‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 65 sur 169 · SERVICES · texte numérisé non relu

SERVICES

i.Romulus, voulant prévenir et empêcher la jalousie que la diversité de conditions pouvoit exciter entre les deux ordres de l’Etat qu’il venoit de fonder, travailla à les attacher l’un à l’autre par des liaisons et des bienfaits réciproques , et à les unir ensemble de manière qu’en faisant honneur à la noblesse, il ne rendît point le peuple méprisalde. Pour parvenir à ce but, il établit le droit de patronage , et régla les services et les devoirs que les patrons et les cliens se rendroient les uns aux autres. D’un côté , les patrons ctoient obligés d’expliquer à leurs cliens les lois qu’ils n’étoient pas en étal d’entendre, de prendre soin de leurs affaires , quelque part où ils fussent , et de se porter pour leurs intérêts avec la même ardeur qu’im père le pourvoit faire pour ceux de ses propres enfans. Ils ctoientchargésdefaire valoir l’argentde leurs cliens, de présider aux contrats qu’ils en faisoient, et d’em-

Î lécher qu’on ne leur fît aucun tort. S’il anivoit qu’on eur intentât quelque procès, c’éloil au patron à les soutenir, et à défendre ses cliens contre leurs accusateurs. En un mot, ils étoient obligés de leur procurer toute la tranquillité dont ils avoient besoin dans les affaires publiques ou particulières, afin qu’ils ne fussent point détournés de leurs travaux ; et ce qu’il y avoit de plus grands hommes dans la république se

ig2 SERTICES.

faisoient un plaisir, el tonoient à honneur de rendre oes sortes de services à leurs concitoyens. Les cliens , de leur côte, s’engageoient envers leurs pahons à fournir la dot de leurs tilles , si le pères n’étoient pas eu état eux-mêmes de les pourvoir; aies racheter à leurs frais, eux et leurs enfans, s’il arrivoit qu’ils fussent P is par les ennemis ; à payer les dépens des procès que leurs patrons auroient perdus, ou les amendes pécuniaires auxquelles ils auroient été condamnés, le tout de leurs propres deniers, sans usure ni intérêt ; à entrer dans toutes fcs dépenses qu’ils étoient obligés de faire dans leurs charges et dans leurs emplois, avec la même afTeclion que s'ils eiissentété de leurs familles. Outre ces engagemens particuliers et aux cliens et aux patrons , il y en avoit encore entre eux de communs. 11 ne leur étoit pas permis de s’entre-accuser en.justice, de porter témoignage ou de donner leurs suffrages l’un contre l’autre, ni de se ranger du parti de leurs ennemis mutuels. Quiconquescrendoitcoiipahledequelqu’une de ces fautes, étoit puni très-sévèrement. Ce droit de patronage s’étendit avec la puissance de Rome. Quand l’empire eut été agrandi par des conquêtes , les colonies , les villes alliées ou conquises par les armes , prenoient aussi quelques Romains , :i leur choix, pour être leurs patrons. Souvent même le sénat renvoyoit les difl’érens des villes et des nations leurs protecteurs , dont il confirmoit ensuite le. jugement.

2. La ville de ^fciples avoit résolu d’ériger un arc de triomphe magnifique , afin de conserver à la postérité la mémoire du grand Alfonsc V, son souvei ain, et le souvenir de ses actions héroïques. Déj.à la place étoit marquée , et l’on se disposoit à renverser, pour l’agrandir , la maison d’un vieil officier qui avoit senû avec distinction pendant foute la guen’e d’Italie. Alfonse l’avant appris , défendit absolument qu’on touchât à cette maison. « J’aime mieux, dit-il, me passer <x d’une masse de pierres et d’un vain monument ,

K que de souffrir qu’on détruise l’hùtel d’un guerrier, « qui , pour la gloire et le salut de son prince et de :< sa patrie , a prodigué son sang et sa fortune. »

3. Un des domestiques de M. de Turenne alla demander de sa part , quoiqu'il n'en sût rien , un emploi à M. de Colbert. Ce ministre, ravi de troi iver une occasion de faire plaisir à ce "rand homme, alla lui porter lutmême la commission. Le vicomte fut assez surpris de la démarchectducomplimentdii contrôleur des finances, j Neanmoins, recevant lacommission, il remercia M.zZa Colbert, et fit appeler le domestique en faveur duquel elle étoit expédiée. Cet homme , à cette nouvelle , s© crut perdu , et se ]eta aux pieds de son maître , en lui demandant miséricorde. M. de Turenne le fit relever aussitôt avec bonté; et, lui remettant la commission entre les mains : «Si vous m'eussiez, parlé de cette affaif e>

« lui dit-il , je vous y aurois servi comme vous l'auriez « pu souhaiter; et tout ce qui me fiiche en cela, c'est « que vous ne me disiez- point ce qui vous oblige à me «quitter. » Ce domestique confus, et néanmoins ras- ^ré, lui ayant dit qu'il n'avoit recherché cet emploi que parce qu'il avoit beaucoup d'enfans , le vicomte lui fit payer ce qu’il lui devoit de ses gages, et lui donna encore une somme considérable pour l'aider à faire subsister safamille. F oyez Obligation, Office.

..U N soldat avoit volé une poule à un paysan , et l'avoit mangée avec les neuf autres soldats delà chambrée. h’emj>eTeuTPescennius-Niger les condamna tous dix à la mort ; et ce ne fut qu'aux instantes prières d'e •toute l'armée qu’il leur laissa la vie , en les obligeant de donner chacun au paysan dix poules , et leur imposant une note d’infamie publique tant que dureroit la guerre. Que de crimes une telle rigidité est capable d'arrêter i 2. RoUon, duc de Normandie , parvint , en très-peu de temps, à policer ses sujets; et comme ils avoientété long-temps accoutumés au, pillage , il fit des lois si sévères contre le vol , qu’on n'osoit pas même ramasser ce qu’on trou voit , dans la crainte de passer pour l’avoir volé. Un jour que Rollon étoit à la chasse, il suspendit Tome IJI. N

Diÿitizad by

194 SïVÉRITÉ.

un de scs bracelets aux branches d^un chêne son» leqtiel il s’étoit reposé ; et, bayant oublié , ce bracelet y demeura trois ans, personne fi^ayant osé y loucher.

3. L’émperenr^Jrien, voyant un de ses esclaves se . promener fièrement entre deux sénateurs, voulut ven- Y ger la dignité du sénat, avilie dans celte rencontre, et

punir l’insolence de ce valet, orgueilleux d’appartenir au souverain. Par son ordre, quelqu’un alla -lui donner ün soufflct(l), et lui dit ; «Gafde-^pi de te promener « entre ceux dont tu peux encore être l’esclave !»

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