‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 37 sur 169 · Quaady/«g«sfevitque sa puissance éloit affermie · texte numérisé non relu

Quaady/«g«sfevitque sa puissance éloit affermie

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sur des fonclemens inél)ranlal)les , il ne s’occupa plus que du soin de rendre lesinorlels heureux, et de faire ouJ)lier le barbare auteur des proscriptions. Aussi jamais prince ne reçut plus de marques de tendresse et de vénération de la part de scs sujets. Les chevaliers romains , de leur projtre mouvement, céléhroicnt tous les ans son jour natal , par une fête qui duroit deux jours. Tous les ordres, chaque année , à un certain jour, en vertu d'un vœu fait j)Our sa conscivation, alloient jeter leurs offrandes dans le lac Curtius. Son palais ayant été brûlé , les vétérans, les compai;niesde juges ou de greffiers, les tribuns , et même les particuliers s’empressèrent de lui apporter de l’argent pour aider à le rebâtir j et lui , content de leur bonne volonté , et souhaitant de leur faire connoîtrc qu’il y étoit sensible , sans néanmoins leur être à charge , portoit la main sur chaque^as , et en prenoit comme les prémices , n’allant jjointau delà d’un dernier. Des pères de famille ordonnoient, parleur testament, qu’on les portât après leur mort au Capitole, et qu’on y offrît en leur nom des sacrifices d’actions de grâces pour acquitter le vœu qu’ils avoient fait , si , en mourant , ils laissoicnt guste plein de vie. Plusieurs villes changèrent en son honneur le commencement de leurannée,eten comptèrent pour premier jour celui où il les avoit visitées : les rois alliés de l’empire fondèrent , pour la plupart, dans leurs états , des villes qu’ils appelèrent Césarée. Enfin , dans les provinces , outre les temples et les autels que l’on dressoit à ce prince chéri, tous les cinq ans on établissoit des jeux pour célébrer la gloire de son nom.

7.Fa/-«zw.î,nohle romain, avoit suivi le parlid’-'^/i/ozHe. La victoire s’étantdéclaréepour^wgüjœ, Furnius^qm craignoit le ressentiment du vainqueur, envoya son lils demandcrsa grâce, et l’obtint. Touché de la clémence du dictateur, il osa se présenter alors h ses yeux, et lui fit ceremercînjent: «Céjar,je n’ai jamais reçu de vous que « des bienfaits ;et le seul mal que vous m’ayez jamais «fait, c’est de me forcer à vivre et à mourir ingrat.^) d.Alexandre-le-Craml avoit eu pour maître lecélèbre Aristole. Après la mort de ce philosophe,on lui demanda lequel il regreltoit le plus, de son père ou de son pré-

cepteur?» Le dernier, répondit-il; mon père m’a don- .

« né la vie , mais Aristote m’a appris en user. »

9. M. Viviani y savant géomètre de Florence, étoit reconnoissant au souverain degré. II est vrai que le caractère général de sa nation peut lui dérober une partie de cette gloire. Les Italiens conservent le souvenir des bienfaits ; et, pour tout dire aussi, celui des offenses , plus profondément que d’autres peuples , qui ne sont guère susceptibles que d’impressions phis légères.Mais la recounoissance queM. Viviani a fait éclater en toutes occasions pour tous ses bienfaiteurs , a été regardée comme extraordimiire, et s’est attiré de I’<admiration, même en Italie. Il avoit reçu les leeons de Galilée, durant les trois dernières .années de la vie de ce grand homme ; et, malgré l’exirême disproportion d’àge, il conçut pour ce savant vieillard une tendresse vive et une e.spèce de passion. Par-tout il se nommoit If disciple , et le dernier disciple du grand ja-

mais il ne mettoit son nom à un titre d’ouvrage sans l’accompagner de cette qualité ; jamais il ne manquoit une occasion de parler de Galilée ; et quelquefois même, ce qui fait encore mieux l’éloge de son cœur, il en parloit sans beaucoup de nécessité ; jamais il ne prononcoit le nom àe Galilée, sans lui rendre un hommage ; et l’ori sentoit bien que ce n’étoit point pour s’associer , en quelque sorte , au mérite de ce grand homme , et en faire rejaillir une partie sur lui : il est aisé de distinguer le style de la tendresse d’avec celui de la vanité. Louis XIV l’avoit honoré d’une pension considérable , et l’avoit mis au nombre des huit associés étrangers de l’académie des sciences. Avec la pension du monarque , il acheta une maison à Florence ; il la fit rebâtir sur un dessin très-agréable, et aussi magnifique qu’il pouvoit convenir à un particulier. Au frontispice de cette maison, il mit cette inscription à deo datœ ; allusion heureu.se , et au

nom de Dieu-donné qu’avoit d’abord porté le roi , et â la manière dont elle avoit été acquise. Une recon- •noissance ingénieuse , et difficile â contenter , n’a pu lien imaginer de plus nouveau et de plus noble qu’un pareil monument. sj digne, pv son savoir

