‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 79 sur 169 · SYMPATHIE · texte numérisé non relu

SYMPATHIE

fut alors que M. l’abbé de St. -Pierre , qui étudioit en philosophe dans le même collège, le connut. Un goût commun pour les choses de raisonnement, soit physiques, soit métaphysiques, et des disputes continuelles furent le lien de leur amitié. Ils avoient besoin l’un Tautre pour approfondir, et pour s’assurer que tout éloit vu dans un sujet. Leurs caractères différens faisoient un assortissement complet et heureux ; l’un , par une certaine vigueur d’idées , par une vivacité fécondé , par une fougue de raison ; l’autre par une analyse subtile, par une précision scrupuleuse, par une sage et ingénieuse lenteur à discuter tout. M. l’abbé de St.-Pierre , pour jouir plus à son aise de M. rignon , le logea avec lui ; et enfin , toujours plus touché « de son mérite, il résolut de lui faire une fortune qui le mît en état de suivre pleinement ses talens et son génie. Cependant cet abbé, cadet de Normandie, n'avoil que dix-huit cents livres de rente -, il en détacha tiois cents , qu’il donna par contrat à M. Varignon. Ce peu , qui étoit beaucoup par rapport au bien du donateur , étoit beaucoup aussi par rapport aux besoins et aux désirs du donataire. L’un se trouva riche , et l’autre encore plus riche d’avoir onrichi son ami. Ils vinrent à Paris , qu’ils regardoient comme le meilleur séjour pour des philosophes raisonnables. Ils s’établirent dans une petite maison dufaubourg Saint-Jacques : là ils SC livToient tous deux à l’étude la plus profonde.

« J’étois leur compatriote , et j’allois les voir assez « souvent, dit M. de Fonténelle , et quelquefois j al- « lois passer deux ou trois jours avec eux. 11 y avoit « encore de la place pour un survenant , et même « pour un second , sorti delà même province , au- « jourd’hui l’un des principaux membres de l’acadé- « mie de belles-lettres , et'' fameux par les histoires « qui ont pai’u de lui. Nous nous rassemblions avec « une extiême plaisir, jeunes, pleins de la première « ardeur de savoir , fort unis , et , ce que nous ne « comptions penl-êlre pas alors pour un assez grand « bien, peu connus. Nous parlions à nous qnalre nne .« bouuc partie de diCférentes langues de l’empire des

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« lettres; et tons les sujets de cette petite société se « sont dispersés de là dans tontes les académies. »

2. M. de Muntrnort , eélèhre fréomètre , avoit apj)rofondi la théorie des jeux de hasard . ^l.NicolasBeniouiUi avoit appliqué la meme Üiéorie à quelques questions de droit, qu’il assujettissoit anx principes austères du calcul. Cette conformité de goûts et d’études fit naître entre ces deux savans l’amitié et l’émulation. M. Bernouilli vint à Paris , etiVI. de MontmortVemmeuA chez lui à sa campagne, où ils passèrent trois mois dans un combat continuel de prolilcmcs dignes des plus grands géomètres. 11 s’agissoit d’estimer les hasards , d*ré gler les paris, de calculer ce qui se déroboit le plus au calcul. Ijcurs journées passoient comme des momens , grâce à ces plaisirs, qui ne sont pourtant pas compris dansceqn’on appelle ordinairement les plaisirs.

5. Jamais prince n’a éprouvé plus amèrement l’ingratitude et l’inconstance du peuple que Henri IV ^ quoiqu’il ne désirât que son soulagement et son bonheur. La plus grande partie de ses sujets le regardoient comme un tyran, parce qu’il étoit hérétique. Loi-squ’il lit abjuration dans l’église de l’abbaye de Saint-Denis, entre les mains de l’archevêque de Bourges, une nombreuse populace s’y rendit en foule pour voir un roi dont on lui avoit dit tant de mal , et dont elle s’étoit formée des idées si désavantageuses. On vit alors un de ces effets mei-veilleux de cette force svnipathiqne qui attire, qui unit les cteurs. Son air noble , libre et guerrier, joint à cette aimable douceur, à cette gaieté vive et charmante qui l’accompagnoient toujours, frap-

f)èrent tous les esprits , et firent éclore tôut-à-coup ’affection publique. Elle alla au point qu’une vieille femme , hors d elle-même à la vue de ce grand prince, fendit la presse , écarta tous les obstacles , courut à lui, et, lui saisissant la tète, l’embrassa plusieurs fois avec transport. Tous les spectateurs en eussent voulu faire autant. Le peuple désabusé répandoit des larmes de joie, et formoit des Vœux pour la prospérité d'un monaixpie dont tous les traits , toutes les manières , toutes les démarches étoient, pour ainsi dire, frappés

au

Digitizecibv '

