‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 72 sur 169 · Julie', lllle unique de l’empereur entra · texte numérisé non relu

Julie', lllle unique de l’empereur entra

un jour dans l’appartement de son père avec une parure indécente ; le prince en fut choqué , et la reçut très-froidement. Le lendemain, elle se présenta devant lui dans un habillement simple et modeste. Auguste, charmé de ce chanfi;ement, l’embrassa avec tendresse, et s’écria : « Oh! combien cette noble simplicité est- « elle plus digne de la fille à’ Auguste! — Hier, ré- « pondit la princesse, j’étois paree pour mon époux ; « aujourd’hui je suis parée pour mon père. »

7. Un seigneur de Hagi, château situe dans le comté deRybourg , près deWintherlour enSuisse, faisoit de l’agriculture son occupation ordinaire , quoiqu’il possédât plusieurs fiefs. 11 réservoit ses meilleurs chevaux

{)our la charrue. Son fils, jeune et d’une figure agréable, es guidoit , tandis que le père en cheveux iilancs , ouvroit le sein de la terre , et tracoit les sillons. Un duc d’Autriche, qui alloit à Wintherlour, aperçut en passant f;es laboureurs respectables, et fut frappé de l’attelage. Il s’arrête. « Faites halte , dit-il au grand- « maître de sa maison. Je n’ai jamais vu un si beau « paysan , ni des chevaux si superbes attelés à une « charrue. » Mais quelle fut sa surprise , lorsque le grand-rn.aître lui apprit que c’étoit le baron de Hagi, qui laboui'oit avec son hls ! Le duc faisoit quelque difficulté de le croire. « Monseigneur, reprit le grand- « maître , votre grandeur pourra s’en convaincre de- « main par elle-même. Elle le verra venir à cheval à « sa cour pour lui offrir scs services. » En effet , le lendemain le baron de Hagi , accompagné de sept de ses gens, tous. \ cheval, vintàWinthertour faire sa cour au duc, qui ne manqtia pas de lui demander si c’éloit Lien lui qu’il avoit vu la veille à la suite d’une charrue superbement attelée? « Oui, monseigmeur, répondit « le bai’ou avec dignité, c’est moi-même. J’aime l’agri-

SIMPLICITÉ. 2i3

« culture, et jenetrouve pas, après la guerre pour la dé- « fensede la patrie, d’occupation plus di^ne d’un gentil- « homme, que celle de faire valoirlui-memeses terres. »

8. Le consul Mummius ayant pris la ville de Corinthe , fit transporter à Rome les tahleaux exquis , et les belles statues qui décoroient cette superbe cité; mais il étoit si peu connoisseur , qu’il menaça sérieusement celui qui étoit chargé du transport de ees ouvrages précieux , que , s’il en perdoit quelques-uns , il seroit tenu d’en fournir d’autres à ses dépens.

9. Pendant la première guerre punique, le fameux M. Attilius Régulus fut envoyé en Afrique pour combattre les Carthaginois. Le temps de son consulat étant expiré, le sénat ne jugea pas à propos de rappeler cet habile général , et d’interrompre le cours de ses victoires. Il lui continua le commandement des armées. Personne ne fut autant affligé de ce décret que celui à qui il étoit si glorieux. Il écrivit au sénat pour s’en plaindre, et pour lui demander qu’on lui envoyât un successeur. Une de scs raisons étoit qu’un homme de journée , profitant de l’occasion de la mort de son fermier qui cultivoit son petit champ, composé de sept arpens, s’étoit enfui après avoir enlevé tout son équipage rustique; que sa présence étoit donc nécessaire, de peur que , si son champ venoit à n’être plus cultivé , il n’eût point de quoi nourrir sa femme et ses enfans. Le sénat ordonna que le champ seroit cultivé aux dépens du public ; qu’on rachèteroit les instrumens de labourage qui avoient été volés , et que la république se chargeroit aussi de la nouiTiture et de l’entretien de la femme et des enfans de Régulus. Ainsi le peuple romain se constitua, en quelque^sorte , le fermier de ce grand homme. '