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et par ses talens , de recevoir les hienfails du roi ,.s’en rendoit encore plus digne par l’usage qu’il en faisoit après les avoir reçus. Galilée ne fut pasouhlié dans le plan de celle maison. Son busle fut placé sur la porte , et son éloge, ou plutôt toute l’histoire de sa vie, dans des places ménagées exprès ; et M. Viviani , pour répandre dans le monde un monument qui de luimême n’éloit pas durable, en fit faire des estampes , qu’il mit à la fin d^in de scs ouvrages dédié au roi.

io.Hérode-j4grippa,ipeû\.-ï\\sà’Hérode-le-GraTid,n’étantencore que particulier, fut airêtésnr de faux soupçons,^ conduit àRome par ordre de l’empereur Ti'èère, qui le fit attacher au tronc d’un arbre en face de son palais-Onétoilenétéjlachaleurluicausoitunesoifardente, lorsque Thaumastès, esc\&ye de CaZ/ga/a, vint à passer avec un vase plein d’eau fraîche : il lepria de luidonncr rk boire -,et, l’esclave l’ayantfail avec plaisir, il lui promit derenrécompenserunjour.Quelque temps après Tibère mourut, et Caligula monlasur le trône. , qui n’avoitélé mis en prison que pourmoilifier Caligulaqxâ l’aimoit, futaussilôt mis en liberté, et reculdu nouvel empereur le titrederoi de Judée. A .sa prière, ce prince affranchit Thaumastès. Agrippa , reconnoissant,le mit au nombre de ses amis et de ses ministres ;et, lorsqu’il mourut, il pria, dans son testament , sa femme et ses enfans de lui conserver le même poste auprès d’eux.

1 1. Louis XI avoit, en i683, chargé Duquesne de bombarder Alger, pour la punir de ses infidélités et de son insolence.Le désespoir oix étoienl les corsaires,de ne

f)Ouvoiréloigncrde leurs côtes la flotte qui les foudroyoit, es porte à attacher à la bouche de leurs canons des esclaves français, dont les membres sont portés sur les vaisseaux. Un capitaine algérien , qui avoit été pris dans ses courses, et très-bien traité par les Français , tout le temps qu’il avoit été leur prisonnier, rcconnoîl, parmi ceux qui vont sxibîr le sort affreux que la rage aimaginé, un officier, nommé<7AoZjew/,dont il a éprouvé les attentions les plus marquées. A l’instant, il prie, il sollicite, il presse pourobtenir laconscrvalion de cet homme généreux. 'Fout est inutile ; on va mettre le feu au canon okChoiseul est attaché. L’Algérien se jette aussitôtsur

lui , l’cmLrasse étroitement, et, adi’essantla parole an canonnier , lui dit: « Tire ; puisque je ne puis sauver « mon l)ienfaiteur , j'aurai du moins la consolation de « mourir avec lui. » Le dey, sous les yeux duquel la scène se passoit,en fut si frappé, qu'il accorda, les larmes aux yeux, ce qu’il avoit relusé avec tant de férocité.

Le cardinal IV o/.yey, ministre ctfavori de Henri VIII, roi d’Angleterre, étant tombé dans la disgrâce de sou maître, se vit tout-à-coiip méprisé des grands, et ba'i du pcuple.iu'rj- Williams, \m deses prolégés,ful leseul qui osa défendre sa cause , et faire l’éloge des talensetdes grandes qualités duministre disgracié. Il lit plus; il offrit sa maison de campagne à W^o/jey,etIeconjura d’y venir au moins passerun jour. Le cardinal,scnsibleàcezèlc, alla chezFiAy- Williams, qm recutson éminence avec les marques de la plus vive reconnoissanceetduplusprofond respect. Le roi , instruit de l’accueil que ce particulier avoit osé faire à un homme tel que Wobey,Çii venir Williams:c\. demandant d’un airet d’un ton irrités, par quel motifil avoit eu l’audace de recevoir chez lui le cardinal accusé et déclaré coupable de haute trahison? «Sire, ré- « pondit WilUams,\e suis pénétré, pour votre majesté, « delasoumissionlaplusre.spectueuse;jenesuisnimau- « vais citoyen , ni sujet infidelle.Ce n’est ni le ministre « disgracié, ni le criminel d’état que j’ai reçu chez moi; « c'est mon bienfaiteur, c’est mon protecteur, celui qui « m’a donné du pain , et de qui je tiens la fortune et la « tranquillité dont je jouis. Ah ! sire , si je l’avois aban- « donné dans son malheur, j’eusse été le plus ingi’atdes « hommes. »Surpris, etplein d’admiration, leroi conçut dès cet instant la plus haute estime pour le généreux Fits-Williamx. Il le fit chevalier sur-le-champ ; et, peu de temps après , il le nomma son conseiller-privé.