OU coin de la bonté. Le duc de Sully, qui éfoit près de lui , le voyant atten<lri la vue de celle imillilude qui ])oussoit des cris d’allégresse , et qu’on lui avoit représentée si animée contre sa personne , ne put s’empêcher de lui dire : « Eh bien! sjre , voilà ces gens « que l’(*n s’altachoit à vous peindre «•onune vos plus « cruels ennemis ! Ne semble-t-il pas, an contraire , « qu’ils revoient en vous un libérateur et un père.^ » Henri neputrépondre que'par des larme^de tendresse.

4. Dans un inanuscritque possède une de plus riche? bibliothèques de Paris, on lit que les comtes de Ligneville et d’ Aiitricourt , frères jumeaux , issus de l’un* des quatre maisons de l’ancienne chevalerie de Lorraine, étoient si ressemblans, que quand iis s habiiloient l’un comme l’autre, ce qui leur arrivoit de temps en temps po\ir s’amuser, leurs domestiques ne pouvoient les distinguer. Ils avoient le même son de voix , la niême-déman-he , le même maintien; et ces rapports parfaits jeloienl dans le plus grand embarras les personnes avec lesquelles ils étoient liés, et souvent leurs femmes même. Etant tons deux capitaines des chevaux-lcgers, l’un se placoit à la tête de l’escadron de l’autre , sans q\ie les cavaliers et les officiers se doutassent de cet échange. Le comte d’ Autricourt eut une affaire criminelle ; il ne tcnoit qu’à sa partie adverse de le priver de la liberté. Que fit le comte de Ligneville ? Il ne quitta plus son frère , ne le laissa plus sortir sans l’accompagner ; cl la crainte de saisir l’innocentau lieu du coupable, rendit nuis les droits qu’on avoit obtenus sur la personiie du comte d’ Autricourt. .Ils s’amusèrent un jour d’une scène assez plaisante. M. de IJgneville lit appeler iin barbier. Après s’être faitraserun côté, il prétexte une affaire pour passcrdans l’appartenumt voisin. M. d' Autricourt y éloil caché ; il endosse la robe-de-cliamhrc de son frère , s’attache la serviette au coti, et vient s’asseoir dans le siège qu’avoit quitté M. de Ugneville. Le barbier se met en devoir de raser l’autre côté ; mais quelle fut sa surprise eu voyanlquclabarbeétoilen un instant revenue! Ne doutant point que ce ne. soit un démon qui a pris la figure Tome 111. P

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de sa pratique , il fait un faraud cris, et s’évanonit. Tandis qii’on s’occupoit à le faire revenir , le comte d' Autricourt rentra dans le cabinet, et M. de ligneville, h denii-rasé, reprit sa place. Nouvelle surprise pour le barbier ; il croit avoir rêvé tout ce qu’il a vu, et n’est convaincu de la vérité, qu’en voyant, qu’en touchant les deux frères ensemble. La sympathie qui réijnoit entre eux , n’éloil pas moins originale que leur ressemlilance : ils ont toiijours été malades dans le même temps. Si l’un recevoit une blessure , l’autre en ressentoit de la doiiieur : il en éloil de même de tous leurs maux ; aussi veilloient-ils avec le plus grand intérêt à la conduite l’un de l’autre. Ce qu’il y a de plus étonnant encore , c’est que très-souvent ils faisoicnt les mêmes songes. Le jour que le comte d' Autricourt fut attaqué eu France d’une lièvre continue , dont il mourut, le comte de li^neville ressentit en Bavière les accès de la même fievre, et il auroit succombé comme son frère, ajoute le manuscrit, s’il n’avoil fait un vœu è Notre-Datne d’Allenling. Si tous ces faits sont véritables , il faut avouer qu’ils ont de quoi confondre la pénétration des physiciens les plus subtils, et qu’ils nous annoncent bien des découvertes à faire encore dans le système de la nature.

