ce qu’ils avoient déplus cher , envoyèrent à Carthagelfturs femmes et leurs enfans, qui y furentrecusetentrete»us,quoiquedans le lempsd’une guerre fort pressante, avec une bonté, une générosité tellesqu’on auroitpu lesattendre des pores etdes mères lesplus sensibles et les plus opulens. Ces m.irques constantes d’une vive et sincère reconnoissance , ne fontelles pas plus d’honneur à une nation que les plus grandes conquêtes , que les plus glorieuses victoires ?

5. Jusques dans les plus petites choses, le peuple d’Athènes faisoit éclater celte vive reconnoissance qui conslituoit son caractère. Après avoir achevé le temple qu’on nommoit llécatonpédon , ils renvoyèrent libres toutes les bêles de charge qui avoient fourni à ce travail , et leur assignèrent de gros pâturages comme à des animaux consacrés. On dit qu'une deces bêtes étant allée d’elle-même se présenter au travail , se mettre à la têtede celles qui Irainoientdescharretlesàlaciladelle, marcher devant ello^ , comme pour les exhorter et pour les encourager, ils ordonnèrent par un décret qu’elle seroit nourrie , ju:>qu’à sa mort, aux dépens du public.

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