i5. Après la prise de Corinthe, un Romain se m1t en tête de faire abattre les statues qu’on avoit dressées à la mémoire du célèbre Philopénien,\\m des plus grands hommesqu’ait jamaisproduils laGrèce. 1 1 eut la hardiesse de le poiu-suivre criminellement, comme s’il eût été en vie, etdc raecuserdevant iT/«/nmm.v,général de l’armée romaine , d'avoir été l’ennemi de la république , et

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d’avoir ton jouvÿ 1 inverse ses desseins antani cpi'il avoit pu-Ceneacciisalion étoitouirée ; mais elle avoit quelque couleur, cl, n’i*loit pas loul-ji-fait sans fondement. IjeiamcnxPolybe, qui avoit en hilopém en pour mnlh’e dans la science de la ^nerre,prithautemcntsa défense. Il représenta Philopémen comme le pins estimable des héros qui eut iliustié sa patrie, qui pouvoit,peut-ctre avoir quelquefois porté un peu trop loin son zèle pour la liberté de la (rrèce; mais qui, en plusieurs occasions, avoit rendTi des seiTiccs considérables nu peuple romain,conimedaiislesgnerrescnntre^-^//hoc/i«.retcontre les AVo//enj.Lescoraniissai>'es,dcvantqui il plaidoilune si belle cause, touchés de ses raisons, et encore plus de sareconnoissancc, décidèrent qu’onne toncheroilpoint aux sUitues du hérosaecusé, enquelqnevilleqn'eliesse trouvassent. Folybe , profitant de la bonne volonté de MunimiuM , lui demanda encore les statues d ./lratus et A’Achéus : et elles lui furent^ accoidées , quoiqu'elles eussent déjà été transportées dnJPéloponnèse dansl’Acarnanie. Les Aebéens furent si charmés du zèle que Polyhe avoit fait paroître en cette occasion pour l'iionneur des grands homines de son pays , qu’ils lui érigèrent à Im-inéme une statue de marbre.

il\. Au siège deJNamur, en i6q5, il y avoit dans l’armée du roiG///7/a«OTedeuxguerriers du régimentd’Hamilton : l’un bas-officier, nommé h/n'on, l’autrcsimple soldat, appelée a/e/itm. Ils devinrent ennemis irréconciliables. Vnion, qui se frouvoit l’officier de Valentin, saisissoit toutes les occasions possibicsde le tourmenter et de faire éclatersonressentiment.Le soldat soulfroittout sans se plaindre; ou, s’il gémissoit quelquefoisde cette tyrannie , jamais il n’oublioit l'obéissance aveugle que lui prescrivoient les lois du service. Plusieurs mois s'étoient passés dans cet état, lorsqu’un joijrils furent comniapdés l’un et l'aulrepoTir l'altaquedu chàteaudelVamnr. Les Français firent une sortie, oii l’officier h///‘on reçut un coup de feu dans la cuisse. Il tomba- ctcomuie les Français pres.soientdctoutes parlsles troupes al liées, il s’altendoit à êlrc foulé aux pieds. Dans cemomenl,il eut recours à son ennemi : Ah ! Valentin ! Valentin !