i.RiENne donne une meilleure éducation qu’une petite fortune, pourvu qu’elle soitaidéedequelques talcns. La force de l'inclination , le besoin de parvenir, le peu de sccoui-s même , aiguisent le désir et l’industrie , et mettent en œuvre tout ce qui est en nous. Le savant Alexis Littré, académicien célèbre, joignit à ces avantages un caractère très-sérieux, très-appliqué, elqui n’avoit rien de jeune que le pouvoir de soutenir beaucoup de travail. Sans tout cela, dénué de ressources, comment eût-il pu subsister durant le cours de ses études ? Une grande économie n’eût pas suffi. Il fallut qu’il répétât à d’autres écoliers plus liches’et moins diiigens , ce qu’on venoit presque dans l’instant de leur enseigner à tous i et il en tiroit la double utilité de vivre plus

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commodément, et de savoir mieux. La promenade eût été une débauche pour lui. Dans les temps où il étoit libre ,.il suivoit im médecin chez ses malades ; et au retour, il s'enfermoitpour écrire les raisonnemeus qu’il avoil entendus. A la fin de ses éludes , il se trouva un petit fonds pour aller à Montpellier , où l’atliroit la grande réputation des écoles de médecine ; et il fit si bien , qu’il fut encore en état/le venir de là à Paris , le sé}Our ordinaire et le lycée des véritables tulens.

Sa plus forte inclination étoit pour l’anatomie; mais , de toutes les inclinations qui ont une science pour objet, c’estla plus difficile à satisfaire. Les sortes delivres qui seuls »,useignent sûrement l’anatomie, ceux qu’il faut le plus étudier, sont rares ; on ne les a pas sous sa main en aussi grand nombre et dans le temps qu’on voudroit. Un certain sentiment, confus à la vérité, mais trè.s-fort, et si général qu’il peut passer pour naturel, fait respecter ies cadavres humains ; la France n’est pas à cet égard autant au-dessus de la superstition chinoise, qui révère les morts, que les anatomistes le désireraient. Chaque famille veut que son défunt n’ait plusqu’è jouir de ses obsèques, et ne souffre point qu'il «oit sacrifié à l’instruction publique ;à peineseulement permettra-t-elle, en quelques occasions, qu’il le soit à soniiilérêtparticulier.Lapolice restreint extrêmement la permission de disséquer les morts; et ceux à qui elle l’accorde pour l’utilité commune, ensontbeaucoupplus jaloux que cette utilité ne demanderoit. Quand on n’est pas de leur nombre, ou ne fait guère de progrès en anatomie, qui ne soient en quelque sorte illégitimes. On est réduit à frauder les lois, et à ne s’instruire que par artifice, par sui prisc, à force de larcins toujours un peu dangereux. M.littre élaiit à Paris > éprouva les inconvéniens de son amour pour l’anatomie. 11 est vrai qu’il fut un temps assez tranquille, grâce à la liaison qu'il fit avec un chirurgien de la Salpêtrière, qui avoit à sa discrétion tous les cadavres de l’hôpilal. il s’enferma avec lui ]>eudaut l'hiver de 1G84 > qui heureusement fui f< r'e long et très-froid; et ils disséquèrent ensemble plus de deux cents cadavres. Mais le savoir qu il acquit pa; 14

le granrl nomln e d’éludians qui coururent à lui , excitèrent des envieux qui le traversèrent. Il se réfuf^ia dans le temple, où les plus f^rands criminels se mettent quelquefois à l'ahri des privilégies du lieu. Il crut y pouvoir travailler en sûreté , avec la permission du grandprieur de Vendôme; mais un officier subalterne , avec qui il n’avoit pas songé à prendre les mesures nécessaires , permit qu’on lui enlevât le trésor qu’il tenoit caché dans cet asile , un cadavre qui l’occupoit alors. Cet enlèvement se fit avec une pompe insultante. On Iriomphoit d’avoir arrêté les progrès d’un|eune homme qui n’avoit pas droit de devenir si habile.

Malgré ses malheurs , et peut-être par ces malheurs même , sa réputation croissoit , et les écoliers se multiplioient. Ils n’atteudoient point de lui les grâces du discours , ni une agréable facilité de débiter son savoir; mais une exactitude scrupuleuse à démontrer , une extrême timidité .à conjecturerdesimplesfaitsbienvus. De plus ils s’att.achoicnt à lui par la part qu’il leur donnoit à la gloire de ses découvertes dès qu’ils le méritoienl , ou pour avoir aperçu quelque chose de nouveau,ou pour avoireu quelque idée singulière et juste. Ce n’étoit point qu’il affectât de mettreleur vanité dans ses intérêts : il n’etoit pas si fin ni si adroit : il ne songeoif qu’.à leur rendre loyalement ce qui leur étoil dû. Malgré toutes ses lumières , il s’empressoit cependant toujours de s’instruire avec l’avidité d’un disciple. II assistoit è toutes les conférences qui se tenoient sifr les matières qui l’intéressoient.Il suivoil les médecins dans leurs visites ; il se trouvoit aux pansemens des hôpitaux. Enfin il fut reçu docteur-régent de la faculté de Paris. I ,’éloquence lui manquoit absolument. Un simple anatomiste peut s’en passer , mais un médecin ne Je peut guère. E’un n’a que des faits à découvrir et à exposer aux yeux; mais l’autre, éternellement «blige de conjecturer sur des matières très -douteuses , l’est aussi d’appuyer ses conjectures par des raisonnemens assez solides , ou qui du moins rassurent et flattent l'imagination effrayée. 11 doit quelquefois parler sans .Ivoir d’autre but que de parler; car il a le malheur de

