‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 42 sur 169 · RENOMMÉE · texte numérisé non relu

RENOMMÉE

i.C’ÉTOiT la coutume de se donner mutuellement i l’église je baiser de paix , quand le prêtre , qui disoit la messe , avoit prononcé ces paroles: «Que la paix du « Seigneur soit toujours avec nous ! » La reine Blanche, épouse de Louis VlUy ayant reçu ce baiser de paix , le rendit à une fille publique dont l’habillement annonçait qu’elle étoit mariée , et d’une condition bon- . nête. La reine offensée de la méprise , obtint une or- ^donnance qui défendoit à ces sortes de personnes , dont le nombre étoit alors très-considérable , de porter « robes à, queue , à cpUels renversés , et avec une cein- « tufe dorée. »■ Ce réglement étant mal observé , les honnêtes femmes s’en consolèrent par ce proverbe : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

3. Henri II , roi de France , pria l’amiral de Coligny de lui dire son sentiment sur l’albance du comte d’.^amale, avec une des biles de Uûzjae de Poitiers, duchesse de Valentinois, dont la conduite n’étoit pas sans repror che, et de lui parlera coeur ouvert , comme s’il s’agissoit de ses propres intérêts : « Pour moi , lui répondit ce « seigneur , je ferois plus de cas d’un peu de bonne « renommée , que de toutes les richesses qu’une « femme pourroit apporter dans ma maison. »

3. ün homme appelé CadUanus , frappé du nom et de la renommée de Ti/e-Xipc , vint des extrémités du

monde pour le voir, et s’en retourna après avoir contenté sa curiosité. •

Un Suédois , attiré en France par le grand renom de M. de Fontenelle , qti’il vonloit voir, vint à Paris ; et quand il fut aux barrières de cette capitalè,ilpria l’uu des commis de lui indiquer la demeure de ce célèl>re académicien. Le commis lui répondit qu’il ne connoissoit ni M.cüc Fontenelle ,n\ sa maison , et qu’il s’en informàtplus loin.Le bonétrangersuivilinutilemenlceconseil: enfin, après bien des recherches, il trouva la maison du savant qu’il venoit visiter, bien surpris qu’un homme dont la renommée avoit pénétré dans le fond de la Suède , et jusqu’aux extrémités du globe , fût h peine connu dans son propre pays, dans la ville même où il séjournoitdepuisbiendes années. .^.Répütation.

1 conseilloit à madame de Longuevîllè

d’aller à la cour pour lui dbnnër bon exemple ! « Je « ne saurois , dil-ellé ,lui domiét uli meilleur exemple « que celui de la tjuitter. »

2. Un gentilhomme s’efforçant de persuader à dont Barthelemi-des-Martyrs de faire quelques nouveaüt bâtimens dans son palais , ce vertueux prélat lui dit: « En vérité , monsieur, vous me parddnnerez bien , « si je vous dis que ce qite vous voulez nié persuader «’est pire qùé ce que le dénton proposoit à Jésits- « Ckrlit ; car il lui cOhSeilloit de changer des pierres « en du pain qui àuroit pU nourrir des pauvres ^ et * vous , vous me conseillez àii contraire de changer « eh pierres lé pain des pauvres. »

3. Un prélat dèmandoità tm bon curé de campagne ce que valoit son bénéfice? « Autant que votre évêch'é, « monseiffiieUr, lui répondit-jl; le paradis ou Tenfer , << suivant lusagè què nous ferons de nos talens.» *

4. Louis XIF' dit au duc Schomber^ , qui étoit hugute not: «Sans votre relimon, il y a long-temps que vdtiS ^ sérier matéchal deFrànée.i--#ire, répondit le duc.

« puisque VOUS me jugez digne de l'être, je suis satis- « fait : je ii’avois pas d’autre fitit. » Celte repartie lui valut dans le moment cette dignité , et leva tous les obstacles.

5. Le maître d’hôtel d’un prince , qui le servoit à table, répandit la sauce sur la nappe. Le prince lui dit en riant « J’en ferois bien autant. — Je le crois bien , « prince, répondit-il ; je viens de vous l’apprendre. »

6. Le célèbre Vaugelas ayant obtenu une pension par le canal du cardinal de Richelieu, ce ministre lui dit : «Au moins , monsieur, vous n’oublierez pas dans « votre dictionnaire le mot de pension. — Ni celui de re- « conwoij.mnce, monseigneur, » lui répondit Vaugelas.

7. Un officier français , ayant remporté un avantage sur les Esp.'ignols , écrivoit à sa femme qu’il en scroit plus digne d’elle. « Si vous aviez moins fait, lui répondit « cette généreuse épouse , je ne vous reverrois jamais. »

8. Quelqu’un consolant madame la marécdiale de Villeroi, après la bataille de Ramillies, et lui disant que , grâces Dieu , le maréchal et le duc de Villeroi se portoient bien : « C’est assez pour moi , ré- « pondit-elle ; mais ce n’est pas assez pour eux. »

q. Un grenadier de l’armée du comte de Saxe ayant été pris en maraude, fut condamné à être pendu. Ce qu’il avoit volé pouvoit valoir environ six livres. Le maréchal le voyant conduire au supplice, lui dit : « Il « faut que tu sois bien misérable de risquer à perdre « la vie pour six francs. — Parbleu , mon général , « répondit le grenadier , je la risque bien tous les jours « pour cinq sous. » Cette repartie lui valut sa grâce.

