‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 56 sur 169 · SAGESSE · texte numérisé non relu

SAGESSE

i.La plupart des évêques, rassembléspourleconcile de Nicée , avoient entre eux des querelles particulières. Ilscroj'oientroccasionfavorable pour porterleurs plaintes à l’empereur , et en obtenir justice. C’étoieiit tous les jours de nouvelles requêtes , de nouveaux mémoires d’accusation. Constantin , en ayant reçu un grand nombre , les fit rouler ensemble , sceller de son anneau , et assigna un jour pour y répondre. 11 travailla, dans cet intervalle, à réunir les esprits divisés. Le jour venu , les parties s’étant rendues devant lui pour recevoiqla décision , Use fit apporter le rouleau ; et le tenant entre ses mains : « Tous ces procès , dit-il , ont un jour auquel ils sont assignés : c’est celui du jugement général. Ils ont un juge naturel : c’est Dieu meme. Pour moi ,, qui ne suis qu’un homme , il ne m’appartient pas de prononcer dans des causes où les accusateurs et les accusés sont des personnes consacrées à Dieu. C’est à eux •de vivre sans mériter de reproches , et sans en faire. Imitons la bonté divine, et pardonnons ainsi qu’elle nous pardonne : effaçons jusqu’à la moindre de nos •plaintes par une réconciliation sincère, etfte nous occupons que de la cause de la foi qui nous rassemble.» Après ces paroles, il jeta au feu tous ces libelles, assurant , avec serment, qu’il n’en avoit pas lu un seul. « Il « faut, disoit-il , se donner de garde de révéler les fau- « tes des ministres du Seigneur , de peur descandaliser . « le peuple , et de lui prêter de quoi autoViser ses désor- « dres. >' On dit même qu’il' ajouta que s’il surprenoit un évêque en adultère, il le couvriroit de sa pourpre, pour en cacher le scandale aux yeux des Fidelles.

D-jlî.'-i by Googli

2. Cœréphon , disciple zélé de Socrate y étant allé à Delphes, demanda à l’oracle s’il y avoit au monde un homme plus saf^e que Socrate. La prêtresse répondit qu’il n’v en avoit aucun. Cette réponse embarrassa 5ocrate , et il eut peine, à en comprendre le sens ; car , d’un côté , il savoit bien , dit-il lui-même , qu’il n’y avoit en lui aucune sai^esse , ni petite , ni jurande ; et de l’autre , il ne pouvoit soupçonner l’oracle de fausseté ou de mensonge, la divinité étant incapable de mentir: il ht donc mille elfoits pour en comprendre le sens. D'abord il s’.adresse à un puissant citoyen, homme d’état et grand politique , qui passoit pour un des plus sages de la ville , et qui lui-même étoit encore plus pensuadé que tous les autres de son mérite. 11 trouve, dans la conversation , qu’il ne sait rien, et le lui insinue adroitement ; ce qui le rendit très-odieuxà ce citoyen, et à tous ceux qui avoient été témoins de cette épreuve. 11 en fut de même de plusieurs autres qui se piquoient aussi d’une sublime sagesse ; et tout le fi-uit de ses recherches fut de s’attirer un plus grand nombre d’ennemis. De ces hommes d’état il])assa aux poètes qui hii parurent encore plus remplis d’estime pour eux-mêmes , mais en effet plus vides de science et de sagesse. Il poussa scs enquêtes jusqu’aux artisans. Il n’en trouva pas un qui , parce qu’il réussissoit dans son art, ne se crût très-capable et très-instruit des phis grandes choses : cette présomption étoit le défaut

a ue général des Athéniens. Comme ils avoient naement de l’esprit, ils prétendoient se connoîtreà lotit , et se croire capables de juger de tout. Ses rechercheschezlesétrangersnefurent pasplusheureuses. •Socra/e ensuite , rentrant en lui-même et se comparant à tous ceux qu’il avoit interrogés, reconnoissoit rpie la différence qui étoit entre eux et lui, c’est que tous les autres croyoient savoir ce qu’ils ne savoient pas , au lieu que pour iuiilavouoilsincèremcntsonignorance;de là il concluoit qu’il n’y a queDieu qui soit véritablement sage; et que c’est aussi ce qu’a voulu dire l’oracle, en faisant entendre que toute la sagesse humaine n’est pas grand chose , ou plutôt qu’elle n’est rien. « Que si.

l()6 SANG FROID.

« l’oracle m’a nommé, ajoiila-t-il, il ne s’est sans dont»

« servi de mon nom que pour dire h Ions les hommes; ’ « Le plus sajje d’entre vous c’est celui qui reconnoît,

« comme Socrate , qu’il n’y a véritahlement aucune* « sagesse en lui. »

^VX\\V%\VX‘t\\V^V\X\%\\%V\X\\XWVXVW%WXV\‘VX\>%XV\X\\'V\V\\\\X\\\V‘V\\V\’*

SAJ^G FROID.

Page 1