TALENT
on une amc plus fine qtie loulcs les antres ; le soin du roi pour la santé de ses sujets , soin qui anroit seul suffi pour rendre la sienne infiniment précieuse , et digne que toutes les plantes salutaires y travaillassent, tout cela fournit assez au poète ; et d’ailleurs on est volontiers poète poin ce qu’on aime. A peine M. Fa~ gon étoit-il docteur, qu’il eut les deux places de j>rofesseur eu botanique et en chimie au Jardin Royal ; car ou y avoil joint la chimie qui fait usage des plantes, à la Lolanique qui les fournit. Comme il avoit repeuplé de plantes ce jardin , il le repeupla aussi de jeunes botanistes , que ses leçons y attiroient de toutes parts. - Un jour qu’il devoit parler sur la thériaque , l’apothicaire qui éloit chargé d’apporter les drogues , lui en présenta une autre presque aussi composée, sur laquelle il n’étoit point préparé. 11 commeucapar se plaindre pii- Lliquementde la supcrcheriejcarilavoitlieu d’ailleurs de croircKpie c’en étoit une. Mais, pour corriger l’a lyjthicaire de lui faire de pareils tours, il se mit à parler sur la diogue qu’on lui présentoit , comme il eût fait surla thériaque, et futsi applaudi , qu’ildutavoir beaucoup de recomiüissance pour la malignité qu’on avoit eue.Eiirncme tehips, il exerçoit la médecine dansParis, avec tout le soin, toute l’application, tout le travail d’un homme fort avide de gain ;.et toutefois il ne recevoit jamais aucun payement, malgré la modicité de sa fortune, non pas mêmedeces payemens déguisés sous la forme de présens, et qui fontsoriveut une agréable violenceajixplusdésinlércssés.llncseproposoil qued’étre utile , et de s’instruire , pour l’être toujours davantage.
6. L’immortel ilZ/M«7/on décela de bonne heure ses grands talens pour l’éloqiienceapostolique.llfitses premiers essais de l’art oratoire à Vienne, pendanlqu’ilprofessoitlathéologic.L’oraisonfunèbredc//enriJe^ //Zarj, archevcquedecette vilie , fiit accueillie avec unsuffrage unanime. Ce su<*eès le fit appeler à Paris par le P. de /a 7’o?//-yalors4,'énéral delà congrégation de l'Oratoire , où il éloit entré. liOrsqu’il eut fait quelque séjour dans la capitale, son supérieur lui dennuida ce qu’il pensoit des prédicateurs qui brilloient sur cegrandlhéàtre.^,«Je leur ti'üuve, répondit-il bien de i’espnlet du lalentjmaissi
« je prêche , je ne prêcherai pas comme eux. » 11 tint parole : il prêcha, ets’oiivrit une route nouvelle. Le P. Bovreialoi/e ne hit pas du nombre de ceux qu'il ne se proposoit pas d'imiter : trop connoisseur pour ne pas sentir tout le mérite de ce {^rand homme , il ne Tentcndit que pour l’admirer ; et s’il ne marcha pas sur les mêmes traces, c’est que son génie le portoit à un autre genre d’éloquence. Il se fit donc une manière de composer qu’il ne dut qu’à lui-même , et qui, aux yeux des liommes sensibles , parut supérieure à celle de Bour- A près avoir prêché son prcmierAventàVersail- Jes, il reçut cet éloge de la bouche mcmede//0///,vjï'/i^.*
« Mon père,quandi’ai entendu les autres prédicateurs, i 'ai été très-content d’eux : pour vous , toutes les fois que je vous ai entendu, j’ai été très-mécontent de moimême.» La première fois qu’il prêcha son fameux sermondu petitnombre desElus ,\\y ewlxm endroit où un transport de saisissement s’empara de tout l’.âuditoire. Presque tout le monde se leva à moitié par un mouvement involontaire. Le murmure d’acclamation et de surprise fut si fort, qu’il troubla l’orateur.Ce trouble ne servit qu’à augmenter le pathétique de ce morceau. Ce qui surprit sur- tout dans le père Massillon , ce furent ces peintures du monde , si saillantes , si fines, si ressemblantes. On lui demandoitoii un homme , consacré comme lui à la retraite, avoit pu les prendre? «Dans le cœur humain , répondit-il. Pourpeu qu’on le. sonde , on y découvrira le germe de toutes les passions. Quand " je fais un sermon , j’imagine qu’on me consulte sur’’ une affaire ambiguë. Je mets toute mon application à décider et à fixer d.ans le. bon parti celui qui a recours à moi. Je l’exhorte , je le presse , et je ne le quitte point qu’il ne se-soil rendu à mes raisons. » Sa déclamation ne Servit pas peu à ses succès. Son air simple , son maintien modeste , ses yeux humblement baissés , son geste négligé , .son ton affectueux, sa contenance , qui montroil qu’il étoit pénétré des vérités qu’il annoncoit , tout en lui portoit dans les e.sprits les plus brillantes lumières, et dans les cœurs les mouveniens les plus tendres. Le célèbre comédien Baron l’ayant rencontré dans une maison ouverte aux gens de lettres , lui fit '