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ne Irailer avec les hommes que dans le temps précisément oii ils sont plus foibles et plus ejifans que jamais. Cette puérilité de maladie rèf^ne priripalement dans le grand monde, et surtout dans une moitié de ce grand monde , qui occupe plus les médecins , qui sait mieux les mettre .à la mode , et qui a plus souvent besoin d'élre am-usée que guérie. Un médecin peut agir plus raisonnablement avee le peuple ; mais , en général , s'il n'a pas le don de la parole , il faut presque qu’il ait, en récompense , celui des miracles. Aussi ne fut-ce qu'.à force d’habileté que M. Littré réussit dans celte profession 5 encore ne réussit-il que parmi ceux qui seconlentoientde l’art de la médecine, dénué de celui du médecin. Sa vogtie ne s’étendit point jusqu’.i la c,our ; mais malgré tant d'obstacles, son rare mérite , justement apprécié , fut j»igé digne de décorer l’académie des sciences. On connut bien tôt M. Littré dans cette docte compagnie , non par son enipressement à se faire connoître , .à dire son sentiment, .à combattre celui des autres , à étaler un savoir imposant,quoique inutile ; mais par sa circonspection à proposer ses pensées, par son respect pour celles d’autrui, par la justesse et la précision des ouvrages qu'il donnoit, par son silence même. Il fut toujours d une assiduité exemplaire à l’académie , fort exact à s’acquitter des travaux qu’il lui devoit,sice n’est qu’il s’en affranchit les trois ou quatre dernières années de sa vie , parce qu’il perdoit la vue de jour en jour ; mais il ne se relâcha point suç l’assiduité. Alors il se mit .à garder dans les assemblées un silence dont il n’est jamais sorti : il paroissoit un disciple àcVylhagore , quoiqu’il pût toujours parler en maître sur les matières qui .î’avoient occupé. Cejix d’entre les gens de l)ien qui condamnent tant les spectacles , l'auroient trouvé bien net sur cet article : jamais il n'en avoit vu aucun. 11 n’y a pas de mémoire qu’il se soit diverti. Il n’avoit<de sa vie songé au mariage •, et cem qui l’ont vu de plus près ont assuré que les raisons de conscience n'avoicnt jamais dû être assez pressantes pour l'y porter. Presque tous les hommes ne songent qu’à étendre leur sphère, et à y faire entrer tout ce qu’ils peuvent d'étranger ;

fionr lui , il avoit réduit la sienne i n’être guère que ni seul. Il avoit fait de sa main plusieurs préparations anatomiques , que des médeeins ou chirurgiens anglais et hollandais >nnrent acheter de lui , quelque temps avant sa mort , lorsqu'il n'en pouvoit pins faire d'usage. Les etrangers le connoissoient mieux que ne faisoit une partie d'entre nou.s. 11 arrive quelquefois qu'ils nous apprennent le mérite de nos concitoyens , que nous négligions , peut-être , parce que leur modestie leur nuisoit de près.