10. Philopémen , l’un de plus illustres capitaines de son siècle , étant en marche avec son armée , prit les devants, et arriva le premier au lieu où il de voit loger. On y avoit été averti de son arrivée , et chacun s’empressoit à préparer un repas magnifique pour un personnage d’une réputation si brillante. Quand il entra , comme il n’avoit pas une mine fort heureuse, et que

rien n’.innonroit sa dignité, personne n’y fit attention. Une femme, le prenant pour un des valets de l’armée qui venoit préparer les gîtes , le pria de lui aider à fendre du bois. Philopémen, souriant en lui-même de la méprise de cette femme, prit gaiement une hache , et se mit à travailler de toutes ses forces. Sesprincipaux officiers arrivèrent ; et, le voyant dans cet exercice , ils demeurèrent tout surpris : « Que faites-vous donc « là, seigneur? lui dirent-ils. — Je paie l’intérêt de ma « mauvais emine,» répondit en riant le général achéen.

11. Scipion étant allé rendre visite au poète Ennius, celui-ci, qui sans doute étoit occupé , fit dire à Scipion

f>ar sa servante qu’il étoit sorti. Scipion s’aperçut de ’artifiqe : cependant il feignit de le croire et s’en alla. Quelques jours après , Ennius alla chez Scipion , et demanda à la porte s’il étoit à la maison : « Je n’y « suis pas , lui cria Scipion. — Comment , reprit le « poète; n’est-ce pas votre voix que j’entends? Vous « vous moquez de moi. — Voyez , s’écria Scipion , « l’entêtement de cet homme : l’autre jour, sur la foi « de sa sei’vantc, j’ai cru qti’il n’éloit pas chez lui ; et « il ne veut pas croire aujourd'hui , sur ma parole , « que je ne suis pas chez moi. »

12. Après la fameuse bataille de Dunes , dans laquelle M. de Turenne acquit tant de gloire, ce grand homme écrivit de sa propre main le billet suivant à la vicomtesse de Turenne : '< Les ennemis sont venus à « nous ; ils ont été battus. Dieu en soit loué ! J’ai un « peu fatigué toute la journée ; je vous donne le bon « soir , et je vais me coucher. »

i3. Françoisl s’étant égaré àlachasse, entra, vers les neufheures dusoir, dans la cabane d’un charbonnier. Le mari étoit absent , il ne trouva que la femme accroupie auprès du feu. C’étoit en hiver, et il avoit plu. 11 demanda,une retraite pour lanuit; et à souper. L’une et l’antre lui furent accordés ; mais, à l’égard du souper, il fallut attendre le rètour de l’époux. En attendant , le roi se chauffa assis dans une mauvaise chaise , qui étoit l’unique de la maison. Vers le dix heures arrive le charbonnier , las de son travail , fort affamé , et

SINCÉKITÉ. 2i5

Î)^nétré de pluie. Le compliment d’entrée ne fut pas onf». L’épouse exposa la chose au mari, qui ratifia la promesse du lit et du souper -, mais à peine eut-il salué son hôte et secoué son chapeau tout mouillé , que , prenant la place la plus commode et le sié{i;eque le roi occupoit , il lui dit : «Monsieur , je prends votre place, «parce que c’est celle où je me mets toujours; et cette « chaise , parce qu’elle est à moi. Or , et par droit et « par raison , chacun est maître en sa maison. » Le monarque applaudit au proverbe rimé. 11 se plaça ailleurs sur une sellette de bois. On soupa ; on parla des affaires du temps , de la misère , des impôts. Le charbonnier eût voulu un royaume sans subsides. François eut de la peine lui faire entendre raison. «A la bonne « heure donc , dit le charbonnier ; mais cette jurande « sévérité pour la chasse , l’approuvez-vous aussi ? Je « vous crois honnête homme , et je pense que vous « ne me perdrez pas. J'ai là un morceau de sanglier « qui en vaut bien un autre ; mangeons-le ; mais sur- « tout bouche close. » François le promit , mangea avec appétit, se coucha sur des feuilles, et dormit bien. Le lendemain il se fit connoître , paya son hôte , et lui permit la chasse.