% s’écria-l-il , peux-tu m’abandonner? » V alenlin , à sa

voix, courut précipitamment à lui ; et, au milieu du fcu des Français, il mit l'oflrcier sur ses épaules, et l’enleva courageusement à travers les dangers,) usqu alahaulenr de l’abhaye de Salzine. Dans cet endroit , un houlet de c.anonletua lui-même, sans loucherà l’officier.^ alentin tomba sur le corps deson ennemi qu'il venoitde sauver. Celui-ci, publiant alors sa blessure, se relève, eiis’arrachant les cheveux ; et , se jetant aussitôt sur le cadavre défiguré de son Idiérateur : « Ah ! a/e«f/n, s'écric-t-il, « cher y alentin , est-ce pour moi que tu meurs ? pour « moi , qui te traitois avec tant de barbarie ? Homme « généreux ! je ne pourrai pas te survivre , je ne le veux « pas!.... Non.» Ilfutimpossible deleséparerdececorps ensanglanté. Enfin on l’enleva,tcnanttou jours embrassé son cher bienlaiteur; et, pendant qiFon les portoit ainsi Tun et l’autre dans les rangs, tous leurs camarades, qui

connoissoient leur inimitié, pleuroienta-la-foisd admiration et de douleur. Lorsqu’ fut ramené dans sa tente , on pansa , de force , la blessure qu’il avoit reçue ; mais le jour suivant, ce malheureux, appelant toujours Valentin , mourut accable de regret , et plein de reconnoissancc.

i5. Quelle honte pour les ingrats de voir les animaux leur donner l’exemple de la rei onuoissance ! Quand les Athéniens, tropfoibles pour attendre dans leur ville l’armée innombi abledc Xerxès, se furent embarqués afin de se retirer Salamine, la désolation devint générale, et il n’y eut pas jusqu’aux animauxdomestiquesquine prissentpart.àce deuil public.Onne pouvoits’empêcher d’être touché et attendri, en les voyant courir avec des hurlemens après leurs maîtres qui les abandonnoient. Entre tous les autres,on remarqualc chien de Au/if/ppe, père de Périclhs, qui, ne poTivant supporter de se voir éloigné de son maître,sc précipita dans lamer, et nagea toujours près de son vaisseau , jusqu’.à ce (pi’il aborda presque sans force à Salamine , et mourut incontinent sur le rivage. On montroil encore dans le même lieu , du temps de Plutarque , l’endroit où l’on prétend qu’il fut enterré, et que l'on appeloit la sépulture duchien.^

\6. Un éléphant, maltraité par soncornac, ( c’estainsi

. ... . ; qu’on

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*qu'onappellelesconducteiirs de ces animaux), s’enëtoit vengé en le tuant. Sa femme, témoin de ce spectacle, prit sesdeuxenfansetles jeta auxpjpdsde Panimalencore furieux , en lui disant . « Puisque tu as tué mon mari ,

« ^te - moi aussi la vie , ainsi qu’à mes deux enfans.» L'éléphant s’arrêta tout court, s’adoucit, et comme s’il eût été touché de regret, prit avec sa trompe le plus grand des deux enfans , le mit sur son cou, l’adopta pour sort cornac , et n’en voulut point souffrir d’autre.

Un soldat de Pondichéry , qui avoit coutume de' donner à un éléphant une certaine mesure à.’arac , chaque jour qu’il touchoit son prêt, ayant un jour hu plus que de raison , et se voyant poursuivi par la garde , qui vtraloitle conduire en prison, se réfugia sous l’éléphant et s'y endormit. Ce fut en vain que la garde tenta de l’arracher dé cet asile. L’animal recoimoissant défendit son bienfaiteur, et vint àhout d’écarter les soldats. Le • leqid^main , celhomme , revenu de son ivresse , frémit à rotl réveil de se voir couché sons un animal d’une groàséursi énorme. L’éléphant , qui peut-être s’aperçut de son effroi, le caressa avec sa trompé pour le rassurer , et sembla lui faire entendre qu’il pouvoit s’en aller. ' Dans le temps qné Pyrrhus y roi d’Epire, entroit ’jrtctorie'ux dans Argos, un ëléphants’aperçutqu’il avoit perdü son maître , lequel étoit tombé dans la foule des morts : outré de douleur , il renverse indifféremment amis et ennemis ; il court de rang en rang , jusqu’à ce qu’il ait trouvé le corps de son maître; ille prend ensuite avec Sa'trompe , et l’emporte loin des ennemis.

i8. Ôn' admire encore la fidélité du chien de Titus-' $ahinüs , qui n’abandonna jamais son maître dans la

Ïtrison , qui le suivit au supplice , témoignant sa douetir par des hurlemens lamentables , révisant le pain qu’on lui offroit, et le portant à la bouche de son infortuné maître.Lorsque Sabinus eût été précipité dans le Tibre , son chien s’y jeta%vec lui. Croyant son maître encore vivant, il soûlevoit sa tête au - dessus des flots , s’efforçant , autant qu’il pouvoit, do reconnoître le soin qu’il afoit pris de le noarrir et de l’élever, ig. Dans un spectacle qui se donnoit à Rome , on Tome III. I

l3o RECONNOI8SANCE.