2. De l’étatde tailleur, Do/yî/'ng, célèbre officierprussien, parvint au grade de welt-maréchal. En sortant d'apprentissage, il eut l'ambition de vouloir aller travailler k Berlin. Comme il falloit passer l'Elbe dans un bac , et qu’il n'avoit pas de quoi payer , le passage lui fut refusé. Piqué de cet, affront, il dédaigna un métier qu'il en crut la cause , jeta son havresac dans le fleuve , et se fit soldat. Il marcha .à pas de géant dans cette carrière. Il eut bientôt l'estime de ses camarades , ensuite de ses officiers- , et enfin de l'électeur JPrt?e?éric-éî«iZ/a«me son maître. Ce grand prince , qui aimoit la guerre , qui la savoit , et qui étoit forcé de la faire, avança rapidement un homme qui joignoil les vertus du citoyen à tous les talons du militaire. Dorfling fut ■ fait welt-maréchal , et remplit l'idée qu'on doit se former d’un homme qui , delà condition de soldat , s'élève jusqu'au généralat. 'Une fortune si considérable , et plus "encore les qualités brillantes qui l’avoient méritée, excitèrent la jalousie des cœurs sans élévation. Il y 'eut des hommes assez bas pour dire que Dorjting , pour être devenu grand seigneur , n'avoit pas perdu l'air de sOn -premier état. «'Oni, » dit-il à ceux qiri lui rapportèrent te discours ,« j'ai* « été tailleur ; j'ai coupé du drap :'» maintenant, continua-t-il en portant la main «ur la garde do son épée , « yoici l'instrument avec lequel je coupe les oreille» « à ceux qui parlent^al de moi. » ' +

3. lieu reiiseinentnépcmt ta géométrie, le célèlîi’eVlfecenzioé /Vm///,lit à l’école du grandG<r/i/ée,de rapides progrès danscettescieticesnblimc. Après la mort Ae'eet

homme rare , dont le f,'cnic créateur avoit , en quelque sorte, enfanté la philosopliie, eu la tirant des-lénèbres qui, depuis tant de siècles, ol)Scurcissoienl son llani- Leau, le dignedisciplcdecc maître iinniortcl s'empressa de parvenir la célébrité,cn marchant sursestvaces.Uii "éoinètre ancien appelé Aristée^ avoit fait un T raité des sections coniques, fort recherché dans son temps, et qui , malgré l’estime qu’on en avoit faite, s’étoit perdu. viani, fort versé dans la géométrie des anciens, et regreltantsur-lout l’ouvrage à’Aristée, entreprit d’y suppléer, autant qu’il étoil possible, en tâchant de deviner ce qu'il avoit dû nous dire- S’il est jainais permis aux hommes de deviner , c’est on celte matière, où, si l’on n’est passûr de retrouver jtrécisémenlce qu’on cherche, on l’est du moins de ne rien lro\iver de contraire, et de trouver toujours l’équivalent. 11 fut quinze ans entier sans pouvoirselivreràceprojelsingulier,quidemandoil des talens si profonds; et, duranlcelinlervalle, il courut le dessein d’un nouvel ouvrage.où il s’agissoit de deviner encore. Apollonius-Pergœus, quivivoit environ deux cent cinquante ans avantl’ère chréticnnc,avoit ramassé, sui les sections coniques, tout ce qu’avoient fait les savans qui l’avoient précédé. Son ouvrage contenoit huit livres, dont lesquatre dernicrss’éloienloerdu.s,elle cinquième traitoitdes plusgrandcseldesptnspeliles lignes droites, qui se terminassent auxcircoulérences des sections coniques. M. Viviani, laissant pour quel-

que temps , songea à restituer de la même manière ce cinquième livre , et s’y occupa dans scs quinze années de distraction. Cependant le. fameux Jean-Alphonse Borelli, passant par Florence , trouva dans la bibliothèque de Médicis, un manuscrit arabe dont l’inscription latine porloit; «Les huit livres des sections coniques, « par ApoLlonius-Pergœus. » Il jugea, par toutes les marques extérieures qu’il put rassembler, que cedevoit être effectivement l’ouvrage de ce géomètre en son entier, et le grand-duc lui perjuit de porter ce manuscrit à Rome, pour le faire traduire parAbrahamEcchellensis, maronite,professeur en langues orientales. A cette nouvelle, Viviani, qui ne vouloil point perdre le fruit de