SINCÉRITÉ. , ÿ ,

1 . JLjE duc d’Epernon représenta à Henri IV, qir’il ne laisoit point payer la solde d’une garnison catholique :

« Sire, ajouta-t-il,on dit que si elle étoit huguenote , « votre majesté seroit plus exacte à son égard. — Je « m’aperçois depuis long-temps, lui réponditlcmonar- « que, que vous me dites des choses offensantes. — Ah I « sire , répliqua le duc , je vois que vous ne m’aimez « pas : je suis prêt à vous sacrifier ma vie , ma liberté y « mes biens , mais jamais la vérité. Je vous trahirois « sire , si j’étois assez lâche pour la déguiser. C’est « par elle seule que je veux mériter votre estime. »

2. Le grand y^/exandre dit un jour à l’un de ses ministres qui l’avoit long- temps servi : « Je ne suis point

Sl6 ÔIWCÉRITÉ.

« satisfait de voits ; car je suis homme , et je sais que y « comme tel , je suis sujet <à l’erreur et à l’oubli : ce- « pendant vous ne m’avertissez jamais de mes défauts :

« si vous ne vous apercevez pas plus que moi de mes « fautes , c’est ignorance ; si vous vous en apercevez ,

« et que vous me les cachiez , c’est trahison. »

3. Jean i/, roi de Portugal , sollicité de nommer à nne charge vacante : «Je la réserve , répondit-U, pour « quelqu’un qui ne me flattera point. »

4. Louis- XiV , ayant montré des vers de sa façon à M. le duc de la Feuillade , sans lui dire qu’il eu étoit l'auteur , le duc les trouva mauvais. «Eh bien !

« lui dit le monarque , c’est moi qui les ai forgés. » Alors le duc , fâché d’avoir été si sincère , dit au roi :

« Sire , que je les relise. — Non^ non , lui répondit « le roi ; vous joueriez le rôle de flatteur, après avoir « joué celui d’un homme sincère , que je préfère à « l’autre. »

5. Après que le vicomte de Turenne eut embrassé la religion catholique , il alla un jour à confesse, et le prêtre lui demanda s’il n’étoit pas retombé dans une faute qui lui avoit été habituelle avant sa conversion?

« Je n’ai jamais manqué de parole aux hommes , répon- « dit le vicomte , en mauqnerois-je à Dieu } »

,6. Un ami du philosophe Ckrysippe lui demandoit quel maître il falloit donner à son iils ? «Moi-même ,

« lui répondit-il; car, si je connoissois quelqu’un plus « habile, que moi , je partii-ois à l’instant pour aller ^ « prendre ses leçons. »*Cette réponse n’étoit point dictée par l’orgueil ; c’étoit l’aveu libre et sincère d’un grand homme qui sait s’apprécier. Chrysippe étoit en effet alors le seul philosophe : tous les autres n’avoient que l’ombre du savoir.

7. Dans le temps que Louis XI F" étoit indisposé contre M.,de Catinat, ce monarque demanda au duc delà Feuillade , qu’il savoit n’être pas des amis du maréchal, ce qu’il en pensoit. La Feuillade , avec une sincérité bien admirable , parce qu’elle est bien rare à la cour , répondit : «Sire, c’est unhommepropre à tout, et « qui seroit aussi bon chancelier que maréchal de

« France.»Leroineditrien, etchangea de conversation.

8. Dans une des intendances de la Pologne- An Irichicnne , un Saxon , pour parvenir à la charge de greffier, dont les lois excluent les proleslans , avoit feint (Pétre catholique. Sa feinte , decouverte après coup, fut dénoncée au gouververnemenl de Leniherg. Le Saxon interrogé avoua le fait, et prétendit se justifier en disant qu’il étoit catholique dans le cœur , et qu’il se proposoit d’en faire profession publique lorsqu’il auroit recueilli en Saxe un héritage qu’il craignoit de perdre s’il le faisoit auparavant. Le gouvernement , en rendant compte h l’empereur Joseph II de cette affaire , opinoit pour l’indulgence , en considération des talens , de la bonne conduite et de la résolution du Saxon. La réponse de l’empereur fut un ordre de le congédier sur-le-champ , parce qu’on ne peut pas compter sur ixn homme capable de mentir en matière de religion./^qycz Bonne For, Grandeur, Ingénuité.

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