faisoitcombattredescriminclscontredes bétes féroces, Parnii les plus terribles deces animaux, on rcmarqnoit sur-tout un lion, doi^ la grandeur énorme , les rugissemensalTreux, la crinière tlotlante, Icsycuxétincelans inspiroienten même temps l’admiration et la terreur.Un malheureux s’avance dans la carrière; l’animal furieux court au devant de sa victime. Tout-à-coup il s^’arrêl.e ; et,quittanlsa fierté naturelle, il s’approchede lui avec un air de douceur, remuant laqueue,commeles chiens qui flattent leurs maîtres ; il le joint, et lui lèche affectueusement les mains et les jambes. l i’homme, caressé parcette bête farouche, revientpeuà peude sa frayeur ; il reprend ses esprits ; il considère attentivement lelion; et, le reconnoissant , il le caresse à son tour avec des transports de joie auxquels l’animal répondoit à sa manière. Un événement si mei’veilleux remplit toute l’assemblée de surprise et d’admiration: on applaiidit, on battit des mains ; et l’empereur /a lui-même, qui

éloit présentjse fit amener l’homme épargné par lelion ; lui demanda qui il étoit,etpar quel charme il avoit désarmé ce terrible animal? «Je suis esclave, rcpondit-il; mon nom est AndrocLusX)Aï\& le temps que monmaître étoit proconsul d’Afrique , me voyant traité par lui avec toute sorte de rigueur et d’inhumanité , je pris la fuite ;• et comme tout le jjays lui obéissoit, pour me dérober à ses recherches, je m’enfonçai dans les déserts de la Lybie , résolu , si je n’y trouvois ma subsistance , de chercher la mort par la voie la plus prompte. Au milieu des sables, dans lapins grande chaleur du midi, j’aperçus un antre, où j’allai me mettre à l’abri des ardeurs du soleil. A peine m’y étois-je réfugié , que j’y vis entrer ce même lion , dont la douceur à mou égard vous étonne, poussant des cris jilaintifs , qui me firent jugerqài il ctoil blessé. Gel antre étoit sademeure: je m’y cachai dans l’endroit le plus obscur , tremblant, et croyant être au dcrni«r moment de ma vie ; il me découvrit cl vint à moi ; non pas menaçant, mais comme implorant mon aide, et levant son pied malade pour me le montrer. Il lui étoit entré sous le pied une très-grosse épine que j’arrachai ; et , m”enhardissant par la patience avec laquelle il soufTx'oit l’opération ,

. RÈGLE. l3l

ie pressai les chairs pour en faire sortir le pus : j'essuyai la plaie ; je la nettoyai le mieux qu'il me fut possible , et la mis «n état de se cicatriser. Le lion soulagé se coucha , laissant son pied entre mes mains , et dormit paisiblement. Depuis ce jour , pendant trois ans , j'ai vécu avec lui dans le même antre et des mêmes nourritures. Il alloit à la chasse , et m'apportoit régulièrement quelques quartiers des bêtes qu'il avoit prises ou tuées. J’exposois cette viande ati soleil , n'ayant point de feu pour la faire cuire. Enfin je me lassai d'une vie si sauvage ; et pendant que le lion étoit sorti pour la chasse, je m'éloignai de l’antre. Mais à peine avois-je fait trois journées de chemin, que je fus reconnu par des soldats qui m'arrêtèrent ; et l'on m’a transporté d’Afrique à Rome, poiu être livré à mon maître : condamné par lui à périr, j’attendois la mort sur l’arêne. Je comprends que le lion a été pris peu de temps après notre séparation , et que , me trouvant , il m’a payé le salaire de l'utile opération par laquelle je l'avois autrefois guéri. » Ce récit courut en im instant toute l’assemblée , qui demanda à grands cris la vie et la liberté pour l'heureux Androclus.On. lui donna Tune et l’autre : de plus , on lui fit présent du lion; il alloit dans les rues de Rome , menant cet animal en laisse ; on lui jetoit des petites pièces de monnaie ; on couvroit le lioa de fleurs, et l'on se disoit les uns aux autres: « V oici le lion « qui a exercé l'hospitalité envers un homme ; voici «l'hommequi aétélemédecin du lion.» f^oyexF idklitb.

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