tout ce qu'il avoil préparé f)Our sa divination , prit tontes les mesures nécessaires pour prouver qu'il n’avoit • l'ail cfTecli veinent que deviner. Il se fil donner des cortilicals authentiques qu’il n’entendoit point l’aralie; et pour plus de sûreté qu’il n’avoilpoinlvuceniauu.scril , il ohliiit du prince Lcopo/(/, frère du ^rand-duc Ferclînand H, la {{race qu’il lui paraphât de sa propre main scspapiersjcn l’état où ils se Irouvoient alors. Il nevoulut point que BoreUi lui mandât jamais rien de ce (\i\' Kcchellensis auroitpu découvrir en traduisant, et lit imprimer son ouvra{{e. Tandis que lepublic accueilloit cette production d’un savant si di{{ne de son estime, .dbraham Ecchellensis, qui ne savoit point de {géométrie, aidé par BoreUi , {{rand {{éomètre , qui ne savoit point d’arabe , travailloit à traduire le manuscrit arabe A' A]ioLtonuis ; et bientôt ils mirent cet ouvra{>e au jour. Alors l’Univers savant, suspendu, jusqu ’.â ce moment, sur le ju{{ementqu’il devoil porlerdc M. Vwiani,coTnpara sa divination avec lavérité, et l’on trouva qu’il avoit plus que deviné, c’est-à-dire, qu'il avoit été beaucoup plus loin qn’ApoUonius sur celte matière. Un succès sisin{{ulier et si heureux excita de plus en plus le désir «jii’avoit l^ivinniAe réussir aussi-bien suvAristée. llrejîardoit depuis long-temps comme des distractions importunes tout ce qui l’empéchoit de se livrer à cet ouvrage, qu’il destinoit à Louis Xlf^, dont il ne cessoit de recevoir des bienfaits, et qui venoit de l’agréerpour Tin des huit a.ssociés étrangers de l’académie des sciences. Il redoubla d’ardeur, et enfin il en publia trois livres. On ne peu t assez admirer les recherches profondes qu’ils renfermoient : l’on souhaita , pour son honneur, (\u’ Arislée ressuscitât comme avoil fait Apollonius.

4. La nature combla de ses dons l’immortel seau : et ce grand homme parut réunir tous les talons dont l’heureux assemblage fait l’admiration de tous les K siècles. Il lut les poètes grecs et latins avec une avidité qu’il appeloit la passion de sa jeunesse. Sa mémoire les lui rendit si présens dans tout le cours de sa vie , n qu’à l'âge d'environ quatre-vingts ans, un homme de t lelties ay;ml cité peu exactement une épigrannne de .

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Martial, il lui en rappela les propres termes, en lui avoTiant qu’il n’avoitpas ouvert cet auteur deppis l’âge de douze ans. La société Ae Racine et Ae. Boileau avoit des charmes infinis pour lui. 11 cultivoit comme eux la poésie , en avoit le génie et le conserva jusqu’à ses derniers jours. Reçu- avocat-général du parlement de Paris, il y parut avec tant d’éclat, que le célèbre Denys Talon, alors président à mortier, dit qu’il voudroit finir comme ce jeune homme commencoit. Il fut ensuite nommé prociireur-général à trente-deux ans ; et ce fut alors qu’il déploya tout ce qu’ilétoit. Le chancelier de Pontchartrain le chargea de la rédaction de plusieurs lois; et charmé de la manière dont il s’en acquitta , il lui prédit qu’il le remplaceroit un jour. L’administration des hôpitaux fixt l’objet le plus cher de ses soins. On lui conseilloit un jour de prendre du repos. << Puis-je me reposer , répondit-il généreuse- « ment, tandis que je sais qu’il y a des hommes qui « souffrent? » Il avoit prévu le premier le fameux et terrible hiver de 1709, sur des obsen'ations qu’il fit à sa campagne, et «n avoit indiqué le remède, en conseillant de faire venir des blés avant que le mal eût produit une alarme générale. A la mort du chancelier . Voisin , le régent jeta les yeux sur Dagvésseau pour remplacer ce grand ministre! Il le mande au Palais- Royal 5 ét, en le voyant, il lui donne le nom de chancelier. Daguesseau s’en défend, fait des représentations au prince, allègue son incapacité. Le duc d’Orléans , pour la première Ibis , refuse de le croire ; et Dagvesseau se voit enfin obligé de consentir à son élévation. Il parut encore plus grand que sa dignité. 11 s’étoit instruit des lois de toutes les nations et de tous les temps. Il n’étoit étranger dans aucun pays, dans aucun siècle. 11 savoit la langnë française par principes , le latin , le grec , l’hébreu , l’arabe , les langues orientales, l’italien, l’espagnol, l’anglaiset le portugais. L’étude de tant de langues, qui auroit rempli la vie entière de plusieurs savans, n’étoit pour qu’un amusement, comme il le disoit lui-même. Son principe étoit que le changement d’occupation est seul

un délassement. Ainsi, tous les travaux de Thomme de lettres nefaisoient ancim tort aux fonctions du ministre. Quand il perdit sa digne épouse, on craignit que le poids des affaires, joint à celui de Taflliction, ne l’accablât: on lui conseilla de suspendre scs pénibles occupations. « Non , repondit- il , je me dois au public : il n’est pas j liste € qu’il souffre de mes malheurs domestiques. »

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