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re compliment: «Continuez , mon père, à débiter roTnme vous faites ; vous avez une manière qiû vous est propre , et laissez aux autres les règles.» Au sortir d’un de ses serinons ,1a vérité arracha à ce fameux acteur cet aveu humiliant pour sa profession : «Mon ami , dit-il à un de ses camarades qui l’avoit accompagné ; mon ami , voilà un orateur ; et nous, nous ne sommes que des comédiens.» Eu 1704, le père Masjillon parut pour la seconde fois à la cour, et y parut encore plus éloquent que la première fois. après lui en avoir témoigné son plaisir , ajouta , du ton le plus gracieux: « Et je veux , mon père, vous enten- « dre désormais tous les deux ans.» Des éloges si flatteurs n’altérèrent point sa modestie. Un de ses confrères le félicitant sur ce- qu’il venoit de prêcher admirablement, suivant sa coutume: «Eh ! laissez, mon père, « répondit-il ; le diable me l’a déjà dit plus éloquemment que vous. » L’évêché de Clermont fut la récompense de son mérite, en 1717. Destiné, l’année suivante, à prêcher devant LonisAZ’, qui n’avoit encore que neuf ans , il composa , en six semaines , ces discours si connus sous le nom de Petit-Carême. C’est lé chef-d’œuvre de cet orateur, et celui de l’art oratoire. Ce grand prédicateur auroit souhaité qu’on introduisît en France l’usage établi en Anglentere,de lire les sermons , au lien de les prêcher de mémoire , regardant la coutume d’apprendre par cœur, comme un esclavage qui enlevoil à la chaire bien des orateurs , et qui avoit une foule d inconvéniens , pour ceux qui s’y consacroient. Cette méthode ne nuiroit point , selon lui , à la vivacité de l’action. Le prédicateur ne seroit plus , comme il arrive quelquefois , autant de temps à retenir un sermon qu’à le faire. Rassuré par son cahier , il n’en réciteroit qu’avec plus de chaleur. Ceux qui composent avec facilité et avec génie , mais qui apprennent ditTicilemqnt , altireroient une foule d'anditeurs ; et l’on ne seroit point en danger de comprometti-e sa réputation devant la multitude, qui fait circuler dans la société , comme un très-grand ridicule , un moment d’absence .de mémoire. Il lui étoit arrivé , aussi-bien qu’à deux autres de ses confrères, de rester
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court en chaire, précisément le même jour. Ils préchoient tons les trois à rlilFércnles heures, un vendredi saint. Ils voulurent s’aller entendre alternativement. La mémoire manqua au premier ; la crainte saisit les deux autres , et leur ht éprouver le même sort.
7. Danton, rélèhre musicien , précepteur du fameux Périclès, voyant des jeunes «ens que les vapeurs du vin et un air de flûte, joué sur le ton phrv^en, avoient rendus extravaitans , les ht entrer tout d'un cotip dans un état calme et sa^e , C7i prenant sa lyre , et touchant un air dont tous les accens respiroient la do'^iceur. Ainsi, sous les doif^ts de cet artiste , la lyre devenoit , en quelque soi te , un instrument de morale.
8. Après un siège long ,pénihle et sanglant , Amu~ rat IV, empereur des Turcs , ayant pris Bagdad , ordonne de mettre tout à feu et h sang. Trente mille Persans sont égorgés en présence du vainqueur ; et ce prince sanguinaire alloit exterminer tous les haliitans , lorsqu’un musicien se jette à ses pieds , et lui tient ce discours : «Très-suhlime empereur , souffrirez-vous qu’un art aus.siparfoit que la musique, périsse aujourd’hui avec moi ? avec Schah-Culi , votre esclave? Ah ! conservez , en me sauvant la vie , un art divin , dont je n’ai pu encore découvrir toutes les heautés. » Cette prière fit rire le sultan ; et jetant sur l’artiste un regard favorable , il lui permit de prouver ses
Schah-Culi prend aussitôt un scheschdar, espèce de harpe six cordes ; et mariant sa voix aux sons de cet instrument , il chante la prise tragique de Bagdad , et le triomphe à.' Amurat.W ahordi le sultan paroît interdit. Bientôt la fiireur se peint sur son visage. Il se croit au milieu des comhattans : il anime ses guerriers ; il commande à la victoire. A l’instant le musicien s.àisit une autre touche, et par des tons plaintifs , il pénètre , il subjugue l’ame de l’implacable con- » quérant. Le fier sultan fond en larmes. Son coeur ,
pour la première fois sensible à la pitié , lui fait détester l’oi-dre barbare qu’il vient de donner. Il le révoque , il fait cesser le carnage •, et, vaincu par les charmes de la musique , il rend la liberté aux compagnons de Schah- Culi. -^vend avec lui cet artiste , et le comble de biens.