10. Un homme sage ne doit jamais donner h un enfant de raison qui puisse être rétorquée contre lui. Un enfant s’étoit levé fort tard ; son père , poui’ le rendre plus diligent, lui dit : « Mon fils, vous ne connoissez pas « encore le prix et les avantages de la diligence. Savez- « vous ^u’un homiye diligent, s’étant un jour levé fort « m^in ,' trouva une bourse pleine de louis dans son << chemin?—- Mais , mon père,frépondit l’enfaut, celui « qui l’avoit perdue s’étoit levé encore plus matin. »

Un ministre protes^fuit, homme violent et emporté»

pxpliqnoit à des enfans le Pentateiiqne. Il en étoil à J’arlicle de Balaani. Un de ses jeunes disciples se mit à rire. Le minisüe indigné gronda , menaça , et s’efforça de prouver qu’un âne pouvoit parler , sur-tout <iuand il voyoit devant lui un ange armé d'une épée : le petit garçon n’en rioit que plus fort. Le ministre s’emporta , et donna un grand coup de pied à l’enfant , qui lui dit en pleurant ; « Ah! je conviens que « l’âne de Balaam parloit , mais il ne ruoit pas. »

11. Un évêque demandoit à M. de Vermandois , amiral de France , quel âge il avoit : « Cinq ans , lui « répondit ce prince. — Monlrez-les moi : on peut « montrer ce qu’on a. — Montrez-moi les vôtres , je « vous montrerai les miens. »

12. Dom Pèdre de Tolède, étant ambassadeur pour le roi d’Espagne à la cour de France , s’entretenoit avec le roi Henri IT'. Ce prince , venant à parler familièrement de son royaume de Navarre , lui dit que le roi d’Espagne son maître le lui avoit usurpé ; que, s’il vivoit encore quelques années , il le saurait bien recouvrer. Dom Pèdre chercha à justifier son maître; et J alléguant qu’il avoit hérité de ce royaume , il ajouta ipie la justice avec laquelle il le possédoit, lui aideroit h le défendre. Le roi lui répliqua : « Bien ! « bien ! Votre raison est bonne , jusqu’à ce que je sois « devant Pampelune ; mais alors nous verrons qui en- « Ireprendra de la défendre contre moi. » L’ambassadeur se leva là-dessus , et s’en alla précipitamment vers la porte. Le roi lui demanda où il alloit si vite : « A Pampelune, sire, pour y attendre votre majesté. »

13. Unprince d’Italie, àquiles saillies ngréussissoient jamais, parce qu’il y rnettoil plus d’aigreur que d’esprit, étant un jour sur un balcon avec un ministre qu’il chcrchüità humilier, lui dit : C’est de ce balcon qu’un « de mes a’icux lit sauter un ambassadeur. — Apparem- « ment, répondit sèchement leministi c,que les ambas- « sadeurs ne portoient point d’épée dans ce tcmps-là. »

Le même prince, qui prenoit les titres de deux souverainetés où il n’avoit pas un pouce de terre, voulant . mortifier une seconde fois le même ambassadeur, lui

l44 REPARTIE.

demanda en publie où éloit situé le marqtiisat dont il prenoil le titre : « EnJre vos deux royaumes , nion- « seif^ncju- , » répliqua froidement ^ambassadeur.

1 4- ambassadeurs de Hollande à la eoiir de F rance

éloient invités a dîner par uù ministre des linances. On servit au dessert du fromage de Hollande ; et eotnme on parlüit de ce pays-Ià et de ce qu’il produisoit , ce ministre , en montrant le fromage , dit , en s’adres- ' saut aux ambassadeurs : « Voil;» du fruit de votre « pays. » C'ét.oit une espèce de raillerie de la Hollande. T.es ambassadeurs s’en aperçurent; l’un d’eux prit une poignée de ducats , et la jeta au milieu de la salle , en disant : « En voilé aussi. »

15. Barthelemi Socin, célèbre jurisconsulte dePise, dispuloit souvent sur lesmatièresdedroitcbntreyojort Mag/iu-t, autre jurisconsnlte très-fameiix.Ün jbnr que Laurent de MJdicis assistoit .à leur dispute, Jason, se sentant poussé à bout par son adversaire , s’avisa de forger sur-le-cbamp une loi qui lui donnoit gain de cause. Celni-iû s'aperçut de la supercherie; et, comme il n’étoit pas moins rusé, il renversa aussitôt cette loi par une autre aussi formelle. v/a,Ton, qui n’avoit jamais entendu parler de cette loi , somma son adversaire d’en citer l’endroit. « Elle se trouve, répondit Socin y a à côté de celle que vous venez de rapporter. /> Lau-^ tent de Médicis applaudit beaucoup à cette repartie.

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