‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 71 sur 169 · SILENCE · texte numérisé non relu

SILENCE

ji Rome un des sages de la Grèce , pour savoir si les Romains étoient dignes , par leur sagesse , d'avoir ces lois ; avec ordre , s’ils ne l’éloient pas , de rapporter les lois sans les cominuni<pxer. Celle résolution ne put être si secrète que le sénat romain n’en fût averti. 11 se trouva fort embarrassé , parce qu’alors Rome éloit dépourvue de philosophes assez habiles et assez savans pour lutter contre un sage de la Grèce. 11 fut donc question d'imaginer quelque expédient pour se tirer avec honneur de ce pas difficile. Le sénat n’en trouva pas de meilleur , que d’opposer un fou au philosophe grec , afin que , si le hasard vouloit que le fou prévalût , la gloire de Rome en fût d’autant plus grande, qu’un fou de Rome auroit confondu un sage de la Grèce ; et si ce dernier Iriomphoit , qu’Athènes ne pût tirer aucun avantage d’avoir fermé la bouche à un fou de Rome. L’ambassadeur athénien étant arrivé à Rome , on le conduisit au Capitole , où l’on avoit placé , dans un appartement richement meublé , un fou dans un fauteuil > habillé en sénateur, et auquel on avoit expressément défendu de parler. L’Athénien avoit été prévenu que ce sénateur étoit très-savant , mais qu’il parloit fort peu ; de sorte que cet Athénien , en entrant , sans lui dire autre chose , haussa un de ses doigts. Le fou croyant que c’étoil une menace de lui crever un œil , et se souvenant qu’il lui avoit été défendu de parler , haussa trois des siens ; voulant signifier par lü , que si le Grec vouloit lui crever un œil , lui , son tour, lui en creveroit deux , et du troisième doigt , l’élrangleroit. Le philosoplie qui , en élevant son doigt, avoit voulu faire entendre qu’il n’y a qu’un premier Être qui gouverne toutes choses , crut que les trois doigts du fou marquoienl qu’en Dieu , le passé , le présent et l’avenir sont la même chose, et jugea par là qu’en etfet cet homme étciVrort savant. 11 ouvrit ensuite la main ; et la montrant au fou , il voulut exprimer que rien n’est caché à Dieu ; mais le fou prenant ce signe pour la menace d’un soufflet qu’on vouloit lui appliquer, présenta sa main fermée au philosophe , voulant lui faii’e Tome IJI. O

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entendre que pour un soufllctillui donneroit un coup de poing. Le Grec , au contraire , déjà prévenu en faveur du fou , se figura qu’il vouloit dire par ce geste, que Dieu tient riliiivers dans sa main; et jugeant par là de la profonde sagesse des Romains , il leur accorda les lois de Solon.

1. BussY'd’Amboise ayant appris que tous lest seigneurs de la cour de Henri II , qui éloient d’un même ' tournoi que lui , faisoient des dépenses extraordinaires pour leurs équipages et pour leuis habits , lit vêtir ses gens comme des seigneurs, et lui marcha le plus simplement du monde au milieu de ce train magniiique. La nature alors fit valoir tellement ses avantages dans la personne de Bussi , que Bussi fut pris seul pour ungrand seigneur -, et tous les seigneurs qui s’étoienl fiés à leur magnificence , ne passèrent que pour des valets.

2. Contran , roi de Bourgogne , ti-ouva dans la dépouille du duc Mummol , qu’il avoit vaincu , trois cents quarante marcs de vaisselle d’argentqu’il fit briser afinde les distribuer en aumônes. « Je n’en ai réservé que deux « plats, disoit-il; et c’est autant qu’il enfautpourleser- « vice ordinaire de ma table. » Ce prince , par ses manières simples et populaires , se fit adorer de sessujels.il alloit souvent les voir dans leurs maisons, ety mangeoit ce qu’ils lui présentoient. Aussi ne l’appeloient-ils que notrebon roi Gonfcan.Quand,aprèsqueIquesvoyages,il revenoit dans sa capitale, toutle peuple sortoit au devant de lui avec les bannières , en criant : « Vive le roi ! » et ceprince embrassoit les chefsdupeuple ,tendoitlamain aux moindres citoyens , et satisfaisoit tout le monde par son affabilité. On eût dit un bon père qui rentroit dans le sein de sa famille , et qui caressoit ses enfaus.

Z.Charles-QuintdcsoiÛa. vanité de remplir ses lettres ctses dépêches d’une multitude de litres , énonçant toujours les couronnes et les royaumes d'Espagne. Il eut mêmelapassiond'crigcrlesPays-Basoümonaz’chie.Pour

faire la critique de cette conduite , François I prit, en lui écrivant, \tnqyi3Wiéàepremierjgentilhorrmede France, et celle de seigneur de V anvres et de Gentilly^ villages des environs de Paris.

4. Pharnabaze , un des plus grands seigneurs de Perse, a^’ant demandé une entrevue II AgéÂlas, roi de Sparte, pour tiaiter delà paix, un ami commun ménagea cette conférence. Le monarque lacédémonien arriva le

f)remier au rendez-vous avec ses amis ; et, en attendant e satrape, il s’assit à l’ombre d’un arbre svir le gazon qui s’y rencontra. Dès que Pharnabaze fut arrivé, ses gens étendirent à terre des peaux très-douces et à long poil , de riches tapis de diverses couleurs , et de magnifiques coussins. Mais voyant Agésilas assis tout simplement à terre, sans appareil, il eut honte de sa mollesse, et s’assit comme lui sur l’herbe nue. Ainsi l’on vit dans cette occasion tout le faste persan venir faire hommage à la simplicité et à la modestie spai taine.

5. Alfonse V, roi de Sicile et d’Aragon, ne se piqnoit pas de montrer beaucoup de magnificence en ses habits ; son extérieur assez simple le distinguoit peu d’un particulier ou d’un homme ordinaire ; et, comme on lui représentoit qu’il falloit soutenir la majesté royale : « Ce n’est pas la pourpre , répondit-il, ni l'é- « clat des diamans qui doivent distinguer un roi ; mais, « la sagesse et la vertu. » 11 alloit souvent dans les rues à pied, sans être accompagné. Ses courtisans lui exposèrent que sa sûreté exigeoit qu’il fût suivi de gardes et de gens armés , ainsi qu’en usent tous les princes quand ils sortent. « C’est aux tyrans , répondit-il , à « marcher environnés de satellites ; mes gardes sont « ma propre conscience et l’amour de mes sujets- » Comme il alloit un jour à sa bibliothèque prendre quelques livres dont il avoit besoin , il la trouva fermée , et celui qui en avoit la clef étoit sorti. L’expédient qu’il prit fut de rompre la serrure, et d’enfoncer, la porte. Un prélat très-considéré à la cour vint à passer dans ce moment. Etonné de le voir occupé à cette opération , il lui dit : « Quoi ! un roi comme vous. « daigne faire le métier d’un garçon serrurier ? » Al-

^ ai2 SIMPLICITÉ.

fonse , riant de la surprise de l’évcque, lui répondit ; « Je crois que la nature a donné aux rois des mains <i comme aux autres hommes ; et je ne pense pas « qu'elle leur ait janjais défendu de s’en servir dans « les occasions où elles peuvent leur être utiles. »

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