9. ^/-Fara^i, fameüxdocleunnusulman,ëtoitun de ces génies heureux, un de ces hommes universels qui pénètrent dans toutes les sciences avec une égale facilité. Il ne s^étoit pas borné à l’explication des rêveries de TA Icoran; il avoit encore approfondi des sciences plus utiles, plus dignes de lui; et il passoit pourrie plus grand philosophe de son siècle. L’aventure qui lui arriva chez doulat, sultan de Syrie ,fait oonnoilre les talens de ce savant. 11 revenoit du pèlerinage de la Mecque, lorsqu’il passa chez ce prince, qui favorisoit les sciences,et qniles cultivoit lui-même. 11 étoit environné de docteurs qui s’étoient assemblés dans son palais pour conférer surles objets de leurs études, s’introduit dans cette
auguste académie, et demande au monarque où il veut qu’il se place? «Où vous vous trouverez le pl us commodé- « ment,» lui répond leprince.Le philosophe va se placer sur un coin du sopha où le sultan étoitassis. iSez/ècldoi/lat, surpris de la hardiesse de cet étranger, dit, en langue maternelle , à un de ses officiers : «Puisque ce Turc.
« est si indiscret, faites-lui quitter sa place, et répriman- « dez-le vivement. » Al~Farabi ayant entendu cetordre, dit au sultan : « Celui qui commande si légèrement ,
« seigneur , est sujet à se repentir. » Le prince , remd’étonnement , lui repartit : « Entendez-vous ma « langue ? — Je l’entends ,etplusieursautres , » reprit le
Shilosophe ; et dans le moment , ouvrant la conférence , y disputa d’une manière si éloquente et si forte , qu’il réduisit tous les docteurs au silence. La dispute étant i Sêifeddoulathxx rendit de grands honneurs, et se tint auprès de lui, pendant que lesmusiciens qu’il avoit fait venir pour récréer l’assemblée , déployèrent les richesses de leur art. Al-Farabi se joignit à eux , et accompagna du luth avec tant de délicatesse , qu’il attira sur lui les yeux et l’admiration de tous ceux qui étoient présens. Le sultan l’ayant prié de donner quelque chose de .sa composition, il tira de sa poche une pièce enjouée, la fit chanter, et l’accompagna avec tant de force et de vivacité , qu’il fit rire à l’excès tous les assistans. Il fit chanter ensuite une autre pièce si tendre et si touchante , qu’il fit pleurer tous ceux qui l’entendirent ; et par une troisième , il les endormit tous. Cette va-
riéte de talens porta le prince à le presser de rester avec lui : il lui fit les ofTres les plus hrillantes ; mais le philosophe s’en ex<nisa , partit , et fut tué par des voleurs , dans un bois de Syrie.
1 0. Le célèbre iWhiü.ve, fameux peintre hongrois prouva que les talens ellegénie créateur sonlde touslespavs. Afin de se passer de couleur et d'impression, il imagina une certaine eau dont le secret périt avec lui, par le moyen de laquelle il enfantoit des chefs-d’œiivre dont rien ne pouvoilaltérer le colorisjl’on pouvoit plier et replier la toile deses tableaux , sansendomniager la j)ein- , ture.T ous les princesde son siècle s’empressèren t de l 'attirer à leurs cours, et de le comblerdcs marquesde considération que luéritoitsonhabileté. 11 s'attachasuccessiveruentau roi d’Angleterre etau martjuis Je V ernes, qui aiinoit à protéger les arts. Mais Mabuse, plus ami de la Louleillequedcs richesses, consacro'ilà la passion du vin tous les présens de lafori une. Un jour le marquis, quidevoil recevoir Charles-Quint dans son château, ayant habillé toute sa maison en damas blanc, Me /yw.ve vendilson damas, etalla en déposer le prix sur le coin pi oir d’un cabaret. Il le remplaça par une robe de papier blanc qu'il peigniteu damas àgraudes fleurs. L’éclat descouleurs,la vérité du dessin , firent remarquer l'habit du peintre- L’empereur, surpris dubrillaiitde ce damas, le fit approcher, et découvrit la ruse. Le monarque cnritbeaucoup; et plein d’admiration pour l’adresse de l’arliste ,il pria le marquis de le rémunérer en son nom. Ce seigneur obéit, mais après avoir puni l’intempérant JMabuse de quelques semaines de prison , afin qu’on ne publiât pas qu’il falloit habiller ses gens de papier peint.
11. Un commerce aimable, des mœurs p»ires, un naturel doux, un cœur sensible à l’amitié, n’étoientpas les seules qualités qui faisoientde Bérétin , peinVre toscan, un homme estimable : son habileté dans son art Icjcndit cher à ses cou temporains. 1 1 montra d’abord peu de ta- , lent pour la peinture; niaissesdisposilionss’élanl développées toul-à-conp , il étonna ceux de scs compagnons qiiis’étoient moqués de lui.Home, Florence, le ptissédèrent successivement. Le pape Alexandre yil le créa
chevalier
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chevalier de l’ëpëron d’or. Le grand-duc Ferdinandll lui donna aussi des marques de son estime. Ce prince , admirant un jour un enfant qu'il avoit peint pleurant, il ne üt que donner un coup de pinceau , et il parut rire ; puis avec une autre touche , il le remit dans son premier état. ,< Vous voyez , prince , lui dit Jiérétin, avec « quelle facilité les enfans pleurent et rient. » .